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Sentimental/Romanesque
Samuelle : Les pleurs de l'éléphant
 Publié le 24/01/09  -  2 commentaires  -  8753 caractères  -  27 lectures    Autres textes du même auteur

Un éléphant sauve un enfant du tsunami...


Les pleurs de l'éléphant


Je sens la terre sous mes pieds. Les quatre pattes posées sur le sol. Je devrais dire comme quatre arbres qui portent mon incroyable stature, mon allure monstre. Au sol, j’y suis ancré. Quelqu’un comprendra-t-il cela ? La nature j’y suis mêlé comme à un écheveau. Je parle au vent aussi. L’air n’est pas le même quand quelque chose va se passer, cela je le sais et ne suis pas le seul. Mais à présent j’ai peur. Quelque chose va advenir et les petites créatures sont en danger.


Elles qui ne comprennent rien à mes larmes et mes barrissements sanglots qu’ils prennent pour une rébellion… Il y a trop longtemps que je suis avec les petites créatures pour me révolter, elles devraient bien le comprendre à présent.

Je pleure et voudrais dire à mon maître des choses dans sa langue que je ne parle pas. Lui crier : « Suis-moi ! Détache-moi et viens ! » Mais je ne suis que ce gros animal qu’ils n’ont jamais cherché à entendre. Je suis leur serviteur et c’est tout. Et je tire sur ma longe. Je suis attaché tout près de la maison, pas loin de l’eau. À présent je l’entends cette eau qui parle, et cela de plus en plus fort. Une sorte de langue lointaine que moi non plus je ne comprends pas. Presque une espèce de chant, quelque chose des sirènes bien que je n’en aie jamais vues. On dit qu’elles faisaient du mal aux hommes en les entraînant au fond des eaux, attirés par la beauté de leur chant et l’espoir de leur splendeur. Non, là elles chantent quelque chose de la mort, mais pour sommer les vivants de s’éloigner d’elles, de s’éloigner des eaux qui vont devenir meurtrières. Je le sais !


Je veux le dire, un grave cataclysme se prépare. Encore un ou deux coups et j’aurai arraché ce qui me retient. L’homme me dispute et essaye de m’empêcher de me délivrer, de faire la seule chose qu’il reste à faire quand on flaire le mal. Je suis une bête et la nature ne m’est pas étrangère comme à eux. Moi, je barris et voudrais qu’il comprenne que ce n’est pas du tout contre lui, que je ne suis pas subitement devenu dingue, que c’est le danger, et celui que lui aussi court, qui fait couler mes larmes de mastodonte.


Ça craque et le vent brûle. Je vois au loin la plage qui a tout à fait l’air d’être comme d’habitude. Des touristes s’y prélassent. Des tas d’enfants jouent à la balle et rient chaque fois que celle-ci tombe à l’eau. J’entends les barrissements de mes frères qui n’inquiètent personne, alors qu’il s’agit là de quelque chose de tout à fait inhabituel et de trop important.


Ils croient peut-être en la menace d’un simple orage qui nous ferait vagir ainsi. Ils ont perdu quelque chose, et je m’en aperçois. Nous, aussi peureux… ? Certains éléphants sont déjà à l’intérieur des terres et les animaux qui le peuvent avec.

L’enfant de la famille me regarde me débattre avec la chaîne qui me retient. Il est peut-être le seul qui semble se poser quelques questions intelligentes. Il est sans doute moins loin de nous que les adultes. Sait-il qu’il n’y a pas un instant à perdre ? Est-ce qu’il comprend mieux que cette espèce d’idiot de maître ?


Sous mes pattes, la terre parle de plus en plus fort. Ce n’est plus le chuchotis qui m’avait alerté et chatouillait presque la plante. Non, là ce sont des paroles de cette terre qui remonte jusqu’à mon gros corps cuirasse et alors si sensible. Je ne comprends pas non plus la langue de la terre, mais je vois bien qu’aucun des gens autour de moi n’en a pas la moindre conscience.


Je me suis détaché par un coup de mes dernières forces que je commençais à perdre. Nous tous les éléphants pleurons très fort, très loin. Plus fort et plus loin que tous les autres animaux. Car nous sommes les tout premiers à sentir que la terre va craquer dangereusement, qu’elle commence à bouger et que cela va causer des dommages inouïs. Cela nous le devinons par une intuition de bêtes. Avec ma trompe, je prends l’enfant qui se laisse faire et que je porte jusqu’à mon dos. Le maître hurle et veut faire descendre le petit. Mais je suis plus fort, plus haut et plus sensible. J’emporte avec moi mon jeune ami – les autres ne sauraient que me retarder par leur incompréhension – qui ne s’est jamais présenté comme un maître avec moi et me fait confiance. Je l’entraîne car je sais qu’il court un danger qui n’épargnera pas sa petitesse. Le maître n’essaye pas de me comprendre et fait seulement montre d’une grande rage.


Moi, avec l’enfant sur le dos qui n’essaye pas de redescendre, confiant et qui comprend déjà que je ne lui veux aucun mal, je pars, je m’éloigne de la mer. Elle ne fait plus son clapotis habituel. La terre sous l’eau qui avait pris la parole, bat des mots très simples, de mort et de folie. Nous entrons dans la forêt toute proche. Cela monte là-bas. Sous mes pattes je sens à présent quelque chose d’indistinct qui bouge, un charivari d’eau et de terre.


C’est trop tard. C’est fait. Maintenant ne reste que la marche violente de la vague qui va si vite et qui devient un fracas de mort. J’ai simplement sauvé l’enfant…


Plus personne ne rit à présent, ni ne songe à me crier dessus. Nous avons attendu toute une nuit, avec l’enfant qui restait contre moi. Et nous tremblions tous deux après ce que nous avons eu sous nos yeux. Ce que nous avons vu depuis notre hauteur, la mienne et la sienne aussi ; et cela dépassait l’entendement... C’était les voies rapides et expéditives de Dieu ou du Bouddha, de Mahomet ou de qui ils auront décidé… Soit… Le mystère impénétrable des forces naturelles. La destruction inhumaine qui n’a plus de coupable. La cruauté d’un déluge qui a valsé et échappe au bon sens.


Tout est tombé comme j’ai vu s’écrouler les châteaux de cartes que faisait l’enfant, avant. Et je pense qu’il a dû y songer. L’impossible est advenu. Le monde s’est écroulé, abattu, fondu dans une lave d’eau et de boue. C’est la terre que j’ai entendue, qui s’est éclatée au fond des mers, faisant jaillir de l’eau comme un geyser inimaginable. Le roulis et le tangage ensemble. Ce à quoi aucun homme ne s’attendait. Des montagnes d’eau se sont abattues sur les hôtels, sur les maisons, faisant tout éclater. Les routes n’étaient plus rien, les trains aussi lourds que du plomb, renversés, tout cela à une vitesse incalculable.


À présent, j’entends les hommes dire : vite, comme un avion. Cette petite chose que j’aperçois dans le ciel ?

Écrasés, emportés, démembrés, assommés, tués. L’eau s’est insinuée avec la violence d’une bombe. Et j’avais entendu, pas moi seul, la fissure, le début. Tous les animaux l’ont su. Il n’y a que ceux qui étaient domestiqués et empêchés qui n’ont pas plus été épargnés et sont morts avec les hommes. Sinon nous sommes tous saufs et comme c’est inouï. Avec presque la honte de cette suprématie que nous avons sur l’humain. Eux, ils ont su développer d’autres choses : des parasols, des paraboles et là-haut des satellites qui n’ont pas pu comprendre, qui n’ont rien compris, alors qu’il n’y a rien eu là de surnaturel. Aucun dieu en colère. Aujourd’hui plus personne ne peut croire cela.


Quand le jour s’est levé, l’enfant et moi qui sommes tout de même parvenus à dormir, nous avons ouvert les yeux sur…

Sur… ce qui n’a pas de nom, même s’ils en trouvent toujours. Mon petit n’avait plus de pays et je voyais ses larmes couler à son tour, car il était assez petit pour tout deviner et je ne pouvais à mon tour le consoler. Je l’ai pris sur mon dos et il s’est laissé faire. Le soleil est vite devenu chaud comme il le fait ici.


Je suis à présent dans les effondrements et les trous. La terre est en lambeaux, en haillons. C’est aussi chaotique qu’une guerre et l’ennemi ne peut connaître de représailles, une guerre moi qui n’en ai pas connue. J’aide les petites créatures comme je peux, de cet instinct qui nous a sauvés, moi et l’enfant. Et cela sent la mort, la poussière mêlée de moiteur et une torpeur touffue qui fait comme un long silence que n’entendent pas ceux que l’on appelle des journalistes, qui font ce qu’ils peuvent pour raconter l’effroi. Des gens avec des caméras, en short et maillot filment, d’autres photographient. Le paradis que les hommes avaient fait pour en vivre, est déchiqueté morceau par morceau. C’est trop tard. C’est terrible.


Et je pousse et je tire. J’essaye de trouver de la vie dans cette odeur qui rappelle peu à peu la pourriture et commence à tout envahir. J’ai dû laisser l’enfant qui n’a plus de maison, plus de père, plus de mère et qui erre à présent au cœur d’une liberté sordide. De sa maison il ne reste rien. Alors le plus souvent, il reste à côté comme si je restais le dernier membre de sa famille sur la terre. Il s’occupe lui aussi à défaire les gravats, sans plus d’espoir et bientôt ne pleure plus. C’est la fin d’un monde qui se croyait enchanté.



 
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   Ephemere   
26/1/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour, j'ai lu avec plaisir cette histoire très plaisante. Dommage que la langue soit hésitante et le style lourd par moment. Des mots inutiles... Ah! Tu veux un exemple ! "la plage qui a tout à fait l’air d’être comme d’habitude", "que moi non plus je ne comprends pas."
Cet éléphant connait trop de choses des humains, même Dieu, n'est pas assez instinctif.
Bonne idée à améliorer.
FMR

   ANIMAL   
14/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Superbe parabole sur la fatuité de l'humain devant l'animal et son incompréhension des choses de la nature. On se sent concerné par ce dialogue de sourds devant l'urgence.

On ne sait si cela se passe en Inde, Thaïlande, Indonésie ou toute autre région où les éléphants sont domestiqués.
Heureusement, certains peuples font beaucoup cas des avertissements donnés par l'agitation des animaux avant les grandes catastrophes naturelles.

Le style est adapté au sujet, à part quelques lourdeurs évoquées dans le commentaire précédent. Bravo.


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