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Tadiou : Le roi est nu [Sélection GL]
 Publié le 04/08/17  -  8 commentaires  -  9232 caractères  -  67 lectures    Autres textes du même auteur

La synapse (du grec σύναψις, syn = ensemble et haptein = toucher, saisir ; signifiant connexion) désigne une zone de contact fonctionnelle qui s'établit entre deux neurones, ou entre un neurone et une autre cellule (cellules musculaires, récepteurs sensoriels…).


Le roi est nu [Sélection GL]


Les parents de Jérôme étaient séparés et vivaient à plusieurs centaines de kilomètres l’un de l’autre. Il avait seize ans et était leur seul enfant, vivant avec sa mère dans un quartier défavorisé d’une grande ville, une « zone sensible » comme on dit. Il communiquait beaucoup avec son père, principalement par Internet. Il lui envoya dernièrement un courriel dont voici des extraits :


« On nous a dit de ne pas nous occuper de tout ça, de ne pas perdre notre temps à y réfléchir, que ce n’est pas de notre niveau. Nous n’avions qu’à apprendre par cœur, appliquer et exécuter. La compréhension en profondeur, c’est pour d’autres… »


Son père lui écrivit en réponse : « Méfie-toi de ces paroles doucement chuchotées : "Dormez, dormez braves gens ; ne vous tracassez pas, ne vous torturez pas en vain les méninges et ne brutalisez pas vos synapses. Nous réfléchissons avec bienveillance à votre place. Reposez-vous sur nous et faites-nous confiance".


Je te donne deux illustrations de cet engourdissement de la pensée.


La première est résumée du conte d’Andersen « Les habits neufs de l’Empereur ».


*** Il était une fois un roi, bien sûr imbu de sa personne, qui aimait se pavaner dans des vêtements de luxe. Deux tisserands-escrocs lui proposent de lui tisser des vêtements invisibles, que seules les personnes intelligentes pourront voir. Le roi accepte. Plus tard il se dénude entièrement et les deux escrocs font semblant de le vêtir après avoir fait semblant de tisser. Le roi, émerveillé, affirme alors qu’il voit avec admiration ces habits magnifiques : il ne veut pas paraître sot !!! De même pour ses courtisans, puis pour la population au milieu de laquelle il se promène nu. Jusqu’à ce qu’un enfant s’écrie spontanément et innocemment : « Le roi est tout nu ! » ce qui met fin à la supercherie. ***


Les gens voyaient bien que le roi était nu, mais ils refusaient d’en tenir compte, pour se plier aux injonctions du pouvoir affirmant que le roi était vêtu de magnifiques habits spéciaux. Ces gens n’osaient pas croire leur intellect, refusaient de faire confiance à leur intelligence. Ils refusaient de penser ; par peur, par conformisme…


Voilà la deuxième illustration.


*** C’était il y a longtemps et c’était ailleurs, un pays au pied de collines et de montagnes.


Il réussissait peu à peu à se rapprocher de la frontière. Il entendait de plus en plus distinctement le galop des chevaux et les aboiements des chiens derrière lui.


Ce peuple-là était un peuple très étrange.


Presque a-culturel, presque a-mathématique, il était pourtant structuré par une hiérarchie féroce symbolisée par des nombres.


C’était le règne des castes. Numérotées de 1 à 12.


Au-delà de 12, c’était le grand inconnu. Parmi les gens qui connaissaient « 12 » personne ne semblait savoir ce qui suivait. Au-delà, on évoquait un Grand Chef, un Souverain Tout Puissant. On parlait d’un roi. On disait qu’on vivait dans un Royaume.


Chaque membre d’une caste connaissait son numéro et les numéros inférieurs ; il n’avait aucune idée de ce qu’il y avait au-dessus : c’était comme une grande obscurité. Il était strictement interdit de communiquer son propre numéro à un membre d’une caste inférieure, sous menace d’une mise-à-mort des plus horribles. Les membres d’une caste étaient totalement les esclaves des castes supérieures ; ils leur devaient obéissance en tout : travail, sexe, plaisirs…


En effet, ils se reconnaissaient entre eux par les couleurs de leurs vêtements : chaque caste avait la sienne.

Blanc pour le 1, la lie, les moins que rien, taillables et corvéables à merci, esclaves de tout un chacun.

Noir pour le 12, couleur des Seigneurs et Maîtres, avec Droit Universel de cuissage, de vie et de mort.

Entre les deux : rouge, jaune, vert, bleu et leurs nuances.


Ces castes vivaient dans des quartiers bien différenciés. Sur les hauteurs avec un bon air pur pour les castes supérieures ; vers le bas, au pied des collines, dans les miasmes des marais, pour les inférieures.


Quand un être s’était montré obéissant pendant un temps suffisamment long, il était intronisé de façon mirifique dans la caste supérieure : somptueuse cérémonie en présence de membres de sa nouvelle caste ; discours, trompettes, tambours, fleurs, chants, hourras, libations, danses. Solennellement on révélait à l’Heureux Élu le nombre correspondant à sa nouvelle caste. Ainsi il apprenait, par exemple, que 8 suivait 7, ce qu’il n’aurait jamais imaginé. C’était une révélation sublime, de grandes vibrations de bonheur.


Démocratès, aux noirs cheveux crépus, était, bizarrement, un jeune homme très curieux, (pourquoi donc ?), s’interrogeant, depuis sa tendre enfance, sur toutes les choses de la vie : le soleil, la lune, le vent, les arbres, la pluie, et les hommes, et les femmes… Il savait que le domaine des nombres constituait un sujet tabou, sous peine de mise à mort. Ça ne l’empêchait pas d’y réfléchir secrètement et de méditer. Ses parents faisaient partie de la caste n°7.


Il avait été un enfant difficile et capricieux, avec de grandes colères et de grandes angoisses. Hyper sensible il réagissait de manière très forte à ce que d’autres considéraient comme des événements mineurs. Seul son grand-père était capable de l’apaiser. Parfois ils avaient tous les deux de longs conciliabules sur lesquels ils gardaient soigneusement le secret. Ensuite Démocratès était encore davantage perdu dans ses pensées.


Une nuit, bien plus tard, ce fut un long rêve. Son grand-père, qui n’était plus de ce monde depuis des années, lui chuchotait de longues phrases à l’oreille, dans lesquelles il était question de nombres.


1... 2... 3... 4... 5... 6… 10… 15… 20…


Il s’éveilla fiévreux, tourmenté. Tout se bousculait dans son esprit.


Et tout à coup il s’écria : « Euréka ! » ce qui signifiait :

« Mais, bon sang, c’est bien sûr ! Diantre ! Comment diable n’y avais-je pas pensé plus tôt ?

C’est évident ! »


Et il se mit à compter, d’abord en silence ; 13 après 12… 20 après 19… Quel émerveillement ! Mais aussi quelle révolution ! Le ciel lui était tombé sur la tête.


Dès lors que faire ? Se taire ? En parler ? Agité, en proie à de lourdes angoisses, le front brûlant, il alla trouver son ami Hephaistion. Ils bavardèrent… Hephaistion se rendait bien compte du trouble de son ami. Il l’interrogea. Des silences, puis : « J’ai fait une trouvaille très lourde. Il faut me promettre de garder cela pour toi. C’est trop dangereux. Voilà : ». Et il se mit à compter…


Coup de tonnerre…


Le lendemain Hephaistion, sous le sceau du secret, le révéla à… Puis…


Le murmure s’amplifia, la brèche s’agrandit.


Et il apparut finalement à des foules qu’ils vivaient sous un énorme bluff se découvrant maintenant (comme il était apparu à l’enfant, puis à toute la foule, que le roi était nu). Au pied des collines les rues se mirent à gronder.


Deux jours plus tard, les soldats, avec leurs chiens et leurs lances, envahirent la maison de Démocratès. Il était parti dans la montagne à la recherche de cristaux. On put le prévenir.


La furieuse chasse à l’homme était lancée, par toutes les polices et les armées du Royaume.


Il ne faut jamais révéler que le roi est nu.


Il réussissait peu à peu à se rapprocher de la frontière. Il entendait de plus en plus distinctement le galop des chevaux et les aboiements des chiens derrière lui.


Mais l’Histoire et la Raison avançaient et tout un peuple prenait lentement conscience de l’immense subterfuge, se libérant progressivement de son oppression, non sans batailles, non sans morts. Ce fut du tumulte, du bruit et de la fureur. Ceux des marais se lancèrent en longues cohortes à l’assaut des collines, avec des pelles, des pioches, des faux, des marteaux, des gourdins... En face il y avait les soldats avec leurs armes et leurs dogues. Certains d’entre eux n’étaient pas très éloignés des marais, à peine à mi-pente : ils prirent le parti des insurgés. Il y eut beaucoup de sang.


Finalement cette société injuste et cruelle s’écroula.


On attend maintenant Démocratès, pour le fêter en héros, comme le nouveau Messie. On ne sait rien. On est parti à sa recherche. Peut-être un jour… ***


Voilà cette histoire. Peu importe en réalité de connaître la suite, de savoir ce qu’est devenu Démocratès, de savoir comment vivait précisément cette société tellement cloisonnée… L’important n’est pas là. L’important est l’illustration d’une absence de pensée et de ses conséquences.


On peut aussi se demander comment le voile s’est déchiré pour Démocratès. Son rêve, son grand-père, y étaient sans doute pour beaucoup. Je pense que tu as compris tout seul qu’en fait tout le monde avait la capacité élémentaire de compter. Mais les gens bloquaient leur réflexion et leurs capacités, pour se conformer au pouvoir, par paresse et par peur. Comme les sujets du roi qui refusaient de voir qu’il était tout nu.


Alors quand quelqu’un te dit : "Ne réfléchis pas, c’est trop haut pour toi, laisse-moi faire", passe ton chemin et fais carburer tes synapses !!! SOIS TON PROPRE MESSIE. »


Fulgurant déclic pour Jérôme ! Immense prise de conscience !


Et il prit son envol…


 
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   Anonyme   
13/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Commenté en EL

J'aime beaucoup ce texte mais je l'aurais volontiers classé en "Réflexion/Dissertation" plutôt que dans cette catégorie "fantastique/merveilleux"

J'aime bien cette manière didactique de répondre au questionnement de cette jeune personne.

Merci pour ce partage

   Donaldo75   
19/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien
(Lu et commenté en EL)

Bonjour,

J'avais lu la première mouture de ce texte dans le même espace lecture qu'aujourd'hui. Il m'avait semblé alors incomplet, pas assez développé.

Aujourd'hui, il a un vrai début, même s'il reste très synthétique, comme si l'auteur voulait rentrer directement dans le vif du sujet, l'histoire de Democrates.

Je pense néanmoins que l'histoire centrale est le plus intéressant de ce texte au contenu moral, presque philosophique, parce que la narration est prenante. Le reste, surtout la fin, est survolé, comme si l'auteur n'avait pas su quelle direction prendre après avoir raconté une telle histoire.

Merci pour la lecture,

Donaldo

   hersen   
4/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Raconter des contes pour illustrer le propos de l'auteur n'est pas mal vu, mais je trouve le tout un peu flou. Notamment concernant la suite des nombres. 20 ? pourquoi 20 ? le mot en soi n'est pas si intéressant, c'est le concept qui compte, les mots viennent après.
Ce texte me laisse un peu sur ma faim à chaque étape.
De plus, mais ce que je dis est certainement contestable, il me semble que ces contes ne correspondent pas, pour inciter à avoir sa propre réflexion, à un jeune de 16 ans. Je verrais un enfant beaucoup plus jeune, à un âge où l'on a besoin d'imager. A 16 ans, on a en principe déjà un bagage littéraire plus conséquent pour nous amener à nous poser des questions. A plus forte raison si cet enfant a été accompagné intellectuellement par son père, comme le suggère le début.

Edit 4/8 : j'ai supprimé ma première phrase puisque je vois que la nouvelle a changé de catégorie.

   zorglub12   
4/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Histoire : 2/5 Jérôme, un adolescent, est mis en garde par son père sur la nécessité de penser par soi-même. C'est mince. Pourquoi? Qu'est-il arrivé à ce père pour que cette mise en garde professée sur un ton très scolaire existe? Il ne s'adresse pas à lui comme à son fils, mais comme à n'importe quel élève.
Le concept intéressant dans l'histoire des castes par nombre, c'est que chaque couche est le bourreau de la couche inférieure. Je vois là une réflexion beaucoup plus intéressante à creuser que le sempiternel "si tu ne réfléchis pas à ta vie, quelqu'un d'autre le fera pour toi".

Personnages: 1/5 On est en catégorie "réflexion/dissertation", ok, mais les personnages sont inexistants. Jérôme, son père, qui sont-ils? Démocratès est le personnage central en réalité et lui aussi n'est qu'une pensée, pas un personnage de chair et de sang.

Style: 2/5
Plat. Rien à dire. Je n'ai pas trouvé une phrase qui m'ait accroché. On dirait le style d'une dissertation. Lé résumé du conte d'Andersen est inutile.

Ressenti global: L'introduction est la promesse non tenue d'une réflexion très académique. Cela ne secoue pas beaucoup le cocotier de la pensée.

   Jean-Claude   
7/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Tadiou.

J'ai failli ne pas commenter puis j'ai lu un fil où, à juste titre, quelqu'un suggérait de commenter les catégories qui ne nous attiraient pas.

J'ai apprécié le fond mais pourquoi ce titre puisque la société numérale est bien plus développée ?

En fait, j'aurais plus apprécié un conte, sur la société numérale par exemple. Je trouve que l'encadrement par le dialogue père-fils n'apporte pas grand chose.

A une prochaine lecture.

   vb   
9/8/2017
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↓
Désolé mais je n'ai vraiment pas aimé.

Le sujet m'a semblé banal, évident, tautologique, que sais-je encore? Faut-il tant de mots pour nous apprendre que "Deux et deux quatre / quatre et quatre huit / huit et huit seize... / Répétez ! ..." est une pédagogie surannée.

Pour la forme : les deux textes en incise sont plus longs que le récit cadre.

Le premier est un résumé d'un conte connu. Donc sans intérêt.

Le second pourrait être intéressant s'il était le corps du texte. Il s'agit aussi d'un conte et d'un conte que je ne trouve pas bien écrit, où la poésie est absente et où la morale est dite dans toute sa platitude par le père du récit cadre. J'ai beaucoup aimé 22! de Marie-Aude Murail. Un dictateur décide d'interdire l'usage de la lettre V. Il s'agit aussi d'un conte et là aussi on parle de liberté, mais avec plus de poésie.

Le récit cadre ne permet pas de comprendre ni les personnages ni le contexte dans lequel ils vivent. Pas de lumière, pas de son, pas d'odeur, pas non plus de description visuelle. En surplus on ne sait pas qui est le "on" de l'extrait d'e-mail cité.

Le père utilise une forme ampoulée ("Méfie-toi de ces paroles doucement chuchotées") à la manière d'un conteur oriental. Désolé mais pour moi ça ne cadre pas avec le contexte moderne d'une famille éclatée ne communiquant que par e-mail.

Sans rancune,
Vb

   Pouet   
10/8/2017
Bjr,

Alors pour ce qui concerne le fond, il semblerait que cela porte sur la "désinformation" au sens large. Et, qu'en gros, il vaut mieux acheter le Canard Enchaîné que de se farcir quotidiennement le journal de TF1. Enfin c'est ce que je crois comprendre et j'applique ce précepte à la lettre.

Le thème me plaît donc même si bien évidemment la réflexion n'a rien de bien "innovant" ou de révolutionnaire, mais pourquoi devrait-on l'être à tout prix?

Sur la forme, je crois comprendre que la première fable est tirée d'un conte d'Andersen et que la seconde est de votre cru, mais peut-être pas, je m'interroge du coup sur"l'originalité" ou non de cette deuxième illustration. Peu importe me direz-vous. Certes.


Il est question d'asservissement et "d'omerta" dans ce second conte et il est interdit aux membres d'une caste supérieure de révéler son numéro aux subalternes mais la couleur des vêtements ne peut-elle pas éclairer les membres d'une caste inférieure sur le rang des autres? Je n'ai pas tout bien saisi je crois. Je suis un peu benêt mais cela m'a semblé manquer un brin de clarté ou alors je suis passé à côté d'un détail révélateur. Pourquoi ne s'interrogent-ils pas aussi sur les couleurs et seulement sur la suite numéraire?

Ce peuple et son Démocratès sont-ils censés représentés les prémices de la démocratie? On le suppose.

Je pense avoir saisi en gros l'intention de ce père, de voir son fils "penser par lui-même", d'avoir "l'esprit critique" et ne pas se contenter des évidences.

Ce qui me manque le plus au final, je crois, c'est le côté un peu "froid" de l'ensemble, tout se passe par mail. La "chaleur humaine" m'a fait un peu défaut, sans doute que cela est voulu, que cela fait parti de la réflexion d'ensemble, les réseaux sociaux etc...

Bon je ne suis pas certain d'avoir été très clair ni très constructif mais cela reflète un peu mon impression à la lecture. Cela manque pour moi un peu de clarté, de développement (psychologie des personnages notamment).

Au plaisir.

   Camille-Elaraki   
29/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé la mise en abyme, surtout que ces deux petits contes sont très agréables à lire. Par contre je trouve la chute un peu insipide. Et je ne saisis pas très bien pourquoi on comprend que le roi est nu dès qu'un enfant le remarque. Après tout, on peu être très jeune et peu intelligent, non ?


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