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Sentimental/Romanesque
Rip : Lola
 Publié le 05/01/07  -  7 commentaires  -  8157 caractères  -  70 lectures    Autres textes du même auteur

La petite fille se promenait au milieu du chemin, en sautillant.
Elle devait avoir huit ou neuf ans. Ses cheveux blonds flottaient au vent et encadraient un visage couvert de taches de rousseur. Elle portait une blouse à manches courtes et une petite jupe à volants. Ses pieds étaient chaussés de sandalettes et de socquettes blanches.


Lola


La petite fille se promenait au milieu du chemin, en sautillant.

Elle devait avoir huit ou neuf ans. Ses cheveux blonds flottaient au vent et encadraient un visage couvert de taches de rousseur. Elle portait une blouse à manches courtes et une petite jupe à volants. Ses pieds étaient chaussés de sandalettes et de socquettes blanches.


Quand elle allait à l'école, elle s'habillait, comme toutes ses copines, d'un top lui découvrant le nombril et de jean's, mais elle était en vacances, et sa maman préférait qu'elle s'habille comme une vraie petite fille ; ça ne lui déplaisait d'ailleurs pas, et Lola (on l'avait appelée Lola en souvenir de Dieu sait quelle actrice) avait l'impression de jouer « Martine à la ferme » que sa maman avait exhumé du fond d'une armoire pour le lui faire lire ! Au fond, à l'école elle s'habillait comme les autres pour ne pas passer pour une gourde, mais elle se sentait bien mieux dans ces vêtements qui, au moins, laissaient passer l'air tiède de ce mois d'avril.

Elle n'allait nulle part, sur ce chemin. Elle se disait qu'une fois au bout du champ, elle ferait demi-tour, ou alors elle verrait bien... Pour l'instant, elle profitait pleinement de ce que tous ses sens lui offraient : le rouge des coquelicots qui bordaient le champ sur sa gauche – un champ de quoi, d'abord ? de blé, peut-être, comme ses cheveux... - les senteurs fraîches et humides venant du petit bois sur sa droite, le vent qui faisait voler ses cheveux dorés et qui s'insinuait sous sa jupe, la faisant ressembler à une drôle de petite cloche à deux battants...

Elle n'osait pas le dire, mais elles l'énervaient, ses copines qui se pâmaient devant « Star'Ac et Cie » ; elle préférait lire, mais allez donc leur faire comprendre ça...

Lola entendit au loin comme un grondement d'orage et sentit l'air se charger d'une humidité soudaine. « Ce n'était pourtant pas encore la saison », se dit-elle, « Bon, alors, y a plus à réfléchir, au bout du chemin, je prendrai à droite en longeant le bois pour rentrer directement à la maison. »

Et, toujours sautillante, elle continua son chemin en chantonnant...


L'homme porta la bouteille de bière à ses lèvres et en but une longue rasade. Du bout de la langue, il rattrapa in extremis une goutte qui avait failli s'échapper. « Oh là, où penses-tu aller comme ça, tu allais te perdre au lieu de me faire du bien, blonde gouttelette... ». Il rit silencieusement de ses propres bêtises ; depuis toujours, il avait parlé aux objets, parfois presque autant qu'aux gens. Quand il pelait un oignon, il ne pouvait s'empêcher de s'adresser à lui, de lui dire qu'il ne voulait pas lui faire de mal, qu'il était obligé de le déshabiller pour pouvoir accéder à ses rondelles, et que, en quelque sorte, les oignons devaient plutôt se sentir honorés de pouvoir, par leur goût et leur parfum, donner tant de plaisir aux hommes ! Mais il s'adressait aussi bien à ses chaussettes qu'à la lampe de chevet. Quand il éteignait la télé, il lui disait toujours merci. Au début, c'était pour la remercier des programmes qu'elle lui avait permis de regarder ; mais il y avait longtemps déjà que c'était plutôt parce qu'il avait encore le choix de pouvoir l'éteindre.

Il se sentait bien. Trop souvent, il ne se sentait pas trop bien dans ses godasses, mais là, il était bien. Il n'était pas rasé, ça lui arrivait encore, et il aimait bien cette sensation, cette peau râpeuse, ça faisait viril, « Gainsbarre », mais ce n'est pas lui qui aurait flambé un gros billet comme l'autre l'avait fait ! Quand il y repensait, ça lui mettait la rage, et plus encore quand il se souvenait de l'attitude équivoque qu'il avait eue, le Serge, avec sa gamine, sa propre gamine ! Rien que d'y penser, ça lui donnait des crampes.

Il but encore une gorgée de bière. Elle n'était plus très fraîche et il la vida d'un trait ; ça en faisait combien déjà ? Une demi-douzaine, sans doute, mais il n'irait pas en chercher d'autres, il était trop bien là... Bien abrité par le feuillage, il ne faisait pas un mouvement. Ses pieds étaient nus dans des sandales, et son gros orteil droit, démesurément plus long que les autres, ressemblait à une parodie de pénis, mais il s'en fichait royalement. Un jour, par plaisanterie, il avait voulu l'utiliser comme si c'était son sexe, et il s'était fait d'abord rudement rembarrer, mais sa femme lui avait dit ensuite que, tout compte fait, son orteil serait peut-être plus un peu plus « efficace » que son zizi... Ça n'avait pas amélioré ses relations avec les femmes en général, ni avec la sienne en particulier. Bah, c'était de l'histoire ancienne, tout ça...

Il dut quand même bouger un peu, car le soleil avait tourné, et il se recula afin d'être à nouveau à l'abri de l'arbre.


Lola était arrivée au bout du chemin. Elle s'engagea vers la droite en pressant le pas, car il lui semblait que l'air s'était maintenant chargé d'électricité, et elle craignait de ne pouvoir atteindre la maison avant que l'orage n'éclate.

Elle n'avait jamais aimé cette partie du bois. Il y avait là des odeurs qui lui donnaient des frissons, comme si des animaux y étaient morts depuis longtemps. Elle savait pourtant que ce n'était pas vrai, que c'était du sol que montaient ces odeurs, de la mousse et des feuilles humides. N'empêche, elle pressait le pas les rares fois où elle passait par là.

Les rayons du soleil peinaient à traverser le feuillage, et le vent y faisait jouer d'inquiétantes silhouettes... Elle se dépêcha, n'osant plus tourner les yeux vers les grands arbres, et elle essaya de ne plus entendre craquer les branches.


« Merde ! » se dit-il en grommelant. L'orage imminent allait l'obliger à bouger plus vite que prévu, et il n'aimait pas ça ! Il lui fallait une autre bière... Il passa une main peu soignée sur son front moite en se demandant si ça allait toujours continuer comme ça. Depuis qu'il était sans travail, ça s'était déjà passé à plusieurs reprises, et il savait que ce n'était pas fini. Mais c'était plus fort que lui, et son dégoût de lui-même n'était pas encore assez puissant que pour le faire arrêter.

D'un pas pesant, il se mit en marche en ouvrant sa dernière canette...


Le soleil était maintenant tout à fait caché par les nuages, et Lola accéléra encore le pas ; elle ne voulait pas courir, car elle savait bien qu'il n'y avait pas vraiment de danger, que tout cela n'était qu'une impression, qu'après tout elle n'était pas très loin de la maison... Mais elle avait vu ce film, où ce garçon était couché dans son lit, et où il voyait, par sa fenêtre sans rideaux, un arbre menaçant fouetté par le vent... Ça l'avait terrorisée, sans qu'elle l'avoue, bien sûr (ce n'était qu'un film...), mais il lui en était resté des inquiétudes qu'elle ne se connaissait pas.

Sans le vouloir, elle se mit à courir, en haletant...


« La gamine ! Bon sang... » Il la voyait qui s'était mise à courir, il distinguait, à travers les arbres, sa jupette colorée et ses socquettes blanches. « Qu'est-ce qui lui a pris de se mettre à courir ? » Est-ce qu'elle avait entraperçu sa silhouette, à travers les arbres ? « Pourquoi cours-tu si vite, petite gazelle ? Il n'y a derrière toi aucune bête féroce qui te poursuive... Il n'y a ici que moi, devant toi... » Il laissa tomber sa canette et fit quelques pas en avant, juste à temps pour l'attraper au passage, et il la serra contre sa poitrine.


- Papa, mon papounet ! Je t'avais pas vu, tu m'as fait peur ! J'avais peur d'être prise par l'orage avant d'arriver à la maison ! Qu'est-ce que tu faisais ?

- Bah ! J'étais dans le jardin, allongé sur un transat, à l'ombre du pommier, et...

- ... et tu buvais des bières ! Pouah ! Tu as une mauvaise haleine avec cette bière, et quand t'es pas rasé, j'aime pas te faire des bisous !


Il la tenait toujours contre lui, et elle avait mis sa tête contre son oreille, là où c'était doux.


- Papa, s'il te plaît, s'il te plaît ! Arrête de boire des canettes et rase-toi ! Que je puisse te faire plein de câlins, comme avant...

- D'accord, ma chérie, je vais faire un effort, pour toi je vais faire un effort ! Je t'aime, ma puce...

- Moi aussi, mon papa, je t'aime, je t'aime très fort !


 
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   Karl   
28/3/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Court et délicieux, dans sa rédaction particulièrement. En quelques phrases, on voit le tableau se dessiner. La moralité est doucement amenée. Les choses dures sont toujours mieux entendues, quand elles sont dites par un enfant...

   passiflore   
18/5/2007
Le texte s'assombrit en cours de récit, mais des mots d'enfant aident l'adulte à résoudre ses maux.

   Ninjavert   
18/5/2007
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé le décalage entre ce qu'on s'imagine qu'il va arriver -un drame de plus dans la campagne- les détails donné sur le mystérieux inconnu laissant présager du pire, et la chute finalement adorable. Un texte plus surprenant qu'il ne le laisse craindre au début, plutôt bien écrit et très imagé. Bravo...

   Nico   
24/11/2007
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est bien. Le but est d'intimider le lecteur avec cette petite fille et les petites caricatures.

Mais il manque quand même une vraie profondeur. On est plutôt fustré du peu qu'il y a.

   Menvussa   
17/11/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai trouvé des lourdeurs dans le texte, des répétitions. Bon Ok la chute n'est pas heureusement celle que l'on craignait sans vraiment y croire, car tellement gros.

Bref j'ai pas accroché.

Au plaisir

   Anonyme   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Houlà, deuxième tentative...

l'auteur s'amuse à nous faire imaginer le pire et le plus glauque pour nous servir ensuite une chute aussi "chantillesque" qu'un film walt disney.
Les portraits des deux protagonistes ne m'ont pas vraiment convaincu, les pensées de la gamine ne sont pas assez "parlées" parfois. Quant à l'homme, sa description psychologique m'a semblé assez maladroite et manquer de nuances, plus destinée à ménager le suspense qu'à vraiment brosser le portrait de cet homme.

   aldenor   
28/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà donc le premier texte sur oniris ! Un texte curieux, qui joue sur le contraste entre ses deux personnages : la fillette pure, qui aime la lecture (Ca tombe bien pour inaugurer le site) et l’alcoolique. L’imminence de leur rencontre se précise progressivement. On s’attend à une fin dramatique, mais non, l’auteur nous a bernés ! Il nous laisse sur une note d’espoir. Ca aussi ca tombait bien pour lancer le site !


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