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Sentimental/Romanesque
Robin : Huit jours, pour un oeuf brouillé
 Publié le 18/05/09  -  4 commentaires  -  25515 caractères  -  69 lectures    Autres textes du même auteur

Un jeune collégien narre huit jours de sa vie dans son journal intime durant lesquels il fait une rencontre qu'il ne considère pas directement. Le malheureux est victime de sentiments qu'il ne contrôle pas.


Huit jours, pour un oeuf brouillé


Lundi 8 janvier 2007


Cher Journal,


Aujourd’hui, c’était la rentrée des classes. J’ai passé deux bonnes semaines de vacances, fatigantes en réalité : ne rien faire, ça ne paraît pas comme ça, mais c’est vraiment éreintant. Journal, va pêcher un jour, va fixer un bouchon flotter sur une grande étendue d’eau, toute une journée, tu m’en rediras des nouvelles. Dormir est le sport qui donne le plus envie de se jeter dans son lit en se levant. C’est d’ailleurs pour cela que mon réveil doit faire son travail cinq fois tous les matins. Je dors, il sonne, il se rendort, moi aussi, malheureusement une force mystérieuse le fait se réveiller, ce qui me fait me lever, le marchand de sable repasse… C’est un cercle infernal, je me demande lequel de nous deux souffre le plus, mon réveil, ou moi ? Tout ce que je sais, c’est que le gagnant, c’est lui. Je pense qu’il ne se rend pas compte que réveiller quelqu’un abruptement c’est indécent et que ce n’est pas bon pour le teint. Sauf si on aime les œufs brouillés, dans ce cas on trouve quelqu’un qui aime vous ressembler. Cher Journal, un jour, cet œuf qui me ressemble arrêtera-t-il bêtement de me sourire me rappelant que je ne suis pas avantagé physiquement ? Note à moi-même : Arrêter de jouer avec les euphémismes sur mon visage non moins répugnant.


Ainsi donc, j’arrive dans la cour de récréation, j’aperçois des amis à moi au loin, je leur adresse un signe de main avec un sourire forcé et des yeux accompagnés d’un ou de deux kilos de cernes. Ils répondent à mon signe de main, se rendant compte que je n’ai pas beaucoup dormi, car oui, je suis dans une phase où je me dis que le sommeil est du temps de perdu. C’est mon réveil qui serait le premier heureux si je dormais bien.


J’ai échangé des souvenirs peu intéressants avec des personnes de ma classe. En quatrième, les choses que l’on peut faire se réduisent à sortir en ville, avoir froid à les attendre au point de rendez-vous, se plaindre, être hypocrite tout en émettant un cri hystérique : le rire. Cher Journal, je t’avouerais que j’en ai parfois marre de sentir que je me force à rire pour paraître sociable. Mais cette situation, je ne peux en réchapper, alors je m’y fais, je n’ai pas le choix. Ce que je viens de dire me rappelle une citation, mais malheureusement je ne trouve pas les mots. Deviendrais-je sénile ?


Premier cours de la journée : anglais. Je vais m’asseoir à la place habituelle, à côté de ma meilleure amie, on se raconte deux ou trois anecdotes, on rigole et le cours va commencer. À ce moment, on entendit arriver une créature à la voix douce et charmante, le pas doux foulant le sol à la manière des pattes d’un chat, une douceur presque inaudible. Là elle fit son apparition à la porte. C’est ainsi qu’on vit une professeure d’anglais bedonnante le sourire aux lèvres munie du mot qui tue : « INTERROGATION » faire son apparition dans la salle de cours. Journal, mon cœur a fait un bond à sa vue. J’ai perdu mes sens, je pense même que j’ai été victime de la mort pendant plusieurs secondes. Et là, j’en étais sûr, les cours avaient recommencé. Je pleurais presque, quand je vis qu’elle était suivie d’une jeune demoiselle inconnue dans ma base de données. Je n’ai pas tellement retenu son prénom, en réalité, j’ai juste écouté le passage sur le fait qu’elle était nouvelle au collège, et le groupe d’accueil des nouveaux élèves de notre classe allait s’occuper d’elle pour ses premiers jours. Pour tout te dire, je ne me rappelle plus tellement son visage, elle subsiste dans ma mémoire en une figurine de brouillard opaque. J’ai dû la croiser deux fois aujourd’hui il me semble. Enfin bon, j’imagine que l’année nous permettra à elle comme à moi de faire connaissance. Journal, je te ferai plus de précisions demain, rien que pour toi. Et le savais-tu ? J’entraîne mon esprit à ne plus être sujet aux préjugés, ce qui n’est pas une tâche facile, je suis humain tout de même.


Remettons cette « discussion » à plus tard, je te remercie une fois de plus pour ton soutien cher Journal, tes paroles me sont réconfortantes. Je suis de toute façon persuadé que si tu savais parler, ce serait le cas, ne remet pas en cause mes paroles s’il te plaît, tu es bien insolent, c’est moi qui te tiens en vie tout de même, tu devrais m’être reconnaissant.


À demain !


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Mardi 9 janvier 2007


Cher Journal,


Tu ne devineras jamais ce qui a pu m’arriver aujourd’hui, bien sûr que non tu ne peux pas le savoir, suis-je bête.


Ce matin, mon œuf m’a encore fait de l’œil, je ne sais pas comment je dois interpréter ça. D’ailleurs, si je le peux, demain je te narrerai l’une des expériences palpitantes qui emplissent mes rêves.


Je disais, comme un bon écolier, je suis allé au collège à pied un sourire occupant la moitié de mon visage. Et là, qui vois-je traversant le passage piéton ? Je te le donne en mille ! La nouvelle de ma classe. Je presse donc le pas, dans le but de faire sa connaissance par le biais des courtoisies employées par toute personne normale au début d’une conversation : les formules de politesse, comme « Bonjour, je suis dans ta nouvelle classe… ». Et en arrivant à la hauteur du passage piéton, je reste cloué sur place. Avais-je oublié quelque chose chez moi me demanderas-tu ? Étais-je frappé par la foudre ? Non, le feu venait de passer au vert, les voitures me barraient le passage.


J’ai donc continué à marcher jusqu’au collège, me rendant compte qu’un léger mal de ventre avait décidé de faire de moi son repas en me dévorant crescendo jusqu’à la fin de la journée. En cours d’histoire, ça allait, en cours de mathématiques, ça me dérangeait, ce mal de ventre me rendait mal à l’aise. C’est là l’un des secrets de l’être humain, comment un mal de ventre peut-il vous rendre mal à l’aise ? Quoi qu'il en soit, à ce moment-là, je ne m’en suis pas inquiété. Puis, je me suis rendu compte que mon mal de ventre changeait d’humeur selon les cours de la journée. D’ailleurs, j’ai pensé à faire une analyse de moi-même en rentrant chez moi. Étant dérangé par l’expression « mal de ventre », j’ai préféré la remplacer par « Georges » qui est beaucoup plus joyeux. Ainsi, je pourrais contrôler l’humeur de Georges. Georges est gentil en cours d’histoire mais Georges est agressif en cours de mathématiques. Georges ne sait pas ce qu’il veut je pense, ou peut-être n’a-t-il pas apprécié ce qu’on a mangé ce midi. Je ne dis pas non plus avoir apprécié ces « mets » si raffinés, mais bon tout de même, Journal, même toi tu seras d’accord avec moi que Georges fait son difficile. Je garde de côté l’hypothèse du changement de professeur qui influe peut-être également là-dessus, mais pourquoi ne se manifeste-t-il que maintenant ? Suis-je enceinte ?


Je suis fatigué, je vais te laisser vaquer à tes occupations, je te laisse devant la télévision si tu le veux. Moi, il faut que je finisse de lire mon livre, je suis déjà en retard.


À demain !


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Mercredi 10 janvier 2007


Cher Journal,


Comme promis, voici le récit du rêve dont je t’ai parlé hier que je ne t’avais encore jamais raconté. Je te prie de m’excuser de cette bévue et je te confierai absolument tout dès à présent si le temps me le permet.


J’étais sur la route, je marchais, sûrement, et je vois une maison dans la campagne. Dehors, une très jeune enfant jouait à la poussette avec un bébé dedans. Ç’aurait été mignon si seulement le bébé avait été en plastique. La jeune fille fit tomber le bébé de la poussette et roula dessus sans faire exprès à plusieurs reprises. En bon samaritain, je cours vers le bébé, le prends dans mes bras, entre dans la maison, et sermonne comme il se doit la mère de l’enfant qui regardait la télévision et me faisait comprendre par des gestes que je n’étais pas transparent devant la télévision. Je me dirige donc vers une autre porte, je l’entrouvre et vois qu’elle donne vers l’extérieur. J’entrevois le père qui étend le linge. Mais n’étant pas de taille à faire des reproches à cet amas de muscles, j’entrepris donc un voyage vers la ville avec le bébé lové dans mes bras. Je cours, et je ne sais comment, j’atterris devant un distributeur de banque dans une grande ville avec des gratte-ciel et écrans publicitaires en pleine nuit. Le bébé s’était transformé en un gant de toilette jaune dans mes bras. Sur ce, je me suis réveillé. J’aimerais comprendre mes rêves, ai-je échoué quelque chose dans ma vie ? Suis-je passé à côté d’une étape nécessaire de celle-ci ? Quoi qu'il en soit, ceci restera un mystère pour moi.


J’ai lu mon livre, je l’ai terminé ! L’histoire n’était pas si mal, Martin Éden, de Jack London, ce livre raconte la vie d’un marin acariâtre qui tombe amoureux. Pour plaire à sa dulcinée, il décide de s’instruire à la bibliothèque, il écrit des nouvelles qu’il tente de faire publier dans des journaux, en vain. Il rend souvent visite à sa bien-aimée qui l’aide dans ses travaux, en lui apprenant entre autres comment parler en société. Il finit par être publié après s’être donné du mal à trouver de l’argent pour pouvoir louer sa machine à écrire. Et après avoir tout appris, avoir fait tout ce chemin, il se suicide. Journal, je ne sais si ce livre est ton ami, mais si tu pouvais lui dire que j’aime son histoire, ce serait gentil de ta part. C’était une histoire touchante et émouvante, on ressent parfaitement la frustration de Martin. Je me suis d’ailleurs étonné, à certains passages, une poussière frôlait mon œil de très près. À croire que l’on découvre des côtés de sa personnalité chaque jour. C’est une situation qui ne me ressemble pas. Suis-je jaloux que deux personnes se soient trouvées ? Suis-je horrifié de constater qu’ils ont dû se séparer ? De comprendre le désespoir du personnage quant au passage final où il prend la décision de donner fin à sa vie ? Avait-il réellement tout vu, tout vécu pour agir de cette façon ?


Mon cher, j’espère que tu ne m’en veux pas, aujourd’hui j’essaye tant bien que mal de déjouer tes plans pour ne pas te raconter ma journée. J’ai compris Georges, je pense. Mes hypothèses étaient erronées. Mon mal de ventre réagissait en fonction de mes yeux. En histoire, je suis tout devant, Georges était calme, devant moi il n’y avait personne. En mathématiques, je suis aux antipodes, tout au fond de la classe, avec une vue parfaite sur la nouvelle. Sur le moment, je pensais avoir compris : « C’est bien sûr ! Sa coupe de cheveux : elle est horrible ! Mes préjugés ont dû s’imposer instantanément dans mon esprit ! » Mais si tu veux savoir, quelque chose me dit que ce n’était pas sa coupe de cheveux, mais quelque chose de plus subtil. Elle me dérange, quelque chose émane d’elle, quelque chose de… Je ne sais si c’est quelque chose de bon ou de mauvais, je ne veux pas la connaître. Personne ne m’avait jamais fait autant réfléchir. Peut-être que c’est une extraterrestre. Peut-être que des personnes lui ont dit des choses méchantes sur moi ? Dans le fond, quelque chose en moi veut que quelqu’un lui parle de moi. Mon esprit s’embrouille, dois-je changer un facteur de cette stabilité qu’est ma vie ? Doit-elle forcément être remplie de rebondissements pour que je puisse l’apprécier ? Dois-je aller lui parler, demander à quelqu’un de lui parler de moi ? En y réfléchissant, cette solution est stupide, pourquoi je pense des choses insensées, cher Journal ? Non en fait, je vais prendre une douche et aller me coucher. La nuit porte conseil ! Je préfère penser « qui dort dîne ». J’ai faim. Bonne nuit, Journal.


À demain.


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Jeudi 11 janvier 2007


Rien. Je m’énerve tout seul, depuis que je suis rentré à la maison. J’en ai par-dessus la tête, je suis sorti de mon corps pour aller voyager dans l’univers je ne sais pas encore où, ma conscience ne m’a pas envoyé de carte postale. J’ai entendu parler un groupe de personnes derrière moi cet après-midi, bien sûr madame la nouvelle était dedans, alors qu’est-ce que je fais ? Je pars, je cours, je vole, le plus loin possible de là où elle se trouvait, pourquoi est-ce qu’une personne paraissant pourtant comme les autres me fait fuir, est-elle le fruit du démon et je suis le seul à le ressentir ? Pourquoi mon rythme cardiaque augmente quand je suis proche d’elle, mon cœur s’est dit « Tiens, si je jouais à « tu chauffes, tu chauffes, non, là, tu refroidis ! » » ? Pourquoi mes sens ne me laissent pas en paix ? Allez-vous-en, tremblements et autres gênes de toutes sortes, laissez-moi tranquille. Cette fille est un monstre, je suis effrayé à sa vue, mais ce n’est pas son physique, c’est son attitude, me frappe-t-elle ? Non, me dévisage-t-elle ? Non ! Me dénigre-t-elle ? Non plus ! Qu’est-ce qui peut me pousser en elle à réagir de telle façon ? Aujourd’hui, j’ai eu un frisson quand elle est passée derrière moi. Et à un autre moment de la journée, j’ai eu le malheur de la fixer par mégarde, son regard s’est plongé dans le mien quelques instants, quelques instants de trop. Ses yeux se sont écrasés sur ma face informe à la vitesse d’un train, son regard, ce regard. Comment puis-je m’énerver sur quelqu’un que je ne connais pas ? Dois-je enfin lui adresser la parole ? Est-il possible que ce soient des signes dont je ne saisis pas le sens ? Pourquoi me pousse-t-on d’une telle façon ? Qu’ai-je fait pour être impliqué dans cette histoire ? Peut-être que le destin a mis en place un concours, c’était le plus heureux qui devait subir un test ? Savoir s’il allait craquer ? S’il deviendrait fou ? Oui, ce doit être ça, je deviens fou, pourquoi je me pose toutes ces questions sur quelqu’un dont j’ignore tout, suis-je paranoïaque à un tel point ? Je ne sais même pas si je dois aimer ou détester cette personne ! Journal, aide-moi, que dois-je faire ? J’ai pourtant bien dormi, pourquoi je dois me poser toutes ces questions ? Est-ce là la sensation de la puberté ? Deviendrais-je mature ? Non, bien sûr que non, que ferait la maturité incarnée en une seule personne, c’est ridicule. Je veux qu’elle s’en aille de cette école, non mieux, je veux m’en aller, est-ce donc vrai que l’on a peur de ce que l’on ne connaît pas ? Ai-je donc trop attendu avant de faire sa connaissance ? Est-ce là le châtiment suprême contre ceux qui ne font pas partie du comité d’accueil des nouveaux élèves ? Après tout, est-ce ma faute si ces élèves m’importent peu ? S’ils sont immatures ? Si chaque argument qu’ils exposent est irrecevable ?


Journal, je me sens seul, je suis seul, je ne veux, ne souhaite, ne ressens pas le besoin d’en parler à qui que ce soit, je me sens tout patraque, et tu n’es rien, je suis stupide, écrire à un cahier industriel, faire comme s’il était mon confident, tu n’es que le reflet de mes idées, je n’ai que faire de perdre mon temps à m’inventer un ami imaginaire. La version originale, je la garde dans ma tête, tu n’es qu’un simple duplicata oublié, tout cela ne m’avance à rien.


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Vendredi 12 janvier 2007


Tu sais, je m’en veux de m’être emporté, après tout, tu n’es pas responsable de ce qui m’arrive. Aussi, je m’excuse platement, je n’avais aucun droit de te parler ainsi. Non mais si, j’insiste.


Hier soir, j’ai eu beaucoup de mal à m’endormir, mes émotions jouaient avec mon débit cardiaque, mes tempes me faisaient souffrir. Je réfléchis trop à mon goût, est-ce pour cela que l’on parle d’un « imbécile heureux ? », cela signifie-t-il qu’un imbécile n’a pas conscience du monde qui l’entoure ? Vit-il dans un autre monde ? Est-ce pour cela qu’il est heureux de vivre ? Loin de moi l’idée de te faire croire que j’étale ma philosophie sur tes pages, je fuis le pédantisme tant bien que mal.


Enfin le week-end, moment propice à la procrastination. Mes devoirs seront faits dimanche soir au plus tôt.


Aujourd’hui, j’ai sûrement dû paraître dans la lune vis-à-vis de mes professeurs, je n’ai écouté aucun cours, mon taux de participation avoisinait zéro, mes yeux étaient dans le vague, je me suis peut-être même endormi, je ne me souviens plus. J’ai eu le temps de retourner le problème dans tous les sens et n’ai trouvé qu’une solution qui me paraissait adéquate : laisser le temps faire son travail. Après tout, je n’ai rien demandé, alors le temps choisira à ma place. Cette solution me paraît bien choisie, même si je devrais déroger à la règle un jour sûrement pour lui demander sa gomme que j’aurais accidentellement oubliée chez moi. Non, Journal, ne me juge pas. Je me suis repris en main, et malgré les nœuds se formant dans mon estomac, j’essaye de dominer cette peur qui me ronge, cette peur de l’inconnu probablement.


Cher Journal, t’ai-je déjà parlé d’elle comme étant un béguin ? J’ai déjà été victime de béguins et pourtant, mon âme a-t-elle été plus forte que moi ? Je n’en sais rien, je n’ai jamais succombé à ces plaisirs enfantins. Suis-je un doux rêveur qui croit au parfait amour ? Suis-je dégoûté de ce sentiment parce que les personnes qui m’entourent prennent ceux qu’ils aiment pour des imbéciles ? Pourquoi la jeunesse souhaite anéantir à jamais l’amour qui a pu exister autrefois ? Sont-ils plus matures que les autres générations ? Ont-ils compris que l’amour n’est qu’un vil mot désignant une manière hypocrite d’aduler quelqu’un, de faire croire au partenaire désigné qu’il a trouvé son âme sœur ? Tu sais, Journal, je change d’avis tous les jours, que ce soit pour quelque chose d’important ou de stupide. Est-ce là le sentiment de l’amour que j’éprouve à présent ? Comment un sentiment peut-il agir sans une parfaite connaissance de l’être aimé ? Je me sens désemparé, je suis dominé par quelque chose dont l’existence n’est pas matérielle. Dois-je comprendre en cela que cette nouvelle demoiselle est la brique s’écrasant sur le pare-brise de mon destin ? Est-ce ce mal de ventre qui pourrait entretenir un amour quotidien sans que je sois consentant, je ne suis alors qu’une marionnette actionnée par mon subconscient que sais-je, par un romancier romantique invisible qui souhaite terminer son histoire par le biais de quelque individu ?


On m’aurait parlé de la force d’un tel sentiment auparavant, je ne l’aurais pas cru, ou j’aurais anticipé son impact. Dans mon esprit, c’était quelque chose d’exagéré, l’amour n’existe réellement que dans les films. Malheureusement, j’ai été bercé de désillusions toute ma vie, plus on devient grand, plus on en apprend. Ce qui nous entoure ne vaut pas la peine d’être connu. Si j’ai des enfants plus tard - ce qui serait aussi surprenant que le retour de Jésus sur Terre - je jure de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’ils rêvent et s’amusent le plus longtemps possible. En réalité, on n’éduque pas un enfant, on le tue par la connaissance.


Journal, j’ai accumulé beaucoup de stress et de fatigue cette semaine, ainsi donc je te souhaite de faire de beaux rêves.


À demain !


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Samedi 13 janvier 2007


Cher Journal,


Aujourd’hui était une bonne journée. Je n’arrête pas de penser à la nouvelle aux cheveux bruns et aux yeux marron aux reflets noirs. Il est impressionnant de se rendre compte que chaque objet peut nous faire penser d’une manière très souvent indirecte à l’être qui nous est cher. Prenons des exemples au hasard : les essuie-glaces. Bien entendu, il n’y a aucun rapport avec elle, mais tout peut m’y faire penser, par des liens illogiques à autrui et qui me paraissent pourtant si simples de compréhension. La fonction principale des essuie-glaces est bien sûr de nettoyer le pare-brise ou d’aider le conducteur à mieux voir la route en temps de pluie. Ainsi donc, il reproduit, d’une vision misogyne, l’action de la femme dans la maison : le ménage. Loin de moi l’idée que les femmes sont les seules à faire le ménage à la maison. Et ainsi, cette suite de pensées me ramène à elle. Je pourrais presque l’appeler Rome. Toutes mes pensées quelles qu'elles soient se dirigent vers elle un moment ou un autre. Certaines fois, je me surprends à sourire en imitant ses gestes. Dans ces moments-là, je me sens très seul. Je me suis également rendu compte que je connaissais fort bien sa garde-robe, mon subconscient a dû garder l’information sans me prévenir, une fois encore.


Cher Journal, conseille-moi, je me fais l’impression d’un fou qui prépare un meurtre en épiant sa proie, et en même temps, je ne peux m’empêcher de sourire ou de rougir à cette situation. C’est assez embarrassant. Dans quelques minutes, je vais partir chez des amis, on va regarder un film avec du pop corn, ça va me changer les idées, ça va me faire du bien.


Je te laisse en compagnie du chat, appelle-le si ça te gratte la quatrième de couverture, il se fera un plaisir de te masser.


À demain, si j’ai fait tous mes devoirs à temps.


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Dimanche 14 janvier 2007


Cher Journal,


J’ai mal au dos, je suis mal installé. On a été faire un tennis nocturne après le film d’horreur : Les Aristochats. Nous avons passé un bon moment, chacun y allait de sa petite blague. On se sent bien, entouré de ses amis. Quelle déception ça a été de rentrer chez moi, de savoir qu’il n’est plus question de repousser l’heure de faire les devoirs. Mais maintenant ils sont terminés. C’est une bonne chose de faite, je vais pouvoir dormir tranquillement.


Tu sais, je me demande ce qui se passera dans un mois, on sera le 14 février, va-t-il arriver quelque chose de significatif ? Vais-je devoir consulter une voyante ? Une vieille sorcière qui me prédira mon avenir ? Ces sentiments se seront-ils estompés ou seront-ils toujours d’actualité ? Je vais rêver de cela cette nuit et je te raconte demain. Ce soir, maman a fait mon plat préféré, j’étais content, Garfield l’aurait été aussi s’il avait été invité.

Ce soir, je ne peux évaluer mon caractère, je ne suis ni serein, ni stressé. Je suis une image qui bouge, une image neutre, un vieux film à l’eau de rose en noir et blanc sans le son. En parlant de son, je ne cesse d’écouter Anyone else but you, de The Moldy Peaches, en boucle. Cette chanson, je l’ai tellement entendue que j’aurais pu m’en lasser, en avoir marre, mais au contraire, je mets le son de plus en plus fort dans mes oreillettes, et rien que cela change l’impact sur mon moral, plus je l’entends fort, plus c’est une chanson profonde, peut-être que mon détecteur d’émotions est sourd d’oreille ? Ou peut-être s’est-il caché loin, ayant honte d’avoir emprise sur son propriétaire de temps à autre ? Quoi qu’il en soit, je vais sauter sur mon lit l’accueillant de bon cœur à bras ouverts.


Bonne nuit Journal, à demain pour de nouvelles aventures !


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Lundi 15 janvier 2007


Cher Journal,


Aujourd’hui, lundi, week-end terminé, on retrouve ce cher professeur d’anglais. La langue française me dépasse, comment fait-on pour savoir, ici, que mon professeur d’anglais est une femme ? Ma meilleure amie a bien vu que quelque chose clochait chez moi, je n’ai rien voulu lui dire, je n’en ressens toujours pas le besoin, c’est une situation si inhabituelle, que je me sens ridicule. Mais cette chose s’étant imposée à moi, je vais dans sa direction. Finalement, pourquoi pas, je le sais maintenant, je n’ai d’yeux que pour elle, les autres paraissent tellement fades à côté, tellement inintéressants, ils sont si superficiels. Des gens qui ne cherchent pas le vrai rire, celui qui sort des tripes, celui qui se transmet, ni à comprendre le pourquoi du comment. Suis-je le seul à me poser ces questions ? Suis-je un cas isolé ? Peut-on finalement tomber amoureux ? J’ai envie de répondre oui à cet instant, un grand rayon de soleil vient de passer à travers la vitre, mon vieux, tu es trop influençable par la météo. Est-ce que j’aime aimer ? Cela m’apporte-t-il une satisfaction ? L’amour est-il si proche de la haine ? Sont-ce des sentiments si proches l’un de l’autre pour que je change d’avis comme de chemise ? Réponds-moi, Journal, pourquoi est-ce elle qui prend toute la place dans mes pensées ? Pourquoi est-ce que je souris en pensant à elle ? D’où viennent ces tremblements intempestifs ? Je pense ne pas détester trembler en sa présence, je me sens vivant, mes yeux brillent, je ne pleure pas je suis vivant, dans mes yeux on le voit. Certains regards sont si vides, si dénués de reflets, la lumière passe-t-elle ? Sont-ils conscients ? Suis-je dans un jeu vidéo dans lequel je serais le seul joueur et les autres des pions sans âme ? Je me sens bien, tout de suite. Dois-je vraiment le répéter ? Je ne sais qui de nous deux engagera la conversation, je ne sais si cela se passera bien, vais-je vivre à nouveau une désillusion ? Ses yeux ne reflètent-ils pas son âme comme j’ai pu le ressentir ? Son regard me dérangera-t-il encore ? Vais-je mourir à la première parole ? Bégayer ? Rougir ? Quoi que je dise, je vais me sentir stupide de toute manière. Faire le premier pas. C’est ça changer de vie ? Tomber dans le piège du sentiment ? Se laisser guider par ce que l’on ressent ? Va-t-elle m’aimer ? Vais-je souffrir ? Il y a des jours où j’aimerais être un imbécile.


Journal, cet œuf me sourira-t-il encore demain ?


 
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   Perjoal   
18/5/2009
J'avoue tout de suite.... j'ai pas tout lu. D'habitude lorsque je n'aime pas ou je ne lis pas tout, je ne commente pas. Mais bon, autant aussi avoir un avis de quelqu'un qui n'a pas accroché et qui quitte le texte...

Alors pourquoi je n'ai pas accroché :
- Les idées ne sont pas claires.
- On ne sait pas si le perso est une fille ou un garçon.
- D'habitude on tient un journal pour dire ce que l'on pense et non pour rentrer en conflit avec lui !


Mais bon tout cela n'est que mon avis.... L'avis d'un lecteur qui n'a pas tout lu.

Pour info je me suis arrêté au premier jour.

   misspareo   
18/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Pas mal, j'ai sauté certains passages mais sinon j'ai bien aimé. Le narrateur parle avec un ironisme auquel je m'identifie malgré moi. je pensais les même choses que lui, au début :
"Cher Journal, je t’avouerais que j’en ai parfois marre de sentir que je me force à rire pour paraître sociable."
Et oui, dormir est le sport qui donne le plus envie de se jeter dans son lit en se levant.
dommage qu'il n'y ai pas d'aboutissement réel, mais ça n'enlève pas grand chose au texte.

   xuanvincent   
21/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Après une lecture rapide, je suis partagée.

D'un côté, le récit de ce journal ne m'a pas vraiment passionnée, excepté quelques passages qui m'ont amusée.
Mais l'auteur m'a paru pouvoir être jeune et ce récit pourrait peut-être davantage toucher des adolescents ?

De l'autre, en tant que journal intime (s'il ne s'agissait pas d'un récit de fiction mais d'un réel journal autobiographique), ce texte m'a paru plutôt bien écrit dans l'ensemble (avec quelques jolies phrases), avec un ton, humoristique et ironique, qui m'a assez plu.

Certains paragraphes m'ont semblé un peu longs à lire, et m'ont un peu gênée pour la compréhension.

La phrase finale, d'un humour singulier, m'a amusée et plu.

Détails :
. Cet oeuf, qui revient à plusieurs reprises dans le récit et conclut même le texte, au point de pouvoir à mon avis presque devenir un personnage fantastique, m'a intriguée. Peut-être aurait-il été possible de développer un peu plus sur cet objet/personnage ?
. "un jeune collégien" : « jeune » m’a paru superflu (ainsi « un vieux collégien » pourrait étonner).

Bonne continuation à l'auteur !

   Farfalino   
16/8/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé le dialogue avec les objets et l'ambiance du collège très bien rendue.

Par contre, même si la phrase finale me plait, l'histoire avec la nouvelle élève me laisse sur ma faim. J'aurais voulu savoir ce qu'il se passe ensuite ...

J'aime bien ton style


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