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Réalisme/Historique
Pierrick : L'homme qui dansait sur le dos des étoiles
 Publié le 19/10/19  -  13 commentaires  -  7493 caractères  -  95 lectures    Autres textes du même auteur

"Tu l’as peut-être aimée plus que moi. Malgré le doute, je pourrais t’en vouloir, même un peu. Je pourrais te dire que bon, d’accord, je peux comprendre mais quand même. Je pourrais te dire aussi que c’était bien quand tu m’emmenais à la pêche le dimanche matin, tôt, dans la vieille R8 blanche qui sentait la gauloise et le skaï usé."


L'homme qui dansait sur le dos des étoiles


À Robert, Auguste, Alphonse B....



La Bourgandière, 17 avril 2006


Tu l’as peut-être aimée plus que moi. Malgré le doute, je pourrais t’en vouloir, même un peu. Je pourrais te dire que bon, d’accord, je peux comprendre mais quand même. Je pourrais te dire aussi que c’était bien quand tu m’emmenais à la pêche le dimanche matin, tôt, dans la vieille R8 blanche qui sentait la gauloise et le skaï usé. Là, sur la petite route de Parigné, avec mes treize ans et ma culotte courte grise sur la banquette arrière, je crois que tu étais enfin loin d’elle. Bon, je dis « je crois » pour essayer de me persuader que ces dimanches matin-là, tu n’étais vraiment qu’avec moi. Du coup, forcément, ça me met un peu de limonade dans les yeux. Non, ce n’est pas du pathos, c’est de l’enfance qui revient sur la pointe des pieds, c’est tout.


Alors oui, je pourrais te dire tout ça mais le truc, c’est que je ne t’en veux pas un millième de seconde d’avoir peut-être aimé l’autre plus que moi. Non, je ne t’en veux pas, toi, mon père, mon géant d’à peine un mètre soixante qui aura tété les mamelles de la misère jusqu’à la lie. Tu les auras sucées avec ce flegme fier de ceux que n’atteint, en apparence, aucune humiliation. Bouffer du rat, des racines bouillies, ou des épluchures grillées de patates au milieu des années trente t’enchrista* vite fait dans une enfance qui, bien sûr, ne connut jamais la mer, ni le cri des mouettes, ni la peau bronzée des filles sur un sable blanc et chaud. Ton enfance à toi, c’était ta bande de potes crasseux et faméliques dans le seul quartier relégué de la ville : ton quartier, ce dépotoir de rêves mort-nés, cette décharge de vies malmenées et rongées du dedans. Des vies avec aussi, parfois, des rires au bout du rouleau mais des rires quand même.


Ce quartier montré du doigt par les bourgeois mais pas seulement s’appelait « l'Écartelée ». « Rien que le nom, tu sentais la mort rôder », m’as-tu dit un jour. Paraît même que, quelquefois, tu la sentais vraiment respirer autour de ces baraquements en tôle rouillée, bicoques de bric et de broc à l’écart de Fougères, ville bretonne et ouvrière connue à l’époque pour ses usines de chaussures.

Pouvoir entrer à l’usine à douze ans, c’était ton Graal. Ton cadeau divin. Ton humble revanche sur les jours pouilleux. Tu entrais dans cette forteresse comme on entre en religion : avec une dévotion mécanique, silencieuse. Avec aussi la promesse d’un total effacement de soi. Et là, du jour au lendemain, ta gamelle, bien sûr, n’avait plus le même goût. Non, car tu avais de la fierté jusqu’au fond des papilles et ça pimentait ta soupe de rutabagas anémiés.


Eh oui, bonhomme, voilà que du haut de tes douze piges tu étais un ouvrier, putain ! Un de ces petits mecs malingres et faméliques prêts pour fraiser, façonner, estamper, couper, bonbouter* onze heures par jour et voir naître des dizaines de godasses dans les odeurs de cuir, de colle et de mystérieuses mixtures chimiques et multicolores. Tu étais là, mon petit père, dans la sombre cathédrale des effluves secrets et des gestes sacrés. Ces gestes rapidement tatoués dans tes fibres. Ces gestes répétés quatre ou cinq cents fois chaque jour avec, à la longue, du rien dans la tête.


Et puis, dis, ouvrier, ça voulait dire « on est une famille » à la vie à la mort avec le Raymond Sénéchal, le Nanard Nabusset, le Dédé, « l’Ablette » et une dizaine d’autres poteaux de l’Écartelée. Oui, ça voulait dire ça jusqu’au jour du grand délit, jusqu’à ce matin glacial du 27 mai 59. Cette date-là, tu la portes encore comme une croix mon pauvre père tout ratatiné. Tu la portes avec une solitude sans fond. C’est comme une tumeur dans ta mémoire, un caillot de crasse humaine qui te dézingue à petit feu.


Ils ne t’ont pas raté tes frangins de l’usine Magripaut&Amengual, tes chers frangins « ad vitam aeternam » de l’Écartelée. À peine venais-tu, ce matin-là, de basculer contremaître qu’ils t’ont banni de la famille. Jusqu’au fond des entrailles que tu t’es ramassé leurs regards tranchants : il n’y avait plus, dans les ateliers, que la silencieuse et lente mise à mort d’un homme atterré, perdu, d’un homme qu’une meute infâme couvrait de honte. Oui, voilà soudain qu’on piétinait ta modeste promotion, qu’on lui crachait dessus et la brocardait comme une maladie honteuse. À l’épicerie, dans la rue, ou au café du Balto quand tu allais chercher tes clopes, tu ne voyais plus désormais que les ombres de tes poteaux qui t’écrasaient de leur silence de morgue. Un silence terrible avec de la nuit dedans. Tellement de nuit.


Je me souviens que, très vite, tu as eu mille ans dans tes yeux et aussi la peau grise. Je voyais dans ce regard de pluie un monde écroulé, un monde couché dans les cendres. Résigné, tu portais le poids des jours avec cette infinie solitude qui, peu à peu, te courbait, te rapetissait. Le temps passait sans que rien ni personne n’éveille tes yeux morts. Même pas moi et mes onze ans. Même pas ma mère et sa douceur comme un baume. Même pas La piste aux étoiles, le mercredi soir à la télé, chez notre délicieux voisin manchot monsieur Padolevski. Non, il y avait en toi un grand rien, un immense terrain vague et nu où soufflait un vent acide. Et dans ta tête, des cadavres te montraient du doigt et dansaient en riant.


C’est de cette solitude-là que tu es né une seconde fois. C’est grâce au silence sale de tes bourreaux que le soleil, un jour, a bousculé ton sang. Tu portais soudain dans ton regard de cendres la lumière des évidences. Jamais je ne t’ai vu aussi beau et léger que ce matin-là : oui, le contremaître Robert Béranger avait la grâce de ceux qu'un vrai talent rend aériens. Fasciné, je te regardais glisser avec une attention presque religieuse dans ta vieille sacoche noire chacun des quatorze croquis de la future et triomphale collection de chaussures de luxe Magripaud&Amengual. Et bien sûr, je revois tes grands manitous débarquer le même jour à la maison avec champagne, petits fours, un bouquet de fleurs énorme et, surtout, ce contrat de directeur de collection aux feuilles ridiculement roses. Comme je t’ai regardé ce soir-là. Comme je l’ai senti couler en toi ce bonheur à peine dévoilé. Oui, mais derrière cette joie simple et solide, elle occupait toujours un sacré bout de terrain dans tes yeux cette tristesse de l’homme oublié par ses poteaux.


Alors oui, tu l’as peut-être aimée plus que moi. Malgré le doute, je pourrais t’en vouloir, même un peu. Je pourrais te dire que bon, d’accord, je peux comprendre mais quand même. Oui, je pourrais te dire tout ça mais le truc, c’est que je ne t’en veux pas un millième de seconde d’avoir peut-être aimé « TON » usine plus que moi, plus que ma mère, plus que tout. Oui, « ton » usine, ta caverne d’Ali Baba où infatigable et solitaire chercheur d’or, tu as mis au monde des modèles magiques, des courbes parfaites, des couleurs uniques et des textures grandioses de chaussures qui ont fait le tour du monde.


Non, je ne t’en veux pas. Et ta femme non plus. On n’en veut pas à un homme qui, pour calmer le cri du ventre, bouffait, enfant, du rat et des racines bouillies. On n’en veut pas à un homme qui, portant le poids de cette misère dans sa mémoire, a toujours cherché à s’élever malgré une meute de doigts pointés sur lui. Les doigts de la vie à genoux. De la vie exsangue. Les doigts du désert dans la tête.


* * *


* Enchrister : enfermer.

* Bonbouter : fabriquer le bout du talon d’une chaussure.


 
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   maria   
27/9/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

L'auteur(e) a choisi la forme épistolaire pour le thème : un fils rend hommage à son père.

C'est judicieux : ça permet un vocabulaire simple, juste et un rythme fluide.
L'enfant résume la vie difficile, dure de son père ouvrier sur tous ses aspects, y compris celui des relations humaines dans l'usine et la vie familiale.

Rien n'est exagéré, l'auteur(e) n'a pas fait dans le spectaculaire.
Le bon et le mauvais sont racontés sur le même ton.
Ce qui, je le regrette, donne un ensemble monotone.

Une belle déclaration d'amour à un père qui n'a rien du super héros.
L'enfant est dans la réserve, il ne se plaint pas vraiment des manques de son enfance. C'est touchant.

Merci pour le partage.

   Corto   
29/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ce texte est captivant.
La phrase fétiche "Tu l’as peut-être aimée plus que moi. Malgré le doute, je pourrais t’en vouloir, même un peu" nous mène du début à la fin dans une recherche de compréhension.

La description des périodes de misère est particulièrement réussie "Bouffer du rat, des racines bouillies, ou des épluchures grillées de patates au milieu des années trente t’enchrista vite fait dans une enfance qui, bien sûr, ne connut jamais la mer".

Puis l'entrée à l'usine dès douze ans, "c’était ton Graal" nous replonge dans ces années lointaines, et même pour certains dans une expérience comparable.

Le récit s’emballe en beauté avec "tu étais un ouvrier, putain ! Un de ces petits mecs malingres et faméliques prêts pour fraiser, façonner, estamper, couper, bombouter onze heures par jour".

Très beau ressenti aussi avec la "famille" qui explose au moment où le personnage vient de "basculer contremaître". On sent bien ici la connaissance des mentalités, des réflexes dans le milieu ouvrier de l'époque, où accepter une promotion signifiait trahison. Belle traduction avec "Un silence terrible avec de la nuit dedans. Tellement de nuit."

Le renversement de situation est très bien décrit avec "Tu portais soudain dans ton regard de cendres la lumière des évidences". Et l'ouvrier devint créateur.

Enfin dans le paragraphe final une si belle expression: "On n’en veut pas à un homme qui, portant le poids de cette misère dans sa mémoire, a toujours cherché à s’élever malgré une meute de doigts pointés sur lui".

Superbe fresque; excellente connaissance du milieu décrit; un style qui permet au lecteur de s'immerger dans le récit; audace dans le thème choisi car tout le monde ne voudra pas applaudir, voici une nouvelle de grande qualité.

   poldutor   
1/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Belle déclaration d'amour d'un fils (?) à son père, il y a du Daniel Guichard dans cette nouvelle...
La fierté du travail manuel que l'on glorifiait alors ; fierté qui ne se retrouve plus que chez les compagnons. Mais aussi la frontière infranchissable entre l'"ouvrier" et le "patron", ici le contremaitre...
La douleur inguérissable du copain à qui les copains tournent le dos parce qu'il a réussi...
Tout cela décrit avec tendresse.
merci pour ce moment d'humanité.
Cordialement.
poldutor en E.L

   ANIMAL   
2/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Cette nouvelle est intéressante à plusieurs titres. Tout d'abord elle s'éloigne de l'attitude manichéiste présentant le gentil ouvrier/méchant patron. Ici on bat en brèche la croyance qui veut que ce soient toujours les "cadres", les "chefs" qui ne veulent pas intégrer ceux qui viennent du milieu ouvrier.

On constate le contraire. Les copains de pauvreté sont jaloux de celui qui cherche à s'élever parce qu'ils n'ont ni la volonté ni le courage d'en faire autant. Un "prétentieux" comme on dit en Suisse pour vilipender celui dont on estime qu'il renie les siens pour changer de caste. Né au bas de l'échelle, on doit y rester sinon c'est la mise à l'écart totale, le harcèlement version ouvrier. La situation décrite ici est bien réelle et la méchanceté des imbéciles est terrible.

Mais notre héros, qui a connu les vaches maigres, a en lui ce souffle divin qui fait le génie et aide à tout surmonter pour aboutir. Les copains perdus ? Tant pis. La famille délaissée ? Tant pis, même si elle le comprend, si elle le soutient. Seule compte l'usine dont le sang coule dans ses veines.

C'est tout à l'honneur de la hiérarchie d'avoir découvert cette pépite en son sein et de lui avoir donné sa chance. Je ne suis pas sûre que cela se passe ainsi dans beaucoup d'endroits, le vol d'idées étant un exercice très pratiqué.

Ce texte parle d'une passion et la passion ne se mesure pas à l'aune des gens ordinaires. Les personnages sont bien posés et soulignent l'opposition entre ceux qui se contentent de leur sort et ceux qui prennent leur destin en main.

Le texte est bien écrit et bien mené. Une fois que l'on s'est habitué à cette narration extérieure, la lecture est aisée. La vision portée est optimiste malgré "Les doigts de la vie à genoux" "Les doigts du désert dans la tête" qui pointent celui qui sort du troupeau.

en EL

   Tiramisu   
19/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Ecriture maitrisée, dense, pas si facile d’accès, à lire lentement. Style adapté à cette histoire qui remonte le temps et à ce milieu. Cela parle de misère mais pas celle d’aujourd’hui. C’est une misère où le dénuement est total, pas d’aide d’état, où l’on peut compter que sur soi, son travail, sa conscience professionnelle jusqu’au don de soi, et en se donnant on peut obtenir le Graal.

Un fils écrit à son père, un fils d’âge mûr maintenant, si on fait référence à la R8, la gauloise et le skaï.

C’est un texte qui parle de misère, mais aussi de fierté, d’amour filial pour un père. Cela parle aussi d’amour, d’engagement envers son travail, son entreprise, qui ressemble à une dévotion. Mais aussi d’un homme parti de rien qui est parvenu à créer, à se réaliser dirait-on aujourd’hui, atteindre le haut de la pyramide de Maslow.

Oui mais, quand on avance, quand on s’élève, on laisse du monde en route. Les amis, les poteaux, eux se sentent trahis. Cela parle aussi de castes, la caste des ouvriers, caste fière qui n’aime pas beaucoup les cols blancs et quand un des leurs passent de l’autre côté, c’est un traitre. Réussite personnelle mais grande peine de cœur.

Il en a fallu du temps, ça c’est en filigrane, au fils pour ne plus en vouloir au père de cette dévotion pour l’Usine, dévotion qui le rend absent même quand il est présent physiquement lors d’une partie de pêche.

Merci pour cette lecture.

   ClaireDePlume   
19/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
« L’homme qui dansait sur le dos des étoiles » : un titre qui interpelle et suggère différentes options de lecture. Un conte initiatique ? Une histoire qui nous entraînerait dans l’univers du cirque ? De la danse classique ? Un astronaute qui a réalisé un rêve de gosse ? Tout est possible. Installons-nous bien confortablement pour lire la suite.

Mince alors ! L’imaginaire glisse peu à peu vers quelque chose de plus terre à terre : « Tu l’as peut-être aimée plus que moi ». Une histoire d’amour contrariée par l’arrivée d’une tierce personne. ? Tiens ! Comment l’auteur va-t-il aborder ce thème sans tomber dans les poncifs habituels ? Et de nouveau, une virevolte des mots qui nous emmène dans un coin de Bretagne au paradis industriel de la chaussure !!

Cher auteur, en quelques subterfuges langagiers maniés comme un d’Artagnan épéiste de la prose, vous brouillez merveilleusement bien les pistes pour nous entraîner dans un univers loin d’être rose, et où s’épanouir tenait du sacerdoce. Un homme y est parvenu, au prix de nombreux sacrifices, à commencer par ceux de sa famille « filiale » et de sa famille ouvrière. S’élever socialement en subissant le regard en croix de ceux dont on a partagé le croûton trempé dans la soupe.

Vos mots font mouche et sont le signe évident d’un style incomparable pour faire émerger des images drôles (« Tu avais de la fierté jusqu’au fond des papilles »), sensibles (ça vous met de la limonade dans les yeux »), râpeuses (« cette décharge de vies malmenées et rongées du dedans »), aigres (« Un caillot de crasse humaine qui te dézingue à petit feu »).

Un écrit en forme d’hommage à un père admiré pour avoir su réaliser ses rêves. Je suis admirative de votre écriture – rien de nouveau là-dedans !! – et de votre capacité à toujours vous exprimer sur des sujets inédits.

Merci de nous avoir offert ce double destin singulier : celui d’un homme et de « son » usine.

Claire De Plume

   veldar   
20/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Pierrick

J'ai beaucoup aimé. L'histoire et le style. Surtout le style. Râpeux comme un verre de gros rouge. Musical. Visuel. Là où j'ai un souci c'est sur le contenu. Il me manque des mots sur la guerre. 1957, il avait quoi 25/30 ans ? Et le fils était déjà né. Pas un mot là-dessus. C'est le monde ouvrier le sujet. Oui mais pas tout à fait. C'est aussi une histoire de fierté et de revanche.
C'est quand les copains l'ont lâché que je me suis demandé si des fois quelque chose s'était produit pendant cette guerre ici très silencieuse. Des copains qui ne vous parlent plus parce que vous êtes devenu contremaitre, je ne sais pas, ça me parait possible, bien sûr, mais un peu léger. On ne sait pas non plus grand chose de l'enfance de ce fiston. Et pas un mot non plus sur le mariage. Le père était vraiment obnubilé par son travail. Un super mega égoïste apparemment.
Bref. C'est vraiment, vraiment trop court. J'espère que cette lettre est un extrait de quelque chose de plus grand.
Avec mes remerciements.

   plumette   
21/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une écriture avec des images fortes, singulières pour nous parler d'un monde dur et de la tendresse d'un fils pour son père.

J'ai aimé dès la première lecture faite un peu vite , et puis je suis revenue pour une deuxième lecture qui a suscitée des questions. cette misère au milieu des années trente qui conduit à " bouffer du rat et des racines bouillies"se télescope peut-être un peu dans les souvenirs du père avec la guerre? Cela m'a étonnée qu'il ne soit à aucun moment question de cette période qui a tout de même due avoir une incidence sur l'Usine.
Et à quel âge Robert devient-il contremaître?

en fait le sujet n'est sans doute pas de nous dérouler chronologiquement la vie de cet ouvrier qui monte les échelons et se découvre même des talents créatifs. La " rétrospective " est faite par le fils devenu adulte qui égrène soit des souvenirs rapportés, soit les siens propres.Le sujet est beau et il est servi par une écriture qui ne peut laisser indifférent.

Merci pour le partage

Plumette

   Pouet   
21/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bjr,

bah c'est super bien écrit, que dire d'autre?

Sur la forme, pour moi, c'est du très très bon.

Juste peut-être cet emploi: "je ne t’en veux pas un millième de seconde" qui m'a un poil fait tiquer par son caractère commun et peu recherché. Y en a peut-être d'autres, mais c'est sur lui que je me suis arrêté.

Sinon, franchement j'ai rien à redire au niveau de l'écriture.

Le fond, sur fond de "mon vieux" est lui aussi bien attrayant, "l'amour" pour l'usine est bien amené.

C'est assez émouvant, pas larmoyant et ça se lit vraiment très bien.

Bravo à vous.

   thierry   
21/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est magistral. Autrement dit, un modèle de maîtrise. Non, ce n'est pas parfait, "le millième de seconde" oui bon… Mais plein d'images réussies pour servir la fierté comme on sert un drapeau et ça claque au vent, bravo.
J'aime bien ce principe d'économie, on ne bavarde pas, on ne s'écoute pas, on ne s'apitoie pas. Sur un tel sujet, c'est naturel et justement la nature humaine dans ce qu'elle a de sociale laisse cette paternité devenir fraternité, c'est remarquable.
Merci pour ce texte.

   emilia   
29/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J’ai rarement le temps de feuilleter les nouvelles, mais votre titre si poétique « L’homme qui dansait sur le dos des étoiles… », un très bel hommage, a su attirer ma curiosité ainsi que l’expression concluant le premier paragraphe : « c’est de l’enfance qui revient sur la pointe des pieds, c’est tout. » (un tout très humble qui résonne comme un TOUT en majuscules et qui a suscité mon intérêt de lecture)
Un fils s’adresse à son père sous forme de lettre « toi, mon père, mon géant… », une déclaration d’amour filial avec cette symbolique du Graal élevée vers le sacré, une image qui me parle… « Entré à l’usine à 12 ans pour combattre la misère » m’interpelle et me rappelle le sort difficile des enfants de cette époque où il n’était pas rare d’être embauché même à 8 ans dans une filature où la mère travaillait…
Une promotion vécue comme une trahison par les copains, les frères d’arme, « une maladie honteuse » entraînant solitude et tristesse, voire dépression… Ce père dont la silhouette « se rapetissait sous le poids des jours », récompensé de son travail créatif et qui réussit à acquérir un statut social plus élevé malgré le sentiment par sa famille d’être moins considérée car il s’investissait dans ce travail comme s’il était « entré en religion »… ; une date fatidique sur laquelle se noue l’intrigue, mais qui a contribué à ce que son fils le regarde avec fierté et admiration, voire « fascination »…
Même si « mille ans dans tes yeux » semble un peu hyperbolique, un sujet bien campé pour une narration bien conduite et une lecture prenante… ; merci à vous…

   Lulu   
1/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Pierrick,

J'ai d'abord beaucoup aimé le titre très poétique et si évocateur avant et après lecture du texte.

Concernant le texte, j'ai été un peu gênée par le choix de la deuxième personne dans la narration. Cependant, les mots et leur portée prennent le pas très vite avec quelques belles images, comme "la limonade dans les yeux", par exemple, ou la proximité avec le père via ses propres mots "Rien que le nom, tu sentais la mort rôder".

Ensuite, j'ai trouvé que le récit devenait plus intéressant avec le zoom fait sur le père lorsqu'il est entré à l'usine, à partir de "Pouvoir entrer à l'usine à douze ans, c'était ton Graal". A partir de ce paragraphe, je me suis mieux représenté un peu de cette vie à la fois située entre les souvenirs du narrateur et une réalité crue "l'usine à douze ans", notamment, sans compter ce qui est développé plus loin.

J'ai aimé la forme de ce récit, en dehors du "tu", mais aussi apprécié qu'il ne soit pas plus long. Le côté court n'empêche pas son côté percutant.

Bonne continuation.

   FANTIN   
1/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte qui vous prend et, du premier au dernier mot, ne vous lâche plus. Pas de "littérature" ici, mais de la vie sans masque, de l'émotion qui va profond; une belle histoire de misère et d'amour qui, pour finir, emporte la manche. Partir de rien et réussir à surmonter les obstacles à force de volonté et de passion, malgré solitude et rejet, c'est beau, c'est noble, c'est ce qui rend fier à juste titre et c'est pétri d'humanité.
Seul le titre me semble légèrement pompeux.


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