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Sentimental/Romanesque
Respy : Après le cinéma
 Publié le 05/04/18  -  6 commentaires  -  11211 caractères  -  65 lectures    Autres textes du même auteur

Samedi dix-neuf heures.


Après le cinéma


« Nouveau message », « 3 appels manqués » afficha l’écran de mon Nokia ! « Où es-tu ? » 19 h ! Une heure déjà que j’aurai dû me rentrer. Mam’ s’inquiète… Quinze ans et demi et ça se croit déjà majeur, à ne pas prévenir, à ne pas rentrer. Elle doit pas savoir ce que ça fait elle quand l’émotion vous prend comme une poussée de boutons. La fièvre, la sueur dans le dos et sur l’échine, le cœur qui pompe pompe pompe, les grandes idées. Elle sait pas elle, elle connaît pas. Peut-être qu’elle a oublié… ça doit être ça être adulte, oublier, s’oublier, ne vivre plus qu’à température ambiante. En dessous de 18°, fait trop froid, au-delà de 25, c’est plus supportable. Alors on vit emmitouflé, polaire et plaid sur le canapé. Le type qu’a inventé la clim’, un vrai con ! Cash, c’est dit ! La quête du 23°, le bon 23, la petite brise, aisselles bien propres, c’est toute sa vie, son Graal. Les hommes crèvent de ne vivre qu’à 23°.

Dix-neuf heures et c’est que porte de Bagnolet. Toute la ligne presque je me suis fait. Me reste plus qu’à la dévaler en sens inverse, jusqu’à Répu. Père-Lachaise c’est mort, trop de changements, trop compliqué. Je serai rentré pour le repas si je me reprends, si je me retrouve. Y aura plus qu’à sortir un beau mensonge et les grimaces dans le genre « chui’ désolé ». Pour ça pas de soucis, j’ai toujours été doué. Accident voyageur, trafic bloqué, ça passera crème. C'est dans les excuses réchauffées qu’on fait les meilleurs mensonges. Suffit juste de tricoter un peu de nouveauté sur la version de base puis avoir l’air bien mignon et sincère.



Je m’étais trompé apparemment, le mensonge non plus, c’est pas mon truc ! Tout de suite je me suis fait tricard par la mam’ hein. Voilà ce qui se passe quand on se laisse aller, qu’on atteint les 120 bpm pour une Sarah. Pourtant j’ai bien tenté de les endormir, les parents, avec mes belles phrases qui ne s'arrêtent pas, rebondissent et sautillent sans cesse sur elles-mêmes pour ne pas laisser le temps aux gens d’en placer une. Même le sourire, celui qui marche toujours d’habitude, dents blanches, yeux humides et fossettes à faire craquer un gros méchant, s’est fait recaler. Rien à faire !

C’est peut-être le texto que m’a envoyé Sarah qu’a remis le bordel dans ma cervelle. « Merci pour cette aprem’. C’était vraiment cool », qu’elle me disait. La garce ! Plus que trois stations avant la mienne, le terminus, je reçois ça. Et voilà que ça me reprend d’un coup, net et froid comme un dimanche soir en hiver. Le grand vide et tout et tout et tout. Quarante minutes pourtant, litanie sans fin de stations, de portes qui s’ouvrent et se ferment avec de grands « Bip », relents de pisse, moiteurs d’aisselles, quarante minutes à se refaire une santé afin de paraître crédible devant les parents. Et boum ! Un texto ! Finito !

Tu m’étonnes après que les parents ont pu déceler en moins de deux, le vrai du faux. Y avait plus qu’à me travailler un peu au corps, me bombarder de questions bien placées pour que mes mensonges se ramassent la gueule. Cependant, je tiens vraiment à le dire, y a un truc qui m’a touché ce jour-là, malgré les kilos de haine bien gratuite que je portais contre le dar’ et la daronne. À court de baratins et d’arguments, ils auraient pu le creuser mon malaise, me questionner dans les moindres recoins pour me faire cracher la vérité. Même pas…

Ce ne fut que regards tendres, silences qui ne disent rien mais n’en pensent pas moins, manières douces. Du tact à revendre pour une tripotée de gamins fouteurs de merde en somme. Tout, ils faisaient tout pour pas trop taquiner la fierté de mes quinze ans tout bourgeonnants. Pourtant moi, à force, ça commençait à plus vraiment me toucher, au contraire, toute cette gentillesse et ces manières mielleuses à écœurer une abeille. Je m’étais fait cramer ? Bien, que je paye. C’était mignon, pas à dire ! À vous faire monter des larmes et des mots d’amour plein la bouche toutes ces attentions-là. Mais d’habitude c’est au bluff et à coups de mensonges que je faisais céder papa et maman. Alors là, comme ça, entre eux et Sarah, ça faisait trop de charité pour une journée. L’ego c’est comme les poils, à force de trop le caresser, ça se lève, se tord, se hérisse, et virevolte de tous ses crins noirs comme un archet fou. Alors c’est l’heure stupide du coup de fouet contre ceux qu’on a aimés, ceux qui nous ont entourés d’un manteau chaud et doux quand le froid tapait dans la nuit.

Faut dire aussi qu’y a les néons jaunes de la cuisine qui font des auréoles d’anges sur la tête des parents. Puis leurs visages sont blancs, paisibles malgré les grands coups de mâchoires dans la viande déjà dure et froide d’avoir trop parlé. L’air est tout plein d’ail et de violences que le silence étrangle. Jusqu’à quand ? La tempête sourde, bourrine entre les coups de canifs et les déglutis baveux de la purée qui nage dans une assiette coloriée de sang. Sans un mot, l’air digne et sévère, après avoir bien pris soin de ranger assiette et couverts, je quittai la table, laissant papa-maman baigner dans leurs bonheurs eucharistiques. Haussements de voix, couverts qui claquent, cris, éclats de vaisselle, torchons qui frappent ? Soupirs à peines audibles, yeux rivés sur le steak, fourchettes qui rayent religieusement l’assiette m’accompagnèrent jusqu’à ma chambre.

Seul ! Moi et ma haine que personne ne comprend, qui m’est comme étrangère, jaillie tout droit de la purée mousseline, îlot sur un lac de sang. C’est sur les murs blancs tapis de posters qu’elle vient gratter à présent, se faire les ongles sur le granit jaunâtre. Même Zizou, Barthez et toute la bande n’ont plus ces regards de vainqueurs réconfortants. Depuis l’enfance que, sur des journaux en papier glacé que le postier venait déposer le samedi matin, je découpe en carré les crânes chauves et luisants des légendes de 98. Pourtant cinq ans à peine à l’époque, mais déjà le goût pour quand y a du monde, du bruit et que ça chante à imploser de bonheur et d’euphorie.

Mais là même ce souvenir qui n’en est pas un, ce souvenir qui n’est qu’une somme d’histoires couleur INA que les grands racontent entre le fromage et le dessert, le dimanche, quand ils ont trop bu, même ce souvenir ne suffit plus à freiner le cortège de colère qui vrombit sous la peau moite. C’est mille et mille insectes, cloportes en tous genres qui trépignent sous le blanc de la chair, grattent les coutures de la peau. Les mains, bientôt les bras se démaillotent en petits carrés comme la laine que mamie vous offre un an sur deux le soir de Noël. Ça fait de grands Ploc, Ploc, Ploc puis des petits tac, tac, tac et à chaque fois la consonne vous frappe sur le cœur, d’abord pareil à un feutre doux, capitonné dans la voyelle qui suit, puis féroce et brutale comme les coups d’une timbale. En plus y a Zizou qui se met à rire à présent, gorge bien ouverte, langue qui siffle, crâne tout cramoisi d'obscénité. Zizou, mon zizou...

Même quand le petit chat est mort, saut de l’ange par-dessus le balcon, t’étais là toi et tes deux syllabes plus réconfortantes que le baiser d’une maman. En crêpe qu’il a fini le chat, tout écrabouillé sur le ciment en gomme imitation pavé. C’était pas son premier saut pourtant, fréquemment il se payait une séance de voltige, crispé comme un oiseau fou entre le balcon et la rue d’en bas. Faut croire que ce fut la fois de trop. Chet qu’il s’appelait ! Son truc à lui c’était de mater, l’air pensif, les chats du quartier qui batifolaient en contrebas. Les chattes surtout le mettaient dans un état pas possible, avec leurs zigzags faussement lascifs et leurs hululements de félins en rut. Il était pas castré Chet, j’avais crié et pleuré deux jours durant quand papa et maman avaient voulu l’emmener. C’est ça qui l’a perdu…

Alors là, comme ça, de voir Zizou se payer une sacrée tranche de rigolade, ça me tue ! Je sais bien qu’on dit souvent que les héros de notre enfance finissent toujours par décevoir, devenir une version ratée d’eux-mêmes. Mais là, c’est trop !

De toute façon, lui aussi va finir comme moi, la gueule barbouillée d’une épaisse masse noire, à vomir des flots d’insectes couleur ébène. J’en ai des trous tout plein le corps maintenant, des trous épais comme un bouton percé. C’est noir là-dessous et ça sort à n’en plus finir, à n’y plus comprendre. On se croirait un de ces soirs d’été de Provence quand les grillons se mettent à jacter pile quand le sommeil vous vient, tellement que ça fourmille, gratte, suçote, pullule et se répand partout. C’est pas douloureux hein, faut juste se laisser faire, laisser le noir grandir en vous. Je sais que je devrais avoir peur, peur à en chialer. Je devrais crier, gueuler jusqu’à faire trembler les fondations de notre immeuble en toc simili bourgeois, jusqu’à réveiller les gosses qui dorment parce que lundi y a école, et rendre dingue tout le voisinage alors que c’est 20 h et que le JT dégueule son flot de vulgarité. Je devrais d’un coup net et définitif fracasser le giron de la terre et que tout se pète en deux comme une noix de coco afin que toute cette folie ne soit plus car là ç’en est trop !

Il faudrait… Pourtant rien de tout ça. Rien d’autre que le sentiment un peu stupide et niais que ce qu’y devait arriver arriva et qu’au fond c’est pas si mal de voir des choses qui ne sont pas, des choses que les autres ne voient pas. Petit déjà, je m’écrasais les yeux avec mes petits poings à la recherche de ce qu’on voit que dans les rêves. Ça faisait tout drôle au niveau de la tête comme quand on est malade mais en bien, et ça faisait aussi de grandes traînées de lumière qui traçaient milles fusées multicolores dans le noir des yeux.

Alors là tout de suite, il me semble qu’y a quelque chose de délicieux, vraiment, de s’abandonner sans lutter. Il me semble que c’est bon de se laisser grignoter le corps et la cervelle comme les trognons de pains qu’on jetait dans le parc, aux pigeons, le dimanche au début du printemps. J’entends au loin dans la cuisine, les clinquements des assiettes et des couverts. Papa et maman ont fini de manger. Et tandis que je suis là, allongé sur mon lit à présent, et que tout fourmille en moi, rage, haine, colère, j’aimerais encore entendre maman, de sa voix aigre mais douce comme une mandarine pelée, gueuler à travers l’appartement : « La table ! Viens débarrasser la table ! ». J’aimerais une dernière fois recueillir sur mon cœur la main tendre et chaude de l’enfance avant qu’elle disparaisse à tout jamais.

« Bouffe une madeleine » que les gens disent ! Mais moi j’aime pas ça ! Ça vous fait comme une pâte épaisse dans la bouche qui vient se coller partout, après plus possible d’avaler, impossible de se rappeler quelque chose. Alors je demeure là, en station, infusant dans un silence lourd, opaque, étouffant. J’attends, j’attends, j’attends... Rien.

Où sont donc passées ces journées belles comme un baiser mou, baveux et qui vous piquent un peu ? Où s’en sont-ils allés ces samedis sans fin, à taper le ballon sur le goudron récuré de soleil ? Tous ces jours, toutes ces années…

Il n’y a rien, plus rien que les grésillements de la télé qu’on vient d’allumer là-bas dans le salon, plus rien que la voix blanche, sans vie du présentateur JT.


 
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   Jano   
18/3/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Je n'ai guère apprécié ce monologue décousu qui essaie d'être le reflet de pensées adolescentes. Ce n'est pas parce que c'est un jeune de quinze ans qui s'exprime qu'il faut se sentir obligé de le faire parler aussi mal. Vraiment déplaisante cette tendance à réduire le langage de la jeunesse à des phrases mal construites et des formules à l'emporte-pièces. Donc le style ne me plait pas du tout, mauvaise imitation.
Quant au fond, franchement, il est d'une grande pauvreté. Le jeune est en retard parce qu'il a reçu un texto d'une copine qui lui chavire le cœur, s'ensuit des réflexions superficielles sur Zidane, papa maman, le monde des adultes et les regrets d'une enfance qui s'éloigne. Rien d'intéressant, en tout cas traité de cette façon là, et des poncifs qui s'accumulent. Puis il faudra aussi m'expliquer cette phrase : « Rien d’autre que le sentiment un peu stupide et niais que ce qu’y devait arriver arriva et qu’au fond c’est pas si mal de voir des choses qui ne sont pas, des choses que les autres ne voient pas. »

   vendularge   
6/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
J'aime beaucoup ce texte, ce qu'il dit de l'adolescence revisitée par l'adulte, l'écriture alerte qui caracole, les phrases qui tombent en cascade et nous rappellent cette colère froide et tellement juste du point de vue du personnage, de son vécu et de son âge.
Vraiment en première lecture, j'ai été happée par ce moment de vie, sa rapidité, son intensité qui fait mouche pour ce qui me concerne.

Merci
vendularge

   aldenor   
12/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une suite d’ « aprème au cinéma » ? Il aurait fallu le mentionner dans l’intro, sinon on ne comprend pas bien le titre. Je trouve plus amusant et mieux construit le texte précédent. Mais ici je reconnais davantage le ton de l’adolescence, ses excès et ses tourments, cette « haine (du 23° permanent !) que personne ne comprend », ni même son auteur...

   Louie   
12/4/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Les récits d'adolescents sont à la mode... J'allais citer Lady Bird au cinéma mais finalement, cela toujours été. Je trouve l'exercice casse gueule. S'entend le cliché du vocabulaire haché et même plus mâché. Ici j'ai trouvé maladroit et entendu. Le rythme aussi m'a posé problème. trop régulier dans sa rapidité. Peut-être plus d'envolée lyrique? D'élans fougueux. Peut-être trop d'ironie. Je ne suis pas entrée dedans comme si l'auteur lui-même s'était retenu, dans son regard d'adulte face aux affres adolescentes. Dommage. Une jolie plume ceci-dit

   Eva-Naissante   
15/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Le rythme symbolise à mon sens, la rapidité avec laquelle les pensées fusent dans un esprit de quinze ans. Tout s'emballe, tout s'emmêle, et parfois rien n'a de sens. Une fuite en avant. On veut tout, puis son contraire. Votre texte reflète avec justesse, cette oscillation entre colère d'être au présent et nostalgie de n'être plus au passé.
Quand au langage, il m'apparait approprié. S'il existe des ado qui s'expriment avec talent, ce n'est pas le cas de tous, me semble-t-il. Ces enfants qui, dans certaines histoires, s'expriment comme des adultes, me pose problème, en ce sens que, précisément, cela enlève du réalisme.
Ici, dans votre histoire, le style utilisé sonne juste, la simplicité du ton est contrebalancé avec la qualité de la plume. D'ailleurs, c'est entre autres ce décalage qui touche, qui me touche et qui participe, à mon sens, de la qualité de votre texte.

Au plaisir de vous relire,

Eva-N.

   Donaldo75   
8/5/2018
Bonjour Respy,

Je crois avoir déjà lu une de tes nouvelles sur l'adolescence. Elle m'avait plu.

Ici, je suis plus mitigé. Je comprends la colère du narrateur, parce qu'il découvre ce qu'il se passe après l'enfance, quand les rêves ne suffisent plus à masquer la réalité. Par contre, je trouve que c'est surchargé de partout, dans sa colère, dans son analyse, au détriment du sens, du pourquoi de cette colère.

Une prochaine fois ?

Donaldo


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