Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Pistache : Un nœud de cravate [Sélection GL]
 Publié le 08/08/17  -  14 commentaires  -  3919 caractères  -  112 lectures    Autres textes du même auteur

Après la mort d'un proche, le balancement entre la sidération et le recueillement.


Un nœud de cravate [Sélection GL]


À une époque, je m’ennuyais. Je m’emmerdais vraiment.

C’était après la mort de mon mari.

Mort accidentellement en voiture, comme tant d’autres. Cela n’arrive qu’aux autres, n’est-ce pas ? Eh bien pas du tout. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Six ans après notre mariage. Les photos étaient toujours là, les médicaments ici.

Je n’avais pas de souvenir précis de la dernière fois où nous nous étions regardés. Je somnolai encore, un matin difficile, succédant à un autre aussi laborieux, il se prépara, je crus me rendormir, il se rapprocha de moi, lui tout préparé, moi ensommeillée, il me dit, et je m’en souviens bien par contre, à tout à l’heure on se retrouve à la clinique, cette fois, hein, cela va marcher, tu le penses aussi ? Je sens son regard, ses longs cils, oh oui je le pense, il me caresse un peu les cheveux, puis la nuque un peu plus, on y est, le temps de se retourner vers le miroir de la chambre pour s’assurer de son nœud de cravate, moi je connaissais par cœur ce mouvement, ces plis sur le drap, cette pointe de la couverture qui se tend vers la coiffeuse, il me dit bon courage ma chérie.

Quelques pas, la porte ouverte, refermée, et son parapluie qu’il a laissé dans l’entrée, là. S’il avait pris son parapluie, est-ce que les choses auraient été différentes ? Est-ce qu’on a déjà vu quelqu’un réussir à éviter de passer sous les roues d’un camion parce qu’il aurait pris son parapluie ? Son pébroque ! Se munir d’un parapluie : une seconde ? Deux maximum. Suffisamment pour avoir le temps d’échapper à la catastrophe ? De disposer d’un répit ? On ne le sait pas, et de toute façon on ne saura jamais rien sur les raisons de ce qui se passe. Ou de ce qui ne se passe pas.

Bon courage, oui, bon courage. Il a toujours eu un humour à froid mon mari.


À cette époque donc, je n’avais pas l’impression de déprimer. Je croyais m’ennuyer. Mais véritablement. Clouée au lit, sans rien regarder, dormant sans cesse, je rêvais, je me disais que je rêvais. Dans mes rêves surgissaient des petits êtres. Ils apparaissaient ces enfants.

Tristes et perdus. Des enfants.

Il y avait des petits garçons aux genoux douloureux et bleuis, ainsi que des petites filles avec des poupées cassées. Les uns s’agrippaient à des pouces desséchés et mal feutrés, les autres embrassaient contre elles des tissus anciens et mal ficelés. Ils me regardaient tous avec un air de chagrin infini dans mon rêve. Ils avaient les yeux gras de larmes retenues et leurs cils étaient étirés par l’effort. Ils ne songeaient qu’à partir, et s’envoler, s’envoler pour ne retrouver qu’une chose : être avec papa et maman et avoir les deux mains embrassées.

Et poudrés, comme empruntés, maladroits, ils étaient assommés par la peur.

Souhaitais-je dans mon rêve les prendre dans mes bras ? Ils étaient déjà trop nombreux. Ils couraient dans une clairière fermée, semblable à un cloître. Ils trottinaient aux quatre coins d’une pinède. Un cuivre rouge traversait de temps en temps le préau ténébreux. Des larmes rentrées.

Ils espéraient malgré tout. Papa et maman devraient être ici, devraient les chercher.

Ils ne s’en remettraient jamais.

J’ai envie de les prendre tous et toutes dans mes bras. Mais ils sont trop nombreux. Alors je ne recueille personne.

Moi, à la fin de mon rêve, je me disais que j’avais une tragédie quotidienne. En me réveillant, je me disais que c’était supportable tant que personne ne m’en parlait. C’était comme cela le réveil.

Et dans la journée quand quelqu’un me disait « bon courage » à propos de tout et de rien, j’attendais le soir pour me mettre devant la fenêtre de notre chambre : alors je pleurais longuement, profondément. Presque posément à la longue.

Et puis un jour, j’ai pu ouvrir l’armoire où il rangeait ses cravates.

Je n’avais jamais remarqué celle qui porte des motifs aux parapluies de toutes les couleurs.

C’est toujours supportable tant que personne ne m’en parle.



 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   stony   
8/8/2017
Que l'histoire soit vécue ou non, elle est relatée de manière délicate et on y retrouve bien ces deux choses obsédantes :
- que se serait-t-il passé si le timing avait été différent, si le mari avait pris le temps de prendre le parapluie... s'il n'avait pas pris le temps de mettre une cravate, d'ailleurs ;
- tous les événements et les objets du quotidien rappellent cruellement l'être manquant.

Cela fait-t-il pour autant un texte dont on puisse goûter la qualité littéraire ? Pour moi, un peu, mais un peu seulement.

   plumette   
11/7/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
je suis perplexe à la fin de ma lecture.

Qu'est-ce que l'auteur cherche à faire passer avec ce texte?
on a un récit rétrospectif.
la narratrice nous raconte qu'elle a été dépressive après la mort accidentelle de son mari et qu'elle prenait cela pour de l'ennui.
je trouve le récit un peu confus et j'ai été déroutée par l'incise du rêve avec les enfants. Ou plutôt, j'ai été obligée de me raconter l' histoire: au moment où le mari meurt, ils sont dans un processus de PMA ( sa phrase: on se retrouve à la clinique, cette fois, hein, ça va marcher, tu le penses aussi?) et elle est obsédée par ces enfants " perdus".
mais voilà, même si j'aime bien deviner des choses entre les lignes, parfois c'est un peu trop ténu pour nourrir vraiment une histoire.
Ce qui m'a paru bizarre aussi, ce sont les changements de temps ( imparfait/ présent)
Ce texte a tout de même un charme.
Le petit détail du noeud de cravate est bien vu.

Dans l'esprit, et la construction, ce texte m'évoque " le costume sombre" qui vient d'être publié ici.

Plumette

   Anonyme   
13/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Commenté en EL

Le texte est beau et empreint de justesse ; que l'auteur ait vécu ou pas ces événement n'ôte rien à la crédibilité du récit.
C'est court, bien agencé et les mots pour le dire sont choisis avec beaucoup de pertinence. J'ai véritablement adhéré au propos. Ce pourrait être celui d'une amie qui me raconte un épisode de son existence.

J'aime beaucoup et peut-être même un peu plus...

   Marite   
13/7/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai eu l'impression, dans ce récit, qu'une partie entière a été supprimée entre :
" ... Il a toujours eu un humour à froid mon mari."
Et :
"A cette époque donc, je n’avais pas l’impression de déprimer ... "
Si au début, nous entrons dans l'histoire, la partie du rêve est trop importante et il devient difficile de suivre la progression puis de faire le lien avec la chute et le titre ...

   widjet   
16/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Enfin un texte qui me plait !



J’aime et j’apprécie que le drame (celui de l’absence d’enfant, de l’infertilité, pas l’accident) soit suggéré. J’aime le phrasé, lent, volontairement répétitif, qui rend bien cet état dépressif. Beaucoup de maîtrise dans cette sobriété. 



J’aime aussi cet humour « à froid » comme il est dit, cet humour désespéré. 


Très joie phrase et si évocatrice que « être avec papa et maman et avoir les deux mains embrassées » où on devine le côté « béni » derrière le cadeau de l’enfantement.


Merci



W

   vendularge   
17/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

J'aime bien ce texte qui parle du deuil avec une délicatesse qui laisse le lecteur et la narratrice à distance. La retenue de l'auteur permet cette approche. La douleur est tue, restent les rêves d'enfants, l'ennui et la cravate comme des remparts fragiles au désespoir.

merci du partage
vendularge

   Donaldo75   
8/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Pistache,

J'ai beaucoup aimé ce récit, triste et aux sonorités dépressives. La narration est incarnée, on se met facilement dans les habits de la narratrice. Les rebonds narratifs ("Bon courage", la cravate, le parapluie) sont intelligemment placés et donnent du corps à l'écriture.

Bravo !

Donaldo

   vb   
8/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Cette nouvelle se lit comme un poème. C'est très joli, c'est très beau, et, comme c'est aussi très court, on a le temps de relire pour essayer de bien comprendre. Et, là, comme cela m'arrive souvent en poésie, je dois avouer ne pas avoir bien compris. J'imaginais la narratrice être une dame âgée, pleine de rides, engoncée dans des habitudes rigides, un peu comme Emmanuelle Riva dans Amour. Et puis son rêve m'a décontenancé. Aurait-elle aimé avoir des enfants qu'elle n'a pas eus? des enfants qu'ils désiraient? Je ne l'imaginais pas être en âge d'avoir des enfants, mais bon pourquoi pas? Au moment de la mort de son mari, elle était malade et devait s'aliter. Au mot courage que lui dit son mari, j'ai cru qu'elle allait devoir se faire opérer, mais là aussi je faisais fausse piste puisque "« bon courage » à propos de tout et de rien" m'oriente plutôt sur une habitude prise par le mari de dire ces mots sans véritable raison ("Il a toujours eu un humour à froid mon mari.").
Donc j'ai bien aimé la langue, les images, le rythme, la mélancolie qui émane de ces lignes ; mais, comme je dois avouer que pour moi le texte n'est pas clair, je ne peux pas dire avoir beaucoup aimé. Cependant, comme, il y a peu de temps, j'ai donné une note bien+ pour le Costume sombre de Moschen et que ce texte-ci est, à mon avis, bien meilleur, je lui donnerai une note beaucoup-
Comprenne qui pourra!

   zorglub12   
8/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Histoire : 3/5 Extrait d'un carnet intime. Une femme perd son mari dans un accident de la route. Pensées introspectives intéressantes sur le deuil (j'aime la phrase qui sonne très juste "C’est toujours supportable tant que personne ne m’en parle.") Le parallèle du rêve avec le désir inassouvi d'enfants m'est apparu un peu abscons en comparaison.

Personnages: 3/5 J'aime le centrage sur les deux personnages, la veuve et son mari. Quelques jolis détails. C'est un peu court pour rentrer complètement en empathie.

Style: 4/5 j'aime particulièrement le rythme de ce passage: "Je somnolai encore, un matin difficile, succédant à un autre aussi laborieux, il se prépara, je crus me rendormir, il se rapprocha de moi, lui tout préparé, moi ensommeillée, il me dit, et je m’en souviens bien par contre, à tout à l’heure on se retrouve à la clinique, cette fois, hein, cela va marcher, tu le penses aussi ? Je sens son regard, ses longs cils, oh oui je le pense, il me caresse un peu les cheveux, puis la nuque un peu plus, on y est, le temps de se retourner vers le miroir de la chambre pour s’assurer de son nœud de cravate, moi je connaissais par cœur ce mouvement, ces plis sur le drap, cette pointe de la couverture qui se tend vers la coiffeuse, il me dit bon courage ma chérie."

Ressenti global: exposé assez cru et donc intéressant des pensées intimes d'une jeune veuve. Mériterait d'être développé.

Avis éminemment subjectif d'un lecteur lambda

   Alexan   
9/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Il y a quelque chose dans début qui me dérange un peu. Je trouve que ce genre de phrase entre autres : « Eh bien pas du tout. Cela n’arrive pas qu’aux autres. » enlève de la fluidité au texte.
Je suis beaucoup plus charmé par l’émotion et la délicatesse qu’arrive à faire passer l’auteur que par son style d’écriture que j’ai eu du mal à suivre.
Cela dit, l’analyse des sentiments, les questionnements, les conjectures insistantes, ont de quoi faire réfléchir ; je suppose même que chacun peut s’y reconnaitre à sa façon.
Dès le rêve avec les enfants, je trouve que l’écriture s’embellie, et son coté symbolique m’a intrigué, notamment cette phrase :
« J’ai envie de les prendre tous dans mes bras. Mais ils sont trop nombreux. Alors je ne recueille personne. »
Une intéressante métaphore qui peut s’appliquer à de nombreux aspect de la vie.
Concernant la fin, même si je les aime floues et ambiguës, je ne sais trop que tirer de celle-ci. Je reste un tantinet sur ma faim.

   jfmoods   
10/8/2017
Le balisage temporel du récit (analepse : "À une époque, je m’ennuyais. Je m’emmerdais vraiment.", seconde analepse : "Je n’avais pas de souvenir précis de la dernière fois où nous nous étions regardés.", prolepse : "À cette époque donc", seconde prolepse : "Et puis un jour") en éclaire l'enjeu : traverser, tant bien que mal, l'épreuve du deuil.

L'épreuve est d'autant plus difficile à surmonter que le deuil est double.

Il y a d'abord la perte du mari ("Mort accidentellement en voiture"). Une phrase, longue, étirée, procédant par juxtaposition, incorporant du discours direct, marque une douloureuse cristallisation sur les derniers instants de complicité...

"Je sens son regard, ses longs cils, oh oui je le pense, il me caresse un peu les cheveux, puis la nuque un peu plus, on y est, le temps de se retourner vers le miroir de la chambre pour s’assurer de son nœud de cravate, moi je connaissais par cœur ce mouvement, ces plis sur le drap, cette pointe de la couverture qui se tend vers la coiffeuse, il me dit bon courage ma chérie."

À cette première perte s'ajoute celle des enfants que le couple espérait avoir. La locutrice est poursuivie jusque dans ses rêves, hantée par cet irrémédiable manque...

"Il y avait des petits garçons aux genoux douloureux et bleuis, ainsi que des petites filles avec des poupées cassées. Les uns s’agrippaient à des pouces desséchés et mal feutrés, les autres embrassaient contre elles des tissus anciens et mal ficelés. Ils me regardaient tous avec un air de chagrin infini dans mon rêve. Ils avaient les yeux gras de larmes retenues et leurs cils étaient étirés par l’effort. Ils ne songeaient qu’à partir, et s’envoler, s’envoler pour ne retrouver qu’une chose : être avec papa et maman et avoir les deux mains embrassées."

Avec le temps, l'épreuve du deuil se traverse, tant bien que mal (glissement de l'imparfait vers le présent : "c’était supportable tant que personne ne m’en parlait" / "C'est toujours supportable tant que personne ne m’en parle").

Merci pour ce partage !

   Raoul   
11/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte, profond, tout en retenue qui sous le couvert de (presque) non événements quotidiens parle de la difficulté d'être. J'apprécie particulièrement la texture même de la prose qui, par ses retours, ses répétitions infimes, évoque avec justesse l'enfermement de la dépression.
Le détail du parapluie sauveur ou pas est bienvenu, il part de l'expression "fermer son parapluie", sans doutes…
La construction, la narration effilochée des rêves (la boucle fantomatique des enfants qui irrigue le texte) aussi est très sensible, bien faite.
Beaucoup aimé ce chagrin du geste absent, ces yeux "gras de larmes retenues".
Un bel objet littéraire qui travaille tout en équilibre instable.
Merci et à vous relire bientôt j'espère.

   Jean-Claude   
11/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Pistache,

J'ai aimé le ton et les émotions exprimées, la sobriété... J'ai toutefois eu un souci.
J'ai eu du mal à situer la phase, belle et onirique, avec les enfants, car elle se place avant le décès, puis j'ai compris. Il y a la superposition d'un problème de maternité impossible, antérieur, au décès.
Je ne suis arrivé à cette conclusion qu'après avoir relu et réfléchi à la question. Tous les lecteurs ne relisent pas une deuxième ou une troisième fois.
Et j'espère avoir compris.

Un détail de ponctuation (j'y suis assez sensible.) :
il me dit – et je m’en souviens bien par contre : « À tout à l’heure on se retrouve à la clinique, cette fois, hein, cela va marcher, tu le penses aussi ? »

A une prochaine lecture

   carbona   
4/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour, j'ai l'impression d'être passée à côté du texte. Il me semble qu'il y a deux intrigues : la disparition du mari et le désir d'enfants.

Je pense que l'histoire aurait méritée plus de lignes. C'est ici survolé. Je n'ai pas le temps de m'identifier, de plonger réellement dans les émotions de la narratrice.

L'écriture est tout à fait correcte, rien à dire.

Merci pour la lecture.


Oniris Copyright © 2007-2017