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Réalisme/Historique
solidane : Agonie
 Publié le 31/01/09  -  9 commentaires  -  3152 caractères  -  50 lectures    Autres textes du même auteur

Qui saurait résumer une agonie ?


Agonie


Il somnole doucement, c’est plus une léthargie qu’une sieste reposante. Il n’en sait pourtant rien. Il ne sort plus le jour, préfère la nuit, s’extirpe difficilement de la cavité, prudemment sûrement. Ses premiers pas sont toujours gauches, apeurés. Il se sait prédateur et affamé et se sent tout autant proie facile. Depuis peu cette sensation si plaisante de pincer l’autre s’est amenuisée pour enfin disparaître définitivement. Il est reposé et pourtant il lui manque quelque chose. C’est indéfinissable, difficile.


Il reste peu d’humidité, c’est une autre souffrance. C’est ainsi qu’il a renoncé à toute sortie diurne. Sa carapace devenue sèche le gêne aux entournures. Que s’est-il donc passé ? Où est-elle allée, reviendra-t-elle ? Le flux ne s’est manifestement pas montré depuis bien longtemps. Il n’y survivra pas. Ce lent mouvement de la marée est indispensable à son existence ; la mer s’en est allée. Il lui reste peu de souvenirs, un grand vide a laissé place à cet endormissement fatal.


Ses attaques n’avaient rien de méchant, elles le rapprochaient de l’autre. C’était sa façon de donner. Il en a fait son bonheur, oubliant que la première de ses satisfactions était ce bain régulier et indispensable à sa survie dans la montée du flot, comme dans le lent recul du flux. Partir à la reconquête, il n’en a plus l’énergie, il n’a rien avalé depuis si longtemps. Sa chair s’est rétrécie, mais il s’est curieusement mis à gonfler jusqu’à emplir en trop cette carapace qui le gêne aux entournures, et maintenant nul moyen de s’en débarrasser, la mue ne surviendra plus.


Il escalade difficilement le rocher qui lui sert d’abri, l’algue est sèche, la pierre dure et saillante doit lui griffer le ventre, ses pattes ont tant de mal à le porter. Il sent la mer, elle est donc toujours. Elle a replié ses vagues et s’est simplement retirée, là-bas plus loin, beaucoup trop loin. Lui reste-t-il seulement assez d’humidité pour former une grosse et dernière larme qui roulera, source d’un ru impuissant qui ne le mènera qu’en rêve jusqu’à celle qui lui manque si intensément ? Elle a pris peu d’affaires abandonnant sur la grève de longues laisses de varech aux objets divers agglomérés. Quelques mares d’eau salées également pour qu’il puisse encore s’y baigner… asséchées depuis longtemps.


La grosse larme s’est formée puis évaporée instantanément. La peau de craie se fendille et craque lamentablement. La chaleur s’insinue par les fissures, elle le ramène à de doux souvenirs avant de le brûler formidablement. Il sent à nouveau un peu de liberté à l’intérieur de sa forteresse, la viande se racornit, se dessèche, la pensée s’enfuit mêlée aux dernières vapeurs qui puisent dans les ultimes gouttelettes qui encore le remplissaient, lui accordaient un dernier souffle de vie.


Il y a là, posée sur un maigre rocher, une carapace vide, enfin légère, si légère, elle fixe un point lointain, inconnu. C’est de là que surgit une dernière vague titanesque, à l’enveloppe d’écume. Elle est revenue seule, s’est arrêtée au pied de ce piètre bout de pierre, a posé une modeste larme sur la coquille vide et s’en est définitivement allée.


 
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   Claude   
31/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
L'idée est vraiment excellente. Malheureusement, j'ai eu un peu de mal avec quelques imprécisions.
Par exemple, les 3 premiers paragraphes sont "vus" par la bestiole, et d'un coup on passe à "la pierre dure et saillante doit lui griffer le ventre", comme si on passait brusquement à l'extérieur de la scène.
Dommage aussi qu'on ne sache pas de quelle bestiole il s'agit.
Mais ça reste un bon texte.

   Anonyme   
31/1/2009
L'énigme de la "bestiole" ! L'enquête est ouverte... En tant que Marcheur de l'estran, je penche pour un crabe qui, à priori, en pinçait pour ses congénères... à moins que je n'aie rien compris ! J'avoue que la peau de craie me laisse sceptique... Un bon geste Siouplait Solidane ! Qui est cet agonisant ? Alexandre

   Anonyme   
31/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je parie aussi pour un crabe qui a effectué sa dernière mue au moment où les coefficients de marée diminuent. On peut penser qu'il est resté coincé dans sa petite mare dont l'eau s'est progressivement évaporée.
J'ai bon?
En tout cas c'est bien écrit, et c'est original.

   Menvussa   
31/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'écriture me plaît beaucoup mais je trouve qu'il demeure une ambiguïté ; on se demande si ce crabe ou mollusque n'attend que le flux.
Tu as insisté sur cette carapace desséchée, j'attendais autre chose.

   solidane   
1/2/2009
Pas besoin de laisser un suspens inutile. A la demande générale d'Alexandre, je signale qu'il s'agit bien d'un crabe et qu'en fait ce n'est peut-être pas si important. La peau fut initialement de "calcaire" mais la craie m'a semblé après coup plus "fragile" et c'est ce qu'il devient... fragile, si fragile. Dernier souffle.

   Faolan   
1/2/2009
Texte sympa. Cela m'a paru évident qu'il s'agit d'un crabe.

Quelques répétitions auraient pu être évitées...
Ainsi "cette carapace qui le gène aux entournures" et "flux".

Il y a de belles images.

Merci

   widjet   
9/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Solidane écrit des textes empreints de poésie étrange, saugrenue même. On peut y être réceptif ou pas, trouver ça réussi ( Le Chapeau ) ou pas ( Amédée ) mais force est de reconnaître que le monsieur à sa singularité.

Agonie est une sympathique observation d'un mollusque mourant. Une petite aventure maritime comme on en voit peu.

Mais puisque je vous dis que cet auteur est étrange !

Widjet

   Ephemere   
4/2/2009
Bonjour, le texte a certes de la poésie mais aussi des manques.
Heureux d'apprendre que le crabe est un mollusque (je ne dis pas ça pour l'auteur)
FMR

   Nongag   
9/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Étrange. Une vision pleine d'imagination relatant la mort d'un crabe...
Pour un sujet pas évident comme celui-ci c'est assez réussi.

Malheureusement, on en sait for peu sur le pourquoi de cette mésaventure... d'où une impression de trop peu.

Poésie? Exercice de style? Je me pose la question.

Mais je trouve l'écriture agréable.


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