Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réalisme/Historique
plumette : Possession
 Publié le 07/10/22  -  10 commentaires  -  12982 caractères  -  99 lectures    Autres textes du même auteur

Nouvelle inspirée de la pièce « Mélo » d'Henri Bernstein ou lorsqu'un spectacle vient toucher le spectateur qui ne s'y attend pas.


Possession


Extérieur – Nuit – Des lampadaires éclairent la scène.

Un duo : deux hommes de chaque côté d’une table. Fin d’un dîner, fin des conversations d’usage, un ange passe, puis l’homme brun s’étonne.


– Tu ne m’as pas parlé de Sonia ? Elle est restée à Berlin ?

– Nous nous sommes séparés, répond son ami avec un léger sourire indéchiffrable. Ça t’étonne n’est-ce pas ?… Dire que j’avais cru le bonheur possible avec elle… Mais il a suffi d’un soir… J’ai encore en mémoire les moindres détails de cette soirée.


Son regard se voile, on sent qu’il hésite à poursuivre.


– Raconte, insiste l’homme brun.


Nous sommes à Varsovie. Nous donnons un unique concert à l’opéra de chambre. Je suis sur la scène éclairée, en avant de l’orchestre. Le rideau se lève. La salle est noire. Puis la rampe de lumières se déplace vers les spectateurs. Comme toujours, Sonia est devant, au troisième rang, dans l’axe de mon regard. Elle sourit, je cligne des yeux plusieurs fois, c’est notre signe de reconnaissance. Je me tranquillise. Le chef entre en prenant son temps, me serre la main, puis salue le public. Applaudissements. Nouveaux déplacements de lumière. Silence. Il se retourne. Je fixe la baguette qui se lève. C’est parti. J’entre dans le mouvement.

Je joue les yeux presque clos, mon regard voilé va de la partition au chef, je m’abandonne au son, celui que je produis, celui qui m’enveloppe, puis lors des pauses, brèves, je la regarde me regarder, son corps tendu vers la scène, visage offert, je ne vois qu’elle, je joue pour elle. Et spécialement ce soir car je sais combien elle aime ce concerto N°2 en mi mineur de Mendelssohn.

Le 1er mouvement se termine et je ne sens déjà plus cette chaleur qui nous relie. Elle s’est reculée dans son siège, s’est tournée vers la gauche. Dès le début de l’andante mon malaise grandit. Elle s’est absentée, je le sens, elle n’est plus avec moi dans la musique, elle est ailleurs ! Mais avec qui ?

Qui est cet homme avec lequel elle converse à voix basse, inclinant son buste vers lui, frôlant son bras sur l’accoudoir du fauteuil ? Il a une chevelure abondante, une carrure, il a l’air très élégant. Ce n’est sûrement pas un inconnu pour elle ! Quand, comment se sont-ils donné rendez-vous ? Mon cœur se comprime. Tout en jouant sous la conduite du maestro, je manœuvre pour la garder dans mon champ visuel, je découvre la force du dédoublement. Je joue alors que je voudrais briser mon violon là, sur la tête de cet homme qui détourne la femme que j’aime.

Je souffre et je joue, je joue et je souffre, dévasté par le soupçon, vague brûlante, insupportable, je fais pleurer mon violon, il gémit et l’appelle en vain, je vois, ou plutôt je les devine, ses petites mines charmantes dédiées à un autre, inconsciente, elle s’exhibe là sous mes yeux , cruelle, je peux tout revoir, absolument tout, je peux dire à quel moment je l’ai vue lui sourire puis frissonner et, comment, lui, dans un geste tendre et familier, a remonté sur ses épaules l’étole de lin qui avait glissé.

J’ai failli m’arrêter en plein concert, je me suis vu tomber, foudroyé et puis… je me suis jeté dans la musique comme on se jette dans l’arène, en lutte contre moi-même, je suis sorti de là exsangue, vidé et triste, si triste, indifférent aux ovations.

Il paraît que j’ai joué divinement. Je ne sais pas comment j’ai pu supporter les mondanités qui ont suivi. Lorsque nous sommes rentrés à l’hôtel, j’ai dit à Sonia qu’elle était libre d’aller retrouver son amant. Sa stupeur feinte, ses protestations, m’ont fait plus de mal qu’un aveu. À la trahison, elle a rajouté le mensonge. J’ai pris une autre chambre, je lui ai demandé de rentrer seule à Berlin... Et je ne l’ai pas revue.


À la fin du monologue de l’acteur, l’émotion est palpable dans la salle. Mais pour Jacques, c’est au-delà. Il est terrassé. Même s’il ne sait pas jouer du violon, même s’il n’a jamais été à Berlin ou Varsovie, il est ce violoniste fou de jalousie !

Jacques a été surpris par le tomber du rideau, il a repris peu à peu ses esprits avec les bruits et les mouvements de la salle, a emboîté le pas à ses amis dans le dédale des couloirs. Ils se sont retrouvés tous les trois dehors, au bas des escaliers. C’est Léonie qui a proposé :


– On va boire un verre ? Je connais un bar à vins, pas loin, qui ferme un peu tard.


Jacques s’est inventé une excuse : la promesse de ne pas rentrer tard, pour sa fille, venue le voir ce week-end, Léonie a ironisé sur son côté papa poule. Il n’a pas relevé. Soulagé de les voir s’éloigner il a agité la main pour un aurevoir qui pouvait tout autant signifier « allez ouste, fichez-moi la paix ! ».



Jacques a froid, malgré la température clémente de ce début de mars. Rentrer à pied ? Oui, marcher et respirer lui fera du bien. Et en effet, il se réchauffe, ses pensées se délient doucement au rythme de ses pas, il se repasse la scène, comme un tableau figé, devenu indélébile, le moment où le soupçon s’insinue pour devenir poison. Il suffit de si peu. Un geste équivoque, une attention qui se détourne et tout est corrompu. Sûr d’être trahi, tout devient désormais signe de trahison.

Lui non plus, il ne l’a pas revue. Depuis sept ans. Son Emmanuelle. Ah, la douceur trompeuse de ce prénom ! Il n’y avait eu aucun signe avant-coureur. Ou alors, il avait été aveugle, jusqu’à ce jour, ce fameux jour.

C’était à l’île d’Yeu. Ils étaient là pour une semaine. Une idée à elle, une envie de retrouver les vacances de son enfance. Chaque jour, elle lui montrait une nouvelle plage. L’anse des Soux sa préférée, elle l’avait gardée pour la fin.

C’est vrai ! c’était très beau et dépaysant, on aurait pu se croire en Corse s’il avait fait plus chaud. Emmanuelle aimait l’eau froide. Elle nageait bien et loin. Lui, restait au bord « pour faire trempette » comme elle disait.

Tandis qu’elle faisait des longueurs, il observait les gens, s’ennuyait un peu.

Il les avait vus arriver et s’installer près des rochers. Lui, le type à l’aise partout, les deux gosses craquants et la femme plutôt mignonne. Les petits étaient pressés d’aller se baigner, la mère courait derrière. Et tiens ! Emmanuelle sortait de l’eau, elle lui avait fait signe depuis le bord, un petit signe de la main, et ce sourire qui réveillait la fossette de sa joue gauche. Elle avançait, reliée à lui par le regard. Il avait détaillé son corps plein, délicatement hâlé, ses épaules ouvertes, le creux de ses seins, le mouvement de son cou pour rejeter en arrière la masse de ses cheveux, les perles d’eau sur son ventre plat, il avait caché son érection sous un magazine.

Et puis, elle avait dû entendre quelque chose sur sa gauche, s’était arrêtée, il avait vu la surprise sur son visage, le type avait dit : « Ça alors, c’est bien toi ! Manouche ! » Elle avait ri, s’était approchée, ils s’étaient fait une bise maladroite, avaient commencé à parler, de plus en plus animés. Jacques saisissait des bribes de la conversation. Emmanuelle encore mouillée, sous le pâle soleil, s’était mise à frissonner, il avait attrapé une serviette, l’avait posée sur ses épaules avec douceur, elle s’était séchée avec application, se caressant le corps tout en parlant, puis s’était assise. Et ça durait, ça durait ! Il avait pensé les rejoindre, mais n’était-ce pas à elle de lui faire signe de le présenter à… « Alban » avait-il cru entendre. Quand elle était revenue à ses côtés, il n’avait pas réussi à décrocher un mot.

Tout excitée, elle lui avait raconté : l’adolescence, les copains, les stages de dériveur, les grandes virées à mobylette, les grillades sur la plage, Alban et sa guitare, et comment elle avait craqué le jour où il avait chanté pour elle « Le petit bonheur » sur cette plage justement ! Jacques sentait l’acidité ravager son estomac, regardait droit devant lui, les mâchoires serrées. Toute à sa nostalgie, Emmanuelle ne se rendait compte de rien.


– Il nous a invités à l’apéro ce soir. J’ai dit oui, bien sûr. Tu verrais leur maison, dans le quartier le plus chic de l’île !

– Mais bien sûr Manouche… C’est ton petit surnom de « petit bonheur » ? Tu m’avais caché ça, ma petite Manouche !!!


Même si elle avait senti le malaise, Emmanuelle n’en avait rien laissé paraître. Le soir, Jacques avait été au supplice, incapable de lier conversation. Ils étaient une dizaine, tous sur le même modèle. Emmanuelle circulait de groupe en groupe, gaie et vibrionnante. Elle avait sorti son téléphone, sûrement pour noter les coordonnées d’Alban, ils s’étaient éclipsés, au jardin, Jacques avait guetté leur retour, avait cherché sur le visage et le corps d’Emmanuelle la trace de l’étreinte clandestine.

Au retour à Lyon, l’enfer ! Chaque tintement du téléphone lui vrillait le cœur, les cours de gym, les soirées avec les copines, les déplacements professionnels, il n’y croyait plus. Une fois sur deux, sous de faux prétextes, il faisait une scène. Jamais le nom d’Alban n’avait été prononcé. Mais lorsqu’il était furieux contre elle, d’un ton mielleux il l’appelait Manouche.

À la longue, elle n’avait plus supporté sa mauvaise humeur qui explosait de façon imprévisible. À l’hypothèse d’une jalousie devenue maladive, il répondait par des dénégations furieuses, cumulant la souffrance de la jalousie et la honte d’être jaloux. La séparation, inévitable, l’avait apaisé, en apparence.



Jacques est passé dans sa rue sans s’arrêter, il a encore besoin de marcher. Il rejoint les quais, descend la rampe qui mène aux berges du Rhône, désertes. Il y a un peu de vent, les lumières de la ville dansent dans les remous du fleuve, c’est apaisant. Il avance, dépasse la zone d’amarrage des péniches, s’enfonce dans du plus sombre. C’est inquiétant mais ça l’attire, et voilà qu’il s’approche du fleuve, dans la zone sableuse et boisée. Une petite lumière sur sa gauche, il va vers elle, les branches mortes qui sont au sol craquent sous ses pas, et soudain, des aboiements furieux, tout proches. Jacques s’immobilise.


– Restez où vous êtes !


La voix n’est pas menaçante, mais ferme, Jacques ne voit rien, aveuglé, sans doute par une lampe torche.


– Vous êtes chez moi ici, reprend la voix.

– Tenez votre chien, s’il vous plaît.


Jacques met sa main en visière.


– Pipo, tais-toi ! Il n’est pas méchant, mais c’est un bon gardien. Qu’est-ce que vous foutez là ?

– Je me promène.

– À cette heure-ci ?

– Et vous alors ?

– Je vous l’ai dit, j’habite ici.


Le type a baissé sa lampe. Jacques distingue un genre de cabane dans les fourrés, des planches, une bâche, un fauteuil en plastique, il y a des braises dans un petit enclos de brique. C’était ça la lueur.

Jacques reste là, un peu gêné et silencieux.

Le chien s’est approché et le renifle, il agite la queue, Jacques risque une caresse. Le chien lui lèche les doigts.


– C’est quoi comme chien ?


L’autre rigole.


– C’est un corniaud ! Ça ne se voit pas ? Il a peut-être un peu de « bas rouge », mais pour le reste…

– Un peu de griffon aussi on dirait.

– On s’en fiche un peu de savoir d’où on vient ? Pas vrai Pipo ?


Et l’homme tapote le flanc de l’animal qui se colle à lui.


– C’est pas trop dur l’hiver ?

– C’est pas un peu con comme question ?


Mais c’est dit sans agressivité.

Jacques est intrigué. Cet homme bouscule ses préjugés.

Pas saoul, et pas si sale, malgré une bonne épaisseur de vêtement avachis, une barbe à trous et des cheveux gris-jaune ramassés en catogan.


– Vous voulez une tisane ? lui demande l’homme avec une légère ironie tout en lui désignant l’unique siège.


Jacques s’assoit, l’homme s’affaire, il apporte une bouteille et deux gobelets Duralex.

Jacques bloque sa respiration pour avaler ce qu’il n’a pas pu identifier, ni à la couleur, ni à l’odeur ; au goût ça lui évoque une vieille eau-de-vie à la prune, il aurait voulu éviter la petite toux du novice, mais la brûlure est trop forte, l’autre le regarde goguenard et fait cul sec en claquant la langue.


– Je me trompe ou vous n’êtes pas vraiment un habitué des berges la nuit ?

– En effet… On vous laisse camper ici ?

– Ma foi… Disons que pour l’instant, les municipaux m’ont à la bonne, je fais de mal à personne, on me connaît, et le brave Pipo éloigne les trafiquants, mais avec l’été je vais devoir déménager pour pas effrayer le citadin moyen.


Le silence s’installe entre les deux hommes, les pensées de Jacques dérivent avec le courant du fleuve tout proche, comment se retrouve-t-on à vivre ainsi ? Ce n’est sûrement pas un choix… Et pourtant l’homme dégage une étonnante sérénité, Jacques se risque à quelques paroles, il évoque la douceur de l’air, les remous du fleuve éclairés par les lumières de la ville, il dit qu’il se sent paisible, se tait à nouveau puis ose une question :


– Comment faites-vous… pour…


Il voulait dire « vivre ainsi » et puis se sentant indiscret, a laissé la phrase en suspens. C’est l’homme qui a complété :


– Pour être heureux ? Je ne possède rien… Pas même ce chien qui peut partir demain.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Vilmon   
20/9/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
Le fil du récit est divergent bien qu’il converge sur le sujet de la possession de l’être aimé. L’introduction écrite comme le descriptif d’une pièce de théâtre met trop d’importance alors que le récit passe à autre chose par la suite qui n’est plus la pièce. Je comprends que celle-ci amène l’acteur à revivre et se questionner sur un événement passé et qu’il forme un pont. Par contre, je crois qu’il aurait été préférable de décrire comment cet acteur prend place sur cette scène révélatrice. La fin est plutôt abrupte pour terminer avec éclat sur le message que pour être heureux, il ne faut rien posséder. Mais je crois qu’il faut l’étoffer un peu pour que personnage principal fasse le lien avec « on ne possède pas l’être aimé ». Le déroulement du récit se fait bien, par contre il faudrait corriger quelques tournures de phrases, je crois, pour améliorer l’écoulement.

   Anonyme   
7/10/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Plumette,

Au moment où je referme votre nouvelle, je me rend compte que je suis restée en surface du début à la fin. La première partie en forme de huis clos théâtral nous entraîne vers le monde de la musique classique et l’amorce d’un drame amoureux avec la jalousie pour chef d’orchestre. La deuxième partie nous transporte par le biais de souvenirs amers vers la Bretagne et rebelote la jalousie. Le triptyque se finit à Lyon avec Pipo le chien et son maître marginal, tous deux montrés de manière sympathiques. Tout ça finit par une petite morale un peu galvaudée, pour être heureux, vivons de rien… Mouais... Quand on peut avoir tout, je ne pense pas que cela nuise plus que cela au bonheur, mais bon, cette formule boucle la nouvelle sur le thème de la possession.

J’ai lu avec plaisir, mais l’ensemble manque de force évocatrice, les protagonistes d’épaisseur, et l’écriture de vivacité dans les dialogues pour vraiment être emportés par l'histoire.

Merci pour la lecture gratuite et le temps passé dessus.

Anna

   Anonyme   
7/10/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sur le thème de la possession et de la jalousie maladive et totalement incohérente que ça entraîne, une belle entame qui nous met rapidement dans l'ambiance ! On peut apprécier au passage l'écriture de qualité qui fait que la lecture glisse avec aisance.

J'aime particulièrement la première partie qui se joue comme une scène de théâtre. C'est écrit d'une plume alerte et sure d'elle qui nous entraîne à sa suite sans faux pas.

La deuxième partie, celle qui raconte l'histoire de fond, plus laborieuse tarde un peu à décoller mais nous rattrape vite par le collier ! On apprécie le 'Manouche énervé' qui joue la mouche du coche !

L'histoire de fin semble posée comme un cheveu dans le potage. Incongrue même si on devine sans mal qu'elle est là pour jouer la morale en guise de point final.

Une bonne lecture plaisante dans son ensemble.

   senglar   
9/10/2022
Mon interrogation c'est que la jalousie est posée comme préexistante aux deux scènes. Je ne comprends pas comment ces deux couples ont pu se former tant elle est insistante dans son omniprésence. Sur le front de ces deux jaloux il est écrit ''Attention Danger ! Fou Force 9 !". On aurait dû la voir naître, s'immiscer, grandir. Ce n'est pas le cas, elle est imposée de but en blanc, artificiellement.

En ce qui concerne le second couple, je ne comprends pas comment Jacques peut ne pas connaître le surnom "Manouche" (qui renvoie bizarrement au squatter de la fin) puisqu'il est possessif et fusionnel. Je ne comprends pas très bien non plus l'attitude ambiguë des deux femmes qui se laissent d'une certaine façon "courtiser" alors qu'elles ne peuvent pas ne pas savoir qu'elles sont en couple avec un homme maladivement jaloux.
Pour l'un cette jalousie est créatrice (il se surpasse), pour l'autre elle est destructrice. Même cause, effets différents. Le premier couple éclate, pour le deuxième on ne sait pas vraiment.

Toute la nouvelle est construite pour mener à marche forcée vers la conclusion énoncée sous forme de maxime ou peu s'en faut avec pour caution un marginal qui s'approprie une partie de plage qui ne lui appartient pas et un corniaud qui appartient à tout le monde.
C'est très artificiel et l'écriture élégante renforce cette impression. Harlequin (puisque que la leçon est là pour possiblement porter ses fruits) m'a semblé supplanter un certain Zola car c'est bien d'une sorte d'assommoir qu'il s'agit ici.

   hersen   
8/10/2022
C'est une nouvelle étrange dans sa construction, c'est un tryptique dont les charnières m'échappent.
J'ai vraiment aimé le un, parce qu'il y a beaucoup de sensibilité dans la façon de raconter, je trouve le ton très juste.
Puis on entre dans le "commun", un homme jaloux, à tort ou à raison, mais pour le jaloux, c'est toujours à raison. Le volet 2 se termine comme toutes les histoires de ce style. je suis moins accrochée, peut-être parce que je n'ai pas de surprise. Le volet 3 me déstabilise complètement, d'autant plus qu'il clôt le propos. le message qu'un sdf serait heureux parce qu'il n'a rien est plutôt dur à avaler pour ma part, et prendre le chien, ce bon corniaud, pour illustrer la liberté de la non-possession, je ne suis pas sûre de bien comprendre : le chien part quand il veut. Ok, Mais si c'est l'homme qui part, le chien se sentira-t-il si libre ?
Je crois personnellement que tu as trop étendu ta nouvelle, que je ne crois pas un instant qu'un jaloux séparé va apprendre à se soigner, ou se contrôler, en adoptant une vie de sdf, ou tout au moins en l'enviant.
le déséquilibre dans ce qui est proposé est que dans les deux premiers volets, tout est affectif. Dans le troisième, soudain, tout est ramené à la possession matérielle, ou plutôt son absence, ce qui engendrerait qu'en vivant sans rien, tout seul , on évite les écueils passionnés.
Mais je n'y crois pas vraiment. la passion, la jalousie, surgissent quel que soit l'environnement. pas besoin de concert chicos pour ça.

Pour être franche, je ne sais pas vraiment où tu as voulu emmener le lecteur, Plumette.

Merci pour la lecture.

   jfmoods   
11/10/2022
Les deux premières parties du texte fonctionnent dans un jeu de mise en abyme. La jalousie maladive de l'un renvoie, par ricochet, à celle de l'autre. Le théâtre fait ressurgir, avec une clarté aveuglante, les douloureuses circonstances de l'échec amoureux.

Le jaloux est animé par un profond sentiment d'insécurité. L'apparence de la tromperie devient, en un instant, la preuve de la tromperie. De manière inconsciente, le jaloux court-circuite ainsi le rapport amoureux. Il préfère une fracassante rupture à la peur de se voir, un jour, lui-même abandonné.

Or, on ne peut véritablement aimer qu'en assumant le risque de perdre l'Autre. C'est précisément cette leçon que dispense la chute de la nouvelle.

Merci pour ce partage !

   Anonyme   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai aimé le propos de la nouvelle sur ce fond de possession mais je regrette que les personnages ne soyent pas assez fouillés et l'écriture pas assez travaillé ce qui donne une impression de passer a coté d'une histoire qui aurait pu être plus puissante. Bravo !

   Donaldo75   
14/11/2022
Salut plumette,

Je suis mitigé après plusieurs lectures de cette nouvelle ; le bon côté des choses est que je le reste. J’ai beaucoup aimé le début, sa théâtralité puis le passage en italique. Je trouve le style percutant. Malheureusement, la suite perd cette percussion ; je retrouve ton style d’écriture, de narration où tout est expliqué ou linéaire ou trop sage comparé à ce que j’ai lu avant.

« Jacques est passé dans sa rue sans s’arrêter, il a encore besoin de marcher. »
A partir de cette phrase, le style redevient percutant, pas autant que dans la partie en italique mais suffisamment pour rendre la narration prenante. Pourquoi ces différences ?

   plumette   
17/11/2022

   Tadiou   
20/11/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour plumette. Ça fait longtemps !!
Mon commentaire est tardif mais je n'ai pas lu les précédents auparavant.

Je retrouve ton écriture travaillée, élégante; de la belle ouvrage bien ciselée. Avec d'attachantes descriptions de lieux et d'atmosphères.

Mais ton récit me laisse bien dubitatif.

Au niveau de la structure j'apprécie le passage du théâtre aux berges du Rhône. C'est original.

Dans la pièce de théâtre le récit du vécu du violoniste pendant le concert ne me semble pas du tout crédible : l'orchestre est en pleine lumière, la salle dans la pénombre; comment peut-il se livrer à des observations si fines et si détaillées concernant le 3ème rang ? Tout en continuant à jouer merveilleusement... (même un virtuose reste concentré, j'imagine !) Et cette intrigue amoureuse reste bien mystérieuse, car aucune indication sur le contexte, les personnages.... Du coup ça me semble du hors-sol, de l'artificiel.

La description de la scène sur l'île d'Yeu est pour moi du même acabit : artificielle, on ne sait rien des personnages; d'où pour moi émotion = 0.

Que la pièce de théâtre ait un tel effet sur Jacques, style madeleine de Proust : ça me semble bien tiré par les cheveux; mais après tout pourquoi pas ?

En revanche je m'interroge sur la signification de la rencontre avec le SDF; est-ce à dire qu'il vaut mieux être heureux que d'avoir sa vie empoisonnée par la jalousie? Et ne rien posséder peut conduire au bonheur ????

Bref, plumette, tu sens toutes mes réticences.

Mais à la prochaine!!! J'ai déjà apprécié beaucoup de tes nouvelles.

Amicalement.

Tadiou


Oniris Copyright © 2007-2023