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Humour/Détente
Pussicat : La S.A.L. émission
 Publié le 04/09/26  -  10212 caractères  -  0 lectures    Autres textes du même auteur

Une fenêtre ouverte sur la petite lucarne, une mise en abîme de l’activité que modestement je pratique, une respiration. Le rideau s’ouvre, le spectacle peut commencer…


La S.A.L. émission


Musique générique


— Bonsoir, bonsoir cher public, et bienvenue sur TV One Plus Plus Plus dans la S.A.L. émission, la Star Académie des Lettres, la seule et unique !


Applaudissements du public


— C'est un plaisir, que dis-je, un enchantement et un honneur de présenter cette émission ré-vo-lu-tio-nnaire, et je pèse mes mots. Ouh, ils sont plus lourds que je ne le pensais !


Rires du public


— D'autant que les mots seront les armes de nos concurrents sélectionnés pour cette bataille, ce grand jeu qui nous mènera jusqu'à son terme, jusqu’à la finale (respiration musicale), le grand duel !


Musique générique – écran Pub


— J'étais bon là, Valérie, j'étais bon ?

— Oui, formidable, Jean-Marc, formidable.

— Dis à Rémy d'y aller mollo avec le projo 7, j'en ai plein la gueule. Il est où mon Coca zéro ?


Régie message


— Retour plateau dans une minute les enfants.

— Rémy, peux-tu te calmer sur le projo 7, j’ai des papillons plein les mirettes. Il est où mon Coca zéro, il est où ? Valérie !

— Antenne dans 5, 4, 3, 2, 1.


Musique générique


— Bonsoir, et bienvenue à toutes celles et ceux qui viennent de nous rejoindre sur TV One Plus Plus Plus dans notre toute nouvelle émission, la seule et unique S.A.L., bienvenue dans la Star Académie des Lettres !


Applaudissements du public


— Une émission qui rendra hommage aux plus grands écrivains d'hier et d'aujourd'hui, et là je pense à tous ceux qui nous ont quitté…


Musique – carrousel portraits


— Maaaaaiiiiiiiis, revenons au présent, revenons à la S.A.L., la seule et unique, une émission généreuse qui, nous l'espérons tous, fera émerger les nouveaux talents d’aujourd’hui et de demain. Mais avant toute chose, avant de vous présenter notre premier candidat, je vous demande d'applaudir les trois jurés qui vont nous accompagner tout au long de cette belle et merveilleuse aventure, n'est-ce pas Valérie ?

— Oui… tout à fait Jean-Marc.


Valérie fait un signe à la régie immédiatement authentifié.


Régie message oreillette : Jean-Marc, l'oreillette de Valérie est HS, on lui en apporte une nouvelle, c'est toi qui assures la présentation du jury. Fais chier ! Y a toujours un problème avec elle, se dit-il.


Musique présentation du jury


— Et je vous demande d'accueillir notre première jurée, l’immense Rosie Sauvignon ! Rosie Sauvignon qu'on ne présente plus, journaliste et critique littéraire. Rosie, si vous voulez bien prendre place.


Applaudissements du public


— Accompagnée de la romancière, bonsoir chère et tendre (baise main) Annie Guivildy ! Applaudissements s’il vous plaît, Annie Guivildy dont le dernier ouvrage figure dans le top 3 des meilleures ventes françaises.


Applaudissements du public


— Et enfin, mais vous l'aurez tous reconnu…


Cris du public : OUIIIIIIIIIIII !


— Philosophe, romancier, essayiste, nouvelliste, reporter, producteur, réalisateur, chroniqueur, Maître ès Dialectique, expert en remaniement syntaxique, et, selon mes fiches, je m'emmêle, il y en a tant – deux, trois feuillets volettent dans l’air chaud du plateau… –, auteur d'un essai, épuisé depuis, il a tant de succès, dans lequel il développe son propre système syntactique et syntagmatique sur la maïeutique des frissons intérieurs du langage parlé… des fissions intérieures, désolé Bertrand, une coquille, je suis un funambule sur son fil lorsque je vous lis. On dit même qu'il souffle à l'oreille des puissants de ce monde, pensez ! Et enfin conseiller des éditions Publi-Tout, j'ai nommé : Bertrand Harry Levalseur ! Bonsoir cher Bertrand, par ici.


Applaudissements déchaînés du public – musique générique – écran Pub


Le présentateur en profite pour rappeler les derniers petits détails formels.


— Alors, vous prenez place, comme pendant la répétition. J'annonce le premier candidat, il fait son entrée, je le présente, il lit son texte, vous l'écoutez attentivement. Je veux ressentir une implication, une concentration sur votre visage, c'est important, pour le public, pour la caméra. Une fois la lecture terminée, vous buzzez, ou pas, enfin, si. Je reprends : si le texte vous a plu, sur le bouton vert, sinon le rouge. Vous motiverez votre choix chacun votre tour, à la fin de chaque lecture. Des questions ?

— Et si c'est mitigé ? interroge Annie Guivily.

— Mitigé ?

— Oui, si…

— Pas le temps Annie, pas le temps. Mitigé, qu’est-ce que vous entendez par là ?

— Un exemple, cela sera plus simple : le récit m’emporte mais je lui trouve des aspérités dans le choix des…

— Après Annie, voyons cela après, voulez-vous…


Régie message


— Retour antenne dans 5, 4, 3, 2, 1.

— Annie, non, non…


La romancière s’était levée serrer des mains dans le public, et visiblement touchée par ce débordement d’amour, les embrassades, voulut le prolonger en se posant parmi sa tribu de fans.


— Annie, s’il vous plaît, Annie… reprenez votre place !


Musique générique


— Bonsoir et bienvenue à toutes tous sur TV One Plus Plus Plus dans la S.A.L. émission, la seule et unique Star Académie des Lettres, une émission qui compte bien révéler les futurs talents de la littérature, celle de nos belles lettres françaises. Et aujourd'hui, ce soir, est un grand soir. Ce soir, nous allons vous dévoiler LA sélection de cette première saison de la S.A.L. émission.


Musique – tapis présentation en fond sonore


Ils sont cinq. Cinq candidats à attendre derrière ce rideau. Nous les avons suivis en répétition. Nous les avons soutenus. Et maintenant c’est à vous, membres du jury, vous cher public, et vous téléspectateurs et téléspectatrices qui nous regardez nombreux, de participer à l'aventure, un numéro s'affiche en bandeau au bas de votre écran. N’hésitez pas, cette émission est la vôtre !


Musique générique – entrée candidat


— Premier candidat de La Star Académie des Lettres, j'appelle Paul !


Applaudissements du public


Paul sort de derrière le rideau et s'avance d'un pas mal assuré en direction de l'animateur.


— Bonsoir, bonsoir à tous, à ma famille, à tous ceux qui me regardent, et bonsoir au jury. Madame Gavildy, je suis un grand admirateur.

— Bonsoir Paul. Alors, pas trop stressé de passer à La Star Académie des Lettres, la seule et unique ?

— Non.


Rires du public


— Quelle franchise, quel aplomb ! Dans ce cas, nous allons vous laisser lire votre choix, mais avant, pouvez-vous vous présenter, en quelques mots.

— Je m’appelle Paul, tout court, Paul. Pas besoin d’en dire plus. À quoi cela servirait de raconter sa vie, comme ça, à des inconnus ?

— Très bien Paul, très bien, Paul… tout court.


Rires du public


— Et quel nom porte votre texte ?

— Le mistral. C’est une chanson, une chanson que je vais chanter a cappella.

— Où ça ?


Rires du public


— A cappella, sans accompagnement musical, c’est…

— C’était un trait d’humour, Paul, un trait d’humour. Nous vous écoutons : Le mistral par Paul.

— Hum, hum…


Dans ma région y a pas d'mistral,

dans ma région y a pas d'mistral,

mais il y fait un froid glacial

à fendre Pierre et Paul est pâle.


Dans les vallons, sur les collines,

dans les vallons, sur les collines,

toute l'année les prés sont verts,

moutonnés d'un beau cresson vert.


Dans mon jardin couleur cristal,

dans mon jardin couleur cristal,

toutes les fleurs ont des pétales

bleus crissant sous le ciel métal.


Dans ma maison vit un marin,

dans ma maison vit un marin,

dont la seule crainte est d’aller

voir sous la coque l'œuf mollet.


Dans ma tête pousse un oranger,

dans ma tête pousse un oranger,

ça n'a pas l'air d'la déranger

d’voir en hiver ses fruits givrer.


Dans ma chanson y a pas d'morale,

dans ma chanson y a pas d'morale,

juste un grand rire firmament

sur la face posélégamment.


Applaudissements nourris du public, debout, mêlés de cris, de sifflets, c’est un déferlement et chacun de reprendre : « Le mistral, le mistral, le mistral… »


Musique générique – écran Pub


Sentant la situation lui échapper, l'animateur s’adresse à la régie pour une légère modification dans le déroulé de l’émission.


— Rémy, tu doubles la coupure pub, s’il te plaît, double la coupure pub.

— On ne sera pas dans le timing Jean-Marc, j’aurai un défaut de six minutes, voire plus.

— Je m'en fiche, je n'enchaîne pas, pas après cette… crotte ! Qui a fait le casting ? Valérie ! Elle est où ? Valérie ! viens voir, c’est qui ce guignol ?

— Il a été validé par la production pourtant… Ah,

— Quoi ?

— Ce n’est pas ce texte qu’il devait lire, j’ai un autre titre sur ma fiche, sur le temps qui passe, très beau, j’étais présente aux répétitions, il m’avait toute retournée.

— M… ! M… ! M… ! Mon Coca zéro, il est où mon Coca zéro, bordel !?


Paul allait pour partir quand le régisseur, Rémy, le rejoignit pour le pousser derrière le rideau décor.


— Tu peux te vanter d'avoir fichu un sacré merdier ! Rosie Sauvignon était hors d’elle, et lorsque tu as commencé à enchaîner tes pas de danse de Saint-Guy sur l’oranger dans la tête, tout le public s’est mis à taper des pieds. Heureusement que Bertrand était là pour la calmer, tu connais son pouvoir de séduction.

— Et Annie Guivildy ?

— Elle t’accompagnait, appuyant sur les boutons, tour à tour, le rouge, le vert ! Nous étions tous morts de rire dans la régie. Comme je sais que l'écriture est une vraie passion, je ne t'en connais pas d'autre, tiens, prends, ça pourrait te servir, t’aider.

— Qu'est-ce que c'est ?

— C'est le nom d'un forum, un atelier, assez relevé à ce que j’ai pu en lire. Pour en revenir à ta participation, c'était de la balle ! Et l’idée de distribuer les paroles de la chanson au public, tu les entends « Dans ma région y a pas d'mistral », tu as vraiment bien préparé ton coup.

— Ah, c’est sympa. Mais c’est pas de la provoc’, Rémy, rien que de l’humour, j’avais trop le trac pour autre chose.

— Bon, j'y retourne, le candidat suivant ne va pas tarder, ça va pas être simple d’enchaîner. Tu me donnes des nouvelles, le nom de ton pseudo par exemple.

— Je pense que tu me reconnaîtras assez facilement.


 
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