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Sentimental/Romanesque
styx : Le syndrome de la sauce tomate
 Publié le 22/12/10  -  6 commentaires  -  31375 caractères  -  74 lectures    Autres textes du même auteur

Ou comment une fille d'immigrés italiens fit ses choix de vie.


Le syndrome de la sauce tomate


Petite Vanina était issue d’une famille d’immigrés italiens. Ceux du Sud, qui passèrent la frontière « à pied » et pas très légalement de surcroît. Ils arrivèrent affamés jusqu’aux usines, après la guerre, là où la main d’œuvre manquait cruellement. Il y avait du travail pour tout le monde, surtout le dur labeur que les Français ne voulaient pas faire, celui qu’on laissait aux étrangers.


Deuxième génération, la petite fille. Vanina apprit par sa mère qui arriva toute petite d’Italie avec le « nonno » et la « nonna » à cuisiner, à ranger sa maison, à bien repasser le linge, qu’il fallait être disponible pour ses enfants, son mari. Vanina était bonne élève à l’école et travailleuse (comment ne pouvait-on pas être travailleuse avec un grand père qui cassa les cailloux si durement pour nourrir sa famille ?). Elle eut son bac avec mention et ce fut une explosion de fierté et de joie dans une famille qui savait tout juste lire le français… S’ensuivirent les petits frères et sœurs mais bon il y avait eu un antécédent et c’est le premier coup qui compte, n’est-ce pas ? Ce fut forcément dur à porter pour les cadets mais soit, tant pis pour eux… revenons à Vanina.


En plus de porter un prénom « Salut les Copains » qui avait tant plu à son père et à sa mère… Vanina avait une pilosité exacerbée, la pauvre. Monosourcil noir, cheveux crépus noirs, des poils plein les jambes, les bras enfin partout où cela pouvait gêner une femme en devenir. Pour ses parents, il n’était pas question de toucher à ce que Dieu avait donné. C’était comme ça, elle était trop jeune, elle était belle de toute façon, belle au naturel. Vanina alors jeune et brillante bachelière de 18 ans fut encouragée à réfléchir par elle-même, à prendre conscience du ça, du moi et du surmoi et cætera en cours et elle trouvait cela fascinant. L’histoire, la géographie, l’économie… elle était avide de connaissances. À la maison on évitait de parler par exemple de l’histoire avec un grand H, cette histoire mussolinienne qui conduisit (entre autres) la partie sud de l’Italie à crever de faim et à avoir honte d’être Italien. Et pour le reste, on n’en savait rien.


Vanina par contre était fière d’être Italienne, d’origine... car elle n’était pas née en Italie. Sa famille était brave mais voilà. Elle savait faire les lasagnes et la polenta, elle savait qu’elle allait se marier et avoir une ribambelle d’enfants. Elle savait qu’elle se lèverait bien avant son mari et ses enfants pour être prête avant eux et tout préparer. Et pourtant… Est-ce que Marie Curie préparait le petit déj à son physicien d’époux ? Pas sûr… qu’elle se disait. En même temps, tout le monde s’en fout de ça, ce n’est pas ce qu’on a retenu d’elle. Et puis on s’en fout aussi parce qu’elle était Polonaise et pas Italienne. C’est pas pareil forcément…

Bref, Vanina rappelle-toi… oups. Défendez-vous de chanter ça devant elle. Ça lui fait dresser tous ses poils (et Dieu sait qu’elle est velue la gamine).

Cette jeune fille partit à l’université pour étudier le droit qui la passionnait. Elle fut une étudiante très brillante mais une fois passée entre les mains d’une coiffeuse-esthéticienne motivée, elle découvrit son corps nouvellement glabre avec des formes felliniennes, une crinière apprivoisée, un visage hâlé, des yeux de renarde ; ce qui eut pour effet immédiat d’exciter le mâle post-pubère et estudiantin. La conséquence directe fut la tentation sexuelle et amoureuse à laquelle elle ne put résister qu’une demi-heure de cours magistral sur le droit constitutionnel. Son voisin de gauche dans l’amphithéâtre lui adressa des œillades si langoureuses (« Et le monde n’existe pas si tu es loin de moi, loin, loin, loin de moi. ») qu’elle sentit son assise se dérober sous elle. C’était fichu pour la licence.

À la sortie de l’amphi, il l’accosta sans délicatesse et lui proposa d’aller boire un café lyophilisé à la machine.


- C’est bizarre, je ne t’avais jamais vue avant…

- Ah bon ? dit-elle toute rouge comme une tomate (romaine).

- Ouais… Je ne comprends pas, jolie comme tu es.


Re tomate la Vanina. Elle se dit qu’elle avait bien fait de changer son look à la Frida Kahlo et que les conseils en esthétique de ses parents n’étaient pas des plus avisés. Elle se sentait belle, c’était exaltant.

Il lui déballa un baratin maladroit et ringard sur la beauté et la chaleur des femmes italiennes (La Cicciolina, Lady Gaga… superbes références). Ni une, ni deux, Vanina se retrouva coincée dans les toilettes de la fac avec ce bellâtre trop pressé. Non non, pas question. Ça va trop vite, on se connaît pas assez mais en même temps, « Mamma mia » que c’est bon ! Ils vécurent une histoire d’amour et de sexe pendant cette année de licence, dans sa chambre universitaire à elle, dans son appartement à lui, à l’arrière de la voiture, au parcours de santé, partout où c’était possible même les endroits les plus improbables...

« Y a moyen ? » lui demandait-il toujours avec son air de jeune lubrique. Y avait toujours moyen pour Vanina. Elle était incapable de refuser. Elle était dingue de lui. Lui la trouvait assez exotique et elle faisait super bien les cannelloni et pour le reste… elle apprenait vite.

Il avait la fâcheuse tendance de la faire enrager avec la fameuse chanson… mais globalement elle n’avait pas à se plaindre. Tout était une découverte. Elle s’occupait bien de lui et comblait tous ses désirs. Il était aux anges, ne pouvait rêver meilleure mère de substitution que Vanina qui avait été, somme toute, conditionnée pour cela.


- Qu’est-ce qu’on fait ce soir ? chuchota le jeune homme intéressé.


Ils étaient en travaux dirigés et Vanina essayait de se concentrer sur son commentaire d’arrêt.


- Chut ! répondit-elle en le repoussant.

-Oh t’es pas drôle toi.

- Ouais ben j’aimerais bien pouvoir bosser en cours vu qu’à l’appart j’y arrive jamais. Chez mes parents, y a toujours plein de monde ou alors on est invités les week-ends quand je rentre.

- Mais t’as une bonne mémoire toi, t’as pas besoin de bosser beaucoup.

- Oui mais entre beaucoup et pas du tout y a quand même une juste mesure tu crois pas.


Et elle le repousse encore une fois avec un regard fâché.

Il se rapproche encore et lui chantonne dans l’oreille « Loin de toi je me demande pourquoi ma vie ressemble à une terre brûlée… »


- Tu me soules !

- Vanina ah ah ah ah…


Elle était excédée mais elle savait qu’il ne lâcherait rien.


- Quoi ? Tais-toi chut ! Quoi ?

- Tu me fais tes trucs à la main là ?

- Quoi ?

- Tu sais les pâtes avec la machine à manivelle.

- Quand ce soir ?


Il pencha la tête comme un enfant.


- Tu me saoules.

-Oui mais tu m’aimes.

- Ça n’a rien à voir…

- S’il te plaîîîîîîîît.

- Chut ! Chut ! Si je dis oui tu me lâches la grappe là tout de suite et tu me laisses bosser ce soir aussi ?

- Oui tout ce que tu veux. Tout tout tout…

- C’est bon, c’est bon. Ok, ok.

- Oh t’es trop bonne toi.

- Chut ! Ouais ouais c’est bon. T’as dit…

- Ok, je te laisse.


En rentrant des cours, elle lui fit de succulentes tagliatelles à l’arrabiata (pasta mano bien entendu). Ce qui lui prit toute la soirée. Ils dégustèrent ce plat, bien arrosé. De fil en aiguille, la soirée se termina à l’horizontale comme d’habitude.

Les examens approchèrent. Il réussit de justesse mais obtint sa licence, elle pas du tout alors qu’elle était cent fois plus intelligente que lui, ce petit bourgeois assisté. Le seul résultat positif pour elle fut celui du test de grossesse… et oui bella ! Tu es enceinte. Trop naïve, trop fougueuse, mal informée et surtout mal préparée, comme ta licence Vanina, comme ta licence…

C’est alors que Vanina fit ses choix à la sauce tomate. Assise par terre dans le noir de sa chambre, recroquevillée sur elle-même, elle réfléchit, pleura, se tapa la tête contre le mur. Elle portait la vie et son état réveilla en elle ses angoisses les plus profondes, fit resurgir ses références les plus ancrées. C’était sa famille, son enfance, cette enfance qui la quittait soudainement. Elle se rappela quand elle avait 7 ans, les tomates, toutes ces tomates allongées bien rouges qu’elle pressait dans la cave de son grand-père pour faire LA sauce tomate et les bocaux de tomates pelées. Et on en faisait des tonnes et des tonnes. Toute la famille s’y attelait et ça chantait et ça criait. Mais rien n’égalait une bolognaise préparée avec ces tomates-là. Rien à voir avec la sauce tomate « des Français »… Vanina était en larmes. Ce n’était pas comme ça qu’elle voyait sa première grossesse, ce n’était pas comme ça qu’elle voyait son avenir. Son droit, elle voulait le continuer. Tous ses professeurs avaient espoir en elle, elle était vraiment brillante. Elle adorait lire la Doctrine et les arrêts de Cour de Cassation, toute la jurisprudence. Elle lisait ça comme des romans. Souvent c’est elle qui l’aidait lui à comprendre les arrêts… lui qui eut sa licence et pas elle. La colère fit son apparition et avec elle la culpabilité. Sentiment tenace, dévastateur parfois mais très utile pour la manipulation de masse. Eh oui quand on était Italienne, est-ce que l’on avait le droit d’être en colère d’être enceinte à 22 ans d’un petit ami dont le papa avait une grosse entreprise d’import-export ? Et puis lui en avait 25 (eh oui il avait redoublé quelques fois et s’était un peu perdu dans les méandres de la connaissance universitaire). À 22 ans, maman l’avait déjà eue et la nonna avait trois bambini alors… ce serait la fête dans la famille. Les études ? Ah oui d’accord mais bon…

Elle pourrait aussi ne rien dire et aller voir sa gynécologue pour effacer cette maternité naissante. Personne n’en saurait rien et elle recommencerait son année de licence. Cette idée la fit frissonner. C’était comme ses poils… on ne touche pas à ce que Dieu t’a donné. Elle pleura de plus belle.

« Et si je le gardais, je pourrais quand même refaire ma licence. » Compromis difficile se dit-elle. Travailler ne lui faisait pas peur, ce ne serait pas plus difficile que le nonno lorsqu’il passa la frontière à pied… Tout de même quelque chose la gênait. Ah oui c’est vrai. La culpabilité. Ce n’était pas comme cela que l’on concevait d’élever un enfant chez les Italiens. « Vanina rappelle-toi… ». Il fallait être disponible.

Tout s’enchaîna ensuite rapidement. Annonce à futur papa : la trouille, un peu de pleurs de petit garçon mais ok il allait être papa et oui au fait… il avait une nouvelle aussi pour elle : il allait être juriste dans une grande banque, le directeur c’était un ami de papa et voilà. Maintenant qu’il avait sa licence. Bon salaire, bonne place, il reconnaîtrait l’enfant. Vanina tu as devant toi ton futur mari. C’est pas génial ça ? C’est tes parents qui vont être contents non ? À cette annonce Vanina se sentit mal, allez hop syncope ! Elle avait beau avoir de la sauce tomate dans les veines, elle tomba quand même dans les pommes.

Le rythme s’intensifia. Présentation beaux-parents, annonce bébé. Les parents surpris (« Ça va un peu vite. ») mais bon ok on régularise, c’est pas la fin du monde. Les Italiens jubilèrent de leur côté. « Et le mariage alors ce serait pour quand ? »

Vanina vomit et vomit et vomit. « C’est normal quand on est enceinte. » Oui mais ce n’était pas que sa grossesse qui la faisait gerber. Vanina était consentante. Elle arborait un beau sourire de future maman, future épouse d’un juriste laissant derrière elle son avenir professionnel. Ils prirent un appartement, préparèrent la chambre de bébé. Ils se marièrent « avant que ça ne se voit ». Il commença son nouveau poste de juriste au Crédit TRUC CHOUETTE. Tout était sur les rails. Vanina était un exemple de réussite pour sa famille. Elle était heureuse de voir cette fierté dans les yeux de ses parents mais elle pleurait souvent quand elle était seule devant son miroir. Les hormones probablement…


La suite de l’histoire est ennuyeuse à mourir. Qui se soucie d’une mère au foyer qui un jour laissa derrière elle ses idéaux ? Vanina eut 3 magnifiques enfants, 2 filles et un garçon. Ah le garçon, qu’il était beau le garçon ! Les grands parents étaient en admiration devant cette merveille. Les filles aussi évidemment, elles étaient mignonnes mais le garçon promettait d’être aussi brillant que son père… c’est dire ! Vanina fit exactement ce que l’on attendait d’elle pendant une bonne décennie et tout le monde la pressa bien comme les belles romaines toutes rouges allongées dans la cave du nonno. Gare à la tomate si elle prend conscience de sa condition végétative ! Quand la tomate devient amère c’est la sauce qui tourne acide…


- Vanina ? T’as mis où mon attaché-case ?

- Hein ?

- Mon attaché-case il est où ?

- Comment je le saurais ? Ce sont tes affaires non ?


C’était le soir, les enfants étaient au lit et Monsieur Vanina cherchait ses affaires pendant que sa femme débarrassait la table du dîner (un peu bruyamment d’ailleurs) et mettait de l’ordre dans la maison.

Il fouillait partout et pestait.


- Je ne le trouve pas Vanina et j’ai un dossier urgent à voir ce soir.

-Le licenciement Santorelli ?

- Hein ? Oui ? C’est ça… Comment tu sais ?

- Intuition féminine… ou peut-être que je suis devenue clairvoyante, va savoir.

- Vanina, qu’est-ce que t’as ? Depuis quelques temps je te trouve… changée. Je ne sais pas. Tu es taciturne.

- Taciturne…

- Taciturne oui. Je dirais un peu remontée. Oh et puis, n’en parlons plus… Ça me stresse cette histoire, je trouve rien.

- Je ne t’ai pas vu arriver avec ton baise-en-ville ce soir.

- Hein ? Quoi ?


Il regarda sa femme un instant sans dire mot, les sourcils froncés. Vanina soutint son regard. Cette expression ne lui plaisait guère. Silencieux, il sortit et revint avec son attaché-case en main. Il était resté dans sa voiture. Voilà tout simplement.


- Concernant le licenciement, là. Tu sais ce qui est prévu par la Convention Collective au niveau des indemnités ? demanda Vanina sur un ton provocateur.


Il ne répondit pas, s’installa sur le canapé, ouvrit son attaché-case, prit son dossier et le consulta en ignorant sa femme.


- Hein ? répéta-t-elle plus fort.

- C’est nouveau ça ?

- Quoi ?

- De me dire ce que j’ai à faire dans mes dossiers ?

- Ben quoi je veux juste t’aider moi.

- Vanina arrête un peu, tu es ridicule.

- Je suis ridicule ? Alors je suis taciturne, remontée et ridicule c’est ça ?

- Tu m’ennuies, arrête j’ai du travail.


Il reprit la lecture de son dossier.

Elle renchérit.


- Tu sais que la première chose qu’un juriste doit faire quand il est amené à traiter notamment un cas de licenciement c’est lire la Convention de la branche avant tout autre chose.

- Tu me fais quoi là ?

- Ben dis moi…

- Te dire quoi Vanina ?

- Si tu l’as lue la Convention ?


Elle était sûre que non car il avait des sbires maintenant pour la lire à sa place et qu’ils lui mâchaient le travail. Tant mieux pour lui car il avait toujours détesté ce genre de lecture. Dire qu’elle, autrefois, pouvait passer une nuit entière à décortiquer un décret, un arrêt, un article pour trouver la faille, le moyen unique… de démonter un argumentaire ou au contraire de l’étayer. Cela dépendait du camp dans lequel elle se plaçait. Elle y croyait dur à l’époque.


- Les enfants sont au lit Vanina alors je vais pouvoir me permettre de te dire que tu commences à me faire chier.

- Oh ! Tu viens de faire un pet mental mon chéri. C’est pas poli ça ! lança-t-elle, l’index posé sur les lèvres avec un air faussement choqué.


Il se mit à rire mais réalisa avec terreur que Vanina n’était pas en train de faire de l’humour mais qu’elle crachait du vitriol.


- Qu’est-ce qui se passe Vanina ? Tu me fais peur, qu’est-ce que tu as ?

- Oh… rien tu sais. Les enfants. La grande qui a les seins qui poussent, la petite qui est tombée à la récré et qui a niqué ses collants, ton fils qui refuse de manger autre chose que des pâtes à la sauce tomate, soutenu par tutta la famiglia ! Toi et bien toi… tu cherches toujours quelque chose : une nouvelle Mercedes, ton baise-en-ville, oups pardon ton attaché-case (quel nom débile vraiment !), une nouvelle assistante à gros nibars, ton costume bleu à rayures, un nouvel exemplaire bien hard de « fion magasine », ton trou du cul aussi, oui ça ton trou du cul, tu le cherches aussi. Ton pauvre trou du cul que je maltraite maintenant… Oh le pauvre petit anus… Petit, tout petit anus… Ça change de ton nombril remarque… Ça me change un peu !


Elle claqua son torchon de vaisselle au sol.

Tout se figea comme un arrêt sur image. Le torchon par terre, les pupilles de Vanina dilatées de colère. Suspension temporelle, un vortex qui s’ouvre sur une autre dimension d’elle-même, une dimension qu’elle ne s’était encore pas autorisée à explorer… Elle partit dans la chambre. Il ne la rattrapa pas et acheva de lire son dossier. Quand il la rejoignit dans le lit elle était immobile et feignait de dormir.


- Je sais que tu ne dors pas Vanina.


Pas de réponse.


- Très bien tu ne réponds pas. Alors je vais te dire une chose. C’est méchant ce que tu m’as dit ce soir. Très méchant et vulgaire. Ça ne te ressemble pas. Tu pourrais t’excuser d’ailleurs car tu m’as vexé… Il n’empêche que je dois reconnaître que je ne me suis pas rendu compte à quel point tu étais fatiguée et lassée. Les enfants sont difficiles. Tu fais ton maximum. Mais moi aussi je fais ce qu’il faut pour notre famille tu sais. Tu ne veux pas en parler ?


Toujours pas de réponse.

Il attendit un peu et s’endormit. Vanina ne le put pas. Elle aurait dû éprouver du regret pour ses paroles. Mais rien n’y fit. La culpabilité envolée, elle suffoquait. Elle avait encore tellement à dire, à montrer, à crier…

Le lendemain fut un jour glauque. Pas de scandale, pas de pleurs mais pas de faux semblants pour autant ni d’échange. Rien qu’une journée bien automatisée où chacun répéta les mêmes gestes et les mêmes paroles que la veille, que l’avant-veille… Chacun vaqua à ses occupations routinières. Pas de vague. Le mari de Vanina rentra du travail plus tôt que d’habitude, pressentant un changement.

Les trois enfants étaient présents mais pas Vanina. D’habitude elle était là avec les enfants à jouer ou à les aider pour leurs devoirs, une bolognaise fumante sur la plaque, un rôti au four… Ce soir rien et elle n’était pas là, dans aucune des pièces de leur grande maison. Il l’appela sur son portable. Messagerie directement. Son cœur se serra, une peur immense l’envahit, il courut dans la chambre et ouvrit les placards… Ouf ! ses vêtements étaient dedans. L’angoisse laissa sa place à l’agacement. Il alla voir ses enfants :


- Bonjour ma Grande, tu sais où est maman ?

- Bonjour 'pa, répondit l’aînée sans détourner son regard de l’écran de l’ordinateur. Non je sais pas.

- Ok… et on mange quoi ce soir ?


Pas de réponse, juste un haussement d’épaules et un gloussement, un son du genre « Bah pfffff » (comment pouvait-elle savoir ça, elle évoluait dans un autre monde fascinant peuplé de cochons et de vaches virtuels, de voisins serviles à qui elle pouvait fertiliser l’artichaut en toute impunité). Ce fut la fin de la communication parents-ado.

Il passa par la chambre du garçon et de la petite. Ils ne savaient rien. La DS les avait de toute façon hypnotisés. Et on ne savait toujours pas ce qu’on allait manger ni même si on allait manger… Angoisse totale.

En tout, il laissa six messages sur le portable de Vanina. Le premier fut gentillet du genre « Ben alors ma chérie ? Tu nous as oubliés ? ». Ton désagréable crescendo pour les suivants. Le cinquième : « Il est 22 h 00. On a bouffé des sandwiches et j’ai dû coucher les enfants. Bordel de merde t’es où ? »

Il n’avait pas osé appeler ses beaux-parents mais il comptait le faire dès le lendemain.

Il était proche de minuit et il attendait dans le lit conjugal, assis. Il appela Vanina pour la sixième et dernière fois, sa voix était chevrotante : « Vanina, t’es où ? Je m’inquiète vraiment maintenant. Je ne sais pas si je dois appeler tes parents, la police, l’hôpital. Je suis perdu sans toi. Je t’aime. » Il se mit à pleurer comme un enfant et raccrocha. Il faisait de la peine à voir notre juriste raté à pleurnicher comme ça.

Il ne se passa pas cinq minutes, Vanina, essoufflée, apparut dans la chambre avec son manteau, son sac.

Il resta bouche bée, la goutte au nez et à l’œil. Pour le coup, c’est lui qui était ridicule là… Vanina sourit et monta sur le lit, s’assit en tailleur. Il était comme statufié et la scrutait de haut en bas.


- Ça va ? lui demanda-t-elle.


Il secoua la tête.


- Ça va pas alors ?

- Me fais plus ça Vanina…


Il se mit à pleurer de nouveau.


- Tu as eu peur ?

- Oui ! cria-t-il.

- Chut ! Tu vas réveiller les enfants !

- Les enfants ? Tu t’en soucies des enfants ?


Vanina sourit de nouveau. Elle ne répondit pas. Cette accusation ne l’atteignit même pas.


- À partir de quand tu as eu peur ?


Il fronça les sourcils et pinça les lèvres pour montrer qu’il ne comprenait pas la question et surtout la raison de cette question.

Elle répéta plus distinctement :


- À partir de quand tu as eu peur POUR MOI ?

- Il y a quelqu’un d’autre ? demanda-t-il.

- Pfff.


Ce fut sa réponse. Déçue, elle se tourna pour descendre du lit.


- Non, non. Vanina. Reste non.


Il attrapa son bras.


- Reste…

- Tu vas pas encore pleurer ?

- Je crois que si…

- Arrête va. C’est bon je suis là. Ça me fait drôle, je ne t’avais jamais vu pleurer comme ça…

- C’est parce que tu ne m’avais jamais laissé. Tu ne nous avais jamais laissés.

- Je n’étais pas loin tu sais. J’étais au café d’en face.

- Hein ?


Il écarquilla les yeux.


- Oui… Je t’ai vu rentrer et j’ai attendu. J’avais pris mes cours de la fac et je les ai lus et relus, une partie en tout cas. J’étais bien.

- T’étais bien ? Et moi…


Elle ne le laissa pas finir sa phrase.


- Toi, toi, toi, toi ! Merde à la fin !


Elle se frotta le visage, sortit du lit. Debout elle dit sèchement :


- Oui il y a quelqu’un d’autre finalement.


Sa gorge se serra, il fusa :


- C’est qui ce connard ?

- Ce n’est pas un connard mais une connasse.


Silence mortel. Elle le vit quasiment défaillir. Elle reprit :


- C’est moi la connasse !


Il n’était pas équipé pour comprendre la subtilité, elle dut développer.


- Je me suis dit que je rentrerai quand tu diras un truc pour moi, même pas un truc gentil, juste un truc attentionné à mon égard, un truc désintéressé, quand tu t’inquièteras pour moi. Ou alors si je voyais des flammes sortir des fenêtres de notre maison… (rictus). Là c’était le moment de me chanter la chanson à la con… « Que je ne suis rien sans toi… ». Même ça… Ce fut bien long… beaucoup trop long tu sais. J’étais déçue après chaque message que tu me laissais. Je suppose que les enfants, eux non plus, n’ont pas été traumatisés par mon absence… l’ont-ils au moins remarquée ? Et si j’avais eu un accident ? Et si j’étais malade, empêchée ? Certes les pompiers t’auraient appelé mais quand même merde ! Tu te rends compte qu’il t’a fallu plus de six heures pour t’inquiéter pour moi ! C’est horrible. C’est atterrant, terrifiant. Le quelqu’un d’autre c’est MOI tu vois. Je veux exister aussi en tant que moi Vanina et non pas seulement en tant que ta femme ou en tant que maman ou en tant que la maîtresse de cette maison. J’ai des envies, des opinions, des désirs d’ailleurs et d’autres choses, des questions, des fantasmes autres que vous. Des ambitions aussi… En fait voilà… des ambitions…


- Ah… c’est que ça… fit-il…


Elle le regarda en biais du regard noir et profond de l’Italie du Sud, de celui qui fait couler la sauce tomate façon hémoglobine, remit son manteau et partit en claquant la porte. Deux jours, elle partit deux jours.


Il alla dans le café en face. Elle n’y était pas. Demanda après elle, personne ne savait rien évidemment. Il en laissa des messages éplorés, angoissés, désintéressés et attentionnés à souhait, à s’époumoner « Vanina ah ah ah ah, Je ne suis rien sans toi… ah ah ah ». C’était juste… pathétique. Il l’avait mauvaise aussi de se soumettre ainsi à ses caprices. Mais il laissa sa fierté de côté, que pouvait-il faire ? Il géra ces deux jours en son absence tant bien que mal, les enfants prirent conscience que leur mère n’était pas qu’un meuble et qu’il manquait l’âme de cette maison.

À table devant une boule de pâtes collantes :


- Elle revient quand maman ? demanda la petite.

- Je ne sais pas ma puce, répondit le père, usé.

- Ouais et elle est où ? renchérit le fils désagréable (comme d’habitude).

- Je ne sais pas non plus…

- Vous allez divorcer c’est ça ? lança l’aînée.

- Mais non… Tais-toi un peu. Tu ne sais même pas de quoi tu parles toi « Mademoiselle Je sais tout »… Ouais ben si vous aviez été un peu plus… comment dire… attentionnés avec votre maman hein… reprit-il très agacé par cette remarque.

- Ah ouais, ajouta la grande toute maniérée et vexée surtout. Parce que toi tu es attentionné avec elle peut-être ? C’est facile de nous accuser nous, on est que des enfants quand même. Et pis je sais de quoi je parle, les parents à Cindy et ben, sa mère aussi elle est partie comme ça eh ben elle avait un autre mec et les parents à Cindy eh ben, ils ont divorcé !

- Arrête avec tes conneries toi ! hurla-t-il et il la gifla.


La jeune fille se leva en tenant sa joue toute rouge (comme une tomate) et partit dans sa chambre en sanglotant. Claqua la porte.

Les deux petits consternés regardaient leur père avec un certain mépris enfantin. Une sorte d’expression « Papa beurk ».

Vanina n’aurait jamais fait ça, elle n’aurait jamais levé la main sur un enfant… Il se sentit mal.


- Mangez…

- J’ai plus faim…

- Moi non plus…


Il souffla de désarroi et leur fit un signe de la main les autorisant à quitter la table, ce qu’ils firent avec précipitation, faisant presque tomber leur chaise.

Deux interminables journées. Les parents de Vanina le relayèrent pour s’occuper des enfants. Ils portaient le déshonneur sur leurs épaules et sur leur visage. Triste spectacle pour eux que cette famille abandonnée par la mamma ! Moche à balancer des tomates pourries ! Ça ne se faisait pas de laisser sa famille comme ça… Lui était l’ombre de lui-même. Il ne cessait de se repasser la scène mentalement, il réfléchissait… ce n’était pas du luxe. Des fantasmes, des ambitions… D’accord… Il la laisserait sortir, il ne l’avait jamais empêchée du reste… Il lui achèterait une nouvelle voiture toute équipée, il l’emmènerait au cinéma plus souvent, ou en Italie, oui… en Italie elle se ressourcerait c’est sûr… il lui offrirait de la lingerie, il virerait la standardiste à fort poitrail, arrêterait de chanter la Chanson de Dave, euh non… justement il la chanterait plus souvent… il ne savait pas, il ne savait plus, il n’avait jamais su…

Le téléphone sonna mais il ne décrocha pas, c’est la petite qui le fit avec le combiné de l’étage. C’était pourtant maman. Maman avait dit de ne pas aller chercher papa « Surtout pas, surtout pas ! », alors elle n’alla pas chercher papa.

Plus tard, il se rendit dans chaque chambre à l’heure du coucher. Il demanda pardon à sa grande fille. Avoua qu’il n’était qu’un con et qu’il était perdu. Elle pleura mais ne le contredit pas. Elle le prit dans ses bras. C’était pardonné.

Repentant, il embrassa tendrement chaque enfant. La petite dit à son papa que c’était sa maman au téléphone tout à l’heure. Il paniqua, exulta. Il aurait voulu lui parler… Mais non maman ne voulait pas. Elle expliqua que maman voulait juste dire à ses enfants qu’elle les aimait de toutes ses forces et qu’elle ne les avait pas abandonnés, qu’elle reviendrait bientôt.


- Mais quand ? Quand ?

- Elle a juste dit bientôt.


Tant pis, soit, ce n’était pas grave. Elle n’avait pas voulu lui parler mais elle reviendrait « bientôt ».

Alors il prit le téléphone, l’appela. Messagerie encore. Quelques secondes de silence, un soupir. Il raccrocha, rappela. Messagerie.


- Vanina. Je sais plus si je dois chanter, pleurer, t’implorer ou alors t’engueuler. J’arrive plus à suivre. Je crois que je suis trop con pour ça. Je comprends rien. T’as toujours été la plus intelligente de nous deux. Je ne te l’ai jamais dit ça parce qu’un mec c’est fier tu sais. Je t’ai toujours admirée pour ton intelligence naturelle. Peut-être que j’étais jaloux un peu… Peut-être bien que j’ai tout fait pour que tu l’aies pas cette saloperie de licence et pour que tu tombes enceinte aussi… c’est trop con ça. Le dossier Santorelli… pfff… dossier de rital… Évidemment que je l’ai pas lue cette foutue convention. Tu le sais très bien… C’est confortable pour moi de t’avoir à la maison. Tu es parfaite mais ce n’est certainement pas ce que tu voulais et ça nous revient comme un boomerang. Bing en plein la gueule ! Tu vaux mieux que ça. Que de brasser de la sauce tomate à longueur de journée. Je me pose plein de questions existentielles. Tu vois hein… Incroyable… Et ci et ça. Juste… juste… Je t’aime Vanina et je ferai tout ou plutôt je ne ferai plus rien… pfff… j’en sais rien, comme tu voudras. C’est toi le cerveau de cette famille. Reviens-nous, reviens-moi. J’ai toujours été con mais là si tu me voyais… Tes parents ils m’aident mais… mais en vérité, ils me font chier avec leur pitié et avec leur air offusqué en permanence. Tu t’es affranchie toi. Ça leur plaît pas évidemment. Ça nous plaît pas à nous et à notre petit confort, à nous et à l’image qu’on veut donner de soi, à nous et à notre culture de la mère toute puissante. Ça parasite tout ça. Bref… Euh… Oh Merde ! Excuse-moi pour ce que j’ai dit sur tes parents… Merde… Quel con !… Tant pis c’est dit. Je me sens comme à poil là… Ça me fait tout bizarre. Voilà Vanina… Je me suis grillé là… Je t’aime, voilà… c’est tout ce que tu dois retenir. Je t’aime.


Il finit son message, peu fier et alla se coucher.

Dans sa chambre d’hôtel, au beau milieu de ses cours de droit étalés un peu partout, l’oreille collée à son portable, Vanina sourit en entendant ce message et rit même quand il évoqua ses parents. « T’es pas si con que ça mon amour » pensa-t-elle tout haut. Elle les adorait ses parents mais quel boulet elle traînait ! Un gros pot de sauce tomate attaché à sa guibole anciennement velue qui la faisait boiter depuis trop longtemps. Allez hop, la gamelle de bolognaise dans le placard ! À côté de l’illusion d’omnipotence, juste en dessous de la culpabilité et de la médiocrité ! Elle avait fait le point, elle avait fait le tri. Il avait compris enfin. Il était prêt et elle reviendrait.

Elle revint déterminée, posa ses conditions. Sine qua non. Ok pour tout le monde évidemment. Elle se fit de la place, reprit son droit avec ferveur, brilla et devint avocate. Gagna son indépendance sous l’incompréhension totale de ses parents.

De temps en temps, elle préparait encore des lasagnes, des tagliatelles, des linguini… mais en dilettante car elle était enfin guérie de sa « tomatopathie * » appelée aussi « syndrome de la sauce tomate* »…




(*) Déf. : Affection culturelle et transmissible du comportement consistant à produire de façon névrotique et inconsciente de la sauce tomate et ses dérivés en grande quantité afin de justifier sa place dans le groupe social ou bien afin de compenser une carence existentielle et/ou intellectuelle. Majoritairement observée chez les sujets féminins originaires du Sud de l’Italie.


 
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   jaimme   
13/12/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte que je n'ai pas quitté des yeux. Empli de vérités, de douleurs. Parfaitement symptomatique de l'impossibilité pour les femmes d'être femmes parfaites, épouses parfaites, mères parfaites, professionnelles parfaites. Période de mutation sociale entre mama enfermée dans son rôle anachronique et femme moderne qui cherche encore sa définition (ses définitions).
Je n'aime pas en général le style trop parlé. Mais là, à quelques exceptions prêt vers le début, j'ai bien apprécié cette prise directe sur nos années. La qualité de la réflexion, la petite astérisque de la fin par exemple, mettent un contrepoint très judicieux à ce style.
Un auteur à suivre, de toute évidence!

   Anonyme   
14/12/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ecriture simple, claire, souvent assez humoristique surtout dans les dialogues. L’ensemble se lit plaisamment en dépit d’un texte assez long.
Problématique existentielle de la femme (malheureusement pas uniquement issue de l’Italie du Sud.) présentée avec légèreté et humour acide, cette histoire est écrite de manière enlevée.
Des passages très intéressants : par exemple sur la pilosité. En terme symbolique, si le poil ou le cheveu (souvenir du malheureux Samson) représente la force, lorsqu’elle se fait épiler, elle semble perdre toute son énergie vitale, voire son identité.
La chute de Vanina est assez convenue (enceinte, elle arrête ses études et se marie, et consent sans le vouloir vraiment).Mais c’est bien raconté.
J’ai beaucoup aimé le passage de la rébellion de Vanina, les dialogues chocs de « l’attaché case » en passant par le « pet mental » : percutant.
Dommage que cela finisse trop bien. Nous commençons par une histoire réaliste traitée avec un humour acide, et ceci avec une certaine originalité et cela finit par une comédie légère, tout compte fait assez banale. C’est peu crédible, un mari qui a trouvé tout à fait normal que sa femme abandonne ses études, reste au foyer, change radicalement et prend conscience de son erreur. Une femme qui a un sacré caractère (illustré dans des dialogues jubilatoires d’ailleurs) se laisse soumettre durant tant d’années, et du jour au lendemain change d’attitude.
En bref, une jolie fresque à l’humour acide sur fond de réalisme qui ne tient pas sa promesse jusqu’au bout. Dommage.
Bonne continuation à l’auteur.

   Perle-Hingaud   
14/12/2010
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Un texte qui a du potentiel, mais manque à mon avis de rigueur et de relecture. Une écriture insuffisante dans la première partie, même si ça passe un peu mieux dans les dialogues. Mais surtout beaucoup trop caricatural pour moi, dans la « rébellion » de la femme, dans l’attitude de l’homme. Des longueurs: pour gagner en nervosité, ce texte mériterait un bon tiers de moins. Les remarques sur le licenciement me semblent totalement incohérentes, à moins qu'elle n'ait déjà repris ses études : des années après, le monde juridique et fiscal doit avoir changé, elle le sait certainement. Certaines expressions sont plaisantes, mais le tout ne m’a pas convaincu.

   costic   
15/12/2010
 a aimé ce texte 
Pas
Je n’ai pas été très emballée par la lecture de la nouvelle qui pourtant possède de véritables éléments intéressants. Le syndrome de la sauce tomate et sa définition sont en effet assez savoureux mais j’ai été vraiment gênée par la manière de raconter. Le langage souvent, oscille entre le registre vulgaire ou bien oral. (C’est le premier coup qui compte, tout le monde s’en fout de ça, la faisait gerber, niqué les collants, finir à l’horizontale, il l’avait mauvaise etc…)
L’origine italienne de l’héroïne est très développée mais on aurait attendu peut-être plus de sentiments personnels, des sensations, des odeurs. La famille semble assez caricaturale.
Je trouve inutile aussi l’interpellation au lecteur : (comment ne pouvait-on pas être travailleuse avec un grand père qui cassa les cailloux si durement pour nourrir sa famille ?) En même temps, tout le monde s’en fout de ça, ce n’est pas ce qu’on a retenu d’elle. mais bon il y avait eu un antécédent et c’est le premier coup qui compte, n’est-ce-pas ?
En même temps l’histoire assez classique d’une femme qui renonce à sa carrière pour sa famille n’est pas vraiment convaincante. Si elle est si brillante il parait invraisemblable qu’elle échoue à sa licence juste parce qu’elle doit faire la cuisine. Les évènements s’étalent dans un temps un peu trop long, il aurait peut-être été préférable de partir d’aujourd’hui et d’évoquer le passé par bribes.
Des maladresses également dans la construction de certaines phrases :
-à bien repasser le linge, qu’il fallait être disponible pour ses enfants…
- …qui devait être ?
- avec un grand père qui cassa les cailloux si durement pour nourrir sa famille Manière de casser les cailloux ?
- mais bon il y avait eu un antécédent et c’est le premier coup qui compte, n’est-ce-pas ? Je ne comprends pas trop la nécessité de cet aparté
- trop jeune, elle était belle de toute façon, belle au naturel. Vanina alors jeune et brillante…Répétition de jeune très près
-. Et pour le reste, on n’en savait rien. Quel reste ? De quoi s’agit-il ?
- qu’elle était cent fois plus intelligente que lui, ce petit bourgeois assisté.
Opinion générale un peu cliché, comme :
- Sentiment tenace, dévastateur parfois mais très utile pour la manipulation de masse.
- Que veut dire : pouvait fertiliser l’artichaut en toute impunité ?
Le temps des verbes entre présent et passé simple ne me parait pas toujours maîtrisé.
Bref une nouvelle qui gagnerait à être travaillée, simplifiée .

   Pattie   
18/12/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ce texte a du caractère, de la couleur, une vraie ambiance. Les personnages sont caricaturés, mais ils existent. Il aurait gagné à être plus long, pour installer la vie de Vanina, rendre son personnage et celui de son mari moins caricatural, qu'on connaisse ses enfants, ses parents. Là, on passe à toute vitesse dans sa vie, qui, du coup, ne peut être que survolée, et donc caricaturale. Il manque les nuances.
Mais c'était un bon moment !

   Anonyme   
22/12/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le point fort de ce texte réside dans sa longueur, l'effort de l'auteur pour écrire une véritable histoire est notable. Le point faible serait aussi sa longueur parce qu'il m'est arrivé de m'ennuyer, mais c'est mon affaire.

Le choix du style me semble recevable : on écrit comme on a envie d'écrire, ça ne m'a pas dérangée. L'histoire se lit bien, je n'ai pas trouvé de lourdeurs d'écriture.

Je me demande comment des parents italiens, pétris de leur histoire italienne et de la tradition qui veut qu'on donne un prénom de la famille à son enfant... Ils l'ont appelée Vanina ? Et pas Giovanna ? Alors ce sont des fans des sixties exacerbés, fan de Dave aussi... Pardon mais j'ai un doute.

Des pâtes, de la polenta. Pas de viande, pas de gnocchi ? Des plats italiens qui plaisent aux français, une sauce arrabiata...

Des poils ? Et alors ? C'est dans les années '90 que la chasse aux poils fut ouverte. On voit encore dans le catalogue La Redoute des années '80 de très belles toisons brunes à travers les dentelles...

Une histoire romancée et touffue. Une vraie histoire, qui au-delà des invraisemblances se lit jusqu'au bout.


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