Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
Pouet : L'endroit sur la falaise
 Publié le 20/06/14  -  15 commentaires  -  13873 caractères  -  167 lectures    Autres textes du même auteur


L'endroit sur la falaise


Sur le quai de la gare de Dushy, il ne pleuvait pas assez.

Des centaines de colliers d’yeux restaient fixés aux rails couverts de lierre et de mouchoirs déchirés, le train venait de glisser sa dernière larme de fumée lourde entre les doigts glacés du ciel. Mes valises ne cessaient de hurler, des lambeaux de silence pendaient à l’horloge du hall dévasté par le souvenir d’une guerre lointaine où six lucioles pourpres avaient vaincu toute une armée ; c’était au temps de la pâleur. Je crois que j’étais content d’être arrivé.

Tu m’attendais, je me souviens…


Cela fait bientôt cinq heures que je fixe le plafond, l’air est moite, épais. La pièce sombre aux murs brûlants, au sol jonché de lettres brunes : sans fenêtres. Rien ne filtre le triste ricanement de la mer, toute proche. Me serais-je assoupi à l’intérieur d’une cathédrale flottante ? Les murs se rejoignent en un rectangle de huit mètres sur deux, en levant les bras je touche le plafond, je n’ose pas trop bouger, je respire le moins possible, j’essaie de transpirer intérieurement. J’ai toujours détesté être enterré vivant…


J’écoute la mer et son cortège de fado.

Il y a un trou et un petit tas de sable, deux bougies et un demi-miroir,

Allongé, je vois ton sourire et les sinistres de ton regard,

Mes pensées à la mer,

Et au fond de tes yeux : s’éternise le reflet de mes derniers espoirs.

Des rides de solitude se peignent sur le mur des sentiments vaincus

Sur lequel agonisent des guirlandes de rires, des couchers de soleil et des cœurs éclatés.

L’ironie de la mer suspend la réalité entre deux nuages de pierre fade.

Mes souvenirs se perdent en ton visage qui trouble la surface de nos bonheurs froissés.

Sur les épaules squelettiques d’un ange écorché tes cheveux dessinent

Les cicatrices des âmes inséparables et la mélancolie des tendresses envolées.


Je pense à toi comme on perd l’équilibre, dehors la mer semble s’être calmée,

L’écho des vagues ne résonne plus que sporadiquement,

Mon esprit tout entier se tourne vers le vide ; il absorbe chaque respiration du temps passé.


Mes rêveries sont brusquement perturbées par l’apparition d’un rai de lumière ocre qui aveugle la persistance de mes regrets : en un écartèlement de bois et de métal, une minuscule porte vient de se matérialiser. J’esquisse un mouvement pour la première fois, mes membres semblent peser plus lourd qu’une grappe de sacs de sable mouillé, je me retourne sur le ventre et je me mets à ramper…


Les hauteurs de Dushy étaient enveloppées d’un brouillard jaune et blanc, la rue s’éveillait au rythme des oiseaux enroués et des odeurs de café, tu avais mis un coquelicot argenté dans tes cheveux, une petite fille ne jouait pas au cerceau, un énorme chat tigré perché sur une échelle observait la construction du jour, tout était calme et ordonné.

Des taxis en forme de bulles percées décoraient le silence des trottoirs,

Tu avais envie de marcher, je me souviens…


J’évolue lentement en m’aidant de mes coudes qui s’allègent de quelques morceaux de chair tandis que je me tortille comme une limace sur une branche de peuplier vers ce qui me semble être la sortie. La porte s’ouvre sur une autre pièce, j’entre dans un immense cube de plexiglas, je remarque que le sol est recouvert de lettres brunes, il y a un trou et un petit tas de sable, deux bougies et un demi-miroir. De nouveau me parviennent les notes expiatoires d’un requiem maritime, j’entends distinctement la voix tremblante de l’océan. Cette fois je peux me tenir debout, l’espace est fortement éclairé. Je me persuade de m’allonger et d’attendre.


Tu es encore là,

Les reflets de ton parfum me rassurent,

Ton regard se pose sur mon double arraché,

Je pense à toi comme on saute d’un pont.


Ici, ma présence me paraît lointaine et raisonnable,

Je ne cherche pas à comprendre ce que l’inutilité m’apprend.


Il n’y a qu’une route,

Elle passe sous l’océan.

Si je pense à la mer et qu’elle panse mes plaies,

Devrais-je résister aux écumes premières ?


Mais le mirage de tes caresses murmurées estompe les sourdines lancinantes des eaux,

Ton esquisse redevient palpable et aérienne comme un souffle frappant aux portes de nos évanouissements.

L’amour, des feuilles éclatantes, conserve les nervures

Et des braises d’améthyste, le froid des cheminées…

Nous broyons le sursis de nos indépendances extirpant de nos cœurs nos dernières utopies.

Je m’endors près d’un cri.

Je m’éveille en tes yeux.


Une porte est apparue en profitant de mes escales oniriques.

Je n’ai aucune raison de rester dans un cube de plexiglas.


À Dushy, les volets des maisons échangeaient leur couleur, la pluie épaississait les contours

de la fontaine qui dansait la salsa sur la place centrale où s’était établi un orchestre de jets de brume. La fête s’organisait autour d’un cercle de lave, la foule s’amoncelait en un volcan de regards clignotants et tes yeux eux aussi n’étaient que Solitude : tous cherchaient à masquer les morsures de l’ennui. J’étais comme d’habitude malgré moi hors des autres, je n’avais pas envie d’assister au spectacle.

Toi, tu t’étais assise sur un des nénuphars du premier rang, je me souviens…


Il y a des lettres brunes entassées dans un coin, un trou et un petit tas de sable, deux bougies et un demi-miroir. La pièce est transpercée par la nostalgie de l’océan, je me trouve semble-t-il dans une forêt d’intérieur, des saules violets s’élèvent jusqu’au plafond, le sol est composé d’herbe et de cailloux plats d’une effrayante normalité, la rumeur de la mer paraît encore plus proche. De hauts murs de pierre composent un losange de huit mètres sur deux, je décide de m’allonger dans l’herbe.


Et accrochée aux cils d’une aurore supposée Entre deux tableaux vides ton image surgit.

Tu soutiens le regard des orages de verre

Tu retiens les éclats d’une pupille brisée.

Il y a des parasols qui épousent la nuit

Et des hivers jaunes qui reflètent l’été.


Les nénuphars de Dushy étaient peu confortables, il fallait s’éloigner de la place centrale, la pluie était si forte qu’elle dispersait la foule, jaillissaient des regards des comètes de cendre, l’orchestre avait cessé de cracher son sermon et la fontaine venait de suspendre sa chorégraphie aux bras graciles de l’immobilité.

Tu voulais profiter de cette pluie battante pour te promener, nous nous étions embrassés : ta bouche avait le goût d’une averse de cerises, je me souviens…


Le tronc d’un des saules violets se fend subitement en deux, une autre pièce se dessine.

Un aquarium opaque se referme sur moi. Mon reflet paraît terne.


Elle me tombe des mains l’apparence du monde

En une effervescence

D’objets trouvés et d’idées préconçues

Lorsque je me retrouve en face de moi-même…


Mes pieds se heurtent à une multitude de lettres brunes,

J’aperçois un trou et un petit tas de sable, deux bougies et un demi-miroir.


Je pense à toi comme on ouvre une faucille pour cueillir toute une rivière de papillons,

Comme on asperge de sang le linge gras des patriotes

Ou comme on se rappelle de la saveur d’un fruit qu’on avait oublié sur un banc de l’enfance :

Ta peau est un chausson aux pommes rouges,

Tes iris sucrés dévoilent tous les secrets enfermés

Entre tes paupières perlées de paillettes de chocolat amer,

Une larme de sirop d’érable décore la gourmandise de tes joues

Exposées aux gerçures de mes yeux.


Je pense à toi comme à un éclat de vanille.


À Dushy, une très vieille dame jouait avec une poupée édentée, le facteur distribuait des missives invisibles, un labrador orange dévorait une rose morte, un énorme chat tigré venait de tomber d’une échelle. Nos mains entrelacées tremblaient de ravissement et nous nous échangions nos rêves et nos mensonges, je me souviens…


Allongé dans l’aquarium, je m’abandonne une fois de plus sur une plage déserte, je ne me laisse aucune chance de refaire surface, je saborde les espoirs de mon propre navire, je suis seul et pourtant cela ne suffit pas…


Ma vie ne m’apporte aucun réconfort, y repenser couché dans un bocal opaque géant ne sera que bien peu constructif, j’en ai bien peur…


Je m’appelle Icare Gustavson et parfois j’écris des articles pour le journal Nouvelles Égarées dans la rubrique Urbanisme de l’esprit, on me reconnaît des aptitudes lorsqu’il s’agit de traiter des météorites ou bien de l’indépendance de l’Indonésie mais j’interviens principalement en tant que spécialiste des desserts glacés iraniens. J’habite à Francheville-sur-Rien, une charmante petite bourgade qui jouit de la plus grande salle de bowling de la région et dont la salle des fêtes est source de fierté pour tous les Villerienois. Je partage mon logement avec un chat qui m’a miaulé se prénommer Pelote, elle ne mange que des feuilles de vigne et s’avère avoir un certain penchant pour le Jameson, elle a de grands yeux bleus et une oreille coupée en plusieurs endroits, elle est énorme, elle dort toute la journée.

Les desserts glacés iraniens, il faut bien l’avouer, sont un sujet qui présente un intérêt particulier et qui requiert de hautes capacités intellectuelles pour réussir à en cerner toute la portée métaphysique. Malheureusement à Francheville-sur-Rien il n’y a guère d’esprits de cette qualité-là, mes articles restent peu demandés et Pelote n’a déployé aucun effort pour me convertir rapidement au Jameson.

Je passe la majorité de mon temps précieux à ne rien faire, je collectionne les capsules de bouteilles de bières iraniennes et je lis des ouvrages sur les météorites en devant m’interrompre pour remplir de Jameson l’écuelle de Pelote, et ce au moins une fois toutes les deux heures, cette chatte est une véritable débauchée qui de plus avale une vingtaine de feuilles de vigne quotidiennement… Ce félidé est un gouffre financier.


Pourtant ma vie n’a pas toujours été aussi riche en aventures et en rebondissements…

À trente ans, je me sens triste comme un vieillard.


À Dushy, la nuit se préparait, ses loges étaient ouvertes aux nuages vieillissants, le ciel remplissait ses poumons d’étoiles vertes, une chouette chassait hors de ses plumes les couleurs du sommeil, la lune venait de joindre son auréole au gris. Les fenêtres des maisons s’éclaircissaient la voix, certaines cheminées toussaient des elfes pâles, la ville tout entière se recouvrait d’un drap. Toi tu voulais rentrer

Et moi je n’ai rien dit, je me souviens…


Cela fait plus de cinq heures que je suis dans l’aquarium, j’ai inspecté les lettres brunes sans en comprendre la signification, cela ressemble un peu à du grec ou à de l’albanais peut-être, mais ce qui est certain c’est que ce n’est ni l’un ni l’autre. Les bougies sont des plus banales, le demi-miroir est une simple glace estropiée, le sable d’un jaune affligeant, le trou est un trou. Mais de nouveau l’océan se manifeste, il m’invite d’un ordre à rêver avec lui.

Une porte apparaît.

J’entre.

Une pièce aux murs de glace, il y a un trou et un petit tas de sable, deux bougies et un demi-miroir. Des lettres brunes tapissent le sol humide, je m’allonge dessus.


Je m’inonde des stalagmites de ta présence

Je porte la rature de mes lettres effacées

Le froid suspend son voile aux rides du silence


Voici le trou béant des âmes crevassées

Ici ne repose pas l’enseigne des consciences

Mais la monotonie de nos éternités.


Sous une pluie d’ardoise s’éteignent deux bougies

Le sable de tes yeux s’évade entre mes doigts


Se fend en son milieu le miroir de l’émoi

Et je tourne le dos aux masques de l’oubli.


Je respire de plus en plus difficilement, je n’ai guère la force de bouger.

La température est largement en dessous de zéro, j’ai envie de dormir.

La pièce aux murs de glace annihile ma volonté, il est temps pour moi de ne pas revenir.


Je suis apaisé, l’océan murmure à présent, il a entendu mon acceptation.


Je garde les yeux ouverts pour écouter la mort.


Nous avions laissé Dushy derrière nos pas. Notre maison sur la falaise nous attendait, six lucioles pourpres nous éclairaient la route : le sentier sablonneux surplombant l’océan.

Tu marchais devant moi et tu fixais le vide, tu semblais vouloir dire : non tu n’existes pas…

Tu paraissais si belle en ce dernier instant.


Je t’ai quitté des yeux le temps d’un sentiment.

Je me souviens…

Le doux bruit des perles d’eau qui s’entrechoquent…

L’existence fugace des vagues d’émeraudes qui s’élèvent fièrement

Puis retombent dans l’oubli des songes abyssaux.


Une plaque lisse et transparente

Une forêt de montagnes noires

Où se sont égarées les barques des pêcheurs d’arcs-en-ciel,

Où certains exocets tendent un filet de lumière entre deux nuages échoués,

Où des îles se disputent la promiscuité des rêves.


Il y a des cadavres opaques et mystérieux qui tapissent le fond d’un drame inespéré.

Je suis en paix.


Le clocher de l’église de Dushy crachait onze coups d’ombres muettes. Nous nous étions installés à la terrasse du restaurant Le Silence des Mets, la pluie tambourinait sur l’auvent de toile bleue qui nous séparait du ciel, des clients protestaient énergiquement parce qu’un serveur était endormi sur le comptoir, un labrador orange bavait près d’une rose morte et des verres de cristal s’improvisaient poètes en déversant des hymnes d’espérance brisée sur des tables aux nappes de dentelle fleurie. Le bonheur nous regardait au fond des yeux.

Nous nous étions promis quelque chose, je me souviens…


Je me sens toujours bercé par les ronflements dissonants de l’océan qui humecte mes plages d’hectolitres de larmes, les rives de ma conscience s’effacent en un sanglot de licorne noyée. Je suis incrusté dans la proue d’un bateau à la coque de cire, ne voulant chavirer qu’auprès d’un phare en immersion qui viendrait éclairer les veines sous-marines et les aortes creuses des coraux torturés comme les lignes de ma main.


La terre ne meurt jamais. À peine soutient-elle la mer…


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Coline-Dé   
9/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un beau texte plein de trouvailles poétiques, dont certaines sont de vraies perles !
On lit parfois des textes - certes plus accessibles- mais dont la recherche littéraire avoisine le zéro, alors que là c'est plutôt l'abondance qui ferait reculer. Tout ne me parait pas de la même qualité, je trouve certaines préciosités qui nuisent à l'ensemble, mais quel plaisir de ne pas rester au ras des pâquerettes, de se laisser embarquer par un souffle poétique aussi fantasque !
Parmi mes préférées :
j’essaie de transpirer intérieurement.

Je pense à toi comme on perd l’équilibre,

Je pense à toi comme on saute d'un pont

Je m'endors près d'un cri

certaines cheminées toussaient des elfes pâles,


En revanche, je trouve plus banal
Je me souviens…

Le doux bruit des perles d’eau qui s’entrechoquent…

L’existence fugace des vagues d’émeraudes qui s’élèvent fièrement


Si je pense à la mer et qu’elle panse mes plaies,

Devrais-je résister aux écumes premières ?


Et carrément trop affecté
Une larme de sirop d’érable décore la gourmandise de tes joues

Exposées aux gerçures de mes yeux.

un Labrador orange dévorait une rose morte,
et quelques autres...


Un petit ponçage serait une vraie mise en valeur...

   Robot   
20/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai apprécié ses entrelacs de prose et de vers. Le texte est vraiment riche et même après plusieurs lectures, je pense n'avoir pas tout absorbé. Car c'est par imprégnation qu'il faut intégrer ce texte foisonnant. J'y reviendrai encore pour goûter cette littérature par petits couplets. Je me doute qu'il vous a fallu un énorme travail pour arriver à cet aboutissement, et pourtant tout à l'air si fluide. Nostalgie, un peu de tristesse, même un peu d'espoir aussi affleure. Je suis conforté dans cette impression d'une vague espérance par le dernier vers:
"La terre ne meurt jamais. À peine soutient-elle la mer…"
Mon appréciation n'est peut-être pas définitive. Peut-être aurais-je à compléter ce commentaire plus tard. J'ai passé en tout cas un bon moment sur cette lecture.

   chVlu   
21/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
bluffant,
j'ai adoré me promener dans ces mondes imbriqués, celui des états de conscience tenue aux instants créateurs, en passant par celui l'inconscience aux réveils des cauchemars, jusqu'à cet univers imaginaire habité. Une histoire sentimentale en diable traverse le tout.

Fantastique c'est bien la bonne catégorie !!!

Subtil mélange de poésie nouvelle, d'introspection écarlate; de prose poétique en versification le chemin est lumineusement obscur.

Tout est sans dessous dessous, et pourtant je m'y suis trouvé bien et bien retrouvé. J'étais chez vous comme dans un lieux commun pour une histoire pas banale.

Dire que je me suis régalé est utile ?

   Cat   
21/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Pouet,

Un conte fantastique, un conte merveilleux ! Toute la prose n’est que pure poésie.

Chaque phrase m’a entraînée à sa suite dans des dédales aux miroirs lumineux.

J’ai vite arrêtée de chercher à comprendre l’histoire pour suivre le fil de vos tableaux immergés dans un monde réel que vous rendez onirique à force d’images superbes. Vous avez labouré profond.

Bref, c’est beau et je ne sais comment le dire davantage.

Merci pour le partage de cette lecture, qui demande plusieurs lectures et relectures et qui transporte les yeux ouverts vers des contrées rutilantes.

A vous relire

Cat
Transportée à Dushy

   Lulu   
22/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau texte au rythme régulier et fort agréable. J'aime beaucoup, vraiment. C'est éminemment poétique. Je ne relève pas tout, mais certains passages m'ont plus touchée que d'autres, comme :
"Je m’inonde des stalagmites de ta présence
Je porte la rature de mes lettres effacées
Le froid suspend son voile aux rides du silence

Voici le trou béant des âmes crevassées
Ici ne repose pas l’enseigne des consciences
Mais la monotonie de nos éternités."

J'ai aussi beaucoup aimé l'idée du dernier mot. Ca me fait penser à ce que je dis souvent (Le soleil brille toujours au-dessus des nuages, lorsque ces derniers sont là)...

Globalement, j'ai lu votre récit-poème comme ce qu'il est : un vrai récit-poème.

Au plaisir de vous lire de nouveau.

   emilia   
24/6/2014
Une nouvelle fantastique et merveilleusement poétique, qui foisonne d’images parlantes, où le drame, démarré sur le quai d’une gare dans un endroit dénommé « Dushy », se noue entre je et tu, se joue entre passé et présent, rassemblant des lambeaux de souvenirs, des poussières de silence, avec déjà des images très suggestives de « mouchoirs déchirés », d’une « dernière larme de fumée lourde entre les doigts glacés du ciel ( comme un chaud et froid vecteur de cataclysmes), de « valises qui hurlent »…, avec cette souffrance oppressante qui conduit à l’enfermement, au repli sur soi comme enterré vivant… ; avec cette description récurrente qui évolue sur quatre temps (« du trou, du petit tas de sable, de deux bougies et d’un demi-miroir… ») évoquant une tombe, une « prison sans fenêtres jonchée de lettres brunes », couleur du sang séché après un sacrifice : un décor sombre pour une atmosphère sinistre, ponctuée d’une musique ironique orchestrée par la mer qui joue sa partition « de notes exutoires et lancinantes, où les rires agonisent, les sentiments sont vaincus, les soleils couchés, les cœurs éclatés, les bonheurs froissés, les tendresses envolées… », tout un corpus de mots significatifs exprimant une perte irrémédiable, une détresse bouleversante qui affleurent dans ce vers central : « Et au fond de tes yeux : s’éternise le reflet de mes derniers espoirs… »
Le narrateur, « allongé », en position d’analyse, scrute les éléments clés de ce passé qui traduisent le délitement de la relation amoureuse : « je me souviens… » de ce temps d’avant « où tout était calme et ordonné, où tu m’attendais, quand ta bouche avait le goût d’une averse de cerises, quand le bonheur nous regardait au fond des yeux… », mais aussi plus tard, « quand tes yeux n’étaient que Solitude masquant les morsures de l’ennui, avec dans ton regard des orages de verre, les éclats d’une pupille brisée…, quand nous échangions nos rêves et nos mensonges, quand toi tu voulais rentrer et moi, je n’ai rien dit…, quand nous nous étions promis quelque chose… » Ainsi, le non-dit s’installe avec sa part de responsabilité transformant « les âmes inséparables » en « ce trou béant des âmes crevassées où repose la monotonie de nos éternités… » Il mêle habilement à l’intrigue les effets dévastateurs de la rupture sentimentale : « je pense à toi comme on perd l’équilibre, comme on saute d’un pont… », à en perdre progressivement la raison… Les descriptions visuelles de « Dushy », à la manière d’un flash cinématographique, contribuent par leurs contrastes saisissants à mesurer le gâchis d’un univers dévasté: la très vieille dame, la poupée édentée, les missives invisibles, la rose morte dévorée, le chat tombé de l’échelle… , comme en opposition avec la sublimation gourmande du portrait de l’aimée : « je pense à toi comme on se rappelle de la saveur d’un fruit oublié sur un banc de l’enfance, comme à un éclat de vanille… » Il fait alors ce constat accablant : « à trente ans, je me sens triste comme un vieillard, il est temps pour moi de ne pas revenir … », comme une décision apaisante pour mettre un terme à la souffrance, à la torture mentale… Il prend conscience « de la perte d’un temps précieux à ne Rien faire », d’être l’acteur de sa propre condamnation : « je ne me laisse aucune chance de refaire surface, je saborde les espoirs de mon propre navire dans la peur d’une vie qui n’apporte aucun réconfort » ; plus rien n’existe semble-t-il auquel se raccrocher : « J’habite à Francheville-sur-Rien… » A cet instant, l’aspect tragique atteint son paroxysme : « quand les bougies s’éteignent, que le miroir se fend…, dans l’acceptation de la mort, je garde les yeux ouverts pour l’écouter… !
L’analyse psychologique s’appuie également sur des réflexions philosophiques : « Je ne cherche pas à comprendre ce que l’inutilité m’apprend… » ; « Nous broyons le sursis de nos indépendances extirpant de nos cœurs nos dernières utopies … » ; « cette effrayante normalité… » ; « en face de moi-même, l’apparence du monde me tombe des mains en une effervescence d’objets trouvés et d’idées préconçues… » ; en tournant le dos aux masques de l’oubli… » Dans le naufrage annoncé où l’anéantissement de soi est particulièrement bien rendu dans l’expression :" je porte la rature de mes lettres effacées… », quels sont ces « cadavres opaques et mystérieux qui tapissent le fond d’un drame inespéré », mais qui apportent la paix… ? La nouvelle qui laisse une forte impression s’achève sur cette phrase énigmatique, laissant ouvert tout le champ des possibles à travers le couple terre/mer : « La terre ne meurt jamais. A peine soutient-elle la mer… », dans une permanence peut-être porteuse d’espoir…

   Lyl_mystic   
24/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aurais bien vu ce texte en 'poésie en prose' dans le sens où la trame narrative et l'intrigue d'une nouvelle ne sont pas vraiment présentes, mais c'est bien le style que j'ai beaucoup apprécié : une grande richesse dans les images, beaucoup de densité de ce côté-là, peut-être même un peu trop ceci dit.
Autant il y a des images et des tournures de phrases que je trouve sublimes et originales, autant certaines métaphores me semblent trop affectées, précieuses, et ne m'évoquent donc pas grand chose.

"...Des rides de solitude se peignent sur le mur des sentiments vaincus
Sur lequel agonisent des guirlandes de rires, des couchers de soleil et des cœurs éclatés."

Je trouve que ce passage détonne par rapport à ce qui précédait, c'est tout à coup plus lourd surtout cette succession d'images tout à fait "hétérogènes", et il me faut faire un effort d'imagination dans ce grand fouillis, c'est surtout pour la deuxième partie de la phrase. Bref, c'est un exemple des moments où j'ai l'impression de basculer dans l'emphase.

"Entre tes paupières perlées de paillettes de chocolat amer,"

Le chocolat a beau être amer, je trouve cela trop sucré... =)
Je n'ai pas trop aimé tout ce passage gastronomique.

Si on ne se perdait pas dans cet onirisme, s'il y avait une plus grande construction narrative, je lirai bien tout un roman dans ce style là. =)
Je trouve, et cela m'arrive rarement, qu'il y a énormément de potentiel et de talent même, dans cette écriture.
J'ignore si c'est un choix mais la ponctuation m'a semblé manquer par endroits, je ne cite pas parce que ce "défaut" est trop récurrent.

Pour résumer, certaines phrases m'ont semblé trop riches et ce qui est un peu dérangeant quelquefois c'est la surprécision adjectivale pour ce qui est trop dans l'abstraction et moins dans l'évidence, personnellement ça crée pour moi une sorte de distance dans l'identification.

Je ne citerai pas tout ce qui m'a plu, il y a bien trop de beauté dans ce texte mais voilà certaines images que je trouve superbes :

"Il y a des parasols qui épousent la nuit
Et des hivers jaunes qui reflètent l’été."

"Je pense à toi comme on ouvre une faucille pour cueillir toute une rivière de papillons,"

"Tu voulais profiter de cette pluie battante pour te promener, nous nous étions embrassés : ta bouche avait le goût d’une averse de cerises, je me souviens…"

"Je suis incrusté dans la proue d’un bateau à la coque de cire, ne voulant chavirer qu’auprès d’un phare en immersion qui viendrait éclairer les veines sous-marines et les aortes creuses des coraux torturés comme les lignes de ma main."

J'aime beaucoup cette image, cette personnification marine, elle m'évoque le trouble face à l'avenir incertain, instable comme les mouvements marins...

Bien sûr l'émotion, la nostalgie, la souffrance dans l'absence d'un être cher sont tout au long présentes et leurs accents sont plus saisissants dans certaines phrases qu'on a déjà citées; ceci dans une expression d'une grande délicatesse où l'évasion est permise. La fin plus positive évoque un certain renouveau et s'arrête sur une note plus énigmatique qui m'a donnée envie de lire plus en avant si cela avait été possible.

Au plaisir de vous lire.

   David   
25/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Pouet,

Une histoire qui a le don de capturer. L'écriture a eu suffisamment de conviction pour me faire douter le temps de la lecture de ce qui était absurde ou non, c'est très proche de l'effet d'un rêve, en plus miroitant, kaleïdoscopique. La mélancolie est extrême et en même temps il y a une énergie incroyable des images, il y a des sortes de "refrains" avec ces "lettres brunes", ce "demi-miroir" et d'autres encore, qui agissent comme avec une musique. La fin est encore un nouveau jeu de palais des glaces, quand le narrateur se dévoile, c'est encore une immersion dans quelque chose d'autres. Bref, une lecture de ouf :)

   Neojamin   
26/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Pouet,

Oui, c'est une poésie...ou pas, un voyage sans aucun doute, dans l'au-delà, dans une mémoire triturée...Au fur et à mesure de ma lecture je n'ai pas pu m'empêcher de chercher un sens, de comprendre, d'attendre un dénument, quelque chose. Ce n'est qu'en arrivant à la fin que j'ai ressenti ce que tu avais écrit.
Il me faudra le relire.
Ce texte m'a semblé trop personnel pour être commenté. J'ai eu le sentiment de pénétrer dans les profondeurs d'une âme. Si tu l'as écrit d'un coup, je ne me surprendrais pas tant la lecture de cette aventure fantastique fut fluide et agréable.
J'ai particulièrement aimé la coupure net du passage de présentation du personnage et toutes ces incohérences qui n'en sont pas.
Très bien écrit, très facile à lire et pourtant si complexe dans sa construction. Je me suis un peu perdu dans toutes ces métaphores...mais c'était peut-être le but.
Merci

   Anonyme   
29/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pouet,

Ce n'est pas une nouvelle, c'est un poème. Une plume énigmatique, écorchée vive, des trouvailles à tomber, il y en a tellement mais je vais relever ce passage qui m'a fait fondre:

"Sur les épaules squelettiques d’un ange écorché tes cheveux dessinent
Les cicatrices des âmes inséparables et la mélancolie des tendresses envolées."

Comme je suis amoureuse de ces mots.

C'est d'une profondeur, d'une intensité, ça vient des tripes, l'émotion à l'état brut, un battement de cœur votre nouvelle, un battement dans mon cœur.

Une nouvelle que je reviendrais lire et relire.

   Bleuterre   
1/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Très beau, c'est pour moi de la pure poésie, chaque phrase est une belle invention, un texte qui redemande à être lu, plusieurs fois, il m'a enchantée....
Tu arrives avec tes mots à mêler les éléments à une réflexion personnelle dans un onirisme puissant. Merci beaucoup de ce beau partage.

   Jano   
2/7/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
En effet, c'est plus de la poésie qu'autre chose. Il n'y a pas véritablement de trame narrative ou si elle existe noyée dans une abondance de métaphores et d'expressions lyriques. D'un point de vue personnel je trouve que vous en faites trop, que vous privilégiez exagérément l'esthétique au détriment de l'histoire. Ce déferlement de vocabulaire et de tournures emphatiques appesanti considérablement votre propos. On a envie de tailler dans ce maquis pour savoir ce que vous cherchez réellement à dire, où sont finalement vos émotions tant elles se perdent en circonvolutions littéraires. J'ai quand même la forte impression d'un espèce de tape-à-l'oeil.

   Zoe-Pivers   
1/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je suis tombée sous le charme. Allongée à son pied, la tête au vent d'un autre espace, j'ai lu chacune de ses feuilles. Il y avait dans le tronc un ascenseur en colimaçon et à chaque étage une porte qui s'ouvrait sur une branche en construction. Je suis passée d'un rameau à l'autre avec cette impression de vivre un saut quantique entre des mondes parallèles.
J'ai adoré !
Merci Pouet

   Perle-Hingaud   
29/8/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Oups !
Je découvre une autre "nouvelle"... dont d'ailleurs quelques mots/images sont presque mot à mot repris dans votre dernier texte. Vous aimez tant que ça la bière iranienne ? A 30 ans, vos narrateurs se sentent-t-ils tous des vieillards ? ;)
Je ne me souviens pas avoir lu ce texte auparavant, mais j'ai peut-être oublié... Selon moi, c'est davantage une longue poésie en prose qu'une nouvelle. Trop "écrit", comme là, par exemple: "Me serais-je assoupi à l’intérieur d’une cathédrale flottante ?".
Bref, pas ma tasse de thé pour la partie "récit".
Par contre, certains vers me plaisent, comme "Je pense à toi comme on perd l’équilibre" et ses déclinaisons tout au long du texte.
En conclusion, une autre fois, en tout cas en nouvelles !

   Joss   
26/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il faut prendre son temps, car le texte est riche ! Mais que de trouvailles, un très beau voyage, merci !


Oniris Copyright © 2007-2018