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Sidoine : Le monstre e(s)t la ville : esquisse d'un théâtre de l'esprit
 Publié le 01/08/12  -  6 commentaires  -  15561 caractères  -  114 lectures    Autres textes du même auteur

Premier acte d'un futur drame en trois actes, où la plume se confronte à la ville.


Le monstre e(s)t la ville : esquisse d'un théâtre de l'esprit


Prologue.


Écrire. Sentir. Découvrir le bruit que faisait la pluie sur les carreaux, les mille notes d’insectes se posant infiniment sur la surface translucide, la sonorité mouillée, ouatée, fébrile, que produisaient l’orage et ses averses d’aiguilles quand, dans ma chambre, autrefois, j’écoutais la solitude du ciel. J’avais dans les mains le chant du grillon, morne et suave, la profondeur de la nuit, caverneuse et douce, l’imperceptible déclin de l’été, aux rousseurs précoces, la sensualité d’une musique, d’un parfum de soie, d’une atmosphère à peine entrevue. Naïve, je nageais dans mes images, dans la torsade des ronces, dans le manège des fleurs, dans le souvenir assassin de la forêt perdue : mes doigts ruisselaient de tabac, mes carnets se noircissaient comme un essaim de mouches, mes yeux rougis se plissaient, pour éviter la lumière. Et mes sens s’aigrissaient, et mon corps se rétrécissait : je fus lâche, venimeuse, et fuyante, comme un gosse s’effondrant devant le moindre regard.


C’est que la ville avait paru, qu’aucune dérobade n’était possible, que les moteurs fusaient sur la page endimanchée, que les immeubles se tordaient vers moi, couvrant mon univers d’enfant, m’éclaboussant de leur danse macabre. Fiévreuse, dépassée, défaite, je m’en allais vers elle, la ville, je marchais sous son soleil de plomb, je buvais ses flots de misères, je me laissais happer par les vagues déchaînées des foules-marionnettes, aux yeux de pantins perdus. Mes nuages furent pleins de clous, mes grillons devinrent des voitures, mes automnes des brûlures de pétrole. Ivre, je partis pour Paris ; je me souviens des bouteilles, entassées à mes côtés, des mines étonnées, devant mes questions absurdes, des grilles franchies, le soir, pour noter les conversations des bars. La sensation se perdit. Creuse, sonore, en robe de soirée, l’écriture alignait ses chariots de grands mots ; efficace, je relevais consciencieusement le lexique poétique, ornant de spleen, d’étoiles et d’oiselets mes longues phrases ardemment travaillées. Les poètes vivaient dans un autre monde ; à défaut de m’y mouvoir, j’essayais de le mimer ; la lassitude me vint, les trains s’entrechoquèrent, je repartis à Lyon, des sonnets pleins les poches, et le cœur écorché.


Ce soir, l’averse pleut encore. Des larmes de fumée explosent sous ma plume. Je suis dos à la fenêtre, mais je sais la fluide clarté du lampadaire : auréole de brume, sur laquelle se tissent les filets de la douleur. « Dieu pleure ». Ou bien n’est-ce pas ce piéton attardé, miaulant comme un vieux chat, qui bizarrement se lamente ? Ma ville est une araignée multiforme, un organisme abracadabrant, poussant sous la pression des multiples volontés qui la hissent, l’habitent, la hantent, et me considèrent de leurs drôles d’yeux. Leur faire face, les écrire, les sentir ; comment le puis-je autrement que dans un drame baroque, où le monstre lui-même est le lieu du théâtre ?


Acte 1.


Scène 1 : Elle se promenait souvent sur les quais. Les quais de Saône, bien sûr, parce que le Rhône lui était indifférent. Un amour de gamine, sans doute, pour une chimère qu’elle admirait tellement qu’il lui fallait l’abattre. Recueillie, elle parsème la scène de son esprit de visions anciennes et d’effluves retrouvés.


Elle : assise à son bureau.


Chimère.


La Saône est un long serpent d’eau, une anguille tortueuse, une truite aux écailles miroitantes, grise, verte, bleutée, avec sur le dos le reflet de la ville. Nonchalamment, elle porte les immeubles, elle capte les voitures, elle saisit les platanes, et toute une mer de cris, silencieux, étouffés, semble nager dans ses replis changeants.

Mais c’est sous la pluie que je l’aime le mieux, quand ses flots tranquilles se trouent sous la percée de l’averse, quand ses images pailletées s’embrument, quand sa courbure, douce et sonore, prend la couleur de la menthe, et que son ruissellement se fond dans la teinte herbée des feuillages. Tu es la seule, vaste Chimère aux mille yeux troublés, que je vénère en ces lieux : ta chevelure ondée m’emmène vers le songe, tes nuées de scintillements futiles me rappellent mon âme, éprise de sensations vaines et multiformes, le balancement de tes hanches m’anime et me ravit : je vois en toi la femme, que je ne serai jamais, sublimement artificielle, maquillée jusqu’au bout des vagues, trompeuse jusqu’en son fond, plein de poissons sournois, aux yeux jaunes, faits pour effrayer les pêcheurs.


Et ta puanteur, par temps d’été, lorsque tu étires ton grand visage huileux aux arômes d’urine, de mort, et de déchets, m’enthousiasme encore ; tu es moite, tu transpires, et tu happes, libertine que tu es, l’or de toutes les passions, l’élixir de toutes les naïvetés, pour en faire le parfum nauséeux qui te caractérise : odeur des primitives giclures, liqueur des illusions détruites, que je hume et que je bois, infiniment, en entendant le rire enroué des péniches qui ornent ta nuque. Sur tes bords, les écoliers embrasés se caressent, les vieillards cherchent le soleil, les familles se croient à la plage et entament leur pique-nique ; admirablement, tu reflètes leurs jeux enchanteurs ; arabesques et arcs-en-ciel viennent se poser sur ton sein ; mais il suffit d’un mouvement, mais il suffit d’une déviance de la brise, et le charme se rompt, le néant se dessine, gouffre bientôt recouvert par les fantômes de l’être.


Ton costume bariolé est plein de cadavres, tes spectacles, sous leur air comique, forcent les pleurs, ton sang est le sang du rêve, c’est-à-dire de la vie, cauchemar rocambolesque, qui se glisse, immense, entre nos cils incertains et nos paupières battantes. Mes prunelles ont ta couleur, et mon corps est ta danse ; mon esprit est ton cœur et ma tristesse ta joie : regarde-toi, oh ma sœur, mon double, mon fantasme, en mes iris plus vastes que ta course, et plus imbéciles que tes élucubrations fantasques !


Regarde-toi, vipère, plonge en ma peau, embrasse mes entrailles, joue avec mes cheveux, caresse-moi, enlace-moi, remplis-moi de tes eaux magiciennes et de tes images voraces : mes arêtes vibrent sous tes paumes cendrées, ma bouche se gargarise de tes nuances diaboliques, mes sourcils se froncent dans tes éclaboussures, ton décor se mire sur les écorchures de ma chair, et je tourne dans la robe du Temps et je te crache tes morsures ! Ne suis-je pas plus Chimère que toi ? Qui est le monstre ? Tes ondes ne me font plus peur, tes tortures me sont connues, ton théâtre est un théâtre de pacotille ; ma tête est l’océan où s’esquissent tous les drames et tu n’es pour moi qu’un personnage de plus, convoqué à loisir dans le délire bachique qui m’entraîne !


Le dragon de ma croupe a flambé tes nuages, mes canines léonines ont fendu tes broderies, ma poitrine chevrotante a brûlé tes désirs ; tu voulais, masque inepte, m’aspirer dans tes abîmes et me jeter dans la mer, mais tu ne soupçonnais pas l’orage à rebours que je te fais subir, la tempête arrogante qui lance sur ton ordre l’escarbille de mes souffrances calcinées ; ta triple nature n’est que celle du Saumon, bêtement remontant la rivière dans l’espoir de se reproduire !


Mais j’ai le goût variable et mes pièces ne vivent qu’une seule fois.

Aussi, ce fut ta source que j’ai étranglée la première, ce furent tes veines dont je me suis d’abord enivrée jusqu’à la moelle et, tandis que je grandissais, tandis que je me faisais géante, tandis que je devenais le seul miroir de la ville, tes flots se rétrécissaient, ta bile argentée emplissait mes mamelles et ta grâce, pleine de férocités, s’estompa. Un léger brouillard couvrit les quais déserts, vestige de tes humeurs boudeuses ; le Rhône, désespéré de perdre ton éternelle fécondation, hurla comme un chien et, doucement, chastement, religieusement, je pris ta place en la nuit silencieuse ; mes vertèbres furent marbrées d’étoiles, et mon âme étendit ses filets.


Car te pêcher, n’était-ce pas pêcher la créature immonde se mouvant dans tes tripes et dont je voulais, à tout prix, goûter les délices et les fantaisies cruelles ?


Scène 2 : Elle se lève et sort. C’est la fin de l’après-midi. La clarté du ciel commence à faiblir, les rues naviguent entre le rose et le doré. Bientôt, l’ombre grandit, il fait nuit, elle arrive sur la place de la Croix-Rousse, où se tient la Vogue, dont elle avait oublié jusqu’au nom. Obligée de la traverser pour se rendre chez ses amis, elle respire un grand coup et se faufile comme elle peut dans la masse grouillante aux parfums de barbe à papa.


Ses yeux et son cœur, de concert :


La Vogue.


Un feu de guirlandes brûle dans l’obscurité, la ronde des manèges se déchire, délivrant des orages de cris, de rires, de hurlements ; dans les sentiers étroits, creusés entre les attractions, la foule-fantôme gicle, fuse, poudroie ; les femmes à la mine crispée poursuivent leurs marmots ; les hommes étourdis se bousculent et s’insultent ; les vendeurs de churros agitent leurs bras déments ; tout explose, tout flambe, tout se consume, dans les braises artificielles d’une joie mécanique.


Mon front s’est cogné dans le reflux du cirque, ma face s’est écrasée dans les nuées d’odeurs, mon ventre s’est tordu dans les gerbes de lumières ; j‘ai senti mon corps s’effondrer, ma langue visqueuse s’effriter, mes jambes se dérober : une danse vertigineuse passait sur mes iris, une avalanche d’éclats fulminait sur ma peau, et je me suis éteinte, comme un œil luisant laissant glisser sa clarté.


Il pleuvait. Dans l’air lourd, électrique, chancelant, les gouttes moqueuses obliquement tombaient ; le sol reflétait la farandole des silhouettes furtives, sans cesse bondissant, sans cesse s’évaporant, sans cesse heurtant de leurs piétinements sonores mon ombre effarouchée, happée par les vagues infinies de la Vogue.


Car ce fut à cet instant précis que je la vis, la Vogue, à cet instant où, les yeux fermés et le cœur crépitant, je sombrais dans l’élan tourbillonnant de son ivresse : livide, étrange, son grand visage malade avait jailli de la maison de l’horreur, tandis que les torrents des semelles me claquaient dessus, que la valse des pantins me cisaillait, et que ma chair, écartelée, s’éparpillait dans le haillon des brumes.


Je cours, elle vient, je suffoque, elle m’enveloppe, je tourne, elle m’attrape, je pleure, elle m’enlace : les mailles de son filet resserrent ma dispersion, ses ongles grossiers s’incrustent dans ma peau, elle me prend la taille, son souffle me viole, la foule a disparu, les trottoirs lavés fument des arcs-en-ciel, des relents de parfum traversent la place, mon sein palpite contre sa carcasse, mon cœur s’échappe, tressaute, change de place, et va se perdre dans son ossature.


Je suis heureuse ! Je suis légère ! Et la Vogue a les yeux qui brillent ! Des soleils dorés sortent de ses orbites ; malicieuse, elle esquisse un petit bond et la fête reprend ; frites, gaufres et glaces fleurissent dans l’obscurité ; les enfants vagabondent et rient ; les machines roulent comme des toupies, la musique grésille des mélodies naïves, et les étoiles, masquées jusqu’à présent par des jets d’éclairs, s’allument, voltigent, et se posent dans mes mains.

Mon âme s’est envolée et l’or des cieux se presse entre mes doigts. Devenue fée, je vends des baguettes magiques, des masques et des chapeaux.


– Venez ! Olé ! Venez ! Venez donc ! Je vous tirerai les cartes, je vous broderai des astres, je vous parerai d’ambre, de sucre, et de rose ! Une étoile contre un tour dans la maison de l’horreur ! Une averse multicolore contre les ténèbres ! Une naissance contre un adieu !


Les masses déferlent vers moi, les lèvres tirent la langue, mes artefacts s’écoulent, la maison de l’horreur broie les volontés qui s’y pressent : le cœur de la Vogue s’enfle, rougit, et bat, bat de plus en plus vite, de plus en plus follement ; le sang du meurtre s’emballe, et le grand suicide prend fin lorsque, projetée par les rouages de l’énorme muscle, je m’affaisse dans une ruelle déserte, où la démence n’est plus qu’un souvenir.


Scène 3 : Elle s’est arrêtée pour reprendre ses esprits. Le mur contre lequel elle se tient est glacial. Elle s’accroche à sa texture rugueuse. Des gouttes de sueur lui souillent le visage. Avant d’arriver, elle voudrait se remaquiller, mais elle a trop peur des gens qui l’observent. Dans l’escalier, une fois la porte poussée, elle pourra peut-être se recomposer un visage. Un homme passe devant elle et l’aborde. Ses entrailles se contractent. Elle le hait.


– Tu fais quoi ce soir ? T’es toute seule ? On va boire un coup ? C’est quoi ton nom ?

– J’en ai pas.


Elle s’en va. Il la suit.


– Allez, viens, on va boire une bière ! Tu vas où comme ça ?

– Où je veux.

– T’es trop chelou comme nana ! T’as un problème ? T’es triste ?

– Non. Je suis pressée. (Blessée aurait été le mot exact. Elle accélère le pas.)


– Bonne soirée quand même !


C’est ça, casse-toi, fous-moi la paix. Il était mignon, pourtant. Mais je ne supporte pas… je ne supporte pas…


Fébrilement, ses mains composent le code d’entrée. B4268, étoile, aujourd’hui filante. Elle s’efface dans le corridor. Devant l’immeuble, le parking sommeille. Des voitures de toutes les couleurs se font face. Le vent triture les feuilles des platanes, rendues violettes par la clarté des lampadaires. Il n’y a pas de lune. À la place, un gamin jette d’une fenêtre un bout de papier circulaire. Elle toque : un garçon lui ouvre. L’appartement est plein de monde. Les cendriers sont remplis, les conversations fusent. Elle s’assoit dans un coin.


Mes pensées sont vides.


– Sébastien Tellier... tu veux du vin ?... T’es trop con, mec !... oui, elle est en fac de psycho... il est cool cet appart !... prends mon feu... c’est de la bonne !... grosse teuf, après les partiels !... il est un peu fou... vous êtes là depuis quand ?... Elle ne s’allume pas ?... tu danses ? (Signe de tête négatif.) C’était mon ex... t’as révisé la logique ?... je l’ai croisée au Cintra... mais c’est de la bonne musique... t’abuses !... t’es sûre que tu ne veux pas danser ? (Signe de tête négatif...)


J’ai envie de boire.


... Maxime m’a dit que... « je m’élance puis je recule »... j’adore, j’adore !... il reste encore trois mois... « une rencontre »... c’est toi qui l’a apporté ?... « de nos retrouvailles »... les voisins vont gueuler... cette prof est débile... « je lui dirai les mots bleus »... c’est qui ?... à Villeurbanne... concert...


– Je peux me servir ?


Personne ne répond. Je prends le premier verre qui se trouve devant moi. Du whisky ? De la vodka ? Qu’en sais-je ? C’est fort, mon palais se calcine, mes joues rougissent, des larmes viennent embuer mon regard. Les voix s’entremêlent, je ne perçois plus qu’un bourdonnement confus, un vacarme fêlé, composé de milliers de tons différents ; les fenêtres ouvertes laissent passer la nuit, les toits ondulent, les cheminées s’élancent, un lutin ricane sur une église, Elvis Presley chante, tu danses ? Mon corps est emporté, les lumières s’éteignent, des couples s’embrassent, un souffle frémit à mon oreille, je tousse, on danse, des mains attrapent mes hanches, je voudrais dormir, la fenêtre m’attire, un baiser se pose sur mon cou, le mec de tout à l’heure était mignon, mais je, mais je, un autre baiser sur mes lèvres, j’ai soif, le désir me grise, j’aimais bien le lutin, la porte de la salle de bains s’est fermée, mon tee-shirt saute, j’ai mal au dos, la musique est lointaine, je rentrerai demain.


Rideau.


 
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   socque   
1/8/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Désolée, mais, pour moi, le texte ne fonctionne pas, il ne m'entraîne pas.
Je dois dire que le début a tout pour me rebuter : il a pour sujet unique l'acte d'écrire, ce qui m'agace à la base, qu'il met en scène dans un style très visible ; j'entends par là recourant à des procédés pour moi voyants, qui me donnent l'impression qu'il se veut prioritaire devant l'histoire, devant ce qui est dit.

Les scènes 1 et 2 aggravent cette impression ; ce sont les perceptions de la narratrice qui sont mises en avant, d'accord, d'une manière qui me donne l'impression non pas de chercher à me transmettre quelque chose, mais à m'éblouir de virtuosité. En gros, une écriture qui ne va pas vers moi, lectrice, qui est refermée sur elle-même et passe devant moi sans que je puisse prendre le train en marche. Vous l'aurez compris : je n'aime pas ça. Par moments, même, je trouve que le style devient caricatural dans l'hermétisme, au bord du burlesque et de l'auto-parodie, par exemple ici : "Le néant se dessine, gouffre bientôt recouvert par les fantômes de l’être" ou là : "La tempête arrogante qui lance sur ton ordre l’escarbille de mes souffrances calcinées".

En revanche, la scène 3 ne me déplaît pas, elle a quelque chose de haletant, laisse enfin passer des affects, des sentiments. Mais, dans l'ensemble, j'ai trouvé le texte hiératique, presque autiste dans son détachement.

[Edit : j'ai corrigé une erreur de langue dans mon commentaire.]

   Palimpseste   
6/7/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Au bout de quelques lignes, je me suis demandé si je continuais tellement ce style poétique est loin de mes lectures. Je me suis dis que j'allais essayer de me mettre dans la peau de quelqu'un qui aime.

Objectivement, c'est bien écrit, bien mené... Je suis juste complètement hermétique.

Au hasard parmi plein d'autre belles formules: "(...) les trottoirs lavés fument des arcs en ciels (...)". Il y en a plein de jolies images comme ça, je dois être trop grossier pour que la belle image se transforme en émotion.

Bonne continuation auprès d'autres lecteurs, je ne doute pas qu'on puisse en trouver.

   Renaud   
2/8/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Magnifique sublimation du solipsisme régressif dans et par la poésie : la narratrice projette ses états d'âme les plus intimes, jusqu'aux désirs sexuels, sur son environnement immédiat le plus concret, le paysage urbain, tour à tour berceur, violent ou violeur, délire-cocon qui se traduit logiquement dans un relationnel en berne, la scène 3 (dé)montrant une dichotomie entre l'esprit de la poétesse qui continue à pédaler et un quotidien jugé banal voire méprisable par l'absence de poésie qu'y met l'auteur en tant que styliste.
Très bien, donc, avec un "moins" que je vais justifier de ce pas. Car je ne me sens pas étranger à la chose, ayant vagabondé dans ma jeunesse à travers les rues ; mais justement, c’est plus une chose qu'une démarche car manquant sinon de sincérité du moins de réflexion ; vous parlez de mimer le monde de la poésie ; j'y vois moins de la fausse modestie qu'une posture d’évitement. Pour répondre à un forum que vous avez ouvert et s’il m’est permis de faire le psychologue, je dirais que si l'écriture est pour vous un poison, vous pouvez en faire un remède (c'est le même mot en grec) et écrire les actes suivants, en inventant l'homme qui sauvera la femme de son égarement, ou en creusant le "Je ne supporte pas..." plutôt que ces poissons aux yeux jaunes qui effraient les pêcheurs, quitte à revenir sur eux voir ce qu'ils sont devenus une fois la conversion faite. (Vous savez comme moi que le refus du réel est source de souffrance.)
Un texte assez difficile, à relire (je me donne un bon conseil).

   brabant   
13/8/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Sidoine,


L'auteure a l'écriture aisée, jubilatoire et poétique. Elle annonce ici un premier acte, ce qui laisse le lecteur perplexe... sur sa faim au bout de ces trois scènes. Où va-t-on ? Que va-t-il advenir ? Comment le dialogue/monologue, la déambulation spatiale/mentale vont-ils évoluer ? Qui est qui et qui et quoi (il y a un jeu complexe sur le qui/quoi ; quoi est qui ?) ? Mais ces questions laissent en lui un sentiment de frustration... Il me semble qu'un tel texte n'est pas feuillonneste, il est interférent, il a besoin de son entier d'emblée pour être saisi et apprécié vraiment, c'est un texte d'être ou de mal-être aux liens trop interdépendants pour être saucissonné, il n'existe pleinement à mon avis que dans une globalité tout de suite donnée, il est un bain et l'on ne se baigne pas en trois fois (trois actes ? Je dis ça comme ça, ça n'engage que moi). Il y a au théâtre autant de représentations que de soirées, et quand on quitte la baignoire c'est que la pièce est terminée. On ne part pas à l'entracte... Alors, s'il vous plaît, Sidoine, la suite de la pièce et puis aussi la fin.

Je puis déjà vous dire que je ne serais pas parti, que je serais... que je reste car l'eau de ce bain-là est peuplée de sels variés intimement mêlés où je demande à barboter jusqu'au bout pour m'en imprégner, et décliner alors, mais alors seulement, et ses sels et son iode. (iodée la Saône ? lol).


Je vais aller lire le forum en attendant de voir se lever de nouveau ce "Rideau" incongru...


ps : j'ai lu les trois com. précédents qui tous à leur façon m'ont paru pertinents, et tous d'une certaine façon m'ont aidé et donné l'envie de dialoguer avec ces monstrueuses symbiotiques, suis pas un familier du solipsisme moi dont je crois cependant que la représentation du boson de Higgs pourrait donner une bonne image. :) Beau com Renaud !

   Pimpette   
14/8/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai plus d'admiration que de goût pour ce texte qui dépasse mes propres moyens d'écriture et de lecture. Mais ce n'est pas grave car je pressens la haute qualité de ces quelques pages!

Nous traversons la vie de l'auteur...enfance pure...ville d'enfance puis Paris...retour à Lyon(des sonnets pleins les poches et le coeur écorché...La Saone, presque un portrait...la Vogue, foire multiple comme celle du Voyage de Céline...puis une soirée à la Beigbeder avec petite baise sans amour....

ce qui est fabuleux c'est la traduction de tous ces épisodes en SENSATIONS...avalanches de senasioins fortes et qui envoutent littéralement à la lecture.
C'est vraiment ça qui bouleverse...

Bravo...

   CharlesH   
28/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Étant nouveau sur Oniris, j’étais curieux de savoir ce que recélait le genre Laboniris. J’ai choisi le texte de Sidoine pour son titre qui m’interpellait. Comme d’autres, ce type d’écriture descriptive qui est plus une atmosphère qu’un récit de fond me laisse généralement sur ma faim, mais pas ici. Ne me demandez pas pourquoi et comment, probablement que cela a moins à voir avec moi qu’à la façon dont le texte enveloppe et flotte. Certaines personnes excellent dans le style alors que d’autres y peinent. On lit ce texte comme on se promène au musée devant une exposition d’art abstrait où chaque tableau évoque une émotion indescriptible, mais vive. Tout est ambiance dans cette nouvelle, mais il faut reconnaître que l’art abstrait n’est pas pour tous. Certains préféreront les toiles de tracteur agricole ou leur histoire, à chacun son style. Même moi, j’ai mes jours, mais ce matin j’étais réceptif au monstre de la ville. Sidoine, n’arrêtes pas d’écrire comme ça, peut être pas toujours, mais ne délaisses pas ce style que tu maîtrises comme peu savent le faire.
Au plaisir de te lire à nouveau

   margezen   
3/11/2015
Commentaire modéré


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