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Sentimental/Romanesque
vb : Les Flamands [Sélection GL]
 Publié le 06/08/17  -  15 commentaires  -  5037 caractères  -  99 lectures    Autres textes du même auteur

Ah ! ma sœur, si vous la connaissiez...


Les Flamands [Sélection GL]


Je voudrais vous dire comme c’était bien, la fois où je m’étais assis au bord de la ca­verne. J’aimerais d’abord planter le tableau, que vous imaginiez les prés qui s’étendent devant moi avec les marguerites et les coquelicots, le vent qui soulève les épis et puis qui les abat, le soleil qui épanche sa lumière avec abondance, le ruisseau qu’on devine entre les aulnes, les joncs, les orties au bout de la prairie. La brise s’engouffre par les échancrures de mon pantalon court. Mais vous vous doutez que là n’est pas l’objet de mon propos. Je ne vous aurais pas fait venir pour ce paysage bucolique bien joli mais tout de même. Il faut que vous soyez patient parce que mon histoire vous ne la comprendriez pas si je ne vous disais pas la faille de calcaire dans mon dos, la caverne susdite, cette vieille champignonnière qui ressemble à un puits éventré dans la falaise herbeuse. Blanche, elle éclate de tous feux dans la lumière du jour, comme une vulve gorgée de sang – oui, une vulve, car je pense à ma sœur qui crie dans la caverne. Faut-il vous dépeindre mon sourire satisfait quand je mâchonne un brin sec ? C’est un peu excitant de penser à leur partie de jambes en l’air et aux fruits du chantage que je vais exercer, aux divers avantages que je vais en tirer.

Pauline sort la première en boutonnant sa robe. Je vous dis pas sa tête quand elle me voit, goguenard, me lever, prendre mon air comme si de rien n’était et escalader à grands pas le chemin à bestiaux qui grimpe la courte côte. En haut, j’ignore ses regards furibonds et attends qu’il sorte, l’ouvrier agricole. Il veut être gentil, l’embrasser dans la nuque, mais elle se dégage. On la comprend. Elle fait volte-face, serre son visage entre les deux mains et le baise sur les lèvres, comme ça d’un coup sec pour dire merci. Elle fait une pirouette – la robe blanche à pivoines se gonfle d'une belle ampleur – et d’une démarche résolue, balançant les hanches, s’élance sur le chemin bordé de roseaux, celui qui mène à la ferme en longeant le ruisseau.

C’est un dimanche, un jour de fête en plus. Il y a du monde à la kermesse. Est-ce que, vous aussi, quand on vous dit kermesse, vous pensez à Luis Mariano et à l’odeur d’essence que produit le carrousel à chenille ? Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, la kermesse, c’est les tables de brasserie où mon instituteur joue à un jeu à boire avec les fermiers du coin. C’est aussi… Mais bon vous n’êtes pas là pour ça. Ma sœur non plus. Elle n’hésite pas. Je ne sais pas si elle aurait eu tellement de cran si je ne l’avais pas surprise en début d’après-midi. D’ailleurs, l’ouvrier agricole, il n’en mène pas large, sa femme et ses enfants non plus, enfin surtout Coen, le grand, celui qui a mon âge et qui ne pète pas un mot de français. Le petit, il est trop petit, il comprend pas. Ma sœur a épousseté la craie de sa belle robe à fleurs, a mis son plus beau rouge, et s’assied, comme ça, tout sourire, à côté de l’ouvrier agricole et sa petite famille. « Mince ! je me dis, elle y va pas de main morte. »

Heureusement l’instituteur se dresse, sacre un bon coup, et, dans un blasphème bien senti, s’écroule raide comme un piquet dans la foule des gens qui boivent des bières à la table à côté. J’ai dit « heureusement » comme ça par façon de parler parce qu’au moment même j’avais cru que cette diversion allait débloquer la situation, mais, au contraire, Pauline en profite pour passer son bras à la taille de l’ouvrier agricole. Elle a bu ou quoi ? Je sais pas. Votre question est légitime, mais, franchement, non vraiment, je sais pas. Et l’ouvrier agricole – il s’appelle Joseph – qui ne se dégage pas de l’étreinte de Pauline, son épouse lui file une gifle et une bonne. J’aurais aimé être plus près pour mieux entendre le claquement ; mais, Luis Mariano et le moteur de la chenille, ils font trop de bruit : c’est pas ma faute.

La femme se lève, prend Coen et son morveux de frère par la main. Il en fait une tronche, Coen, tiré par sa mère cramoisie qui traverse à grand pas la place ensoleillée avec le parvis de l’église et le monument aux morts. Vous avez compris que tout le monde les regarde. Même mon père. Même ma mère. Seul l’instituteur reste par terre ; mais, ça, vous le saviez aussi. Puis Joseph, quand même, il pousse Pauline de côté et se précipite à la suite de sa femme en disant des tas de trucs qu’on ne comprend pas. Vous savez, nous, le flamand, on y entend pas grand-chose. Et puis, comme il le fallait bien, c’est mon père qui intervient. Il emmène Pauline et, avec ma mère, ils partent.

Je ne vous dis pas comme ça a jasé. Il a fallu au moins un an pour qu’on n’en parle plus trop, de cette histoire. Enfin moi, je m’en souviens encore. C’est pour ça que je vous la raconte et, puis, aussi, parce que j’ai été un peu triste pour Joseph et sa famille qu’on a chassés de la ferme. Mais bon c’est pas si grave. De toute façon y avait personne chez nous qui les aimait, ces Flamands. À bien y réfléchir je me demande si, Pauline, elle ne l’a pas fait exprès, pour s’en débarrasser.


 
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   stony   
7/8/2017
Le fond :

Il y a une histoire de cocufiage, peut-être dans le dessein de se débarrasser de la famille flamande comme le suggère le narrateur, mais il me manque quelque chose, dans cette histoire. Quoi, je ne sais pas, mais il me manque quelque chose. Sans doute quelque chose que je n'ai pas compris. C'est quoi, le fruit du chantage qu'exercerait le personnage narrateur ? Non, pas compris.
Autre chose que je n'ai pas bien comprise : quel est le rôle exact de l'instituteur ? Il est dit que Pauline enlève la craie de sa robe à fleurs. Faut-il comprendre que l'instit, aussi, est amant de Pauline ? Pas bien compris non plus.
Joseph et sa famille sont Flamands. Ça doit être important puisque cela constitue le titre du texte. Pourtant, il auraient pu être autres que Flamands que cela n'aurait rien changé, me semble-t-il. Quel en est dès lors l'intérêt ?

Le style :

Je suis pourtant assez bon client des adresses du narrateur au lecteur, mais là, je les trouve plutôt moyennes, voire agaçantes.
Exemple : "Mais bon vous n’êtes pas là pour ça". Je ne sais pas pourquoi je suis là, j'attends de voir ce qui se passe. Dès lors, cette affirmation me parait inappropriée.

"Il en fait une tronche, Coen, tiré par sa mère cramoisie qui traverse à grand pas la place ensoleillée avec le parvis de l’église et le monument aux morts." : si elle doit tirer le parvis de l'église et le monument aux morts en plus de Coen, je comprends qu'elle soit cramoisie :)

Un fond dont j'ai du mal à discerner les contours et un style qui ne m'emballe pas.

Une prochaine fois...
Stony

   Grange   
13/7/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Commenté en EL

Excellent ! je devrais même dire - uitstekend - pour être compris de Coen !!
J'ai tout aimé de ce texte ; il faut bien dire que ça manque un peu les textes de cette eau sur Oniris et je suis bien aise de cette belle occasion de sortir des sentiers battus et re-battus, ma journée en est ensoleillée !

Merci de ce partage !

   plumette   
13/7/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Dans ce texte qui se lit sans peine, je n'ai pas aimé que le narrateur s'adresse au lecteur.
Ce procédé narratif vise en général à créer une complicité, à impliquer d'emblée le lecteur dans le récit. Dans ce type de récit qui me semble se rapporter à une époque assez ancienne ( cf l'évocation de la kermesse avec la voix de Luis Mariano et le carrousel à chenille) j'ai trouvé que cela ne fonctionnait pas.

la description bucolique du début me semble avoir été faite uniquement pour créer un contraste ( saisissant certes! ) avec la description de la faille de calcaire.

Cette "vulve gorgée de sang", j'ai du mal à la mettre dans le vocabulaire de ce narrateur que j'imagine adolescent.
Avec cette image forte je m'attendais à autre chose qu'une partie de jambes en l'air consentie! D'où un effet qui me semble tomber un peu à plat et entacher le reste du texte qui devient du coup banal.

Dans la description bucolique où le narrateur nous met en position d'observateur, j'ai du mal à distinguer les orties au bout de la prairie!

L'histoire avance, le narrateur n'a pas besoin de se livrer à du chantage vis à vis de sa soeur, qui va faire dans la provocation.

ce que j'ai préféré, c'est la chute. Cette sorte d'explication que le narrateur trouve au comportement de sa soeur.

Pour moi, un texte assez inégal mais qui n'est pas sans intérêt!

Plumette

   widjet   
16/7/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une scenette ou un bout de roman.
Difficile de donner mon avis, le texte est trop court.
Mais il se lit facilement, c'est déjà ça.

W

   Louison   
6/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

Je n'ai pas trouvé cette lecture aisée. Je n'ai pas compris pourquoi le narrateur trouve que c'était bien, la fois où il s'était assis au bord de la caverne, à écouter sa soeur batifoler avec l'ouvrier agricole. Je la vois bien secouer la craie de la champignonnière ostensiblement devant les convives, mais pourquoi l'ouvrier n'a t-il pas essayé de la freiner?
Et l'instituteur, mort, pas mort? pourquoi?

Vous avez compris que tout le monde les regarde.

La scène est étrange, et votre façon de vous adresser au lecteur n'aide pas.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, la kermesse, c’est les tables de brasserie où mon instituteur joue à un jeu à boire avec les fermiers du coin. C’est aussi… Mais bon vous n’êtes pas là pour ça.

C'est aussi quoi? je ne sais pas, ok, je ne suis pas là pour ça.

Je ne doute pas que cela vienne de moi, mais je ne suis pas réceptive à ce texte. J'y reviendrai afin de mieux comprendre, peut-être.

   vendularge   
6/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour vb,

Moi j'aime bien ce style qui cerne son sujet avec une sorte d'aisance agréable et colorée.

Concernant l'histoire, on reste un peu sur notre faim parce que le début semble annoncer des évènements qui ne viennent pas, le frère est détenteur d'une histoire avec laquelle il va jouer..et puis non, tout se règle très vite sans qu'il intervienne.

Je trouve une ou deux maladresses:

"J'aimerais d'abord planter la tableau"; planter le décor me semble plus juste.

"Une vulve gorgée de sang- oui une vulve parce que je pense à ma sœur qui crie dans la caverne.." c'est dommage dans ce décors bucolique à souhait;)

La fin est un peu faible (c'est de la faute du début).

Merci
vendularge

   toc-art   
6/8/2017
Bonjour,

impression mitigée sur ce texte.

Je trouve que vous avez une vraie facilité à rendre les scènes visuelles et vivantes pour le lecteur que je suis et ça, c'est un vrai bon point.

Mais je ne supporte pas l'adresse au lecteur, surtout quand elle est aussi répétée, c'est un procédé qui me hérisse le poil.

petits détails : je ne vois pas un adolescent parler de vulve ni d'échancrures à propos de son pantalon.

Bonne continuation.

   SQUEEN   
6/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai aimé que l'histoire soit juste ce qu'elle est: une scène de la vie de nos campagnes il y a plusieurs décennies. Modeste compte-rendu réaliste, bien décrit. Les apartés aux lecteurs me semblent une faiblesse du texte. Beau réalisme primaire:"Vous savez, nous, le flamand, on y entend pas grand-chose." et "De toute façon y avait personne chez nous qui les aimait, ces Flamands." Vous n'êtes pas dans le jugement, ici, mais dans la description réaliste, c'est agréable.

   Alexan   
6/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dès le début, j’ai beaucoup aimé cette manière de peindre le décor avec poésie, mais qui contraste avec le ton familier d’un conteur d’histoire champêtre qui s’adresse familièrement au lecteur.
Je trouve les descriptions détaillées formidables, cela rend divertissante a souhait une histoire pourtant plutôt simplette.
J’adore quand un auteur est capable de développer ainsi à l’intérieur d’un espace restreint.
Et le sous-entendu à la fin peut sembler anodin, mais il m’a amené à m’interroger sur la naïveté, ou, la malice de Pauline…
C’est la deuxième nouvelle que je lis de toi. La première, pour être honnête, je l’ai aimée moyennement (même si je reconnais qu’elle ne m’a pas laissé indiffèrent). Et là Je dois dire que je suis assez impressionné de constater comme tu peux changer de style ; on dirait deux auteurs différents d’un texte a l’autre. Et rien que pour cette aptitude, je trouve que cela mérite un « beaucoup ».

   Jean-Claude   
7/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour vb.

De la digression, de l'interpellation, pour une sordide historiette. J'ai apprécié le ton. On croit que le narrateur va user de son droit de chantage mais il le perd. On ignore les motivations de de sa sœur. Une tranche de vie sous forme d'un souvenir projeté tout à trac.

Détails :
Dans "Je ne vous aurais pas fait venir pour ce paysage bucolique bien joli mais tout de même.", "mais tout de même" me parait en trop.
Pour "parce que mon histoire vous ne la comprendriez pas", avec le ton du narrateur, il manque deux virgules pour la lisibilité : "parce que, mon histoire, vous ne la comprendriez pas". "parce vous ne comprendriez pas mon histoire" restait dans le ton et aurait été plus facile à lire.

A une prochaine lecture

   vb   
7/8/2017

   zorglub12   
8/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Histoire : 2/5 Le récit est flou. Le 1er paragraphe promet un chantage, pose un narrateur clairement adulte grâce au vocabulaire utilisé mais c'est contredit dès le 3e paragraphe. La fin est bonne ("personne chez nous qui les aimait, ces Flamands"). De chantage, aucune trace. J'ai dû relire deux fois pour bien comprendre la situation. Mauvais signe.

Personnages : 3/5 Incohérence d'âge du narrateur principal (voir plus haut). Beaucoup de personnages pour un texte si court mais on s'y retrouve quand même.

Détails d'importance: les prénoms. Coen en flamand s'écrit Koen à ma connaissance. Joseph serait plutôt Josef.

Style : 3/5 Mélange de langage populaire et d'images poétiques dans la bouche du narrateur. Cela ne fonctionne pas. Bonnes descriptions bucoliques au début et de la kermesse.

Ressenti global: Un texte plaisant à lire, bonne peinture du racisme ordinaire mais un scénario mal ficelé. Le début envoie vers une direction différente.

Avis éminemment subjectif d'un lecteur lambda

   Donaldo75   
9/8/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut vb,

Eh bien, cette fois-ci, j'ai aimé !
Alleluia gloria, aurait dit ma grand-mère devant ce miracle.
Bon, je charrie, allez.

En fait, ce texte est très court, comme la dernière fois, mais bien raconté. Je me fous de savoir si un gamin parle comme ça (je laisse ce genre d'analyse à d'autres) parce que l'intérêt est dans la narration. Et elle pète fort, cette histoire, truculente en diable, avec une chute formidable.

Bravo !

Donald

   hersen   
9/8/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Nickel ! Un texte nickel !

Il va droit au but, raconté de simple et belle manière, d'une écriture efficace.

Cette "tranche d'histoire" a quelque chose de très réaliste, de déjà vu cent fois et pourtant, même si l'adultère n'est pas nouveau, il a ici une mise en scène originale dans le fait que Pauline aurait été capable de cette machination ? On ne sait pas. Si oui, je me dis qu'il ne fera pas bon la fréquenter, elle qui peut être si calculatrice.

Bon, comme je vais mettre passionnément pour le fond et la forme, je vais quand même faire une petite critique : le début est très poétique. C'est le frère le narrateur, en plein suspense sexuel. Alors je ne crois pas que les coquelicots et les blés soient d'une première importance pour lui. Je ne crois pas que c'est ce qu'il a en tête à ce moment-là.

Merci de cette lecture, vb
hersen

   Isdanitov   
14/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Un instantané trop construit. J'aime le côté kermesse mais je ne crois pas à l'intrigue ni au titre que rien ne justifie. Qu'est-ce que l'aspect flamand apporte? Les choses se seraient-elles passées autrement avec un francophone? L'écriture me plaît nêanmoins.


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