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solidane : Le téléphone
 Publié le 27/09/09  -  13 commentaires  -  6014 caractères  -  232 lectures    Autres textes du même auteur

Si vous saviez tout ce que peuvent faire votre peigne, perceuse, fourchette ou clavier d'ordinateur...


Le téléphone


Je connais plus de personnes à exécrer cet instrument que d’autres à le vénérer. Moi j’aime plutôt bien, et rarement y répondre est une corvée. Ces considérations étant posées, j’ai découvert que notre relation est plus complexe que je ne le pensais. Pour un peu nous nous serions brouillés. Rien d’intempestif dans l’attitude de mon combiné, juste cette fausse neutralité. Je ne suis qu’un outil me déclare-t-il. Une petite voix en moi me dit que c’est sensé. Plus souvent, je trouve son comportement indigne, peu attentif à mon bien être. Je sais avoir sérieusement à étayer un tel jugement.


Hier encore, j’avais trouvé le repos, rien d’un nirvana, mais une quiétude méritée. La sonnerie, et ça c’est quand même bien sa responsabilité, a retenti, je trouve le vocable mesuré. Vingt-deux heures trente, coup de téléphone professionnel, il y a urgence, et c’est vrai, mais ce n’est pas mon urgence. Plus exactement, c’est un de mes impératifs, mais qui se situe à côté. J’ai répondu efficacement et je le pense courtoisement. Par contre la scène, que j’ai faite à l’appareil, l’était nettement moins. Je comprends sincèrement qu’il ne fait que son travail, ce pourquoi je l’ai sollicité. Mais y mettre un peu les formes, peut-être même de temps à autres sérier les appels. L’argument suprême, c’est qu’il ne sait pas ce qu’il doit trouver communicable et ce qu’il doit impérativement éliminer. Et alors, est-ce que je le sais moi !


Je conçois fort bien que mon attitude puisse sembler irrationnelle, reste que j’ai un doute quant à son honnêteté. En quoi puis-je être certain que tous les appels me sont passés, que ceux ou celui que je préfèrerais recevoir n’ont pas été censurés ? Histoire de me préserver, de me reposer, que sais-je encore ? Je comprends également que de telles réflexions puissent apparaître légèrement paranoïaques. Ce constat et cette distance que je prends ne suffisent-ils pas à annihiler une telle hypothèse ? Non effectivement peut-être pas.


Il y a aussi le coup du faux numéro. Il me l’a fait des dizaines de fois. Je décroche, je compose, j’attends…


- Sonnerie, une voix.

- Allo, j’aimerais parler à …

- Vous devez faire erreur me répond l’interlocuteur, il n’y a pas de … à ce numéro.


Mon correspondant est parfois moqueur, calme, posé quand ce n’est pas, irrité. J’ai horreur de ça :


- Excusez-moi, j’ai dû me tromper.


Bien sûr que je ne me suis pas trompé, j’ai la chance d’avoir une excellente mémoire des numéros. Ni annuaire, ni répertoire, d’ailleurs Léa les a emportés. Alors si j’ai bien appuyé, dans le bon ordre, sur les bonnes touches, qui a fauté ? Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.


Dans ces cas là, le coupable se dénonce lui-même, il ne s’en rend même pas compte. Je sens au creux de ma main le combiné se faire plus léger, se ramollir, bref se faire tout petit jusqu’à se retourner pour se voiler la face et mieux cacher sa honte. Je fais celui qui n’a pas remarqué.


Ce rapport aux objets, nous l’avons probablement tous, sans doute y a-t-il seulement nécessité de circonstances exceptionnelles, de sortir de l’usage routinier pour le déceler ? Mais pour ma part, maintenant conscient de ces difficultés, de ces comportements mensongers, je suis résolu à tout changer.


Un, il n’y aucune raison pour que chaque chose reste à sa place, se contente de la tâche qui lui a été assignée, quand elle pourrait fort bien exercer d’autres métiers. Et puisque téléphone il y a, j’ai commencé par lui.


Ainsi hier soir, alors que je mangeais un potage velouté d’asperges, genre tout préparé, je me suis débarrassé de ma cuillère pour saisir le combiné. La forme était parfaitement adaptée, légère dépression au centre, le liquide trouvait à s’y loger. Bien sûr, la quantité puisée était modeste ; meilleure en était la dégustation. J’y ai découvert que le goût des aliments change radicalement quand on vient à modifier le contenant qui les amène à la bouche. Avec le téléphone, le potage semble plus épais. Un coup sous le robinet, aucun problème à ce que l’appareil reprenne son identité et sa fonction. J’avoue que je ne l’ai encore pas testé, et que je n’ai pas eu d’appel depuis vingt-quatre heures. Simple coïncidence !


Deux, ce fut mon premier échange, d’autres vont suivre et là l’imagination risque de m’apporter de multiples sensations nouvelles. Mes chaussures noires légèrement éraflées tremperont toute la nuit dans le marc de café. Le cirage me semble suffisamment adapté pour apporter de la variété au dentifrice dont j’use habituellement. Qu’ai-je besoin d’une chaise inconfortable quand assis à mon bureau sur mon aspirateur à roulettes, je trouve aisance à me déplacer d’une étagère à l’autre.


Essayez donc, le jeu en vaut la chandelle. Dommage que je n’aie pas de chandelle d’ailleurs, je ne sais trop à quoi je l’aurais utilisée. D’un réveil, que feriez-vous par exemple d’un réveil ? Le mien est assez moderne, des touches pour le programmer, une inévitable sonnerie modulable. Que pensez-vous que j’en ai fait ? Un effort, réfléchissez ! C’est tout simple, il me sert de téléphone, le mien refuse de fonctionner depuis qu’il est passé sous le robinet. Mauvaise humeur, rancœur, pas d’importance, il s’adaptera. Reste que celui qui l’a remplacé aurait peut-être trop tendance à éliminer les appels qu’il suppose inopinés. D’ailleurs, il semble qu’il les trouve tous déplacés. Plus d’appel, bizarre.


Trois, vous comprenez bien que les variations existent à l’infini, ainsi j’ai démonté toutes les marches de mon escalier, une banale corde lisse me procure un peu d’exercice. Que vais-je faire de ce tas de planches ?


C’est devenu un jeu fascinant et même très prenant. J’ai toutefois une petite inquiétude, j’ai peur d’en prendre l’habitude. J’ai toujours aimé respecter les gens que je côtoie, je suis soucieux de leur liberté. J’ai peur, à force de désorienter tous ces objets, de faire de même avec vous quand je vous retrouverai. Bref, je crains de vous manipuler bien malgré moi,... bien malgré moi.


 
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   jaimme   
27/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Plus qu'une réflexion, j'ai lu ici le délire d'une personne qui sombre dans la folie à la suite d'une rupture.
L'histoire, si c'est celle-ci, est alors intéressante et met mal à l'aise. Elle est forte et dérangeante.

J'ai quand même était gêné par plusieurs tournures de phrase (dont la première). Le style gagnerait parfois à plus de limpidité.

Merci solidane.

   calouet   
27/9/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Je n'ai pas vraiment accroché à ce texte, malgré une idée (détourner les choses, à volonté) qui me semble intéressante. La faute à un traitement un peu trop sirupeux à mon goût : à la fois trop bavard et pas assez acide. Il aurait, je crois, fallu envoyer plus la purée, que le héros se lâche plus dans ses expériences, pour nous entraîner dans son délire... et tout ça, avec moins de tournures alambiquées, moins de lourdeurs, comme l'a justement relevé Jaimme. Là, par exemple :

"La sonnerie, et ça c’est quand même bien sa responsabilité, a retenti, je trouve le vocable mesuré. Vingt-deux heures trente, coup de téléphone professionnel, il y a urgence, et c’est vrai, mais ce n’est pas mon urgence. Plus exactement, c’est un de mes impératifs, mais qui se situe à côté. J’ai répondu efficacement et je le pense courtoisement."


Et puis sinon, pour finir, j'ai un doute : a un moment donné, les points de suspension sont-ils censés désigner quelqu'un ou non? Je le pensais au moment du dialogue, puis ne le croyais plus, et est arrivée cette dernière phrase, avec la virgule devant les points...

Désolé pour ce commentaire et cette évaluation, Solidane, on en reparle si tu le souhaites.

   florilange   
28/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Cette nouvelle m'a beaucoup étonnée.
Détourner les objets de leur fonction 1ère, oui, très tentant. C'est fou mais bon, on a tous de temps à autre, droit à 1 brin de folie. Cette folie ne m'a pas paru assez folle. Je m'attendais à ce que ça aille + loin.
Le style, lui, m'a décontenancée. Je l'ai trouvé verbeux, souvent lourd et trop sensé pour parler de la folie. Alors, peut-on parler de la folie quand on n'est pas fou? C'est la question que je me pose.
Désolée, Solidane, je n'ai pas accroché. À la prochaine, donc.
Florilange.

   wancyrs   
29/9/2009
Je crois que je n'y comprend rien du tout moi-aussi. Il ressort du texte une sensation de délire, mais pourquoi ? je ne trouve pas.
Peut-être une explication de l'auteur pour nous diriger ?

   widjet   
29/9/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Les objets ont ils une âme, un esprit ? Sont-ils polyvalents ? Et par extension, peut-on faire de même avec les humains en les utilisant à d'autres effets que leurs fonctions premières ? Toutes ces questions somme toutes assez intéressantes ne sont hélas qu'ébauchées dans ce texte écrit de façon très zen, très posé.
Un "délire" trop ronronnant, écrit dans un style trop raisonnable (solidane ne prend guère plus de risques désormais) qui ne me convainc pas vraiment.

W

   aldenor   
29/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien
On dirait que l’auteur a brusquement trouvé l’inspiration vers la fin de la nouvelle, avec le velouté d’asperges, quand le thème bifurque de la relation entre l’homme et l’objet à celui du détournement des appareils a d’autres usages. Auparavant, j’ai trouvé bien plates les variantes sur l’homme et le téléphone.
L’idée de détourner les appareils est amusante ; c’est elle qu’il faudrait probablement exploiter davantage.

   marogne   
30/9/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
J'avais commencé la lecture avec délectation: j'abhore les téléphones portables et ceux qui y sont scotchés....


mais j'ai assez vite déchanté et me suis perdu à la recherche d'une idée humoristique, d'un clin d'oeil, mais non il n'y avait pas.


Un rève, un cauchemar, comme dans la clinique ou l'apprenti sorcier? - non, pas vraiment, le verbe est bien trop sage....

Et la personification des objets? Non plus il y manque une âme à ces choses....

Bon pas vraiment accroché, un peu plus de folie peut être?

   Lapsus   
4/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un combiné téléphonique pour avaler sa soupe ? C'est certain que c'est louche. Et visiblement il n'y a pas que le téléphone pour être en dérangement.
C'est une dérive vers la folie et vers l'absurdité.
L'un des maîtres du genre a écrit :
La mécanique de l'absurde est celle de la raison. L'absurdité, c'est obligatoirement logique, c'est ça qui est inquiétant. - Raymond Devos

Ce téléphone qui gagne en autonomie jusqu'à en perdre sa fonction première relève de l'absurde. Le fait-il de manière logique ?
"Un, il n’y aucune raison pour que chaque chose reste à sa place, se contente de la tâche qui lui a été assignée, quand elle pourrait fort bien exercer d’autres métiers."
C'est le postulat animiste, le reste suit. Trop de choses peut-être, cela nous menant vers une fin catalogue.
Le téléphone avait peut-être d'autres choses à dire, histoire de vous rendre l'appareil.

   Coline-Dé   
4/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pour connaitre assez bien la paranoïa ( professionnellement, hein, pas de confusion !) j'atteste que la nouvelle de Solidane est parfaite : ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle la" folie raisonnante", et j'ai connu de véritables malades qui argumentaient de façon tout à fait semblable, avec la même absence de " folie" justement.
Je suis donc sensible à l'écriture volontairement un peu terne, un peu retenue et au sérieux avec lequel est abordée l'énormité des pratiques : c'est extrêmement convaincant !
(...et... tu prends bien tes médicaments, j'espère ...?) :-)))

   Anonyme   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Une bonne idée de départ mais traitée sans conviction.
L'auteur reste dans son doux délire sans parvenir à manipuler le lecteur.
Comme semble-t-il c'est son ambition (non assumée)

   Anonyme   
4/3/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Qu'est-ce qui me gène dans ce texte : les digressions qui se voudraient autres comme par exemple : "La sonnerie, et ça c’est quand même bien sa responsabilité, a retenti, je trouve le vocable mesuré". Mais on ne va pas se "brouiller" avec ce récit pour si peu, n'est ce pas ?

Puis parfois l'usage de la ponctuation : "Par contre la scène, que j’ai faite à l’appareil, l’était nettement moins". La ponctuation d'une phrase est un peu, comme en musique, un ensemble d'éléments rythmiques d'un morceau qui lui donnent son style particulier, son caractère.

Mais j'ai aimé la personnification du téléphone et l'humour sous-jacent : "je sens au creux de ma main le combiné se faire plus léger, se ramollir, bref se faire tout petit jusqu’à se retourner pour se voiler la face et mieux cacher sa honte. Je fais celui qui n’a pas remarqué".

Aussi : "J’y ai découvert que le goût des aliments change radicalement quand on vient à modifier le contenant qui les amène à la bouche." : c'est probablement dû aux ondes électromagnétiques. Il ne faut pas oublier que la longueur d'onde d'un téléphone portable (potable ?) est la même que celle d'un four à micro ondes, à la différence près que l'on ne peut faire chauffer les aliments (le cerveau, oui !).

Quelques suggestions :
- le cirage pour faire les carreaux, plus besoin de tirer les rideaux.
- chandelles : elles peuvent avantageusement remplacer les boules Quiès... à condition de coucher sur le dos.
- sonnerie modulable : à donner aux enfants pour remplacer la pâte à modeler.

Au final, j'ai souri mais j'aurais aimé que vous alliez plus loin dans votre délire... objectif(1).

Objectif : qui existe en tant que pensé ou représenté par l'esprit, indépendamment de toute réalité lui correspondant et indépendamment du sujet ou de l'acte par lequel il est pensé ou représenté.

   Chiffon   
7/5/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
A mes yeux il s'agit plus d'un texte humoristique que d'une réflexion sur le sujet.
J'ai essayé de me représenter ma propre relation avec mon téléphone. Puis j'ai trouvé qu'on se dirigeait vers une sorte de folie anthropomorphique due à une forte solitude, je commençais à être vraiment intéressé quoique dérouté. Mais on finit sur des considérations sur les plus ou moins nettes affordances des objets du quotidien, ce qui m'a de nouveau fait changé de point de vue et m'a déçu.
J'aurais donc mis "Bien-" pour la manière dont se déroule cette histoire, mais il y a aussi selon moi des problèmes dans la constructions de certaines phrases : "je sais avoir sérieusement à étayer un tel jugement" et consorts.
C'est dommage car dans l'ensemble l'écriture me plaît.

   Faolan   
7/5/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Une bonne idée, malheureusement pas assez exploitée. Je me suis franchement ennuyé durant la première partie du texte puis, légèrement réveillé à partir du velouté d'asperges...
Certaines phrases m'ont dérangé par le tournure ou leur ponctuation - elles ont déjà été relevées, je ne les citerai donc pas à nouveau. Il manque un brin de folie à ce texte pour qu'il soit plus convaincant à mes yeux. Un peu comme la deuxième partie, mais encore un rien plus mordant ! L'auteur(e) aurait du pousser à fond son délire. Dommage car il y a quelques bons passages !


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