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Aventure/Epopée
senglar : Un cheval qui en avait dans le ventre
 Publié le 10/02/23  -  13 commentaires  -  6184 caractères  -  92 lectures    Autres textes du même auteur

Un homme, un cheval ou tagada tagada les voilà qui arrivent !…


Un cheval qui en avait dans le ventre


Il est là si haut, l'homme lève les yeux vers la tête altière. Son œil s'attarde sur la sous-gorge de l'animal après avoir caressé le menton.

La ligne est parfaite, se dit-il. Je ferai de toi le cheval le plus célèbre de tous les temps. Nous accéderons à l'immortalité, la postérité nous attend. Et il passe de la poix pour faire briller le sabot qui est devant lui. Bien sûr tu n'as pas d'ailes mais tu seras mon Pégase, je ne suis pas non plus Hercule.

Vois ton sabot comme il brille !

Au suivant !


La bête le toise, l'homme semble un nain, c'est vrai qu'il n'a pas la stature d'Hercule. Sa musculature est cependant déliée, fine et nerveuse. Le flanc ne souffrira pas de son poids le grand jour revenu. Et le quidam est ramassé, sa main est vigoureuse, propre à tenir robustement la badine. L'œil rivé sur le puissant poitrail s'attarde sur le noueux garrot puis remonte sur l'encolure folle dont il admire l'étoupe, le maître hoche la tête en approuvant. Deux apprentis pourraient s'y coucher aisément.

De l'énergie à l'état pur, il est prêt à jaillir. Quelle force de vie ! Il faudra tresser cette crinière pour le grand événement.

Les ci-devant acrobates au profil chevalin, de circonstance, s'attellent à cette tâche, stressés car ils craignent un mouvement de bascule et aussi parce que le propriétaire les observe ils tressent fébrilement.


Les nuages se sont évaporés et le soleil qui luit dans le ciel se reflète dans l'œil bleu parsemé de picots en cercles concentriques qui agrémentent utilement le pourtour de l'iris comme un moucharabieh.

Il faudra ajuster les œillères, éviter l'éblouissement, mettre en valeur ce beau chef, adapter le frontal, bien régler la têtière, engoncer le mors, ne pas blesser le naseau qui doit rester ouvert sur le jour, donner un peu de jeu à la muserolle.

Le bougre se tourne vers ses compagnons.

À vos brosses mes amis, nous sommes tous ici des palefreniers. Un homme seul ne suffit pas à la tâche pour apprêter mon compagnon. Je veux qu'il soit l'égal d'un dieu, je veux qu'il soit l'égal du vent. Tout à l'heure nous lui ferons tremper ses paturons dans l'eau de la mer jusques au-dessus du jarret au bout de cette plage. Le sel sera excellent pour exalter les fibres musculaires si bien dessinées. Il faut que le grand jour rien ne cède.

Tout en parlant le quidam flatte la croupe de l'imposante créature et pour cela doit se dresser sur la pointe des pieds. Il se tient sur le côté par la force de l'habitude.

Caressons ! Brossons ! Lustrons ! Prenons garde de ne pas laisser se voiler cette splendeur, ce parangon de beauté ! La journée n'est pas éternelle, elle s'avance rapidement et la monture doit être prête pour le grand spectacle. Il faut que le coursier séduise, qu'il éblouisse, qu'il fasse de l'ombre au soleil lui-même, que l'on soit jaloux de moi au point de vouloir me le dérober.

À nos tâches les amis ! Laissez-moi son port de tête ! Je cure ses naseaux et je blanchis ses dents, je fais ressortir le contour de ses généreuses veines et je pétris les muscles de sa gorge qui saillent. Voyez comme je fais ! Je veux mettre en scène le sang qui palpite. Je suis son maître. Je suis son cœur qui tambourine. Personne au grand jamais n'aura vu un tel quadrupède. Il sera moi et je serai lui, nous nous confondrons complices, nous serons un seul être.

Travaillez son harnachement. Et puis aussi que tout son corps cuivré brille du plus bel éclat, qu'il rutile et flamboie à l'égal de l'astre-roi ! L'effet que produira mon alezan doit être stupéfiant. Hormis le chanfrein de nacre blanche il doit être du menton au culeron tout illuminé, brûlé comme s'il était l'incarnation mouvante d'un brasier alchimique. À sa vue une ovation doit s'élever. Les foules doivent l'acclamer.

Voyez ! Un orbe dans l'azur décline les couleurs de la lumière. Nous faisons de notre créature un condensé de beauté ! N'oubliez pas ! Demain est le jour où il lui faudra triompher. Cet arc dans le ciel n'est-il pas prémonitoire d'un triomphe pour notre coursier solaire ? Nous courons au succès, l'échec nous est interdit !

Travaillons donc de plus belle. Mettez en place le collier, serrez-moi ces sangles ainsi que la sous-ventrière pour consolider ses flancs immenses comme s'ils étaient conçus pour supporter des démons, passementées de sang et d'or pour souligner sa divine ardeur et son illustre noblesse, que les oreilles soient dressées vers l'éther et la queue à sa naissance ourlée vers le haut en réglant bien la croupière. Nouons une double longe à l'anneau du mors, vérifions et revérifions le licol, il faut pouvoir le conduire fermement ; un cahot dû à la roche cachée, un ensablement soudain, pourraient conduire à une bousculade involontaire autant que dangereuse.

Il nous faut subjuguer les simples mortels !

Ainsi travaillent-ils en s'appliquant, sans discontinuer, en se mordant la langue comme des écoliers studieux. Ils ne voient pas le temps passer ; le quadrupède reste impassible, indifférent à cette précipitation. Et pourtant il est le premier concerné car c'est de lui que tout dépend. On dirait un enfant gâté sûr de son bon droit et de son importance, hautain et la contenance hiératique autant que boudeuse.


Mais voici que la nuit tombe, que la lune s'avance toute ronde, rubescente ainsi qu'une orange sanguine, tandis que leur crack est prêt.

Ne le laissons pas seul sur cette plage alors que la marée se retire. Nous passerons la nuit avec lui, c'est moi qui serai son cœur vivant pour que demain soit un jour de gloire. Choisissons un endroit surélevé où nous le montrerons quand ils constateront que la place est clairsemée avec des pieux épars et les auvents déchirés au front des toiles flottantes alors que la marée aura remonté, il faut que tout le monde le voie, que la clameur s'élève, qu'il soit si beau dans le soleil naissant que la presse entière me l'envie, qu'on veuille me le prendre. Voyez comme il est haut ! Voyez comme il se dresse ! Les étoiles déjà le jalousent. Instituons un tour de garde pour que notre géant équin ne soit pas seul.

Attendons le petit matin pour nous fondre dans son sein.


À dix stades de là les murailles de Troie se profilent sous Séléné…


 
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   Asrya   
19/1/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
"Les nuages se sont évaporés et le soleil qui luit dans le ciel se reflète dans l'œil bleu parsemé de picots en cercles concentriques qui agrémentent utilement le pourtour de l'iris comme un moucharabieh." ; ponctuation ?

la répétition de "quidam" en peu de lignes n'est pas heureuse

C'est, intelligent.
Je ne suis pas un grand amateur d'équitation, j'ai dû rechercher quelques définitions pour être certain de visualiser l'ensemble, mais j'imagine que c'était là l'objectif de ce texte, en noyant le cheval.
C'est à ce propos que je trouve cela intelligent, après, je trouve que cela fait "trop" et que cela sonne davantage comme un exercice de style.
Bien fait, à n'en pas douter, mais qui ne m'a pas embarqué, loin de là.
J'ai apprécié la chute, et la relecture en devient intéressante.

Le choix de la narration ne m'a pas emballé plus que cela ceci-dit.

Quelques réserves sur la "cohérence" de l'ensemble par certaines phrases qui ne sont, à mon sens, pas en accord avec le fond de votre nouvelle.

"Son œil s'attarde sur la sous-gorge de l'animal après avoir caressé le menton." --> on ne doit pas avoir la même idée de l'échelle de votre équidé.

"il passe de la poix pour faire briller le sabot qui est devant lui" --> pourquoi de la poix ?

" Le flanc ne souffrira pas de son poids le grand jour revenu" --> pourquoi le "flanc", je trouve que c'est plus construit que logique dans le discours du narrateur, une manière de tromper le lecteur, malhonnête selon moi.

"Je cure ses naseaux et je blanchis ses dents, je fais ressortir le contour de ses généreuses veines et je pétris les muscles de sa gorge qui saillent. " ; idem là, je trouve que vous cherchez à entourlouper le lecteur, bon... c'est un choix.

Un ensemble qui me paraît plus "scolaire" que "spontané" et "réaliste" ; un exercice littéraire. Sans doute réussi globalement malgré quelques réserves, mais qui ne m'a pas emmené avec lui.

Merci pour le partage,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
A.

PS : "pourtour de l'iris comme un moucharabieh." ; j'ai bien aimé.

   Anonyme   
23/1/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Je dois dire, je ne m'attendais pas à la chute ! Elle m'a cueillie à froid, jusqu'au bout j'ai cru assister aux préparatifs d'un étalon pour une course, tout en m'étonnant naïvement qu'on ne se préoccupât que de son apparence, qu'on ne l'entraînât pas à l'action…
J'ai trouvé l'ensemble de votre texte fort habile, son expression intense, toutefois par moments je suis « sortie de l'histoire » à cause de termes qui me paraissaient anachroniques (j'avais bien perçu que tout cela se situait il y a longtemps) :
les fibres musculaires (les muscles oui, sait-on alors qu'ils sont fibreux ?)
crack
alezan (là je ne sais pas trop, le mot m'a semblé bizarre dans le contexte)

Après lecture de la nouvelle j'apprécie l'astuce du titre !

   jeanphi   
10/2/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Au fil de ma lecture, je voyais la dernière phrase approcher sans m'attendre à une telle chute.
Jockey minuscule, exhibition, défilé, saltimbanquisme de la brigade des clairons sous Napoléon, et non, c'est bien Ulysses qui surgit sans hommage !
Le mystère est entretenu par la passion, immodérable, qui est porté envers l'animal.

Une lecture très fluide et très agréable.

   Luz   
10/2/2023
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour senglar,

Nouvelle présentée dans le défi de nouvelles n°9 :
J'avais commenté et je persiste et signe : très très beau texte, avec tout le vocabulaire « chevalin » approprié. Je le verrais bien, déclamé devant un auditoire dans un théâtre de plein air, une arène. Des instants sublimes comme « Je veux mettre en scène le sang qui palpite », presque à chaque phrase en fait.
Je me disais, c’est bizarre, il a l’air bien grand ce cheval… Je n’ai compris qu’à la fin ; effectivement, il en avait dans le ventre (titre génial).

Bravo et merci pour cette lecture.

Luz

   hersen   
11/2/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Cette nouvelle part d'une excellente idée !

Au bout d'un temps de lecture, je piétine un peu car tous ces soins prodigués au cheval ne me semble pas faire une histoire. Même s'il y a une belle recherche dans le vocabulaire.
Il faut que j'arrive à la fin pour comprendre, et là, c'est la surprise.

C'est une nouvelle qui gagne à être relue après découverte de la chute car alors on n'arrive plus à compter les cailloux blancs semés tellement il y en a, mais qu'on a laissé de côté.

J'ai aimé le fait de faire revivre ce "cheval" si célèbre de cette manière, sans entrer dans la bataille.

Merci pour la lecture !

   Pouet   
11/2/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Slt,

j'ai vraiment apprécié cette harangue hippique autant qu'épique ( un peu facile je l'avoue, mais tentant)

Le ton vraiment d'une juste grandiloquence, pas cavalier, harnaché au possible de vocabulaire approprié et d'ironie latente (enfin moi je lis ainsi) est vraiment de la régalade.

Et ce passage de fin d'une "poésie" tout de même...

"Ne le laissons pas seul sur cette plage alors que la marée se retire. Nous passerons la nuit avec lui, c'est moi qui serai son cœur vivant pour que demain soit un jour de gloire. Choisissons un endroit surélevé où nous le montrerons quand ils constateront que la place est clairsemée avec des pieux épars et les auvents déchirés au front des toiles flottantes alors que la marée aura remonté, il faut que tout le monde le voie, que la clameur s'élève, qu'il soit si beau dans le soleil naissant que la presse entière me l'envie, qu'on veuille me le prendre. Voyez comme il est haut ! Voyez comme il se dresse ! Les étoiles déjà le jalousent. Instituons un tour de garde pour que notre géant équin ne soit pas seul."


J'aurais bien vu l'ensemble, écrit pareil, avec, parfois, des éléments concrets d'un "monde actuel" (des numéros sur les casaques, des bombes à retardement..) histoire de trancher un coup au garrot des entretiens du quotidien, de souffler un coup dans les nasaux du sur-décalé. De brouiller encore d'autres empreintes.

Très bon moment de lecture.

   Tadiou   
11/2/2023
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Très beau texte avec une chute magnifique, totalement inattendue pour moi.

Je me suis laissé bercer par les élégants hommages au cheval, ciselés par des mots "savants" du langage spécifique "équidé".

Je me suis laissé intriguer par l'annonce répétée de ce grand jour vers lequel tout est dirigé.

Une interrogation à la lecture de : place clairsemée, pieux épars, auvents déchirés. De quoi s'agit-il ?

Et la chute, comme un coup de tonnerre; et qui éclaire magnifiquement le titre : bravo !l

   Anonyme   
12/2/2023
Bonjour

Une nouvelle, bien sûr, qu'il ne faut pas commencer par la fin.

Ce qui est quelquefois tentant pour saisir le lieu ou l'endroit où
l'auteur veut nous emporter.

J'aime bien et je l'aurais mieux vu dans la catégorie humour.

Un texte jubilatoire et une autre façon de nous décrire
la Mythologie.

Un beaucoup comme appréciation.

   papipoete   
12/2/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
bonjour senglar
Dès la première parole, on sent qu'il y a quelque chose qui va clocher ! Ce cheval, un cheval quoi... qu'on apprête comme un carrosse avant une cérémonie fastueuse ; pour en fait n'être qu'un leurre aux yeux de l'ennemi !
NB " qui en avait plein le ventre ", me faisait penser davantage, à ce cheval dans lequel son chevaucheur échappera à la mort, qu'en se cachant... en lui !
Mais la préparation de la mise en scène, est vraiment trompeuse ; on s'attend vraiment à ce que ce destrier brille, et écrase tous ses concurrents, demain au " Grand Prix "

   Malitorne   
12/2/2023
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
L’idée est bonne mais le texte manque cruellement de rigueur, beaucoup trop d’anachronismes dans les termes employés. Quand on s’attaque à un évènement historique il faut bien soupeser les mots qu’on utilise au risque de transfigurer la réalité, vue à la moulinette de la modernité. Il ne m’a pas été possible de m’immerger dans une ambiance de l’âge du Bronze à cause d’un vocabulaire qui ne correspondait pas. Du coup on frôle le comique, or je ne pense pas que vous cherchiez cet effet là.

   Angieblue   
12/2/2023
trouve l'écriture
perfectible
et
aime bien
Excellente chute ! Je ne m'y attendais pas, et j'étais un peu lasse de cette description redondante. Mais il y a de belles images poétiques : la splendeur et la grandeur de l'animal sont bien décrites et c'est très inspiré et incarné. En effet, il y a quelque chose d'épique. C'est grandiloquent et majestueux.
Par contre, quelques phrases sont un peu lourdes.
Par exemple : " L'œil rivé sur le puissant poitrail s'attarde sur le noueux garrot puis remonte sur l'encolure folle dont il admire l'étoupe, le maître hoche la tête en approuvant. "
Il manque un point devant "le maître", et vous m'avez un peu perdue en route...
Et vous avez aussi tendance à oublier les virgules.
"Tout en parlant le quidam flatte la croupe de l'imposante créature"
Il faut en mettre une après "tout en parlant".
"Choisissons un endroit surélevé où nous le montrerons quand ils constateront que la place est clairsemée avec des pieux épars et les auvents déchirés au front des toiles flottantes alors que la marée aura remonté, il faut que tout le monde le voie..."
Idem, la phrase est un peu lourde, et il faut un point devant "il faut que tout le monde le voie".

En somme, un bel exercice de style, un beau travail de description, mais je me suis un peu ennuyée...malgré la belle surprise inattendue de la chute.

   Louis   
13/2/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Le narrateur est à l’image du personnage principal de cette nouvelle, non pas le cheval, mais celui qui l’apprête.
Comme lui, en effet, il fait preuve d’une intelligence rusée, une « métis » comme disaient les Grecs de l’antiquité ; à sa façon il utilise un subterfuge, mais un subterfuge littéraire qui vise à susciter chez le lecteur surprise et étonnement.

Ainsi le personnage reste-t-il tout le long du texte anonyme, et son nom n’est-il jamais explicitement dévoilé, jamais même prononcé.
Mais on ne peut y voir seulement une astuce d’écriture, en ce que le personnage, au moment du récit, n’a pas encore de nom, ne s’est pas encore fait un nom ; qu’il n’est encore Personne comme il le déclarera au cyclope Polyphème ; et que la réussite de son entreprise pour laquelle il prend soin de son cheval géant constitue la condition qui lui donnera un nom à jamais glorieux.

Le succès du cheval sera aussi le sien : « Je ferai de toi le cheval le plus célèbre de tous les temps. Nous accéderons à l’immortalité, la postérité nous attend ».
Le nom qu’il se fera, si l’entreprise réussit, ne sera pas oublié. Il deviendra immortel dans la mémoire des hommes, et donc il partage l’idéal du héros grec antique : non pas gagner l’immortalité des dieux, mais celle seulement accessible aux humains mortels : survivre dans la mémoire des générations de toutes les époques à venir.

Il ne doute pas de sa réussite. Il sait ce qu’il adviendra, et se confond avec le narrateur en position omnisciente dans une même intention rusée.
Quelques indices sont laissés d’une proximité entre lui et le monde grec antique : « tu seras mon pégase. Mais je ne suis pas non plus Hercule », suffisamment minces pourtant pour que son identité ne soit pas reconnue. ( toutefois est présent ici un anachronisme : Hercule est une divinité latine, assimilé à Héraclès, le héros grec mythique)
Le personnage « palefrenier » n’a pas la force, la puissance physique d’ Hercule/ Héraclès : « c’est vrai qu’il n’a pas la stature d’Hercule ». Ainsi sont indiquées que les voies du succès, dans tout affrontement ou compétition, sont de deux sortes : l’une est la force physique, celle éminente d’Héraclès/ Hercule ; l’autre est celle de la métis, de l’intelligence rusée, qui recouvre aussi l’intelligence pratique que l’on trouve dans divers savoir-faire, dans la maîtrise de l’artisan quant à son métier.
Le personnage emprunte la deuxième voie de réussite, et le texte laisse apparaître surtout son savoir-faire, son art de préparer un cheval pour la victoire.

Les astuces du narrateur visent à entretenir le lecteur dans l’illusion que le cheval est un animal bien vivant, par des procédés rhétoriques : la prosopopée, par exemple, dans : « La bête le toise »

Le narrateur laisse croire aussi que l’animal apprêté est un étalon destiné à une course, et que la victoire attendue, de pur prestige, prend place dans un concours équestre, toujours par divers procédés rhétoriques. Des métaphores surtout participent de ce procédé :
« Tu seras mon Pégase »
« De l’énergie à l’état pur, il est prêt à jaillir ».
« Je veux qu’il soit l’égal du vent »
Le cheval désigné comme « coursier » ou « coursier solaire »

Pourtant à aucun moment, l’animal n’est entraîné pour une course. Il demeure immobile, dans « une contenance hiératique ». Pas de séquences de trot ou de galop.
Le rusé palefrenier veut faire ‘marcher’ et 'courir’, non le cheval, mais ceux qui le verront ; et le narrateur ceux qui le lisent.

Les préparatifs se concentrent sur l’effet esthétique de l'animal. « Il faut que le coursier séduise, qu’il éblouisse, qu’il fasse de l’ombre au soleil lui-même ».
« La monture doit être prête pour le grand spectacle »
L’homme rusé se fait artisan et artiste.

Le narrateur nous fait croire encore à un spectacle équestre en préparation. C’est sa feinte.
Et c’est pourtant cela qu’il veut produire vraiment : une illusion, une fascination ; la mise en scène d’un animal si beau qu’il en devienne désirable, enviable : « les foules doivent l’acclamer », « il nous faut subjuguer les simples mortels » ; il doit susciter le désir d’appropriation : « au point de vouloir me le dérober ». Le personnage rusé ne manque ni d’orgueil ni de fierté.

On peut ainsi se demander si tout ‘spectacle’ n’est pas la production d’une illusion, plaisante peut-être, séductrice et trompeuse, mais au point qu’elle coûte toujours, pour le ‘spectateur’, une défaite ; si la beauté spectaculaire ne comporte pas un revers de cruauté et de violence ; si le public ‘conquis’ ne paie de sa vie ou de sa liberté les séductions auxquelles il se laisse prendre.

   Catelena   
15/2/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Je me suis laissée emporter par l'aventure des mots davantage que par l'aventure tout court qui sous-tend le récit.

Jubilatoire, peaufiné, redressant un vocable par ci, gommant, élimant l'expression par là, le plaisir pris à l'exercice de l'écriture saute aux yeux. On se laisse captiver par la lecture, jusqu'à ce que se dessine le plus bel alezan crée de toutes pièces (mais ça on le comprendra plus tard...) qu'il m'ait été donné de voir. Les clins d’œil à la vraie Histoire, eux, se révèleront pareillement lors d'une deuxième lecture, nécessaire pour savourer quelques perles semées entre les lignes.

Si la chute confère au titre une rigolote légitimité, elle peut surprendre par l'angle choisi pour nous parler de cet épisode historique, en même temps qu'elle l'humanise, je trouve.

Sans aimer particulièrement ce genre de littérature, j'applaudis néanmoins votre belle aptitude à dépeindre une scène avec des mots raffinés qui demeurent cependant accessibles à tous.

Merci pour le partage, Senglar.


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