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Réalisme/Historique
IsaD : Portée disparue
 Publié le 14/04/22  -  7 commentaires  -  3179 caractères  -  61 lectures    Autres textes du même auteur

Témoignage d’Isabelle Mercier au cours de l’enquête :
« Le photocopieur était en panne… »


Portée disparue


12 h 28

——–

Alors que je viens de m’asseoir devant la boîte alimentaire d’où s’échappe l’odeur de mon gratin cuisiné la veille, la porte s’ouvre à toute volée et l’ombre foudroyante de Jean-Michel Durand s’abat sur moi.


– Nadia ! J’ai besoin de douze exemplaires de ce rapport pour 14 heures ! Il est VITAL à la conclusion d’un MÉGA contrat ! Leslie n’a pas eu le temps de le faire et elle n’est pas là. Oh vous mangiez !? Cela ne vous prendra de toute façon pas beaucoup de temps. Je sais qu’on peut compter sur vous.


Leslie, la secrétaire attitrée de Jean-Michel Durand n’a pas eu le temps. Ben voyons. Disons plutôt que mademoiselle a trouvé autre chose de mieux à faire que de minables photocopies.


Bien entendu, c’est sur Nadia que ça retombe.


Je pousse un soupir, remets le couvercle sur la boîte du gratin, me saisis du fameux rapport. Je le feuillette et jette un regard triste à mon repas. Il me reste une heure et demie pour photocopier dix centimètres de dossier, qui comprend des feuillets barbouillés de diagrammes, à déplier puis replier.


12 h 35

——–

Je suis devant le photocopieur qui m’annonce par l’intermédiaire d’un papier collé sur la porte avant : « En panne ».


12 h 36

——–

Pourquoi dois-je subir tout ça ? Je veux dire, pas seulement la panne du photocopieur.


Pourquoi les autres ne voient-ils en moi qu’une bouée de secours, une béquille, un substitut, une mère de rechange, une bonne copine, une collègue qui dépanne, une secrétaire sur qui l’on peut compter.


Et pourquoi suis-je cette épouse modèle dont le mari félicite mes qualités de parfaite femme d’intérieur au lieu de m’embrasser, de me serrer dans ses bras… de me regarder vraiment.


Moi… au sourire omniprésent…


12 h 39

——–

Je descends au deuxième étage mais la photocopieuse est occupée. Pas question de me la céder, Isabelle Mercier a prévu de partir plus tôt aujourd’hui et ne tient pas à se mettre en retard. Et pas la peine d’aller au premier, dit-elle, le réparateur est dessus depuis plus d’une heure. Il paraît que cette fois, c’est du costaud. À mon avis, ils vont devoir la changer.


Exaspérée, je tape violemment du pied et fais demi-tour sous l’œil surpris d’Isabelle Mercier.


12 h 40

——–

Plus qu’une solution : aller à Reprominute situé à deux pas de la société pour laquelle je travaille maintenant depuis dix ans. Dix ans de bons et loyaux services. Pour quoi ?


Bien entendu, il me faudra avancer les fonds avec ma carte personnelle. Inutile d’aller à la comptabilité. Tout le monde est parti déjeuner.


12 h 41

——–

Je remonte au troisième pour récupérer ma veste et mon sac. Je jette un long regard au gratin, aux murs ternes, à la photo de mon mari posée sur mon bureau.


*


13 h 59

——–

Je regarde le paysage défiler. Mes cheveux volent dans le vent qui s’engouffre par la fenêtre grande ouverte de ma voiture. J’ai décidé que je n’en pouvais plus. Je pars. Je ne sais où et je m’en fiche. Sur la banquette arrière, le rapport éparpillé et deux valises remplies de vêtements récupérés en passant chez moi.


14 h 00

——–

J’imagine la tête de Jean-Michel Durand dans la salle de réunion.


 
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   socque   
22/3/2022
 a aimé ce texte 
Bien
J'attendais quelque chose de spectaculaire, de violent, au vu de la saturation flagrante de la narratrice, mais non, c'est mieux ; simplement, elle part. Je lui souhaite une bonne bouffée d'air pur, au moins pour un temps, donc vous avez bien su me faire entrer en sympathie avec cette femme exploitée de toutes parts. La savoureuse dernière phrase m'a fait sourire.

Une tranche de vie simple et significative, un instant de bascule qui laisse le lecteur ou la lectrice libre de construire éventuellement un prolongement. Je trouve votre récit efficacement mené, un croquis maîtrisé dirais-je.

   Donaldo75   
1/4/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je trouve le format minuté bien vu; il donne du rythme au récit alors que le texte en lui même est très court. La progression dramatique convient bien à ce format et la critique sociale sous jacente ne pèse pas des tonnes. Le ton reste léger, ce qui va bien avec le caractère de Nadia toujours souriante et ce n'est pas plus mal vu qu'il n'y a pas péril en la demeure et que l'avenir de la planète n'est pas en jeu. Non, c'est une péripétie de la vie quotidienne vécue de l'intérieur et bien racontée, incarnée, réaliste.

   Tiramisu   
1/4/2022
 a aimé ce texte 
Bien
j'ai bien aimé ce texte. En fait, c'est tout à fait réaliste, je ne sais plus combien de personnes disparaissent du jour au lendemain en une année mais c'est assez conséquent. Et ce sont surtout des femmes.
Ecriture simple sans fuioriture. L'ensemble de petits événements mineurs qui sont les gouttes qui font déborder le vase, évènements mineurs qui cachent le peu de respect que subit cette femme par son patron, par son mari etc ... Cette femme qui se consacre aux autres et s'oublie complètement.
Merci pour cette lecture

   AnnaPanizzi   
14/4/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour IsaD

Une nouvelle au compteur, minutage implacable, une femme aux vies fades, professionnelle comme maritale. Désenchantée, elle décide de s'enfuir pour un temps ou définitivement. Je crois que je la trouve courageuse, combien d'autres restent (la majorité) dans une vie triste à pleurer

J'aime bien !

Anna

   Malitorne   
16/4/2022
 a aimé ce texte 
Pas
Je dois être moins bon public que mes camarades mais je ne l’ai franchement pas trouvé terrible votre histoire. Surtout, elle me semble indigente, l'impression que vous ne vous êtes pas beaucoup forcée. Déjà dans le choix des noms, on a échappé de peu à monsieur Dupont ! Ensuite plein de choses dans l’histoire sont grossières, sans subtilités, en premier lieu ce rapport urgent pour la signature d’un MEGA contrat comme si un MEGA contrat justement ne se préparait pas des semaines à l’avance. Et évidemment les photocopieuses font défaut, ressort ô combien original !
Du coup cette pauvre dame envoie tout valdinguer, décision lourde de conséquences prise en quelques lignes. Trop vite expédié, trop schématique, on n’y croit pas une seconde.
Subsiste une écriture correcte, c’est bien le moins qu’on puisse demander sur un site littéraire car le reste...

   Corto   
16/4/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un peu trop vite faite cette nouvelle ?
Vous n'avez pas vraiment pris le temps de créer un environnement, une ambiance, un personnage principal en dehors de son rôle professionnel dévalorisé.
Et pourtant dans votre "12h36" on voit que vous imaginez un peu ce qu'il faudrait développer pour donner de l'envergure à une histoire intéressante.

"Cent fois sur l'ouvrage..." etc. a dit Boileau. C'est un conseil avisé et inépuisable..

   hersen   
17/4/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Isad,

De mon point de vue, ce qu'il manque à ta nouvelle est une fin où se mêlerait une autre dimension à ce départ soudain.
je m'explique : j'ai lu sa vie au travers d'une journée calamiteuse, où comme d'habitude elle avale des couleuvres gros comme le bras mais bravement continue.
ça, c'est ce que j'aime bien, le minutage apporte une note flippante au crescendo.
Par contre, de tout ce qui est dit, je ne crois pas suffisamment au fait qu'elle va réellement décrocher. Il m'aurait fallu, tout au long du texte, glisser insidieusement deux-trois bricoles pour que tout à coup cette fin prenne puissance.
Disons que tu ne donnes à la fin aucune connotation (elle aurait pu être un poil fantastique, mystique, existentielle ou vouée à l'échec ou la réussite, là encore par des détails qui pourraient être très subtils, laissant le lecteur dans une sorte d'expectative.

Je viens de terminer une nouvelle de Murakami, Sommeil, qui dans un sens me ramène un peu à ton texte, même si ce n'est pas non plus exactement le sujet.

Je suis complètement d'accord avec toi que le simple est bien souvent la carte gagnante, mais il est en même temps très exigeant pour emmener le lecteur où on aimerait qu'il aille. On laisse parfois des petits cailloux que le lecteur ne voit pas.
Je n'ai jamais compris pourquoi on discuterait de la rapidité de l'écriture d'une nouvelle ! Mettre six mois n'est pas non plus, loin s'en faut, un gage de qualité.

Mon évaluation tient compte de ce que je dis plus haut et que je n'ai pas personnellement perçu. Mais cela ne veut pas dire que la nouvelle ne serait pas bonne, mais plutôt qu'elle n'en remplit pas tout à fait les conditions, encore une fois de mon point de vue.
Pas d'inquiétude donc :)))

A te relire avec plaisir.


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