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Science-fiction
placebo : Treize secondes après la mort de Dieu [concours]
 Publié le 18/09/16  -  9 commentaires  -  21212 caractères  -  143 lectures    Autres textes du même auteur

Faire carrière dans le mystique.


Treize secondes après la mort de Dieu [concours]


Ce texte est une participation au concours n°21 : Et en 13 secondes, tout bascula...

(informations sur ce concours).




Genèse – 0


Dieu fit les plantes le troisième jour, les animaux aquatiques et aériens le cinquième, les animaux terrestres et l'homme le sixième. On suppose qu'il créa les micro-organismes le troisième jour également, la Bible ne donne pas de précision à leur sujet.


La version officieuse est un peu plus complexe.


*


Mort – 1


L'ours regardait son corps échoué contre les rochers. Il était bon nageur, mais le courant trop puissant l'avait entraîné et sa tête brisée était méconnaissable.

Il gémissait, ne sachant où aller. Les arbres autour de lui étaient familiers, ils faisaient partie de son territoire, le vent dans ses oreilles amenait les bruits des animaux d'Alaska. Mais tout semblait diffus, pâle.


L'ours regardait son corps échoué contre les rochers et sentit une présence entre lui et sa dépouille. Pendant un bref instant, il retrouva la sensation de sa naissance, de sa mère, des chasses, des combats menés, des femelles, des longues marches, de la neige l'enveloppant de sa douce froideur en hiver.


Ce bref instant, il l'oublia quand il vit un saumon s'agiter devant son museau dans le courant. C'était un magnifique poisson, majestueux, odorant, musclé. L'eau monta à la bouche de l'ours, et il crut à peine ses yeux quand il vit d'autres poissons suivre ce premier mets des rois. Il oublia son corps à ses pieds et courut dans les airs après les poissons, qui s'éloignèrent à peine, mais il les rattrapa d'une enjambée rapide, c'était un grand chasseur, un maître de la chasse aux saumons.


En refermant sa mâchoire sur le poisson, il sentit se briser le fil ténu reliant son âme à son corps, il leva les yeux une dernière fois vers le ciel avant d'y monter tout droit.


*


Genèse – 1


– Je lis dans votre dossier que vous venez du Bureau Central, fit Dieu.

– En effet, fit l'ange du Bureau Central.

– Quelle activité exerciez-vous là-bas ?


C'était écrit dans le dossier, mais l'ange supposa qu'il s'agissait d'une demande habituelle en entretien d'embauche. Il pensa aussi au long chemin qu'il avait parcouru pour venir dans ce coin de la galaxie.


– Je tuais les étoiles.

– Intéressant… Et comment vous y preniez-vous ?

– Les étoiles, comme vous le savez sans doute, ont une durée de vie déterminée par leur masse initiale d'hydrogène. Grâce à la fusion, l'étoile peut générer de l'énergie et émettre de la lumière, en créant d'autres éléments. Ces éléments plus massifs alourdissent l'étoile qui s'effondre sur elle-même, la tuant. Moi, je « saisis » cet instant où l'étoile meurt et je l'aide à mourir.


Silence.


– Et, c'est indispensable que quelqu'un l'aide à mourir ? Elle ne peut pas y arriver toute seule ?

– Si, simplement… sans mon aide, et celle des autres anges, l'énergie vitale de l'étoile disparaît. Au moment de sa mort, nous la recueillons et l'insufflons à des champs de matière pour créer plusieurs autres étoiles.


Dieu, Diable et les anges-ingénieurs sourirent. Ils entraient en terrain connu. La décision de Dieu était prise, manquaient deux choses pour s'assurer que cette décision était bonne.


– Comme vous le savez sans doute, nous sommes une petite équipe, nous gérons de manière artisanale ce système composé d'une étoile, huit planètes dont quatre telluriques et quatre géantes, deux ceintures d'astéroïdes. Rien de palpitant a priori… Cette étoile, que nous nommons le soleil, pourriez-vous la tuer là, maintenant ?

– Non, car elle n'est pas morte.

– Pourriez-vous me tuer ?


Silence.


– Non.

– Non, car vous ne tuez pas vraiment, vous recueillez l'énergie vitale, je l'ai bien compris… Notre système solaire n'a rien de palpitant ai-je dit, pourtant nous avons un plan nommé Terre, un plan ambitieux, que je vous dévoilerai dès que vous aurez rejoint notre équipe. Êtes-vous intéressé a priori ?


L'ambition n'était pas la caractéristique première de l'ange, mais il pensa à nouveau au voyage dans le vide sidéral et fit bonne figure.


– Je le suis.

– Parfait, alors suivez-moi.


*


Mort – 2


Mort avait puisé dans tous les souvenirs de la vieille dame, fait appel à toutes les émotions qu'il connaissait mais rien ne fonctionnait, elle demeurait souriante près de sa dépouille. Il se matérialisa auprès d'elle. Ils restèrent un certain temps à se regarder sans parler. Elle était belle.


– Ça fait longtemps que je me prépare. Mais la mort, elle, n'est pas prête ?


Il lut de la malice dans ses yeux.


– Appelez-moi Cindy. Il y a encore quelques questions que je me pose auxquelles j'aimerais trouver une réponse. Quand je vous ferai signe, vous viendrez ?

– Oui. N'attendez pas trop longtemps, une fois le corps dispersé en d'autres éléments, il n'y a plus de chemin possible.


*


Genèse – 2


L'équipe Terre se retira, Diable lui fit un sourire complice, un ange lui jeta un regard ambigu et Dieu partit sans se retourner. Était-il fou, difficile à dire, en tout cas il avait réussi à s'entourer d'anges dévoués. L'ambition le brûlait, c'était certain, il y avait plus que des plans et des désirs de réussite dans ses yeux, on y lisait la volonté de puissance.


Mort, comme il s'appelait désormais, se mit à rêver à son poste aux découvertes qu'il allait faire, aux espoirs des autres. Ce n'était pas le Bureau Central, son activisme, ses milliards d'anges affairés aux réajustements infimes des variables de l'univers, ses délégations galactiques, ses tentatives de compréhension de la matière, de l'énergie, du tout, ce quelque chose qui émergeait de tous ces anges réunis, mais c'était un vrai travail dans lequel il croyait.


Ici, dans la périphérie de la Voie lactée, tout était calme. Les étoiles murmuraient leur champ de photons, une tempête solaire projeta son rayon d'ondes, Mort ferma les yeux et écouta le vide sidéral. Il se sentit baigné par les champs magnétiques, bougea au gré des forces gravitationnelles, perçut les trillions d'atomes autour de lui. Il avait fui l'agitation pour trouver la nature, et cette nature, il allait aider à lui donner forme et à la rendre foisonnante.


*


Amour – 1


Il y avait une technique, qu'il connaissait pour l'avoir pratiquée, le seul problème c'est qu'elle n'était pas très discrète. Il se dématérialisa presque complètement pour se retirer en lui, au dernier moment elle le rejoignit dans son espace, qui se ferma à la perception des autres après avoir brillé de mille feux. Voilà, ils étaient seuls, mais tout le monde était au courant et ça allait jaser.


Elle était tendre, elle était sauvage, elle le dominait et se laissait dominer, l'enveloppait et se laissait envelopper. Il était surpris de sa passion pour elle, rien ne semblait pouvoir les rassasier, une caresse de l'autre, un toucher mental suffisait à réveiller toute leur ardeur. Le temps ne comptait pas dans cette capsule, ils pouvaient parler et coexister pour l'éternité.


Ils en sortirent avec un sentiment de violence déchirante, se jurant d'y retourner dès qu'ils le pourraient. Ils se quittèrent comme on quitte un ami d'enfance, à la fois confiant et plein d'incertitudes dans l'avenir.


*


Genèse – 3


Le travail, en soi, n'avait pas l'air compliqué. Mais Mort ne comprenait pas. Quelque chose lui résistait. Il contempla la bactérie en face de lui, alors que les cellules se désagrégeaient déjà sous l'action de l'hydrolyse.


– Treize secondes.

– Quoi ?

– Treize secondes, c'est le moment à partir duquel l'énergie vitale de l'âme commence à diminuer. Après, le rendement plonge très vite, mais ça vaut le coup de mener la tâche au bout, toute énergie est bonne à prendre.


C'était un ange tout simple, technicien à la gestion de l'énergie quand d'autres étaient architectes à la droite de Dieu, superviseurs pour Diable qui s'occupait de tous les détails pratiques à la place de son chef trop occupé, ingénieurs en chef ou chargés d'étude sur le système solaire.

C'était le seul ange qui semblait vouloir lui donner un coup de main et il n'avait pas l'air bête.


Mort intégra la donnée et se concentra à nouveau sur la bactérie. BOUGE, lui intima-t-il, sépare-toi de ton corps insignifiant, tu es morte, abandonne ! Mais l'entité pluricellulaire ne parlait pas la même langue que lui. Il soupira. C'était plus simple sur la matière, un petit toc mental et l'énergie s'échappait.


Dieu se pointa à l'improviste.


– Alors, ça avance ?


Mort sursauta, rougit, bredouilla. Tout était bientôt prêt pour le lancement du projet Terre, presque tout…


Il regarda Dieu dans les yeux et lui avoua qu'il n'arrivait toujours pas à récupérer l'énergie de l'âme. Celui-ci douta-t-il du choix de sa recrue ? Il ne montra rien, son regard perçant et son sourire énigmatique respiraient la confiance, il partit après des encouragements.


À chaque rencontre, Mort était davantage impressionné par les multiples qualités de son chef. Il se promit de ne pas le décevoir.


Quark, le technicien, n'était pas du même avis.


– C'est un costaud, c'est sûr. Mais il va nous mettre dans la merde, fit-il avec l'assurance du baroudeur qui a traversé la galaxie et qui sait ce qu'emmerde signifie.


*


Mort – 3


La bactérie était, et n'était plus. Elle ne sentait rien, elle n'avait jamais eu conscience d'elle-même. Ses actions étaient guidées par sa structure génétique, sa marge de manœuvre individuelle très limitée.


Et pourtant, elle avait été vivante. Quelque chose la rendait différente des autres, elle avait existé, on lui avait insufflé de l'énergie et cette énergie était toujours là, dans le lien avec son âme.


L'attachement au corps. Mort avait dû se matérialiser sous de nombreuses formes, éprouver la gravité, vivre, pour comprendre. Il en retira la peur, elle était puissante, et elle existait chez tous les êtres vivants.


La bactérie sentit la peur en elle. Elle sentit son corps se dissoudre, elle se vit seule, asphyxiée. Elle paniqua, et ce fut sa fin. Comme celle de milliards de bactéries au même moment.


*


Amour – 2


– Tu sais, ça ne demande pas beaucoup de travail, de récupérer l'énergie des bactéries. L'effort est minime et les gains sont importants à la fin, mais ce n'est pas intéressant, autant que quelqu'un d'autre le fasse.

– Mais tu es mal à l'aise, tu n'aimes pas ça, mon amour.

– Si, je suis content, ça me laisse du temps libre pour autre chose.


Elle le regarda d'un air suspicieux. Il avait les traits tirés, il travaillait trop, c'était certain. Mais elle avait un doute – avoir d'autres anges sous ses ordres allait modifier la nature de son travail, pas sa quantité.


Elle avait envie de parler à Dieu, de lui dire de ménager Mort, mais on ne la laisserait même pas approcher. L'équipe avait grandi, la structure artisanale était maintenant une véritable organisation hiérarchisée avec ses échelons et ses chefs aux voies impénétrables dirigeant un projet Terre de plus en plus complexe.


Mort commença à parler, très lentement.


– En fait, ce qui me fait peur, c'est l'évolution du métier. Je l'ai créé, avec Quark au début bien sûr, mais les modèles, comment tuer chaque classe d'être vivant, c'est moi qui les ai créés. La peur pour les micro-organismes, ça paraît bête, mais c'est ce qui marche le mieux. C'est primitif, au-delà de toute rationalité car ils ne pensent pas, mais ça fonctionne ! Seulement, il y a manière de tuer et manière de tuer. Il faut le faire avec conscience. Avec recueillement pour l'être vivant. Sinon c'est de l'abattage en chaîne. Peu importe le nombre, un million, mille milliards de trillions, il faut le faire en conscience, sinon ce n'est pas du boulot. Et ces gars que j'ai commencé à former, j'ai peur qu'ils ne le comprennent pas.


Elle détourna la tête pour ne pas lui montrer combien elle était émue. Mort, son éthique, sa dignité.


Je t'aime, pensa-t-elle. Elle le répétait souvent, incantation, talisman contre les malheurs du futur, mais elle doutait, malgré tout. Il n'y a pas de Foi sans doute, lui avait dit un jour Mort, alors qu'ils se promenaient tous les deux sur Valbaara, le premier continent terrien.


La Foi, curieux concept pour des anges. Mort l'avait inventé, pas encore défini, cela viendrait un jour.


*


Genèse – 4


Depuis sa première rencontre avec Dieu, Mort n'avait plus revu la chambre d'énergie. Elle avait changé, non pas en taille, mais en complexité, on sentait que beaucoup d'anges s'étaient penchés sur son amélioration.


Diable vint l'accueillir, préoccupé.


– Tu vois cette variation ? C'est infime, et pourtant… il y a eu disparition.

– Une fuite ? Un moindre rendement ? J'ai observé que les nouveaux n'arrivent pas à tirer autant d'énergie que moi, ça s'améliorera bien sûr mais…

– Mort, nous ne sommes pas là pour ça. Dieu et moi sommes très contents de toi et de ton travail, et je suis sûr que tu continueras à progresser, je ne me fais aucun souci pour toi. D'ailleurs on en parlait, il serait temps de t'associer à d'autres projets… on en rediscutera. Non, le problème, après avoir cherché dans tous les sens, c'est une question de vol d'énergie !


Mort se pétrifia. La colère l'envahit.


– On a une idée du coupable ?

– Oui… c'est un technicien dédié à l'énergie… tu l'as déjà rencontré je crois, Quark.

– Lui ? C'est impossible. Je le connais très bien oui, on a travaillé ensemble. C'est presque un ami !

– Un ami dangereux alors.


Diable s'éloigna, revint avec Dieu, puis reprit ses explications.


– Il volait l'énergie, privant des millions d'organismes de la vie ! Et tout ça pour quoi ? Pour son profit personnel, il avait découvert comment augmenter ses capacités, être plus fort, se déplacer plus vite… Il était intelligent bien sûr, mais son existence n'avait rien d'extraordinaire, par certains aspects c'était un raté avant de nous rejoindre.


Mort ne disait rien. Dieu s'approcha.


– Nous l'avons capturé. Il ne veut ni rendre l'énergie volée, ni reconnaître son vol. Nous ne pouvons pas le laisser partir. Il n'y a qu'une seule solution. Tu dois essayer de le supprimer.


*


Genèse – 5


L'astéroïde mesurait quatorze kilomètres de long pour cinq de large. Dans le jargon des anges chargés de l'observation du système solaire, on appelait ça un géocroiseur. Une grosse masse qui allait croiser la Terre.


– En temps normal, fit Diable, ça nous poserait moins de problèmes. Mais avec les éruptions volcaniques en cours…

– Une nouvelle grande extinction ?

– J'en ai peur. Beaucoup de travail en perspective pour toi.

– Ça ira, j'ai l'habitude. Par contre, je m'inquiète pour l'évolution… la vie s'en remettra ?

– Tout est prévu. Enfin, tout est prévu… nous avons fait nos prévisions, devrais-je dire. Les dinosaures ne sont plus adaptés, et surtout leur potentiel de croissance de l'énergie est trop faible. Nos anges disent qu'il existe un lien entre conscience de soi et potentiel. Il faut aller dans cette direction.


Mort contempla l'astéroïde. Des milliards d'individus qui n'avaient rien demandé allaient mourir. Comme d'habitude certes, on leur donnait la vie en gage, ils devaient la rendre à la fin… Pourtant, il sentait une forme d'injustice dessous.


– Et d'où vient-il ? Pourquoi ne l'a-t-on pas détecté plus tôt ?


Diable sembla gêné.


– Ne le répète pas, mais on pense qu'il a été envoyé par le Bureau Central. Pour contrecarrer nos projets.


Mort eut du mal à le croire. Depuis la disparition de son ami, il observait des choses étranges dans le projet Terre.


*


Amour – 3


Ça aurait été leur plus belle découverte, songeait Mort. Quark avait eu cette intuition de la vie comme aucun autre individu.


Il errait avec elle dans les forêts géantes, entre les arbres et les plantes basses, les insectes et les animaux, les micro-organismes et la matière.

N'importe quel endroit de la Terre aurait été adéquat, mais c'était au sein des forêts que Mort voulait tenter son expérience. Les autres anges restaient dans l'espace, sur leur travail, dans leur bulle hors du temps. Personne ne faisait l'expérience du temps comme les êtres vivants.


Autour d'eux, la mort régnait, des milliers d'organismes succombaient. D'autres naissaient. Il y avait un premier flux, une première tension entre ces morts et ces naissances.


Et toutes ces âmes palpitaient. Quark n'était pas mort, il s'était abandonné à Mort, il était entré en lui. Comment tuer un ange ? Il ne le savait toujours pas. Depuis, il sentait sa propre énergie augmentée, et surtout il percevait cette tension au sein des êtres vivants, lui qui n'avait pu lire que dans leurs âmes jusqu'alors.


Les êtres vivants baignaient dans l'énergie. Nul besoin de leur mort pour la capter et créer d'autres êtres vivants. Ils formaient une biosphère.


Mort errait dans les fougères et se demandait à quoi servait son travail, et surtout quelle était la raison de la quête de Dieu. Celui-ci devait le savoir, la Terre se suffisait à elle-même.


*


Mort – 4


Il sentit une impulsion, la reconnut, une humaine l'appelait, cette Cindy qui ne voulait pas quitter son corps. Quelques-uns étaient dans son cas, ils représentaient pour lui un échec et une fierté, ces irréductibles.


Elle était prête, cela se voyait. Prête à perdre son âme, à se donner pour créer d'autres vies.


– Toutes les émotions ne se valent pas, lui dit-elle. Il n'y a pas que la peur, l'envie et l'amour qui règnent. Chaque être est différent. Le comprendre, c'est comprendre qui il est.


Il trouva la fierté en elle, qu'il n'aurait pas soupçonnée, et la guida vers le ciel.


*


Diable était puissant. Trop, Mort le sentait, trop d'énergie coulait en lui, qu'il avait détournée et absorbée.


Mort avait compris son orgueil, mais il n'avait pas percé à jour son avidité, sa soif de pouvoir, différente de celle de Dieu, sa ruse. Enjôleur, il savait convaincre.


Diable souriait, il était à l'aise. Le secret, la révélation de sa trahison du plan, tout cela lui plaisait. Il n'avait pas l'intention de faire durer ce plaisir et fondit sur un Mort tétanisé par la découverte. Toute l'énergie qu'il projeta rencontra le vide, l'illusion créée par Mort se dissipa. Diable se retourna, il était trop tard, il sentit comme une caresse l'étreindre, la sensation de se fondre dans plus grand que lui, puis il disparut.


Treize secondes plus tard, Dieu ressentit le choc. Il vint à Mort et vit que ce dernier avait absorbé son acolyte. Le secret était ébréché, le plan menacé.


– Te souviens-tu de notre première rencontre, quand je t'avais demandé si tu pouvais me tuer ? Tu avais répondu non.

– Et je ne le peux toujours pas. Dieu, tu n'as pas de corps.

– Mais j'ai une âme. Et si celle-ci décidait de mourir ? Si tu arrivais à me convaincre de cette idée ?

– Tu n'as pas l'air de le vouloir. Et tu es bien plus sage que moi, je ne te convaincrai pas.

– Allons sur Terre voir comment se débrouillent les humains.


Mort suivit son chef à distance. Quel était son plan, remplacer Diable par un ange plus doué encore, lui-même ?

Ils survolèrent la Terre, ses zones protégées, ses colonies de robots, ses populations en symbiose tandis que d'autres étaient avides de contrôle.


– Je crois que j'ai fait une erreur avec ces humains. Une évolution de trop. Tu avais raison à propos de cette dernière extinction.

– J'aimerais croire en eux. Ils sont complexes. Plus proches de nous qu'aucune espèce ne l'a été. Tu aurais dû discuter plus avec eux.

– Il est trop tard maintenant ?

– Presque trop tard. Vous avez fait trop de mal et la Terre n'a plus besoin de nous, notre rôle est achevé. Dieu, pourquoi voulais-tu toute cette énergie ?


Ils contemplèrent l'infini de la galaxie, ses étoiles, ses radiations, ses déformations de la matière et de l'énergie.


– Tu as été comme moi au Bureau Central. Tu as senti cette présence. Pourquoi existons-nous, les anges ? Comme tu l'as dit, la Terre se régule toute seule, et c'est pareil ailleurs, nous ne servons à rien. Administrer l'univers ? Une vaste fumisterie ! On existe, un peu par hasard, et on nous occupe avec un jouet, voilà l'idée. J'ai voulu créer quelque chose de grand qui forcerait cette présence à se dévoiler. Je voulais rencontrer notre créateur.


Dieu regarda Mort et un frisson le parcourut. Il sentit qu'il n'avait pas échoué dans sa quête. Cette présence qui l'obsédait, elle était là, dans cet ange qui avait porté toutes ces énergies venues de la Terre et avait absorbé celle de Quark et Diable ! Leur créateur ne pourrait se manifester que là ! Il plongea en Mort.


Toutes les émotions ne se valent pas. Au moment où il accueillit Dieu en lui, Mort n'était qu'amour, et l'énergie dissipée dépassa tout entendement.


Treize secondes après la mort de Dieu, la Terre était toujours là. Mort était là. Elle était là. Et le Bureau Central les demandait. Ils partirent, confiants et pleins d'incertitudes dans l'avenir.


 
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   JulieM   
6/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien
En lisant l'incipit et les premières lignes, j'aurais facilement choisi de ne pas lire ce récit, la chose biblique, dieu et diable n'étant vraiment pas dans ma sphère d'intérêt. Allais-je trouver ici une réflexion méta-physique, un parangon du créationisme ? Ben, non...
J'ai trouvé dans cette histoire une étrange métaphore de la physique des particules et des lois de la thermodynamique ! "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme", voilà la clef qui rend cohérent le récit. Quelle imagination !
Juste une petite question à l'auteur : pourquoi avoir choisi "Quark", particule élémentaire qui n'existe pas en dehors du hadron (je trouve au mot "Hadron" un petit côté dramatique et mystérieux qui aurait bien convenu...).
Cohérence, progression dramatique, précision, que demander de plus ? Vous avez réussi à susciter l'intérêt du lecteur.
Merci.

   Anonyme   
8/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

En voilà une nouvelle... où l'on apprend que Dieu, Diable, Mort et Quark (etc.) ont aussi un Créateur. Sans doute le Bureau Central, dirigé lui-même par autre chose. Et ainsi de suite, non ?!?

Une histoire complexe, mais pas inintéressante, loin de là, car le traitement est assez original pour qu'on y prète une oreille attentive...

Je suis plus un adepte des guerres interstellaires et/ou se déroulant sur la terre ferme, que celles se confandant avec les âmes et autres sources mystiques de l'Être, du Moi et autres entités supérieures et intangibles, mais la qualité littéraire est bien là, de même que le pouvoir de narration, la qualité des dialogues, l'habileté à nous faire découvrir autre chose que l'ordinaire, et j'en passe, donc bravo.

Wall-E

   Charivari   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour.
Un texte très original, mais... Désolé, j'ai un peu décroché au bout d'un moment. Au debut, le texte est agréable à lire, mais ensuite, je trouve qu'il est trop "théorique", trop hermétique, pas assez imagé. Du coup je ne suis pas sûr d'avir tout compris. Ça fourmille d'idées mais ces idées ne sont pas assez exploitées à mon goût pour en faire une vraie nouvelle qui embarque le lecteur. Je crois que le format y est pour beaucoup: c'est trop condensé, toute cette "genèse" réécrite devrait faire le double de caracteres, avec un texte plus poétique, plus aéré, plus humoristique.
Cependant, je salue l'idée originale.

   Pepito   
18/9/2016
Et bonjour !

Forme : très bonne écriture, vu le niveau général du concours, c'est à noter doublement !

Fond : ce que j'aime dans la SF, c'est l'humain. Alors quand ça part scientifiquo-machin-chose avec des quark, des forces magnétiques et cie... je frémis, l'ennui n'est pas loin.
Ici nous avons des "entités" créatrices (et donc destructrices) de l'univers... pas de pb avec ça. Juste que le champ lexical est complètement à coté de ses pompes, complètement humain :

"dans la périphérie de la Voie lactée" elle n'est "voie lactée" que du point de vue terrestre
"secondes" ,aussi, n'existe que du point de vue terrestre (oups! mal barré pour le thème, avec ça ;=)
"Mais l'entité pluricellulaire ne parlait pas la même langue que lui." çà, c'est de l'humour je suppose...
"Il regarda Dieu dans les yeux" là, c'est sûr, c'est de l'humour...

L'histoire commence à se prendre grave les pieds dans le plat : nous avons la vie telle que nous la conaissons, parfait ! Mais on invente la mort un peu plus tard... du créationnisme, donc... Mhhh, des anges en couple qui s’aiment... là, on passe du créationnisme au méliméloïsme...

Sans parler des pbs temporel de la narration : la vieille dame "avant" les dinosaures... ?!! Il est vrai qu'en méliméloïsme, plus rien n'a d'importance... ;=)

Bonne continuation, moi j’arrête là.

Pepito

   plumette   
19/9/2016
j'ai fait l'effort de lire ce texte de SF, alors que j'ai beaucoup de difficultés avec ce genre, parce qu'il s'agit d'une participation au concours.

le texte est bien écrit mais j'ai été larguée très vite entre les différents protagonistes faute de pouvoir me représenter leur rôle.

je retiens l'idée directrice: Dieu a toute une équipe, il est chef d'entreprise et la nouvelle se propose de réécrire la genèse?

quel est le lien entre la scène de l'ours et le reste du texte?

et je n'ai pas non plus compris la nécessité d'inclure cette histoire d'amour entre Mort et Cindy.

Un texte pour initiés, dont je ne suis pas!

désolée, je ne peux pas mettre d'appréciation.

Plumette

   Bidis   
20/9/2016
Je n'ai lu que le début de ce texte ainsi que quelques passages. Je trouve l'écriture très évocatrice mais je ne peux pas entrer dans cette "histoire". Est-elle surréaliste, fantastique, symbolique..., peu importe. J'ai l'esprit trop terre à terre, je l'admets. Et donc, je ne peux pas mettre d'évaluation, je suis désolée. Quand je connaîtrai l'identité de l'auteur, j'irai éventuellement lire un autre texte sous sa plume, parce que je la trouve vraiment belle.

   MissNeko   
20/9/2016
La plume est très belle mais je suis désolée :j'ai décroché. C'est très hermétique et trop scientifique pour moi. Je n ai pas compris l ours du début ?

   FABIO   
28/9/2016
Je ne suis pas un adepte des nouvelles et celle ci m'a laissée un peu dans le flou.Je reconnais qu'il y'a un style mais parfois la lecture de vos mots parait difficile.

Au plaisir

   Anonyme   
16/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Placebo,
J'ai aimé votre écriture, il y a de bons passages comme au tout début la mort de l'ours. Je regrette que la suite de l'histoire n'ait pas davantage ressemblé à cela. Cette hiérarchie de l'univers avec ces Dieu, Diable, Mort, inventions humaines naïves et bien incomplètes me semble un rien risible, sauf que je n'ai pas ri, je me suis juste un peu ennuyé.
Je ne parle pas du thème du concours respecté ou non puisque c'est passé ( quoique, comme Pepito, je trouve que la notion de seconde en regard de l'éternité, c'est bien un peu pour faire raccord.)
La Génèse Biblique est une invention humaine et vouloir voir en cela une réalité universelle sous couvert de quelques relents scientifiques me parait un rien désuet en matière de S.F. Et en plus, il est vrai que j'ai eu du mal à bien tout suivre dans votre histoire.
Désolé donc.
Mais à vous relire sans aucun doute, pour la belle écriture.


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