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Sentimental/Romanesque
calouet : C'est pas du Dewaere...
 Publié le 26/09/09  -  14 commentaires  -  6891 caractères  -  105 lectures    Autres textes du même auteur

Une courte nouvelle, improvisée autour d'une célèbre scène du film "Les Valseuses"...


C'est pas du Dewaere...


Eux


- … et c’est même pas du Depardieu ! Mais qu’est-ce que vous foutez les gars ?


Il y a de la poussière incrustée au drapé sanguin des rideaux, de la poussière agrippée aux cervelles immatures des blaireaux. Évidemment, pour une troupe d’amateurs, reprendre quelques scènes mythiques du cinéma français n’est pas une sinécure... Mais ce soir, ultime répétition avant la première de demain, faut avouer que Jeanne n’a pas tort. Hugo n’ose même pas la regarder. Il prend son air renfrogné-concentré, celui qu’il a toujours quand tout va mal, quand il ne gère plus rien. Une bravade déguisée en résignation. Comme un escargot qui se blottit dans sa coquille pendant la sécheresse. On se refait la scène du train des "Valseuses", celle où les deux lascars s’en prennent à Brigitte Fossey, lui demandent de montrer ses seins, rien que pour le plaisir de lui demander d’accepter.


- Hugo ! C’est à toi aussi que je m’adresse… T’as rien pigé ou quoi ? Dewaere putain ! Est-ce que t’as un tout petit peu conscience du monument ? Dewaere, qu’est-ce qui fait qu’on ne le prend pas pour un gros dégueulasse, malgré tous les rôles de gros dégueulasses qu’il s’est tapés dans sa carrière ?

- …

- C’est simple pourtant, tout se passe là-dedans, dit Jeanne en cognant sa maigre poitrine comme pour en faire jaillir la vérité... Dewaere, quoi qu’il fasse, même quand tu le sens prêt à violer une gonzesse, tu l’aimes, t’as envie de le serrer contre toi ! Dewaere, il est fragile, candide, excusable. Toujours ! Tu m’entends Hugo ?… Dewaere c’est un mec rare, un mec que t’imagines pleurer comme une gamine… Elle est là sa force. Tu m’entends ?…

- Ouais je t’entends… C’est bon, putain…

- Non c’est pas bon ! Justement : c’est nul à chier ! Dewaere, quand il fait le salaud, il le fait avec grâce, avec charme. Il ne se contente pas de réciter son texte, il y croit vraiment. Il vit son rôle, à tel point que c’en devient la réalité. Il récite même les blancs, parce qu’il a compris qu’un bon silence c’est parfois le meilleur des dialogues ; parce que Dewaere, rien que dans ses yeux, tu devines qu’il n’est pas sous contrôle, qu’il est libre. Que la connerie humaine et le désenchantement qu’il incarne, ils n’ont pas la bride au cou à cause d’un putain de texte à réciter ! Dewaere c’est bien plus qu’un acteur, Dewaere c’est l’homme par qui les filles veulent bien se faire agresser dans le train, parce qu’il fait ça avec tellement de pureté que t’es obligée de le laisser faire. C’est pour ça que l’autre elle se fout à poil sans broncher… Tu comprends ça, dis ?…

- Pff…

- Tu me fais chier Hugo, des semaines qu’on bosse, tu me joues encore ta partition comme un petit chanteur à la croix de bois ! Et toi Sylvain te marre pas, Depardieu, même beurré il te met un vent à chaque réplique ! Rhabille-toi Florence s’il te plaît, c’était pas mal…


Elle


J’ai bien vu leurs regards quand je me suis foutue torse nu. On a beau répéter depuis trois semaines, ça leur fait toujours le même effet. Et à moi aussi, ça m’en fait. C’est bizarre, en même temps révoltant et gratifiant. Insultant et excitant. Montrer ses seins, même Brigitte Fossey elle y est passée, y a pas de honte après tout... Moi, quand je les sors, j’ai l’impression d’exister encore plus, c’est con mais c’est comme ça. Sentir des regards presque discrets sur soi, c’est comme gagner le respect de quelqu’un. Exister pour quelqu’un, c’est déjà un petit bout de considération.


J’ai pas l’impression d’être un objet, encore moins une pute. Parce que des filles qui auraient voulu être là à moitié à poil sur la scène, je pourrais en enfiler des brochettes rien que dans mon quartier. Non, si je suis là c’est parce que j’ai été choisie, parce que mes seins ils sont suffisamment regardables pour que je puisse jouer mon rôle sans handicap. C’est juste deux grosses cerises sur mon gâteau.


J’ai de gros bouts, c’est presque ridicule. Arrogant. Ça m’a longtemps complexée même, d’avoir des aréoles comme des soucoupes. Aujourd’hui je trouve toujours ça moche et vulgaire, mais je le vis mieux. Il paraît qu’il y a des mecs que ça excite… Romain lui il s’en tape. Les seins c’est pas vraiment son trip. Parfois je me demande même si les femmes c’est vraiment son trip. Quand on fait l’amour, de plus en plus, j’ai l’impression de faire une bonne action. Non pas que ce soit nul, mais disons que j’ai pas la sensation d’être vraiment jolie quand on baise. Parce qu’à la réflexion, on baise plus qu’on ne fait l’amour. Lui c’est mon godemiché, et moi son essuie-tout. On baise comme des porcs, sans tendresse ni entrain, après il rentre chez ses parents et moi je reste dans mon pieu, comme une peau d’orange après le presse-agrumes… Le pire c’est quand il entre sans frapper, ça m’énerve. Rien n’est plus dégradant que l’impolitesse sexuelle.


Hugo lui, il n’ose pas m’aborder, je le sens bien. Ça se voit ces trucs-là, quand quelqu’un te regarde d’une façon trop ouvertement détachée pour être honnête. Il est carrément beau ce con ; c’est vrai qu’à côté de Patrick Dewaere, il a le charisme d’un melon, mais merde il est bien gaulé… Je vais traîner un peu avant de rentrer ce soir, des fois que… Et puis je vais appeler Romain aussi. Faut savoir ce qu’on veut dans la vie.


Elle(s)


J’en ai marre. J’ai beau leur dire et leur répéter que la force ne se mesure pas dans ce qu’ils disent mais dans ce qu’ils sont, certains sont irrécupérables. J’ai l’impression d’un décalage immense ce soir, entre leur sensibilité et la mienne. On est mal barrés pour demain… Hugo il est mignon comme tout, mais mauvais. Ce gars-là ne sera jamais acteur, j’ai pas l’impression qu’il en ait envie. On dirait qu’il vient là par convenance, histoire d’avoir quelque chose à raconter de ses journées de beau gosse… Sylvain lui, il en veut beaucoup plus, mais il lui manque la compréhension des petites choses qui font qu’on est soit grand soit minuscule. Du coup il est toujours dérisoire sur une scène.


Et puis y a Florence. Elle m’emmerde… Elle éclaire un théâtre à elle toute seule, elle pourrait venir en armure qu’elle serait encore rayonnante. Florence, j’ai un peu peur de la voir meilleure actrice qu’elle n’est, tout simplement parce que mon ventre se noue dès que je la croise. Alors je gueule après les deux autres nases pour donner le change, pour ne pas paraître complètement à sa merci. Quand elle s’assied sur les banquettes en cuir que la SNCF nous a refilées, j’ai l’impression qu’un papillon se pose sur mes genoux…

Elle et moi, on pourrait sûrement être bien… Elle aime sûrement les mecs, enfin j’en sais rien, mais quand on a peur d’un truc on a toujours l’impression que ça va arriver… Elle est l’anti-Dewaere : un gars avec de beaux seins. Ce soir j’irai lui parler, si j’arrive à la croiser à la sortie. Faut savoir ce qu’on veut…


 
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   jamesbebeart   
26/9/2009
 a aimé ce texte 
Pas
Voilà un texte qui m'est tombé des mains ! Je n'ai sans doute pas compris la motivation de l'auteur... A une prochaine fois.

   Selenim   
26/9/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est plutôt sympa. J'ai pas trop compris le rapport avec Les valseuses, même si le premier portrait est plus une hagiographie de Dewaere qu'autre chose. Pour les deux autres portrait, le style gourmand de l'auteur se suffit à lui-même.

J'ai lu avec plaisir, sans me prendre la tête ( comme un melon, hihihi...). C'est déjà un bon point non ?

   Marquisard   
26/9/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sympa ce petit texte, un bel hommage à Dewaere en première partie, un bout d'histoire d'une banalité rare en seconde, une belle mise en scene, un écrit qui tient le choc, assez concis pour bien tenir en haleine, et puis ça rapelle tous ces films, série noire valseuses ascenseur etc content d'être passé.

   jaimme   
26/9/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Des "voila ce que je pense" farcis à la sauce de la vie!
Entre vie privée et vie sur scène comme tout un chacun.
Parce que seule la vie jouée sans parcimonie vaut la peine d'être jouée/vécue.
Vraiment j'ai aimé.

   Myriam   
26/9/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai aimé lire cette nouvelle, le style très oral nous fait entrer immédiatement dans la scène.
J'ai aimé aussi le passage sur Deweare, où j'ai retrouvé tout ce qui me fascine chez cet acteur.
Par contre, j'aurais aimé avoir tous les points de vue, et pas seulement ce mélange un peu hétéroclite de dialogue, et monologues intérieures des deux femmes.
Je reste un peu sur ma faim. (/fin?)
Amicalement,
Myriam.

   NICOLE   
27/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Comme souvent dans tes nouvelles, ça pourrait être le début d'une histoire plus longue. Ici encore plus que dans les précédentes, on en sort trop vite, et même légérement frustrés. Les personnalités sont posées, clairement esquissées en quelques mots, on aurait bien envie de savoir ce qui va leur arriver.
J'ai apprécié la seconde partie, avec son côté doux amer genre : on est dans la même pièce, mais on pourrait aussi bien habiter des planétes différentes. Le fait de passer d'un narrateur à l'autre accentue cet sensation de décallage entre les sentiments des uns et des autres.
J'ai adoré l'hommage à Dewaere, pour qui j'ai moi aussi une tendresse particulière.
Un bon moment, trop court.

   Anonyme   
28/9/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah, j'aime beaucoup ! Ladite scène des Valseuses m'avait pas mal perturbée à l'époque où je l'ai vue (y'a quelques années, j'étais en cinquième), enfin surtout le côté 'gosse' de Depardieu et Dewaere ... Bref, le portrait fait de ce dernier est très joli, je trouve (d'ailleurs au cas où, Raphael a fait une chanson qui s'apelle 'Chanson pour patrick dewaere' et qui, pour moi, est sa meilleure chanson ....à écouter !)

Sinon, le reste est très bien aussi, l'identité des personnages est parfaitement dessinée, et l'idée de voir ça à travers les yeux du metteur en scène (?) est originale, intéressante.

Le rythme, vivant, rapide, est réaliste, il y a de la ferveur dans la première partie, une pointe d'amertume tout du long ...

Bravo

   nemson   
28/9/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Pas emballé. ça traine un peu. rien d'accrochant qui donne envie de poursuivre. sauf...un grand bravo sur l'explication de l'attachement du public envers dewaere , c'est d'une justesse remarquable.

d'un fan à un fan. amicalement.

   florilange   
28/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai aimé.
D'abord on a le point de vue du metteur en scène. Il s'est pris la grosse tête, on ne demande pas à des amateurs de "faire" Dewaere ou Depardieu...
Ensuite le point de vue des autres, surtout "elles", à 100 lieues de la pièce à jouer, pris dans leurs petites histoires personnelles.
Le style, enfin, vif, très réel.
Merci calouet,
Florilange.

   Farfalino   
1/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Voilà une belle ode à Dewaere et un bel hommage au film.

J'ai bien aimé les dialogues intérieurs mâtinés de dialogues entre les personnages.

La seconde partie est vraiment excellente, tout dans le ton même du film. Très désespéré.

La troisième partie est un peu plus faible à mon sens. Pas assez cru peut-être.

   Coline-Dé   
1/10/2009
Un croquis rapide, enlevé, un hommage a Dewaere, mais bien que je reconnaisse au texte des qualités, il me manque... je ne sais quoi ; désolée, cela vient probablement de moi...

   widjet   
3/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Toujours le style écorché de son auteur, sa petite marque de fabrique. Des gens abimés, un peu marginaux, grande gueule et à fleur de peau. Les pensées des "acteurs" sonnent juste (notamment celle du passage sur Dewaere). C'est ce qui fait que la nouvelle passe sans problème à la lecture.

Et puis, rien que de rendre hommage (très juste là aussi - la grâce du voyou, ce mec -) à l'immense acteur (revoir, "COUP DE TETE" pour une bonne rigolade ou SERIE NOIRE où sa prestation est énormissime). Aujourd'hui, des acteurs aussi vrais, y'en a (guère) plus.

Merci pour lui

W

   marogne   
16/10/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Sentimental/Romanesque ?

Maître W va sans doute sourire – nous avons échangé plusieurs fois sur le sujet … - mais je crois que je n’arriverai jamais à comprendre la nécessité de la vulgarité dans le langage, surtout dans les scènes qui sont narrées dans ce texte. Elle est ici tellement inutile que je me demande si le but n’est pas in fine de pousser à considérer les deux filles comme vulgaires, ce qui serait dommage, et ce qui n’est certainement pas le cas.

Je n’aime pas trop non plus la tirade justifiant le viol ou l’agression sexuelle mise dans la bouche d’une femme.

Enfin, une tranche de vie qui, et sans doute pour les raisons qui précèdent, donc éminemment subjectives, ne m’émeut pas, me laisse indifférent. Sauf peut être l’évocation des Valseuses, mais là aussi, conférer par la vulgarité du texte un côté vulgaire à ce bijou de poésie, quel dommage…..

   Anonyme   
29/10/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je retrouve dans ce texte le style de Calouet que j'aime beaucoup, mais il me manque quelque chose, je ne sais pas quoi exactement.
Peut-être que je suis un peu frustré de n'avoir que des portraits brossés rapidement, trop rapidement alors que j'aurais aimé rester un petit moment avec les mots de Calouet et ses personnages.
Peut-être que l'effet "hommage" est trop présent, au détriment du texte. Enfin, je ne sais pas, peut-être juste un petit texte avec lequel l'auteur s'est fait plaisir, ce que dont je ne songerais pas à la blâmer.


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