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Science-fiction
Sylvaine : Épreuves [Sélection GL]
 Publié le 15/08/19  -  13 commentaires  -  9365 caractères  -  95 lectures    Autres textes du même auteur

« La langue est fasciste » (Roland Barthes)


Épreuves [Sélection GL]


Avec une appréhension mêlée de fierté, Sophia considérait l’épaisseur de l’enveloppe qui contenait les épreuves. Son premier livre ! À Graphipolis, l’enjeu était essentiel : les Écrivains y détenaient le pouvoir. La Haute Administration ne recrutait que dans leurs rangs, et le premier devoir de l’État était de préserver et d’illustrer la Langue. Sophia tirait orgueil d’en être citoyenne. La paix civile y régnait, on y respectait les lois, et les rares contrevenants se voyaient rééduqués par les techniques les plus humaines. Il ne restait qu’une forme de délinquance, entretenue par des terroristes qui voulaient saper l’État. Heureusement, la répression était sévère. Les buts et les méthodes de ces groupuscules faisaient horreur à Sophia.

En tant qu’aspirante, elle aurait quatre jeux d’épreuves à relire : ces corrections successives étaient jugées nécessaires pour purger le texte de toutes ses fautes. Sophia trouvait ce chiffre excessif ; elle ne doutait pas d’atteindre dès la seconde lecture la perfection requise. L’esprit lucide et le stylo en main, elle se mit au travail avec optimisme. Elle dut y consacrer deux jours pleins.

Elle relut le texte ligne à ligne avec une attention extrême, en s’accordant des intervalles de repos quand elle se sentait faillir. Elle écoutait alors une musique apaisante, puis revenait à sa tâche avec une contention accrue. Elle veillait aussi méthodiquement à ses repas, à son sommeil. À ce régime, la moindre faute lui sautait aux yeux comme une verrue sur un beau visage ; certaines la faisaient frémir de dégoût : séreinité, muffle, aîles,impreigner, dés lors. Sur les cent dix pages du livre, elle en dénombra en tout une quarantaine. Son devoir accompli et la conscience tranquille, elle renvoya le tout au Ministère du Contrôle trois jours avant la date imposée.

Pendant la semaine qui suivit, Sophia continua d’entretenir sa forme comme une sportive : nourriture saine et légère, couchers précoces, quelques heures de marche quotidienne, pas de tabac ni d’alcool. Elle comptait se prémunir ainsi contre l’inquiétude fébrile qui minait bon nombre d’aspirants et qui émoussait leurs performances. On citait à mots couverts des cas extrêmes : les uns, perclus de doutes et de compulsions, préféraient renoncer dès la seconde lecture ; d’autres sombraient plus tardivement, victimes d’une paranoïa aiguë. Sophia se jugeait à l’abri de ces dérives, comme de la tentation terroriste qui attirait tant d’incapables. Elle suivait avec passion le procès d’un groupuscule récemment démantelé par la police, et qui encourait à juste titre la peine de mort.

Au bout de dix jours, elle reçut le second jeu d’épreuves. Elle en aborda la relecture avec confiance, comme une formalité nécessaire mais sans enjeu. Aussi fut-elle surprise de découvrir, embusquées dans le tissu du texte, des fautes qui lui avaient échappé la première fois : erreurs d’accent, de ponctuation, menus problèmes de syntaxe. Dès lors son travail lui devint plus pénible. Elle relisait plusieurs fois tel paragraphe, revenait sur telle page, consultait le dictionnaire avec un excès de scrupule pour vérifier l’orthographe des mots les plus courants, événement, alléger, le genre d’après-midi ou de campanile. Longuement, elle se demanda si elle maintiendrait un archaïsme comme prêt d’éclore. Son bel équilibre s’émiettait peu à peu. Elle s’était remise à fumer, à grignoter des sucreries. La nuit, elle se relevait dans un demi-sommeil pour relire encore une phrase douteuse. Cette fois, elle utilisa tout le délai qui lui était imparti. L’enveloppe envoyée, elle tenta de retrouver son calme en s’imposant à nouveau sa discipline de sportive. Comme elle n’y parvenait pas, elle décida de meubler ses insomnies en sortant avec excès. Cependant, elle suivait le procès avec une excitation accrue ; les arguments de la défense l’indignaient, qui faisaient de ces criminels sans excuse des idéalistes pervertis.

Elle souffrait d’une lassitude inquiète quand elle reçut le troisième jeu d’épreuves. Épreuves, murmura-t-elle quand elle ouvrit l’enveloppe : elle appréciait enfin l’adéquation du mot. Dès les premières pages, l’angoisse la mordit au cœur : il restait encore des fautes grossières, comme lorqu’il ou appochait, dont l’agressait l’évidence maligne. Comment lui avaient-elles échappé ? Le vertige la prenait : elle doutait de la lucidité de son esprit, de l’acuité de son regard. Elle doutait aussi de sa mémoire, en croyant reconnaître des formes corrigées précédemment et de nouveau erronées. Se pouvait-il que les Censeurs les aient sciemment réintroduites ? Elle avait toujours cru en l’État, en sa bienveillance souveraine. Cette hypothèse révoltante sapait les assises de sa foi. Elle s’empressa de la repousser, se raisonna : son désarroi était sans objet. Elle avait certes sous-estimé l’épreuve, mais elle avait encore droit à deux lectures. Restait à montrer une attention accrue ; la victoire était à portée de sa main.

Sophia relut donc le texte mot à mot, lettre à lettre, puis recommença deux jours plus tard. Les termes les plus familiers prenaient un aspect insolite, comme les idéogrammes d’une langue inconnue : appeler, j’appelle, j’appèle ? Elle feuilletait fiévreusement les pages d’une vieille grammaire, puisque le dictionnaire ne lui suffisait plus. Les erreurs se cachaient dans la forêt des signes, comme des lutins malicieux, des caméléons qui se confondaient avec l’écorce et reparaissaient en pleine lumière dès qu’elle détournait les yeux. Pour mieux les surprendre, elle relisait au hasard avec une inattention feinte. Elle découvrit ainsi dans les replis du texte quelques doubles lettres intempestives. Instruite désormais par l’expérience, elle ne jugeait plus l’échec inconcevable. Malgré tant de soin, d’autres fautes pouvaient lui échapper lors de la lecture ultime. Il suffisait d’une. Une faute et tout s’effondrait.

Mangeant et dormant sans horaire fixe, elle consumait rapidement ses forces sans plus réussir à se distraire. Son esprit trop fébrile ne s’accrochait à rien. L’obsession hantait jusqu'à ses rêves : elle y corrigeait un texte où les fautes se renouvelaient sans fin comme les cellules d’un cancer. Même l’exécution des terroristes, qui fut transmise en direct, ne retint que brièvement son intérêt. L’œil atone, elle regarda brûler les livres subversifs qui leur coûtaient la vie sans puiser la paix dans le spectacle de la justice rendue. Le lendemain, elle mit les épreuves dans une enveloppe, la cacheta, la décacheta pour y jeter encore un coup d’œil. Elle les posta enfin au prix d’un effort énorme, et se rongea davantage. Les jours qui suivirent ne lui apportèrent que peu de soulagement.

Quand lui parvint le dernier envoi, elle resta une journée sans l’ouvrir, saisie d’une horreur sacrée devant le sigle du Ministère. À l’aube, un sursaut de volonté la décida. Elle se remit au travail, et s’aperçut bientôt que le souvenir du texte se substituait malgré elle aux pages imprimées. En anticipant chaque mot, chaque lettre, il émoussait son regard. Elle fut prise d’un accès de panique, s’interrompit, fuma deux cigarettes qui aggravèrent encore la tension de ses nerfs. Puis reprit sa lecture en s’efforçant de pallier les pièges de sa mémoire grâce à une application plus implacable. Rongé par cette minutie exténuante, le texte se dissolvait sous ses yeux : la progression du récit, l’enchaînement des paragraphes, la composition des phrases, rien n’échappait à cette désagrégation du sens.

Enfin, elle acheva son pensum. Elle n’avait trouvé que cinq fautes, et pouvait espérer qu’il n’en restait aucune. Pourtant cette hypothèse raisonnable ne la satisfaisait pas. Elle voulut procéder à un dernier contrôle. Dès la troisième page, son regard buta sur leurs orbites. Orbite n’était-il pas féminin ? Avec une terreur rétrospective, elle accorda l’adjectif. Leures orbites. Voilà qui était plus agréable à l’œil. Ce fut quarante pages plus tard qu’elle prit conscience de son erreur : elle avait frôlé la catastrophe. Ramenée à la sagesse, elle comprit qu’il était temps de s’abandonner à son destin.

Sophia attendit la proclamation des résultats avec une sérénité paradoxale : elle n’était plus responsable de son sort. Le moment venu, elle se rendit au Ministère du Contrôle où le Censeur Suprême, par ordre de mérite, dévoilerait les noms des aspirants admis au grade d’Écrivain stagiaire. Tandis qu’elle écoutait la Voix de Graphipolis, un froid de glace s’insinuait en elle. Le dernier nom fut prononcé, et ce n’était pas le sien. On lui avait refusé l’imprimatur. Elle ne serait jamais Écrivain.

La procédure voulait qu’elle fît amende honorable et reconnût publiquement sa faute. On lui redonna son texte, où elle découvrit dès la première lecture qu’absorbée par le détail, elle avait négligé une omission funeste dans une phrase élaborée dont elle était assez fière : le verbe principal manquait, laissant le sujet en suspens. L’ensemble était dépourvu de sens et l’anacoluthe indéfendable. Il lui restait à subir son châtiment.

Comme l’erreur était involontaire, l’exécution serait sans douleur. Les terroristes, eux, publiaient des livres clandestins et truffés de fautes intentionnelles. Aussi leur sort n’était-il pas si doux.


 
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   poldutor   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Brrr !
Cela fait froid dans le dos, heureusement, sur Oniris les fautes d'orthographe sont corrigée par l’Équipe de Correction...sans punition.
Courte nouvelle très bien écrite ; j'ai cependant buté sur le mot "contention" :"puis revenait à sa tâche avec une contention accrue" ?
N'est-ce pas plutôt : "concentration" ?
Cordialement.
poldutor E.L

   hersen   
19/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Cette position extrême par rapport à la justesse de l'écriture fait froid dans le dos et n'est pas très incitante !

J'ai assez bien aimé le déroulement des relectures, l'attitude de Sophia, de sûre d'elle à hyper stressée (on le serait à moins vu l'enjeu !) les fautes qu'elle finit par faire (leures est excellent :)

Par contre, tout ceci me semble trop en suspend. 0n comprend, bien sûr, que celui qui fait des fautes est exécuté, mais tout cela reste pour moi très nébuleux et je ne cerne pas le message de l'auteur.
Une fois ma lecture terminée, il me reste de l'histoire un point d'interrogation. Où cela mène-t-il ? Si l'histoire s'arrête là, quelle est la critique, l'idée qui devrait surgir ?

   Corto   
23/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'inspiration qui guide cette nouvelle est originale. Surtout pour venir s'égarer sur Oniris...

"Graphipolis" où les Écrivains détiennent le pouvoir est donc une tyrannie qui n'attire pas vraiment ceux qui veulent coucher leurs pensées sur le papier.

Il y a une belle amertume dans le déroulement du récit, amertume vis-à-vis de ceux qui sont avant tout les gardiens de la forme jusqu'à mettre en place des procédures absurdes.

Car le plus original est qu'on ne saura rien de rien sur le contenu du livre. Quel est son thème, son objectif, son déroulement: non en n'en saura rien.

Le livre est ici instrument de sélection dans la société et l'accès à l'emploi, comme barrage aux impudents qui ne respectent pas la forme établie.

On peut lire cette nouvelle à plusieurs niveaux, fiction, réalité, archaïsme, tyrannie, provocation.

Une telle démarche iconoclaste est réjouissante.

Bravo à l'auteur.

   maria   
15/8/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Sylvaine,

Tout d'abord, une phrase m'a choquée :" qui encourait à juste titre la peine de mort" ; " à juste titre " ? ; je ne comprends pas !

Je vais essayer, néanmoins, d'utiliser le même procédé que la candidate face à un texte et m'intéresser à : " la progression du récit, l'enchainement des paragraphes, la composition des phrases ".
Le récit rend compte du parcours difficile d'une postulante à un examen, à un titre et dans quel contexte, ceci de manière cohérente. Chaque paragraphe tient ses promesses d'explications ce qui donne un ensemble crédible. L'auteure a pris soin de la ponctuation ; je n'ai pas buté sur les longues phrases.


L'égocentrisme du personnage est hallucinant, mais pas assez développé. Elle met toutes ses forces physiques et intellectuelles dans la quête de sa réussite personnelle, insensible à l'oppression générale; il n'y a pas d'invitation à réfléchir.

Elle veut écrire à n'importe quel prix mais elle ne sera pas leur Ecrivain. Tant mieux pour elle, non ?

Je suis restée distante de l'histoire et du personnage. Dommage.

Merci pour le partage et à bientôt.

   Dugenou   
15/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Sylvaine,

Au départ je me suis demandé pourquoi ce texte effrayant était dans la catégorie SF. Et petit à petit, j'ai pris conscience de la dystopie qui me rappelle un peu Farenheit 451, allez savoir pourquoi. Pourtant l'idée de base n'est pas la même : écrivains au pouvoir, dictature de la bonne orthographe, terroristes semant la zizanie avec des livres intentionnellement bourrés de faute... on nage en plein cauchemar ici... Comme toutes les dystopies, ça colle des frissons.

Dugenou.

EDIT : j'ai retrouvé le passage parlant d'un autodafé de livres subversifs... ce qui m'avait fait penser à Bradbury ;)

   GillesP   
16/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Sylvaine,
J'ai trouvé votre nouvelle bien écrite. Le style, un peu froid, est en adéquation avec le contenu. Cette dystopie est originale, car elle prend le contre-pied de la tradition, qui imagine plutôt la disparition du livre. Dystopie peu réaliste, du reste, la société allant plutôt vers la toute puissance de l'image, à mon avis. Mais on ne demande pas forcément à une dystopie d'être réaliste.

L'évolution psychique du personnage est bien rendue.



Mais la fin me laisse songeur, voire perplexe. Que doit-on en comprendre ? L'alternative serait le pouvoir ou la mort ? Dans ce cas, j'ai du mal à m'imaginer agir comme Sophia. Je m'abstiendrais plutôt d'envoyer mon texte aux dirigeants de la ville.

Au plaisir de vous relire.

   senglar   
16/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Sylvaine,


J'ai de tout temps trouvé le mot "anacoluthe" antipathique. Là je vais aller le recouvrir au gros feutre noir dans tous mes dictionnaires, il m'est insupportable de constater qu'une rupture de construction puisse avoir pour conséquence une rupture d'ané..., une rupture d'existence.

Anacoluthe ! Brisure ! Oh précipice fatal au cycle de Sophia !
Je m'en vais de ce pas te gommer d'un noir bandeau de deuil...

Na !

Au fait, j'accorde beaucoup d'importance au choix des noms et prénoms dans les nouvelles, pourquoi Sophia ?
(à la mode dans les pays de l'Est aujourd'hui ?)
Sophia est d'origine grecque et signifie "Sagesse"... Je cherche là hein...
Et pourquoi "Epreuves"
(Vous expliquez le double sens, j'ai aimé)
Juste retour du destin pour cette dame qui demanda (Histoire Sainte) à ses trois filles d'accepter le martyre et qui s'y voit ici soumise à son tour. Exécution sans douleur, martyre atténué.
Je cogite là hein...
ça ne mène peut-être à rien.

Bien écrit. Densément, mais à Graphopolis Dura Lex Sed Lex ça peut se comprendre.

De la science-fiction sans fusées ni insectes, ni mutants. J'adore :)


Senglar

   aldenor   
16/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une idée originale.
A contre-courant, aujourd’hui que se désagrège l’orthographe. L’anti-Farenheit 451. On ne brûle plus les livres. On condamne ceux qui se moquent de l’écriture. Finalement c’est les dictatures qui sont en cause, dans un sens ou l’autre.
L’écriture est précise. Il le fallait, pour tenir la gageure. Un passage est magnifique :
« Les erreurs se cachaient dans la forêt des signes, comme des lutins malicieux, des caméléons qui se confondaient avec l’écorce et reparaissaient en pleine lumière dès qu’elle détournait les yeux. Pour mieux les surprendre, elle relisait au hasard avec une inattention feinte. »
Mais un petit flou enveloppe l’intrigue. On ne comprend pas bien d’où viennent les erreurs grossières que Sophia découvre dans un texte qui est le sien. Ensuite, on a l’impression qu’elle s’enfonce de plus en plus, sombre dans une sorte de démence, au point culminant d’imaginer « Leures orbites. ». En même temps, une conspiration est suggérée « Se pouvait-il que les Censeurs les aient (les erreurs) sciemment réintroduites ? » . Et finalement elle ne s’en sort qu’avec un verbe manquant et un « doux châtiment »….

   Cat   
18/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Votre nouvelle est jubilatoire, Sylvaine. Ce récit (de SF, soit !) me fait doucement rigoler tant il me reporte à cette période de ma carrière où mon travail consistait à relire les textes de ''grands hommes''. Et mon dieu m'est témoin que les grands hommes n'ont pas l'écriture parfaite, pas plus eux que bien d'autres, d'ailleurs, loin s'en faut !...

Alors je trouve particulièrement bien vu la dégringolade de cette obsession de Sophia à écrire tip top. D'abord la confiance sans limite qui campe fièrement sur ses certitudes, puis à chaque relecture, la petite bête insidieuse qui monte, qui monte, prenant un malin plaisir à squatter dans l'ombre au détour d'un mot archi connu, jusqu'à la faire douter de tout.

J'ai l'impression d'avoir lu ici les affres de l'auteure lorsqu'il s'agit de présenter un travail exemplaire pour l'édition. Je me trompe peut-être, mais quoi qu'il en soit je me suis bien amusée à suivre les mésaventures si familières de votre personnage.

Merci pour ce bon moment de lecture.


Cat

EDIT : la quête de la perfection est une tyrannie dont il faut chercher à s'absoudre au plus vite. Plus vite on comprend que nul n'est parfait, mieux on se porte... :))

   plumette   
21/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Excellent titre pour un texte au thème et au traitement que je trouve original. Et là je bute déjà sur une difficulté! Ma phrase est-elle correcte? Dois je mettre un pluriel à original ou alors écrire "aux thème et traitement que je trouve originaux"

J'imagine volontiers que le point de départ de l'histoire prend sa source dans une réalité vécue par l'auteur! qui a du avoir l'occasion de faire des relectures harassantes pour traquer les fautes dans un de ses manuscrits.

comme d'habitude, l'écriture est en phase avec le fond du récit, la langue est précise et riche.

L'évolution de Sophia est très bien rendue, j'ai particulièrement aimé sa "déroute" avec le mot orbites.

je suis un peu réservée quant à la fin et au sort qui attend Sophia. J'aurais préféré qu'il n'y ait pas un tel enjeu et que le stress de Sophia soit plus directement lié à ses incessantes relectures qui exacerbent les penchants obsessionnels.

Merci pour cette lecture

   thierry   
4/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bravo pour cette très belle idée, un monde qui se veut si pur qu'il n'est plus que destruction. Cette allégorie en effet à contre-courant du laisser-aller, de la facilité est très bien vue.
J'ai des réserves sur l'exploitation. Pourquoi ne pas dire dès le départ qu'une faute d'orthographe mène à la pendaison ? J'ai eu un doute sur les enjeux, je n'étais pas très sûr de comprendre qui pouvaient bien être ces terroristes.. La suggestion n'est pas évidente et j'aurais suffisamment confiance en la solidité de l'histoire pour dire les enjeux avant le jeu.
Bon, ce n'est qu'un point de vue.
Enfin, le style y est, le rythme, la progression. Tout coule assez facilement et je me suis inquiété avec Sophia de la catastrophe imminente.
Peut-être revoir la phrase conclusive qui me laisse un goût d'inachevé.

   jfmoods   
7/9/2019
Les majuscules ("Écrivain", "Écrivains", "Haute Administration", "Langue", "État", "Ministère du Contrôle", "Censeurs", "Censeur Suprême") et le nom de la ville ("Graphipolis") mettent en lumière une contre-utopie à l'oeuvre. Tout écrit non-orthodoxe est interdit (les contrevenants, qualifiés de "terroristes", sont systématiquement exécutés) et on enferme les aspirants écrivains dans un processus laborieux et exigeant ("elle aurait quatre jeux d’épreuves à relire").

Nous sommes dans un monde où la contestation du pouvoir s'exerce par le dynamitage du langage officiel. Celui-ci est devenu le terrain de jeu de la dissidence.

L'écrivain n'est plus un individu libre. Il est devenu un fonctionnaire à la solde, à la botte de l'état. Le fait de brûler les livres apparaît comme un clin d'oeil à "Fahrenheit 451".

Montre-moi comment tu corriges et je saurai qui tu es.

On ne peut pas dire que la protagoniste soit une rebelle en herbe ("Sophia tirait orgueil d’en être citoyenne", "Les buts et les méthodes de ces groupuscules faisaient horreur à Sophia"). Au fil des corrections, elle se refuse à soupçonner une quelconque manipulation ("Elle avait toujours cru en l’État, en sa bienveillance souveraine. Cette hypothèse révoltante sapait les assises de sa foi. Elle s’empressa de la repousser, se raisonna : son désarroi était sans objet").

Cependant, un défaut rédhibitoire la condamne à échouer : elle se montre d'emblée trop sûre d'elle ("Sophia trouvait ce chiffre excessif ; elle ne doutait pas d’atteindre dès la seconde lecture la perfection requise", "elle renvoya le tout au Ministère du Contrôle trois jours avant la date imposée"). Elle fait immanquablement penser à Syme, ce personnage de "1984" un peu trop zélé.

Une grande confiance en soi peut conduire, à court ou moyen terme, à l'indépendance d'esprit. Or un pouvoir totalitaire n'a nul besoin de citoyens capables de penser par eux-mêmes : il a besoin d'exécutants efficaces et obéissants.

Le sort de Sophia est donc scellé.

Au fil des envois, l'aspirante voit la belle armure de ses certitudes se fissurer de toutes parts ("Longuement, elle se demanda si elle maintiendrait un archaïsme comme prêt d’éclore", "Elle souffrait d’une lassitude inquiète", "l’angoisse la mordit au cœur", "Pour mieux les surprendre, elle relisait au hasard avec une inattention feinte", "L’obsession hantait jusqu'à ses rêves : elle y corrigeait un texte où les fautes se renouvelaient sans fin comme les cellules d’un cancer").

Le pouvoir va la détruire à petit feu, l'amener à ce point de non-retour où elle acceptera docilement la sanction qui l'attend ("le verbe principal manquait, laissant le sujet en suspens. L’ensemble était dépourvu de sens et l’anacoluthe indéfendable.").

On peut considérer que le double sens du titre est à visée ironique, les dés étant pipés depuis le début. L'entête barthésien prend alors tout son sens : la langue est bien une impitoyable machine à broyer.

Merci pour ce partage !

   Alcirion   
7/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Sylvaine,

J’avoue que le premier paragraphe ne m’a pas emballé mais au final, j’ai eu raison d’aller contre mon humeur et de dépasser cet à priori :)

Le texte parlera à tous ceux qui se sont trouvés un jour à devoir faire face à un projet de publication et au-delà… aux correcteurs. La dystopie est surtout un cadre pour une satire très noire qui offre un champ de réflexion intéressant. Ce n’était peut être pas ton intention, mais ça m’a fait penser aux affres maniaques qui peuvent saisir un auteur concernant le perfectionnisme. La tentation est toujours grande de revenir sur un texte pour changer un morceau de phrase, un mot, une virgule. Surtout quand le texte dort sans lecteurs pendant des années… Mallarmé est resté dix-huit ans sur le sonnet en yx et or et il est mort sans en être complètement satisfait...

Le style est précis, sans fioritures, volontairement froid, déshumanisé, ce qui colle bien au genre choisi et fait penser à Orwell et Huxley. Bref, un bon moment de lecture avec un suspense qui tient le lecteur jusqu’au bout.


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