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Aventure/Epopée
solane : Feuilles de Chou
 Publié le 14/02/20  -  14 commentaires  -  6033 caractères  -  48 lectures    Autres textes du même auteur

Peur d'enfant.


Feuilles de Chou


Feuilles de Chou, c'est ainsi qu'on l'appelle à l'école à cause de ses oreilles décollées, mais il n'est plus question d'école, nous sommes à la fin du mois d'août, encore quelques semaines de grandes vacances. Feuilles de Chou a sept ans, sa sœur aînée est partie à la campagne chez sa grand-mère, on n'a pas voulu l'y envoyer car la grand-mère ne le supporte pas. Il est donc resté seul avec son petit frère âgé de deux ans chez ses parents à la ville. Il regrette la campagne, mais pas la grand-mère.

Chaque jour, depuis le début des vacances sa mère l'envoie dès le matin dans la cour de l'immeuble en prenant soin de fermer à clef la porte de l'appartement. Il y retrouve ses copains : Roger et son frère Jeannot qui habitent au troisième, Aracelli et Angèle, deux petites Espagnoles également au troisième, Laurent le petit-fils de la vieille Guillomin qui vient passer ses vacances chez sa grand-mère. C'est sympa. La cour en terre battue est un peu sale, mais qu'importe. On fait des pâtés de terre, on trace des chemins pour faire rouler des voitures en miniatures, les meilleures sont les « Dinky toys », les « Norev » sont moins solides. On peut aussi fabriquer des arcs avec des bois qu'on a chipés à un voisin. Parfois Feuilles de Chou amène ses albums de Tintin, et on les lit ensemble, c'est formidable !


– Tu en as d'autres ?

– Non je n'en ai que deux : « Le sceptre d'Ottokar » et « Objectif lune ».


Vers dix heures la mère de Feuilles de Chou sort dans la cour avec son panier à provisions et la liste des commissions, elle l'envoie faire les courses de la journée. Les commerçants de la petite ville le connaissent bien et l'accueillent gentiment. Feuilles de Chou rentre fièrement, mais sa mère n'est pas toujours satisfaite :


– Je ne veux pas de ce pain, il est trop dur, va le rendre.

– Il ne restait plus que ça, ils ne voudront pas le reprendre.

– Débrouille-toi comme tu voudras, je n'en veux pas, fiche-moi le camp avec ça.


Feuilles de Chou retourne à la boulangerie. On refuse de reprendre le pain. Il revient à la maison, essuie une semonce, il sait qu'on lui fera la tête pendant le repas de midi.

Depuis deux semaines la mère de Feuilles de Chou a trouvé une distraction : le soir venu elle va avec ses deux fils retrouver son mari à son bureau, puis tous partent dans la Simca 8 familiale au village de Saint-Bernard. Sur une petite route longeant la Saône, le père de Feuilles de Chou donne des leçons de conduite à sa mère. Feuilles de Chou apprend des mots étranges : débrayer, accélérer, point mort… Il observe le paysage, c'est joli, le soleil se reflète dans la Saône, l'église du village est enveloppée d'une lumière dorée. Il trouve des idées pour la première rédaction de l'année scolaire, celle où on lui demandera de raconter une journée de vacances.

Aujourd'hui, la mère de Feuilles de Chou, mal disposée, a décidé d'aller seule avec son plus jeune fils à sa leçon de conduite :


– Tu n'as pas besoin de venir avec nous,

– Qu'est-ce-que je vais faire ?

– Tu nous attendras dans la cour.


Feuilles de Chou continue à jouer avec ses copains, mais l'heure avance. La voisine espagnole du troisième appelle ses filles depuis sa fenêtre. Roger et son frère Jeannot remontent à leur tour, Laurent aussi. Chacun a emporté ses jouets. Feuilles de Chou s'assoit sur un muret et salue les locataires qui rentrent chez eux, puis plus rien. Le jour faiblit, le temps se rafraîchit, il n'a sur lui qu'une culotte courte et un maillot sans manches. Il sent le froid pénétrer ses pieds nus dans ses sandales. Il s'ennuie puis prend peur. Que sont devenus ses parents ? Que leur est-il arrivé ? Comment savoir ? Le mieux serait d'aller à leur recherche. Il se décide à partir vers Saint-Bernard, c'est facile, il a retenu le chemin et il sait qu'il n'y a que trois kilomètres à parcourir.

Le soir continue à tomber, Feuilles de Chou marche vite et s'essouffle. Il a déjà quitté la ville et trottine le long d'un champ. Il rencontre un groupe de garçons, des grands du sanatorium qui l'interpellent :


– Où vas-tu comme ça petit ?

– À Saint-Bernard.

– Tout seul ?

– Oui.

– Que vas-tu faire à Saint-Bernard ?

– Chercher mes parents.


Les garçons se regardent et parlent entre eux. Feuilles de Chou entend l'un d'eux dire aux autres :


– Et si quelqu'un le prend ?


Feuilles de Chou n'entend pas la suite, il continue son chemin puis s'inquiète :


– Comment vais-je faire pour les trouver ?… Et même si je les vois passer en voiture, ils ne me verront peut-être pas… Ils ne sont peut-être pas allés à Saint-Bernard… Ils sont peut-être déjà rentrés...


ll se ravise, fait demi-tour, se ravise à nouveau et reprend sa marche, mais les gars du sana lui ont fait peur. Finalement il rebrousse chemin. Il regagne la cour, elle est déserte. La porte de l'appartement est toujours fermée, personne n'est rentré. Cette fois la nuit est tombée. Feuilles de Chou s'assoit sur le paillasson. Il pleure, il tremble de froid, il est secoué par les sanglots. Une idée lui vient : celle de se réfugier chez des voisins pour ne pas rester seul. Il monte au second et sonne chez la vieille Guillomin. Celle-ci lui ouvre. Il explique la situation. La brave femme, un peu surprise, lui propose de rentrer en attendant le retour de ses parents. Laurent lui fait une place sur le divan, tous deux feuillettent un album. Peu à peu Feuilles de Chou oublie sa peur et ses sanglots. Au bout d'un moment la brave femme lui dit d'aller voir si ses parents sont rentrés. Il y va. Il aperçoit de la lumière à travers la porte vitrée. Il ouvre et tombe sur sa mère qui l'apostrophe :


– Où étais-tu ?

– Chez madame Guillomin.


Furieuse sa mère lui envoie une forte bourrade sur l'épaule.


– Je t'avais dit d'attendre dans la cour ! C'est comme ça que tu obéis à ta mère ! On s'est fait du souci en ne te voyant pas !


Feuilles de Chou ne répond rien. Il ne parle pas de sa peur, ni de son escapade, ni des gars du sana, ni de rien du tout… à quoi bon ?


 
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   plumette   
13/1/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Feuille de choux ne semble pas avoir la moindre révolte, ni à propos du sobriquet dont on l'a affublé, ni quant à la manière dont il est traité par sa mère.

Cet enfant trouve des avantages à son sort, lorsque sa mise à l'écart ("Chaque jour, depuis le début des vacances sa mère l'envoie dès le matin dans la cour de l'immeuble en prenant soin de fermer à clef la porte de l'appartement") lui permet de jouer avec des copains dans la cour.

Puis il est "préposé" aux courses avec semonce lorsque le contenu du panier ne plait pas à la mère.

cette première partie descriptive nous permet d'avoir le contexte, de s'attacher à cet enfant et de prendre ensuite la mesure de sa peur lorsqu'il se retrouve seul à attendre des heures le retour des siens.

Il est possible que cette peur qui le fait agir, soit venue, à bon escient, masquer un sentiment d'abandon.

Une histoire de " maltraitance" ordinaire. A l'époque cela pouvait sembler normal de laisser un enfant de 7 ans livré à lui-même pendant des heures!

Plumette

   cherbiacuespe   
18/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tranche de vie. Pas terrible la maman, et injuste, si jamais elle peut donner un sens à ce mot.

Bonne mini, excellente même. On se sent dans la peau de ce gamin du début à la fin, avec tout ce qui peut lui traverser l'esprit. Bien construit, logique, bien écrit, clair avec un vocabulaire simple, direct.

Une histoire efficace au final, et pourtant très courte.

   maria   
20/1/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Il fait nuit tard, au mois d'août. Combien d'heures entre le leçon de conduite et la nuit froide ? Quel genre de parents laisseraient un enfant de sept ans le soir, seul, dans la cour de leur immeuble ?
Pourquoi la mère s'enferme t-elle dans l'appartement, le matin ? Pourquoi font-ils souffrir cet enfant ? A cause de ces oreilles ?
On ne sait rien sur eux. Pourquoi la voisine ne s'inquiète t-elle pas auprès des parents sur ce qui leur est arrivé ?

Je ne crois pas que ce soit au lecteur d'expliquer l' histoire qu'il lit.
Un point positif cependant. J'ai beaucoup aimé la complicité, l'imagination de ces enfants qui ne sont pas partis en vacances. L'auteur(e) a su les rendre touchants.

Merci pour le partage et à bientôt.
Maria en E.L.

   laurentge   
14/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien
C'est une tranche de vie douce-amère. Au début, je me demandais si le classement dans "Aventure/épopée" était bien choisi, parce que cela induit des attentes des lecteurs pour une aventure somme toute réduite à une promenade nocturne. Mais j'ai été assez vite entraîné dans cette histoire simple, mais qui représente une grande aventure pour ce petit "bout de chou" de 7 ans. Et j'ai croisé quelques-uns de ces petits gars hauts comme trois pommes et livrés à eux-mêmes le week-end, les vacances et parfois tard le soir.
Merci Solane pour le partage !

   HERLINE   
15/2/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
le thème de la maltraitance, malheureusement d'actualité est traité ici avec charme simplicité, on se laisse porter naturellement et on a l'impression de sortir grandi de cet instant de lecture presque candide! Bravo

   Corto   
15/2/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Cette mini nouvelle fait preuve d'une grande pauvreté d'inspiration.
Ou plutôt si, sa plus grande originalité est le surnom de mauvais goût utilisé par l'auteur "Feuilles de Chou".

Le déroulement de cette tranche de vie est mené de façon banale, sans véritables événements.

La seule scène un peu inattendue est cette rencontre en soirée entre l'enfant et ceux du sanatorium. J'ai pourtant pesté en voyant que l'auteur n'avait pas su exploiter cette rencontre pour en faire un développement qui aurait étoffé l'aventure ou même la solidarité entre enfants.

La relation entre la mère et l'enfant manifestement peu basée sur la tendresse aurait pu être mieux illustrée que par ces pauvres dialogues indigents.

Au total c'est une frustration que de lire ce texte qui fait preuve de hâte et de facilité.

Désolé pour ma réticence.

   emju   
15/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Feuilles de chou me fait penser à Vipère au poing d'Hervé Bazin.
Les points positifs : "La cour en terre battue... c'est formidable"
Les enfants s'amusent avec rien et font preuve de beaucoup d'imagination.
"Il observe le paysage... une journée de vacances" l'observation pour sa première rédaction scolaire. Ce petit garçon qui garde son petit-frère, qui fait les courses, est vraiment touchant.
Les points négatifs: Je n'aime pas le titre trop négatif. J'aurais aimé connaître son prénom et pourquoi pas le mettre en titre de la nouvelle.
Je trouve le texte un peu court et je n'ai pas compris le passage avec les jeunes du sanatorium ; était-il utile puisqu'il n'aboutit à rien.
Cette "Folcoche"est vraiment indigne pour laisser son fils dehors, à la nuit tombée. Pourquoi le père ne dit rien ? Pourquoi n'aime-t-elle pas son fils ? Cette nouvelle méritait d'être plus étoffée.

   sympa   
16/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Le titre de votre nouvelle m'a interpellée :
Je me suis aventurée dans la lecture pensant qu'elle parlerait de moqueries d'enfants envers "Feuilles de Chou".

Le sujet est autre et tout aussi émouvant et dramatique:

Le rejet, les préférences, les semonces, la peur.

Drôle de vie pour ce jeune garçon livré à lui même, le " vilain petit canard" que même la grand-mère ne veut pas pour les vacances.
Il s'inquiète plus pour ses parents qu'eux ne s'inquiètent pour lui.
Il part à leur recherche, seul, affronte la peur , et se réfugie chez une voisine, terrifié.
Pour finir avec une engueulade, et prendre sur lui, surtout ne rien dire de ses peurs et de son escapade pour ne pas envenimer les choses.

C'est dur mais la maltraitance, ça existe malheureusement.
J'ai beaucoup aimé .

   Donaldo75   
16/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour solane,

J’ai trouvé cette nouvelle intéressante et agréable à lire ; le personnage principal de l’enfant est facile à imaginer, à visualiser dans une histoire de maltraitance comme on en entend parler de plus en plus. Je ne vais pas chercher la vraisemblance de l’histoire – je laisse le soin aux parangons de la cohérence de détecter ce qui n’est pas possible, de pointer ce qui ne devrait pas arriver, bref à plonger le littéraire dans le journalisme – parce que ce n’est pas le sujet, que la tonalité de l’ensemble donne la perspective de lecture, celle de se mettre un tant soi peu à la place de l’enfant vu de l’extérieur. Et à ce titre, je trouve la narration réussie.

Bravo !

   Alfin   
16/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tout réside dans les non-dits. J'aime beaucoup votre nouvelle pleine de nostalgie, de sentiments refoulés par la fierté mal placée. Bravo pour ce récit simple et touchant, reflet d'une époque où l'émotion n'avait pas droit de cité dans le quotidien.
Merci beaucoup et au plaisir de vous lire

   Babefaon   
20/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
On ne peut qu'éprouver de l'empathie à l'égard de votre "Feuilles de chou". Un texte court mais percutant, nostalgique et intemporel, sur la maltraitance que peuvent subir certains enfants. Une maltraitance qui commence sur les bancs de l'école, par des moqueries répétées, relatives à une différence, quelle qu'elle soit, qui laisse des traces indélébiles par la suite. Qui continue à la maison, sous la forme de l'indifférence, qu'il est inutile d'évoquer avec ses parents, faute de soutien. L'enfant subit et s'en accommode bon an mal an. A-t-il vraiment le choix de faire autrement, que de l'intégrer dans son quotidien puisqu'il n'a connu que ça ? Grandir malgré tout, et faire de ces manques un atout pour se forger une carapace par la suite...
Merci pour cette lecture !

   Cat   
21/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Brr.. je suis sortie de ma lecture, j'étais devenue Feuilles de Chou.

Il est tellement facile, grâce à votre écriture qui coule de source, de se glisser dans la peau de votre personnage. Tendre et pur il s'adapte à sa vie comme il le peut, sans jamais rechigner ni trouver à redire à cette mère horrible tant elle manque de cœur.

Il y a quelque chose d'authentique dans votre nouvelle qui fait vibrer et donne envie de prendre Feuilles de Chou sous son aile.

Merci, Solane, pour le partage de l'émotion.


Cat

   thierry   
25/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Beaucoup de richesses à portée de main. Mais on est dans le suggéré.

J'ai une impression partagée : j'aime la simplicité du style, tout coule comme la Saone. Il y a des thèmes en pagaille, à exploiter : la fraterie, les gars du sana, la maltraitance bien sûr, même les cours de conduite.

Je suis surris de voir sur Oniris le nombre de nouelles comme celle-ci, recelant une foultitude de bonnes idées mais seules les débuts de pistes sont exploitées. Votre nouvelle mérite de plus grands développements (et accessoirement une chute).

Le rythme est très bon, vous avez visiblement une facilité à raconter et un véritable fond narratif.

Merci pour ce (trop court) moment !

   Lulu   
24/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Solane,

J'ai bien aimé ce récit qui dresse le portrait d'un petit personnage tout intérieur... La nouvelle m'a semblé très bien rédigée. L'écriture m'a effectivement beaucoup plu. C'est fluide, simple en apparence, mais surtout maîtrisé. Le ton est sympa, renforçant notre empathie à l'égard du personnage "Feuilles de Chou".

La peur est sensiblement exprimée... On en ressent une tension forte dans la narration, même si le texte est relativement court, comme si nous replongions nous-mêmes, lecteurs, dans des impressions analogues restées au fond de nos souvenirs, qu'ils soient le reflet d'un vécu ou de lectures de jeunesse.

J'aime beaucoup le titre, et cette idée de montrer que la nature humaine est parfois ainsi, sans ménagement. Le dire ou le rappeler, sans qu'il s'agisse d'une sorte de dénonciation, permet d'ouvrir la réflexion aux vies tout intérieures qui peuvent être peuplées de peur, d'incertitude ou de doute au moment de l'enfance.

La chute m'a semblé belle, reflétant bien le tempérament du personnage de Feuilles de Chou que l'on perçoit comme discret, seul avec sa peur...

Merci de votre participation, et au plaisir de vous relire !


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