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Fantastique/Merveilleux
solidane : Paradis perdu
 Publié le 12/03/09  -  10 commentaires  -  4334 caractères  -  66 lectures    Autres textes du même auteur

Retrouver le continent et les autres, ça prend du temps...


Paradis perdu


Elle avance à petits pas assurés mais précautionneux. Quel âge peut-elle avoir ? Soixante-quinze, quatre-vingts ans ? Difficile à dire. Les cheveux blancs, parfaitement arrangés, brillants, elle est manifestement tassée, un peu arrondie, mais elle se tient droite. Elle traverse le salon hexagonal de la cafétéria, son chemin ne serpente pas. Son regard ne dévie pas plus que ne le font ses pas. Lentement elle se dirige vers la porte des toilettes. Un balai posé en travers en interdit l’entrée. Elle comprend qu’on vient d’en laver le carrelage, alors elle fait demi-tour, le reste attendra. Elle repasse devant moi, toujours à la même allure. J’ai l’impression de saisir deux images décalées, superposées. Apparence physique qui exprime la difficulté et une certaine sérénité de l’âge, mais je distingue légèrement en arrière ce qui pourrait être son personnage psychique. Rien de visuel bien sûr, mais j’ai cette forte impression de distinguer celle qu’elle fut à travers tous ses âges. Elle s’assied face à son compagnon et commande un croissant.


J’ai été chassé du paradis. J’ai laissé l’illusion gagner sur le réel. La sanction s’est avérée irrémédiable. Cet éden était constitué d’autant de moments chauds et émouvants que de difficultés à traverser, il avait tellement l’aspect d’une réalité. Ce n’était que mirage, que j’ai moi-même pour partie composé. Je ne suis pas croyant nom de dieu, mais ces salauds ou ces abrutis, qu’importe, m’ont tellement farci le cerveau enfant, que je suis tombé dans le piège. À chercher le beau, j’ai évité le vrai.


Je ne désirais aucune île paradisiaque, l’authentique est tellement plus joli et pourtant c’est bien vers une parcelle de terre improbable que j’ai dirigé mon esquif. Sable blanc, cocotiers indolents, nous saurions bien repousser à deux ces crabes importuns. J’étais seul, elle n’aimait pas les fruits de mer. Et aujourd’hui encore je ne sais si elle ne fut que mirage ou si un jour elle s’est envolée.


J’ai alors longuement pelleté le sable si blanc, j’ai dressé une longue jetée pour relier le continent. Pourquoi Robinson fit-il le choix de s’adapter à son environnement, de s’y installer ? C’est pour moi un mystère. Cette prodigieuse digue que je bâtis chaque jour un peu plus, s’écroule régulièrement, sapée par les vagues insouciantes. Alors je pellette à nouveau, rien ne m’arrêtera. La grande terre est bien loin, il est impossible de même la supposer. Mais je la devine et je ne resterai pas enfermé sur ces quelques hectares issus de mon cerveau un temps émerveillé, un temps aliéné.


Alors que je suis en sueur, souvent harassé et tremblant, mon autre se tient derrière moi, toujours souriant. Il traverse mes âges, plutôt confiant. Paresseux qui se garde bien de me relayer. J’imprime mes pas sur ce long ruban sablonneux, lui ne laisse aucune marque, il ne fait que m’accompagner. J’abandonne de plus en plus souvent la réalité de ce qui fut au souvenir. Ces lointaines images ne m’étayent pas plus qu’elles ne me retiennent dans mon ouvrage ; elles sont suspendues aux nuages, soufflées par l’alizé.


J’ai passé un pacte avec la houle, elle ne détruira pas plus qu’elle ne me verra pelleter. Mais j’ai un peu triché, je continue mon labeur quand vient le temps du reflux, ainsi je progresse patiemment. Un sourire indulgent passe sur mon visage quand je songe que j’ai un peu pipé les dés. Qu’importe, le flot n’avait rien à y gagner. Reste qu’une illusion ne valait pas un tel labeur.


Mon corps s’est endurci, j’ai retrouvé le goût de l’effort physique, j’ai apprécié celui de la patience. Encore un mètre gagné sur l’océan, il ne me reste guère plus que quelques centaines de kilomètres à parcourir, peut-être plus, peut-être moins. Une histoire de temps, de peu de temps. Je lèche l’écume déposée par la première lame, flux de retour. Alors pour un court moment, je cède à la vague.


Elle s’est levée, adopte le même pas et met une nouvelle fois le cap sur les toilettes de l’établissement. Le balai n’a pas bougé d’un poil. Alors qu’elle se retourne imperturbable pour regagner sa table (le reste attendra…), une jeune femme préposée à l’entretien lui sourit. Elle ôte l’objet encombrant, lève l’obstacle infranchissable et la vieille dame s’engage sur le carreau luisant d’où la vague s’est enfin retirée. Il était temps.


 
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   Anonyme   
12/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour solidane
C'est un très beau texte, très mystérieux servi par une très belle écriture.
J'ai cru comprendre certaines choses, mais les passages en italique, pour ce qu'ils disent, brouillent ce que je crois avoir perçu de l'histoire.
Parce que beaucoup de choses ne sont pas dites, on dirait un extrait de quelque chose de plus vaste.
J'aime bien cette quête, cette digue construite entre une grande terre et une île. Ce qui est curieux, c'est qu'en général, on cherche à creuser une digue dans le sens inverse.
Mais peut-être qu'il s'agit d'un "retour à la vie" qui jusque là a été mise entre parenthèse ou entièrement vouée au service de quelqu'un d'autre...
Belle écriture.

   Selenim   
12/3/2009
Dans la catégorie récit énigmatique à tendance poétique je voudrais Paradis perdu.

Ce texte est tellement flou et vaporeux qu'il aurait pu ce nommé Cumulonimbus.

L'intro et la fin, en italique, décrive le quotidien d'une vieille femme dans une maison de soins, enfin je crois.

Dans l'autre partie, le narrateur dit avoir été chassé du paradis. Est-ce un ange? Il se retrouve sur une île (purgatoire?) où il joue au maçon en bâtissant une digue qui l'amènera... on ne sait pas trop.

Plus hermétique que le Terrible et le Redoutable réunis ( mais moins que le Kurk), cette nouvelle. J'espère que l'auteur va ouvrir une section dans le forum pour nous donner le sésame de son œuvre.

   xuanvincent   
12/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Curieuse, étonnante nouvelle, j'ai envie de dire (pour une lectrice qui aime lire des histoires du genre "Merveilleux")...

Cette histoire m'a fait penser à un autre récit que j'avais lu il y a quelques temps, où le narrateur/héros oscille entre la réalité (terne) et le rêve (bien plus beau).

Le merveilleux m'a paru surtout résider dans les rêves d'évasion du narrateur (mais d'autres lecteurs seront peut-être d'un autre avis).

Il m'a semblé, comme coquillette, que le narrateur se présentait à demi-mots (évoquant, suggérant, plus que n'explicitant *), qu'il ne disait pas tout, laissant ainsi au lecteur la liberté de comprendre le reste comme bon lui semble.
* une démarche que j'apprécie

Comme je l'écris parfois, ce texte m'a paru dans l'ensemble bien écrit, un peu trop peut-être parfois.

Les italiques m'ont un peu embrouillée : au départ, j'ai pensé à une sorte de présentation de la nouvelle, pour voir que ces passages décrivaient, du point de vue du narrateur, la vieille femme. Je me suis demandé si ces italiques étaient utiles ; j'ai cru aussi au départ que le narrateur s'attarderait davantage sur cette vieille femme.

Il me semble ne pas avoir tout compris mais sans doute que là n'est pas, pour ce texte, l'essentiel.

   Liry   
12/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un joli texte, bien écrit et très agréable à lire. Il laisse aussi planer le mystère. J'ai plutôt eu l'impression de me retrouver perdue dans un rêve ou bien dans l'imaginaire de l'auteur alors qu'il contemplait cette veille dame.

Merci beaucoup pour ce moment de lecture.

Liry

   Menvussa   
13/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
J'ai des difficultés pour commenter le fond, car la forme laisse entrevoir des écueils. Il y a, à mon sens, de grosses incohérences.

"J’ai été chassé du paradis. J’ai laissé l’illusion gagner sur le réel." À lire cette phrase il semble évident que le paradis et le réel ne font qu'un.

"Cet éden était constitué d’autant de moments chauds et émouvants que de difficultés à traverser, il avait tellement l’aspect d’une réalité." Revirement de situation, l'éden c'est cette illusion.

"À chercher le beau, j’ai évité le vrai." Très très curieux comme réflexion. Qui trouve, d'ailleurs, une contradiction dans le paragraphe suivant.

"Je ne désirais aucune île paradisiaque, l’authentique est tellement plus joli" L'authentique c'est pourtant bien ce vrai, évité...
Donc si je compile, sans chercher la petite bête, j'en arrive à : À chercher le beau, j'ai évité l'authentique, le plus joli.

Difficile à partir de ce moment de juger du fond, je comprends vaguement, ou crois comprendre, que l'auteur veut faire ressortir, comme valeur essentielle, la recherche de petites joies simples et quotidiennes, encrées dans la réalité, plutôt qu'une utopie.

Je serais tenté de dire que c'est assez joliment écrit mais mal explicité.

Par ailleurs, si je comprends bien, cette longue réflexion serait ce que "l'observateur" devine, ou crois deviner de la pensée de la petite vieille.

En quelque sorte, c'est donc la petite vieille qui "parle" dans ce qui suit.

Une autre incohérence, toujours à mon sens :

"J’étais seul, elle n’aimait pas les fruits de mer. Et aujourd’hui encore je ne sais si elle ne fut que mirage ou si un jour elle s’est envolée." Curieux, de qui parle-t-elle ? J'ai bien l'impression que la petite vieille est devenue "petit vieux" qui parle d'une petite vieille"

Bref, je suis perdu.

   Nongag   
13/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Totalement flou! Pas compris grand chose à ce texte bien écrit par ailleurs. Pourquoi le passage de cette vieille dame précipite le narrateur dans ce conte bizarre ou un homme tente de construire une route en sable à travers l'océan...??? Difficile de discuter d'un texte quand aucune lumière ne s'allume à la lecture... J'ai lu deux fois ce texte et j'avais l'impression de nager dans le sable, intellectuellement, et sans mauvais jeu de mot.

Reste un auteur qui sait écrire. Il doit clarifier son propos.

   Anonyme   
13/3/2009
Oupss heureusement que j'ai lu le sujet ouvert dans le forum sinon je serais passé totalement à côté.

Pour moi une superbe écriture avec des images fortes, une bonne description des sensations.
Mais un fond beaucoup trop hermétique alors je vais m'abstenir de noter parce que même avec la clé je n'arrive pas à comprendre... Ou alors il faudrait expliquer plus clairement l'image.

   Anonyme   
15/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Première lecture, fin, je me dis : non, la vague, le sol mouillé, le narrateur serait-il le balais???
Mais non!
Déçue 2L...

Décidément, chaque texte de Solidane me laisse la même impression : incohérence, flou mais de belles images.

Comme (Menvussa?) je me perds entre le réel, le fantasme, le vrai, le faux, le beau, ...

De belles phrases, mais alternées avec des mots vides, des images un peu plan plan.
Dommage.

Les répétitions de sable, temps...

J'accroche toujours pas, mais au moins cette fois je ne me suis pas cognée la tête contre les murs (enfin, si en forum parce que je n'ai pas bien tout compris et pas compris plus en tout cas après ton explication, désolée).

   jensairien   
15/3/2009
 a aimé ce texte 
Pas
bon, même après avoir lu le post en forum je n'en comprends pas plus. Pour moi, d'après les mots et la disposition des phrases, il s'agit d'une dame âgée (manifestement tassée - pourquoi "manifestement" ? on le voit si elle est tassée ou pas, on ne va pas dire "manifestement petite" par exemple) qui veut aller aux toilettes. Les toilettes sont condamnées. Alors à partir de là l'auteur trace une parallèle (audacieuse) entre ces toilettes condamnées, inabordables, et un certain paradis perdu.
Mais alors je ne comprends pas non plus pourquoi le récit se fait ensuite au masculin. Je croyais qu'il s'agissait d'une narratrice (la vieille dame)

enfin, confus, confus, je suis confus.

   Marite   
8/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Solidane

Le titre « Paradis perdu » m’a attirée. Je ressentais confusément que quelque chose devait bien exister au travers des mots. La lecture des divers commentaires ne m’a pas vraiment éclairée non plus. Je suis allée chercher vos explications sur le forum (que j’avais raté, faute de temps).
C’est le point 4) de vos explications qui a fait la lumière sur ce que je n’arrivais pas à définir.
Concernant le point 2) : « Paradis perdu » est-il un texte écrit avec ce que l’on appelle une prise de risque dans l’écriture ? J’aimerais vraiment comprendre cette expression…
Merci Solidane pour cette échappée hors du quotidien et du réel.


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