Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Humour/Détente
Tankipass : Commissaire Éric
 Publié le 14/04/16  -  5 commentaires  -  47510 caractères  -  77 lectures    Autres textes du même auteur

Éric est un bon commissaire, il le sait. Mais une étrange enquête va venir ébranler son petit monde.
Heureusement, la relève est là…


Commissaire Éric


Le corps était étendu dans l'herbe douce.

Le sang était à peine visible sur la veste noire, il formait juste une tache plus sombre, poisseuse, qui s'étendait dans le dos.

De peau on ne voyait que les mains, projetées en avant comme si elles avaient eu envie de se sauver seules, et blanches comme des fesses de Bavaroise en avril. Éric observait la scène, pensif, en finissant sa cigarette.


– Je suppose qu'il avait une cacahuète dans l'oreille droite et un petit pois dans la narine gauche ? demanda-t-il à un agent de la brigade scientifique qui ramassait des poils.

– Oui, c'est encore lui commissaire… Ou quelqu'un qui l'imite.

– Rien d'autre je suppose ?

– Non, comme d'hab, pas une empreinte, rien… Là tout ce que je ramasse c'est du poil de chevreuil…

– Pff… Commence à me courir celui-là… Dix-sept meurtres en vingt jours et pas un indice à part ce petit pois et cette cacahuète !

– Il faut attendre les résultats du légiste pour confirmer qu'il s'agit bien de la même arme.

– J'veux bien parier ma place de commissaire qu'on l'a tué avec la même pelle à tarte. Appelez ça l'instinct, ou comme vous voudrez…

– C'est vrai que ça paraît probable. Le mode opératoire semble le même, la victime a le profil…

– Il n'est pas plus roux que les autres celui-là ?

– Bof… Non j'ai pas l'impression…

– Vous avez prélevé des cheveux ?

– Oui.

– Très bien on comparera au commissariat. Voir s'il les tue du plus roux au moins roux, ou l'inverse, faudrait pas passer à côté d'un élément important…


Sur ces mots Éric s'en alla pensivement, en allumant une cigarette.

Cette affaire ne cessait de l'obséder. Il avait le sentiment qu'il ne s'agissait pas d'une affaire comme les autres, qu'il s'agissait de quelque chose d'énorme, et ses intuitions le trompaient rarement… Ses quarante années dans la police avaient fait de lui un vieux limier, et si sa truffe n'était plus aussi fraîche qu'autrefois, son flair, lui, était demeuré infaillible.


Assis à son bureau, Éric dessinait machinalement des visages sur une feuille de papier, cela l'aidait à se concentrer. Il les dessinait tristes, la plupart du temps, ou mélancoliques.

Son stylo parcourait sa feuille tandis que son esprit partait à la recherche d'indices oubliés, de corrélations manquées, ou de toutes autres choses qui auraient pu faire avancer son enquête. Il n'avait même pas un début de piste, juste un constat tragique : dix-sept cadavres, onze de femmes, six d'hommes, tous retrouvés dans des parcs, sur le ventre, les bras tendus vers l'avant, tous tués d'un coup de « quelque chose qui ressemble à une pelle à tarte » avait dit le légiste, tous étaient roux et surtout tous avaient une cacahuète dans l'oreille gauche et un petit pois dans la narine droite… Ou peut-être était-ce l'inverse. Mais Éric n'avait pas envie de retourner fouiller dans le dossier.

Il était en train de dessiner l'arête d'un nez lorsqu'on frappa à sa porte.


– Entrez ! dit-il avec humeur, il détestait être dérangé lorsqu'il travaillait.


La porte s'entrouvrit sur un jeune visage timide qui bredouilla :


– Désolé de vous déranger monsieur le commissaire, le légiste a voulu vous envoyer son rapport, mais il a des problèmes de connexion… du coup il a fait le 17 et il m'a dit de vous dire que cette fois-ci il a trouvé quelque chose.


À ces mots les yeux du commissaire se plissèrent.


– Quoi donc ? Je t'écoute, fit-il en joignant le bout de ses doigts sous son menton.

– Il m'a pas dit. Il a dit que c'était un élément confidentiel de l'enquête et que si vous pouviez passer à la morgue assez vite ça l'arrangerait, sinon il faudra attendre demain parce que ce soir c'est son premier speed dating et il voudrait pas être en retard, a priori il a déjà essayé les rencontres en ligne mais d'après ce qu'il dit c'est quand même important que le premier contact ne soit pas virtuel.


Le jeune homme bredouillait toujours, il chuchotait presque, comme s'il voulait éviter de provoquer une avalanche.

Éric conserva sa pose quelques secondes, plissant les yeux dans le vide.


– Hum… Agent Galibert, c'est ça ? demanda-t-il en se tournant lentement vers son interlocuteur, comme tiré d'une intense réflexion.

– Oui ? fit le jeune agent avec un regain d'entrain, tout heureux que le commissaire le nomme par un nom, même si ce n'était pas le sien.

– Avez-vous déjà été démarcheur téléphonique ?

– Quoi ?

– Vous savez j'en ai fait des boulots quand j'avais votre âge, j'ai pas fait démarcheur, ça existait pas à l'époque… Mais j'ai fait une formation de carreleur, le mal de dos j'te raconte pas… c'était pas comme maintenant…

– Ah…

– Tu sais la vie fait son chemin, un jour tu seras obligé d'oublier tes idéaux libertaires. Ce sera « fini la branlette et en selle ! ». J'te l'dis p'tit gars.

– Ah bon…

– Bon allez, le légiste doit m'attendre… On reprendra cette conversation plus tard.

– D'accord.


Le jeune agent sortit. Éric enfila son imper, pensif.

Décidément ce jeune avait quelque chose. Il avait l'étoffe d'un vrai policier, du genre qu'on en voit qu'un par décennie, au mieux. Mais il lui fallait un mentor, un formateur aguerri qui l'aiderait à développer pleinement ses capacités.


– Agent Galibert ! appela Éric en ouvrant la porte de son bureau.


Le jeune agent s'avança vers le commissaire sous les regards étonnés de ses collègues.


– Vous m'accompagnerez Galibert. Il est temps pour vous de faire vos preuves sur le terrain.

– Oui monsieur mais…

– Mais quoi ?

– C'est que je suis à l'accueil tout l'après-midi…

– Ah… Eh bien ce sera pour une prochaine alors.


Éric dit cela avec détachement, pourtant il était réellement déçu.

Il se faisait une joie de partager cette mission avec Galibert.

Il était prêt à jurer que ce jeune puceau n'avait jamais vu une morgue et il se voyait déjà lui montrer les cadavres, le gel à la menthe qu'on met sous le nez pour pas que ça sente mauvais, tout ça…

Ils auraient appris ensemble ce qu'était ce nouvel élément d'enquête.

Ils auraient spéculé. Peut-être même auraient-ils trouvé une piste les conduisant de pâtisseries chics en épiceries crapuleuses, et lorsque l'aube serait venue colorer leur nuit blanche, après avoir surmonté toutes les étapes qui mènent à une confiance mutuelle absolue, et grâce à leur complémentarité, ils auraient mis la main sur ce fumier de tueur à la pelle à tarte et seraient revenus soudés comme aucun duo de flics ne l'a jamais été.

En sortant du commissariat Éric s'alluma une clope et releva son col. Le ciel blanc sale donnait à toute la ville une teinte grise. Il s'en alla à la morgue.


– Un bout de métal ?

– Oui, il pourrait s'agir d'un bout de pelle à tarte. Ce petit bout de métal était resté coincé dans l'os, regardez.


Éric observa un bout de métal sanguinolent par-dessus l'épaule d'un petit barbu.


– Hum… Du métal…

– Oui. Je vais l'envoyer au labo. Ils nous diront peut-être de quel objet ça vient. Moi j'vous dis pelle à tarte, mais on est jamais vraiment sûr. Peut-être trouveront-ils une trace de crème, ce qui confirmerait ma théorie… Mais ça peut aussi être une truelle… Enfin, ça m'étonnerait…


Les deux hommes restèrent un moment absorbés par leur réflexion. Ce fut Éric le premier qui brisa le silence :


– Quand le labo vous enverra-t-il les résultats ?

– Je sais pas… Faut déjà que je pense à envoyer le machin…

– Laissez, j'apporterai ça au labo moi-même. Il faut clore cette enquête au plus vite sinon les médias vont finir par s'intéresser à l'affaire. Il nous manquerait plus que ça…

– Ah ça… Putain de journaleux.


Après avoir constaté leur accord sur la question de la presse et avant d'engager une autre conversation susceptible de déboucher sur un désaccord, les deux hommes se dirent au revoir.

Éric sortit en relevant son col et se mit en route pour le labo. Décidément, quelle journée !


– Alors ? demanda Éric, impatient.

– Alors quoi ? répondit l'expert.

– Eh bien vos conclusions sur l'échantillon.

– Euh… Je l'ai juste mis dans un tupperware, ça n'analyse rien… L'étude de cet échantillon va durer au moins une heure.

– Dépêchez-vous alors. Si le meurtrier tue pendant cette heure vous aurez cette mort sur la conscience. Quand vous aurez fini vous me trouverez au bar, juste en face.


Éric fit volte-face et s'éloigna en allumant une cigarette.


– On ne fume pas dans le labo monsieur le commissaire, fit signaler l'expert.

– Vous n'avez qu'à appeler la police, répondit Éric avec sarcasme avant de cracher par terre et de sortir.


Une fois entré dans le bar, Éric marqua une petite pose pour jauger la clientèle et évaluer quelle place lui serait la meilleure. Finalement il se mit en bout de bar et commanda un vieux rhum ambré qu'il fit lentement tourner dans son verre tout en partant dans d'intenses réflexions.

D'où pouvait bien provenir ce bout de métal ? Les conclusions du labo allaient-elles relancer l'enquête ? Et Galibert qui gâchait bêtement son potentiel à l'accueil… Quelle connerie ! Toutes ces catins qui traînent les rues… Tous ces gamins perdus… Putain de monde dégénéré !

Un homme en costard vint s'asseoir au bar, juste à côté d'Éric, et commanda une vodka martini avec olive.


– Commissaire Éric ? demanda-t-il d'une voix grave.

– Oui, répondit Éric, intrigué.

– Comment se passe votre enquête ?


À ces mots Éric plissa les yeux dans un air de profonde suspicion.


– Comment êtes-vous au courant ? Nous n'avons pas parlé à la presse !

– Je suis agent secret, je veux être mis au courant de toute l'histoire, il s'agit de sécurité nationale.


Éric se détendit et observa les alentours pour s'assurer que des oreilles indiscrètes ne se tendaient pas vers eux.


Ce matin-là Éric avait mal à la tête, il s'était mis une cuite la veille avec cet agent secret très sympathique… Il n'était même pas retourné au labo…


« La police prise au dépourvu par un mystérieux tueur à la pelle à tarte ». Il fulmina intérieurement, quel flic avait pu être assez sot pour parler de l'enquête aux journalistes ?

Rouge de colère, il ouvrit les portes du commissariat en vociférant :


– Quel con a parlé de cette affaire à la presse ?

– C'est vous chef… répondit Galibert d'une petite voix.

– Quoi ?

– Oui c'est marqué là : « De l'aveu même du commissaire, l'enquête piétine. »

– Mais non ce n'est pas moi ! C'est un autre commissaire. Quel autre service est au courant ?

– Si, c'est vous commissaire, c'est marqué là : « Le commissaire Éric se met à pleurer et à renifler, il geint comme un bébé, c'est si pathétique que j'ai presque envie de l'aider à mourir. »

– Mais… Qui a bien pu raconter ces conneries ?

– Vous n'avez pas parlé à un agent secret hier ?

– Si pourquoi ? Il était sympa, on s'est mis une de ces murges… J'me rappelle pas de la fin.

– Bah là y a marqué : « Le commissaire Éric est si con que lorsque je lui dis que je suis agent secret il ne me demande aucune preuve et me donne immédiatement tous les détails de l'enquête. »


Éric se sentit mal à l'aise, trahi. Son visage se ferma et d'une démarche pesante il alla s'enfermer dans son bureau.

Où va le monde si on ne peut même plus faire confiance aux gens dans les bars ?

Il avait pris un vodka martini avec olive, comme James Bond. C'était trop parfait, il aurait dû le remarquer. Ce journaleux l'avait blousé comme un bleu.

Quelle folie tout ça… Toute cette histoire allait rendre l'enquête encore plus compliquée.

On frappa à la porte.


– Entrez ! cria le commissaire du ton le moins cordial possible.

– Le labo a appelé, dit Galibert avec une voix gênée. Ils ont quelque chose d'important à vous communiquer et ils voudraient que vous veniez tout de suite.

– Putain de bordel ! Mais pourquoi ils n'appellent pas directement mon bureau !

– Ils disent que c'est occupé…


En regardant la prise téléphonique Éric se souvint que cela faisait presque un mois qu'elle était débranchée. Il vivait alors sa période yoga et ne voulait pas être dérangé au cours de ses séances.


– Bon, Galibert préparez-vous. Et je vous préviens, c'est pas parce qu'on est coéquipiers qu'on est potes. OK ?

– Quoi ? Je viens avec vous ?

– Fais pas le malin avec moi. J'me serais bien passé de toi l'puceau. J'suis un solitaire moi, j'suis pas là pour torcher les mômes alors dépêche !

– Mais c'est vous qui…

– Si tu continues de minauder j't'arrache les couilles et je t'en fais des boules de geisha !


Alors que Galibert se hâtait d'enfiler sa veste, Éric se demanda s'il n'y était pas allé un peu fort. Il n'avait pas su jauger. Lorsque le jeune homme revint vers lui Éric lui fit un grand sourire :


– Félicitations Galibert, vous êtes promu lieutenant.


Éric resta interloqué.


– Vous voulez dire que…

– Oui, ce métal n'a jamais été répertorié, c'est un métal totalement inconnu, probablement extraterrestre… Je l'ai envoyé à l'agence spatiale.

– Vous voulez dire que…

– Oui, extraterrestre…

– C'est peut-être un fragment de météorite, suggéra le jeune lieutenant tandis qu'Éric encaissait la nouvelle.

– Peut-être. C'est le plus probable, pourtant jusqu'à maintenant on a jamais relevé ce métal dans la composition d'aucune météorite…

– Avez-vous une idée de la nature de l'objet complet ? demanda Éric qui avait su se reprendre.

– Je dirais… une truelle ou…

– Une pelle à tarte ?

– Oui c'est ça, probablement une pelle à tarte.

– Eh bien, Galibert, nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec cette affaire, croyez-en mon expérience. Une pelle à tarte extra-terrestre… Je crois que je sais qui aller interroger.


– Je peux vous demander quelque chose commissaire ?

– Oui mon petit.

– Vous êtes sûr que ça vaut vraiment la peine d'aller jusqu'à Singapour ?

– Je vous ai déjà expliqué Galibert. Enfant j'avais un ami qui s'appelait Jason. À onze ans il nous a rapporté avoir vu un ovni, un soir, au-dessus de la grange du père Caucher. À quinze ans il fait son CAP pâtissier et à vingt il part travailler à Singapour…

– Mais… Vous pensez vraiment que c'est lié ?

– Tout est lié Galibert, c'est ça le secret…

– Ahh…


En regardant la vaste étendue de nuages par son hublot, Galibert ne semblait toujours pas convaincu.


– Vous verrez Galibert, un jour vous comprendrez… dit Éric d'une voix profonde, avant de rabattre ses cache-yeux.


Singapour était une ville incroyable, déroutante, mais l'intérieur de la pâtisserie de Jason avait tout d'une pâtisserie typique.


– Ça sent bon chez toi mon Jason ! fit Éric en voyant son vieil ami derrière sa caisse.

– Heu… On se connaît ? demanda le pâtissier.

– Mais oui ! C'est moi ! Éric ! On était à l'école ensemble !

– Ah oui ! Éric ! J'me souviens ! Tu jetais toujours des œufs sur ma maison !

– Oui c'est ça. En même temps t'étais bizarre, et tu disais que tu avais vu une soucoupe volante, du coup on voulait te faire chier…

– Oh me reparle pas de ça s'il te plaît, c'est quelque chose que j'essaye de retirer de ma mémoire. Je veux plus parler d'ovni…

– Ah mince, parce que justement j'viens de France pour te parler de ça… D'ailleurs je te présente le lieutenant Galibert.


Galibert tendit une main molle en esquissant un sourire de constipation.


– Si vous êtes venus pour parler de ça vous pouvez repartir… J'me suis exilé à cause de ces conneries.

– Tu as subi des pressions ? Tu peux tout me dire Jason. Je peux même te mettre en programme de protection des témoins…

– Tu te fous de ma gueule, tous les gamins du coin m'ont pourri la vie, toi le premier ! Vous détruisiez mes jeux, cassiez les fenêtres de ma chambre, une fois vous m'avez même jeté des boules de pétanque ! J'ai été une semaine et demie dans le coma !

– Bah ça… Tu sais comment sont les gosses… et puis faut avouer que tu cherchais un peu…

– Allez barrez-vous ! Casse-toi de mon magasin ! Dehors ou j'appelle les flics !


Les deux flics attendaient leur avion, sans parler.


– Bah ! Au moins t'auras vu Singapour ! tenta Éric.


Mais rien y faisait, le moral n'était pas là.


– On est à combien de morts maintenant ? Dix-huit ? Vingt ? demanda Éric pour faire la conversation.

– Vingt-trois.

– Vingt-trois ! À ce rythme-là il va battre tous les records…


Il était treize heures, ils embarquaient à vingt-trois, mais ce n'était qu'une coïncidence.


Éric était seul dans son grand appartement. Il griffonnait des visages brouillons tout en pensant à son affaire. L'agence spatiale avait rendu ses conclusions : l'origine du métal trouvé était inconnue et probablement extraterrestre.

Décidément, Éric piétinait.

Il se servit une Suze, qu'il but en faisant la grimace, puis se remit à vagabonder intérieurement. Aucun des éléments de cette enquête ne s'imbriquait et les morts continuaient de s'amonceler, il y en avait désormais vingt-huit.

Il avait tout essayé, tout envisagé, mais à part être roux et morts dans les mêmes circonstances, rien ne reliait les victimes.

Éric se resservit une Suze et la but en ravalant son renvoi.

Il observa la carte sur laquelle étaient notés le lieu et l'heure de chaque meurtre, commença à tracer des traits pour tout relier, du premier au dernier meurtre, et obtint quelque chose qui ressemblait à un gribouillage.

Il fallait qu'il trouve. La névrose s'était déjà emparée de la population, si rien n'était fait, on courrait à la panique générale. Une panique générale qui toucherait surtout les roux.

Il s'empara du téléphone et appela Galibert.


– Allô… fit une voix ensommeillée.

– Allô Galibert. C'est le commissaire Éric. Vous pouvez venir s'il vous plaît ?

– Oui mais… Il est quatre heures du matin… et c'est dimanche.


Derrière la voix de Galibert Éric entendit une voix de femme.


– Qui est avec vous ? demanda-t-il avec une pointe de suspicion dans la voix.

– C'est ma compagne.

– Vous avez confiance en elle ?

– Euh… Oui.

– Mouais… On en reparlera dans quelques années… Bon dépêchez-vous lieutenant, vous aurez tout le temps de baiser et de dormir lorsque l'enquête sera terminée.

– J'arrive patron.


Éric raccrocha. Il observa longuement le gribouillage qu'il avait tracé sur la carte, mais rien y faisait, rien ne venait balayer les ombres qui continuaient de lui barrer la route sur le chemin de la vérité. Il finit sa Suze et hésita quelques secondes avant de s'en resservir une.


Lorsqu'il ouvrit la porte à Galibert, celui-ci avait encore les yeux gonflés de sommeil.


– Ah ! Galibert ! Content de vous voir.

– Il y a quelque chose d'important commissaire ? demanda Galibert avant d'écraser un bâillement.

– Non, rien du tout… Je vous sers un verre ?

– Non merci, je viens de me lever…

– Galibert, si on veut résoudre cette enquête ensemble il va falloir picoler ensemble. Par contre j'ai plus que de la Suze. Tenez.


Galibert prit le verre que lui tendait Éric et y trempa ses lèvres. Pendant une fraction de seconde son corps donna l'impression de résister à une violente crise d'épilepsie.


– Asseyez-vous mon vieux. Mets-toi à l'aise.


Galibert s'assit sans pour autant donner l'impression de se mettre à l'aise.


– Monsieur vous êtes sûr que vous ne préférez pas attendre demain ? J'ai peur de ne pas être très productif là… J'ai dormi deux heures et…

– Connerie ! Vous n'y connaissez rien. Bon, faisons un brainstorming. Quel mot vous revient en premier lorsque vous pensez à l'enquête ?

– Heu… Extraterrestre.

– Non, meurtre. Il faut commencer par meurtre. Ensuite ?

– Roux ?

– Pas mal. Ensuite ?

– Heu…

– Allez-y sans réfléchir. Lâchez-vous.

– Extraterrestre.

– Bon écoutez Galibert. Ici c'est pas l'école, on est sur le terrain et on fait les choses à ma façon, OK ? Ça me fait déjà suffisamment chier de faire la nourrice avec une bleusaille… Merde !

– Commissaire je crois vraiment que je vais y aller…

– Tu finis ton verre et tu réfléchis à l'enquête p'tit con !

– Désolé patron…


Galibert se leva et se dirigea vers la porte. Soudain, alors qu'il allait se saisir de la poignée, il fut interrompu par le désagréable cliquetis d'une arme braquée dans son dos.


– Vous ne me donnez pas le choix lieutenant. Vous ne pourrez pas toujours fuir, il est de mon devoir de vous apprendre à faire face.


Galibert se retourna lentement vers Éric qui le mettait en joue avec son 9mm.


– Commissaire vous devriez vous reposer, je crois que vous perdez les pédales…

– Qu'est-ce t'y connais en pédale ? Hein ? T'y connais rien à rien ! Alors maintenant écoute-moi, cette enquête on va la résoudre tous les deux, OK ? Tous les deux mais à ma façon ! Et toi tu vas observer, apprendre ! À la fin tu me surpasseras ! Enfin je pourrai prendre ma retraite tranquille, je saurai que la relève est là ! Que Galibert est présent et qu'il assure ! OK ?

– Bon d'accord…


Éric garda Galibert en joue le temps que celui-ci se rasseye, puis il posa son arme.


– Bon… Meurtre, roux… quoi d'autre ?

– Cacahuète ?

– Voilà, on avance…


Après que tous les mots relatifs à l'enquête aient été disséqués, convertis en chiffres, en d'autres mots, en objets, en couleurs, en notes de musique ; après avoir dessiné de vastes arbres étymologiques allant de Sumer au verlan le plus contemporain, Éric écrasa son mégot et parcourut d'un regard épuisé le vaste marasme d'informations qui s'étalait en fouillis sur la table.

En face, Galibert ronflait légèrement, son visage éclairé par une douce lumière matinale qui lui donnait un côté christique.

Éric s'attarda quelques secondes sur cette image, l'univers semblait venir confirmer ce que son instinct lui murmurait depuis quelque temps : Galibert était la solution, il était l'élu, et à Éric incombait la lourde tâche de le mener vers sa destinée, c'était lui le mentor.

Il se leva avec en tête la ferme attention d'aller acheter des croissants.

Il sortit et l'air frais lui caressa les joues.

Malgré l'ambiance glauque que la série de meurtres avait jetée sur la ville ces derniers temps, il continuait à y avoir des belles journées et des matinées revigorantes.

Alors qu'il descendait les marches de son perron, un mouvement sur le côté mit ses sens de flic en éveil.

Il se tourna et se trouva nez à nez avec une femme magnifique qui tenait un micro. Derrière, un petit homme triste portait une énorme caméra.


– Commissaire, le roucide a tué à trois reprises cette nuit, pouvez-vous nous confirmer que l'enquête piétine et que vous êtes englué dans votre incompétence ?


Éric resta interloqué, perdu dans ce regard bleu intense qui se tendait vers lui.

Ce regard qu'il connaissait bien, qu'il avait aimé et qui aujourd'hui ne représentait plus pour lui qu'une souffrance.


– Commissaire vous sentez l'alcool, pouvez-vous nous confirmer que la prise de conscience de votre incompétence vous pousse vers une profonde dépression que vous tentez vainement de combattre par l'ivresse comme le font tous les gens médiocres ?

– Hélène, murmura simplement Éric.


Il le fit d'une voix fragile, soumise, une voix qui implorait la pitié.

Mais d'un coup ses traits se ressaisirent, son visage se fit plus sévère, il tourna les talons et s'en alla d'un pas décidé vers ses croissants.


– Commissaire, les gens ont le droit de savoir !

– Je ne fais aucune déclaration, barrez-vous !

– Commissaire, cette fuite devant vos propres responsabilités vis-à-vis de la population n'est-elle pas le constat direct de votre échec ?


Éric accéléra mais la journaliste fit de même.


– Commissaire, au vu du fait que vous êtes totalement dépassé par les événements, ne devriez-vous pas déposer votre démission ?


Le commissaire avançait tête baissée et dents serrées, ses phalanges blanchissaient sous la pression de ses poings.


– Vous l'avez donc frappée ?

– Oui.

– Pourquoi ?

– Eh bien… Elle me harcelait. Elle me disait des choses méchantes. Je fais tout ce que je peux, moi, pour cette enquête… Je voulais juste aller chercher des croissants pour le réveil de Galibert et la voilà qui me tombe dessus…

– Mais pourquoi l'avoir frappée ?

– Pour… Pour qu'elle se taise.

– Vous vouliez qu'elle ne dise pas quoi ?


En posant ses questions le psy caressait le cuir chevelu d'Éric qui se détendait peu à peu dans le cuir du canapé.


– Je… Je voulais simplement qu'elle se taise. Tout est déjà si compliqué…

– Vous étiez-vous remis de votre rupture avec elle ?

– Je sais pas… ça fait longtemps. Oui, je pense…

– Avez-vous eu une relation sérieuse depuis ?

– Non, pas vraiment…

– Je vois… Et donc quand vous êtes rentré chez vous avec vos croissants, votre collègue était parti. Saviez-vous à ce moment-là qu'il allait porter plainte ?

– Non. Pas du tout. J'ai cru qu'il était simplement rentré chez lui… Je voulais l'aider moi, l'encourager, qu'il accomplisse de grandes choses… Il m'a terriblement déçu…

– Mais vous aviez braqué une arme sur lui.

– Je pensais qu'il aurait compris… C'était pour son bien.

– Hum… Passons à votre métier. Vous avez donc été suspendu de vos fonctions pour trouble du comportement, considérez-vous cette sanction comme légitime ?


À ces mots Éric se tendit légèrement, ses doigts, qui jusque-là s'entrecaressaient doucement sur son ventre, se crispèrent un instant.


– Oui, lâcha-t-il. Je comprends, mon comportement mettait en péril ma mission en tant que commissaire.

– Vous ne vous sentez pas glisser vers un abîme auto-destructeur ?

– Non, ça va…

– Bien, vous m'avez l'air d'aller de mieux en mieux, on se revoit la semaine prochaine, et d'ici là prenez bien votre traitement.

– Oui docteur… Et j'apporterai du flan.

– J'en serai ravi, au revoir.

– Vous allez voir, c'est une recette de ma grand-mère, elle cuisinait que ça ma grand-mère. Ça et des lentilles aux lards… Du coup, comme je vivais chez elle, c'était tous les repas : lentilles lard flan. Et bah devinez quoi, j'ai toujours fini mon assiette.

– Je serai ravi que vous me parliez de votre grand-mère la semaine prochaine, au revoir monsieur Éric.


Éric se sentait perdu, cela faisait plus d'un mois qu'il était aux arrêts et il n'avait jamais passé autant de temps sans travailler. Heureusement, sa visite hebdomadaire chez le psy lui permettait de s'occuper, il mitonnait des petits plats et cela lui allégeait l'esprit. Le reste du temps il fumait et jouait au bilboquet.

Soixante et une victimes… Il repensait souvent à l'enquête, mais il essayait de balayer ces pensées et de les envoyer loin de la zone consciente de son cerveau.

Malgré tout il avait commencé à crayonner des plans sur ses murs, sur son plafond aussi. Il avait essayé de relier les éléments d'enquête par de la ficelle, à travers la pièce, pour voir si cela donnait quelque chose en 3d. Mais il ne trouvait toujours rien, et passer de la cuisine au salon était devenu un vrai concours de limbo.

Une nuit, à vingt-trois heures trente-deux exactement, alors qu'Éric allait réussir son cent soixante-troisième coup de suite au bilboquet, le téléphone sonna. C'était le premier appel qu'il recevait depuis sa mise à pied.

Il se leva, intrigué, se prit dans les fils qui couraient d'indice en indice dans tout son appartement, poussa un petit juron et décrocha le téléphone.


– Allô, fit-il d'un air faussement renfrogné.

– Allô commissaire ? chuchota une voix suffisamment fort pour couvrir un bruit de vent.

– Je ne suis plus commissaire, répliqua-t-il en durcissant le ton.

– J'ai des informations sur les meurtres, rendez-vous dans une demi-heure, au parc, pas loin d'un croisement, à côté d'un salon de coiffure et d'une pizzeria.

– Qui êtes-vous ?


Le téléphone raccrocha.

Dix secondes plus tard, Éric avait enfilé son imper, relevé son col, et sortait la clope au bec.


Le vent était furieux. Les nuages passaient devant la lune à une vitesse oppressante.

Éric s'enfonçait dans le parc qui s'animait en tous sens, bousculé par la tempête, lorsqu'il entendit une voix entre deux bourrasques.


– Commissaire Éric ?

– Je ne suis plus commissaire, répondit-il, très fier de son intonation et de sa pose impeccable mise en valeur par la nuit venteuse.


Un grand homme voûté sortit de l'ombre.


– Commissaire, je vais vous dire tout ce que je sais sur les meurtres, mais je veux que vous me cachiez.

– Je ne suis plus en fonction, que voulez-vous que je fasse ?

– Justement, la police n'est pas sûre… Elle peut être infiltrée…


Le regard d'Éric s'aiguisa.


– Je ferai ce que je peux faire. Continuez.

– Tout d'abord il n'y a pas qu'un tueur, il y en a plein.


L'information percuta Éric de plein fouet.

À aucun moment il n'avait envisagé cette éventualité, et pourtant, sans pour autant que ce soit une évidence, il aurait pu y penser…


– Plein ? Combien ?

– Heu… ça fait… Au moins cinquante, cent, quelque chose comme ça…

– Mais ? Comment êtes-vous au courant ?

– Je suis l'un d'entre eux.


En un quart de seconde Éric avait saisi l'homme par le col.


– Non non… S’il vous plaît. Je vais… tout vous… expliquer, émit difficilement le mystérieux informateur dont la strangulation gênait l'élocution.

– Explique-moi tout de suite ! mugit Éric, le visage marbré de veines et les yeux prêts à exploser.

– C'est que… Vous comprenez, nous sommes un… Un club spirituel et nous… Eh bien nous suivons les préceptes de notre guide.

– Un guide ? Quel guide ? Qui c'est ?


Éric relâcha la pression sur le col de son interlocuteur, moins par volonté que par fatigue. Le bilboquet est un sport plus cérébral que musculaire.


– C'est le grand Moulab', le messager de la transcendance… C'est elle qui lui a dicté la voie, elle lui a parlé et… et elle nous a parlé à travers lui…


Éric devait réfléchir, il lâcha le monsieur visiblement fou pour tenter de faire le point et calmer ses palpitations.


– Vous êtes dans une secte, c'est ça ? Des fanatiques ?

– Non pas du tout, répondit l'informateur en reprenant une contenance. Nous sommes un club spirituel et notre spiritualité nous vient de la transcendance qui s'exprime par le grand moulab'.

– Mais… Pourquoi me contacter ?


Le visage de l'homme se para soudain d'émotion.

Sous la surveillance attentive d'Éric, il sortit lentement une photo de sa poche et la lui tendit.


– Je l'ai retrouvée dans un vieux coffre il y a quelques jours, à la mort de ma mère. C'est moi à droite… dit-il avant de détourner un regard au bord des larmes.


Éric observa la photo à la lueur de son briquet. C'était une vieille photo, elle montrait trois jeunes enfants hilares devant des cubes empilés n'importe comment.

L'ex-commissaire releva la tête. Il aurait aimé peindre la scène qu'il avait en face de lui, il aurait appelé sa toile : l'homme piteux.

Le pauvre bougre avait tout ses traits qui tiraient vers le bas, sa mâchoire tremblait comme un caniche nain perdu dans un hiver glacé, son regard était désespérément tourné vers ailleurs, loin, comme s'il avait pu, par la simple force de son déni, projeter tout son être hors de cette réalité accablante.


– Vous étiez roux ?


L'homme inspira longuement, ses yeux se fermèrent en provoquant une minuscule cascade cristalline.


– Oui… expira-t-il, avant que tout son corps ne se relâche à la limite de l'effondrement.

– Et c'est tout ?

– Vous ne comprenez pas ? La transcendance est mon guide et j'apprends que je suis un félon sans espoir d'élévation mystique, un parasite juste bon à recevoir la pénitence purificatrice !

– Si, je comprends… M'enfin vous êtes plus trop roux maintenant… Vous êtes… châtain.

– Non… Hélas ! Je le sais maintenant, je suis marqué du sceau des maudits et ma foi n'était que mensonge inepte ! Mon existence n'est qu'une outrance !

– D'accord… Mais votre bande là, ils sont au courant ?

– Par la transcendance non… je ne serais plus là. Je devrais le leur dire mais… mais je suis trop lâche pour recevoir la pénitence purificatrice. Tout me dicte de me rendre, ou bien de me purifier moi-même, mais je n'y arrive pas. Je suis le contraire de ce qui est bon…

– Mouais, mauvais quoi… Mais pourquoi voulez-vous être caché s'ils ignorent que vous êtes roux ?


L'homme frissonna à cette sinistre évocation.


– Parce que je ne pourrai jamais plus supporter le poids de leur regard. Je suis indigne !

– C'est tout ?

– C'est tout ? Vous ne vous rendez pas compte ?

– Si si. Je me rends bien compte… Bon venez, on va continuer de parler de tout ça chez moi, on sera mieux. Vous vous appelez comment ?

– Rufin. C'est le nom que l'on donne à tous les infâmes.

– Très bien, alors allons-y Rufin.


Éric se surprit à être de bonne humeur. La seule ombre au tableau était l'état de son appartement. Il allait devoir faire un brin de ménage…


Rufin expliqua à Éric comment tout s'était déroulé.

Un jour, distrait par une hirondelle, il était tombé au fond d'un trou de chantier dont il se trouva incapable de sortir. Après que tout un groupe de scouts lui eut uriné dessus, un homme vint et lui tendit la main.

Avec cette aide Rufin put enfin remonter mais ses frusques étaient toutes crottées.

L'homme l'emmena alors chez lui et lui donna des vêtements propres.

Il lui dit que les scouts étaient des petits cons malfaisants et les oreilles de Rufin se tournèrent vers ces sages paroles.

Il lui fit alors remarquer qu'il n'était pas rare de croiser des scouts roux, ce à quoi Rufin n'avait jamais songé mais qui était vrai.

Il lui fit en plus constater que le créateur des scouts était anglais, que bien des Anglais étaient roux, et que ce serait bien le diable si les roux n'étaient pas mouillés là-dedans. Ce que Rufin n'avait plus du tout envie de contester.

Par la suite, l'homme lui apprit à coudre. Il commença par une longue toge et enchaîna sur une cagoule à motifs.

Là, tout fut prêt pour la cérémonie.

Elle avait lieu chaque dimanche à minuit, dans une grande salle perdue au milieu d'un immense dédale de souterrains. Des torches guidaient les fidèles à travers le réseau de galeries, puis, une fois dans la salle, c'était la transcendance.

Il avait du mal à décrire cette transcendance, tous les souvenirs qu'il avait de ce moment étaient en lambeaux. Lambeaux de chants, de danses… Il utilisa des noms bizarres comme absolution stellaire, truc cosmique, machin d'élévation, qu'Éric n'essayait même plus de comprendre.

Il y avait aussi une histoire de boîte qui choisissait quelqu'un chaque semaine.

Éric retint surtout que le grand moulab' parlait en face des autres qui l'écoutaient. Cela lui suffit pour élaborer un plan…


Éric arborait une grande toge blanche décorée de quelques taches de café. Sa tête était ornée d'une cagoule grotesque couverte de motifs dont certains présentaient d'étonnantes similitudes avec une pelle à tarte.

En s'enfonçant toujours plus dans les souterrains, guidé par des torches éparses, il se répétait son plan, et chaque pas qu'il faisait dans ce sombre boyau le rendait plus soucieux de sa réussite.

Après une marche étouffante dans les ténèbres, d'îlot de lumière en îlot de lumière, il déboucha dans une grande pièce agréablement éclairée remplie d'une centaine d'adultes déguisés comme lui.

Il se glissa dans les rangs et attendit en silence, comme les autres, que quelque chose se passe.

Au bout de dix longues minutes, alors qu'il était désespéré de voir qu'autour de lui personne ne s'allumait de cigarette, un écran caché dans un carré d'ombre s'alluma face à la foule.

On entendit dans la salle un bref « aaahh » de soulagement et les rares chuchotements se turent.

Quand Éric comprit que le grand moulab' était l'écran, il se sentit embêté.

Son plan était précisément de mettre un couteau sous la gorge du grand moulab', de sortir en menaçant de le saigner comme un porc, et de le livrer à certains de ses collègues dont il connaissait l'incorruptibilité.

Un plan simple et concis qui finalement avait une faille.

Mais il n'eut pas le temps de réfléchir à un plan b. Lorsque le grand moulab' se mit à parler, Éric fut saisi. Son attention se focalisa entièrement sur les paroles émises par l'écran.

À partir de ce moment tout devint confus.

Il y eut des chants, des processions, des lumières vacillantes, une tombola à la suite de laquelle on lui remit une boîte, un sentiment de culpabilité en constatant qu'il n'avait qu'un billet de cent à donner pour la quête, et cette voix, qu'il suivait comme un fil de pensée.

Puis, lorsque ce fut fini, ébranlés par la transcendance, tous s'éparpillèrent silencieusement dans le sombre et tentaculaire réseau de galeries.

Éric continua de marcher longtemps, comme un zombie, et sans s'en rendre compte il quitta les ténèbres des souterrains pour trouver celles d'une nuit sans lune.

Là, ce fut comme si l'air frais lui redonnait possession de son esprit. Des pensées s'enclenchèrent. Son libre arbitre revint.

Éric retira ses habits cérémoniels et regarda dans la boîte. Ses yeux brillèrent devant la puissance de l'éclat. Tout était là. Il referma la boîte et se hâta.

Ce qu'il avait à faire était simple. Il fallait absolument qu'il poignarde un roux dans le dos avant de lui insérer une cacahuète dans l'oreille droite et un petit pois dans la narine gauche, ou plutôt qu'il administre la pénitence purificatrice à l'aide de l'absolution stellaire, car cette semaine il était le glaive cosmique.

Une brusque lumière suivie d'une pluie de coups mit fin à cette joyeuse pensée.


Le jeune commissaire Galibert faisait le bilan, il était mitigé.

Après la mise à pied du commissaire Éric, suite à sa plainte et à celle de la journaliste, il avait obtenu le poste de commissaire intérimaire.

Il en avait profité pour moderniser le commissariat en y installant une technologie de pointe capable de capter toutes les chaînes de télévision du monde, à part la 6, parce que le bâtiment était dans un creux.

Malheureusement, chaque semaine, dans la nuit du dimanche au lundi, exactement pendant la diffusion des matchs de criquet, quelque chose venait parasiter l'antenne.

Il avait donc dépêché un groupe d'experts qui avait vite identifié le lieu d'émission et la nature étrange des ondes perturbatrices.

Ils conclurent que ces ondes, si l'on se tenait près de leur source, étaient capables d'influencer le cerveau humain.

Lorsqu'elles furent décryptées, les résultats stupéfièrent Galibert.

Ces ondes appelaient au meurtre des roux, tout portait à croire qu'il venait de découvrir la source de la terrible vague de crimes qui, depuis des mois, terrorisait tous les roux de la ville et angoissait leurs amis proches.

Il étudia alors le plan des souterrains, prépara le coup de filet, et le tour était joué.

Il fut étonné d'apprendre que son ex-commissaire avait été arrêté en possession de la mystérieuse arme du crime et qu'il se reposait aujourd'hui en hôpital psychiatrique.

Un drôle de type fut retrouvé chez lui, ce qui fit naître des rumeurs sur une possible homosexualité refoulée donnant naissance à une névrose, cette version devint la version officielle.

Quelques semaines plus tard Galibert prit de ses nouvelles.

On lui raconta qu'en de rares occasions, lorsque l'effet des médicaments baissait et qu'il avait la force de dire quelques mots, il lui arrivait de prononcer « Ga-li-bert », et même si Éric avait toujours été un gros con d'alcoolique taré à ses yeux, il fut si touché qu'il changea de nom pour s'appeler réellement Galibert.

Mais l'enquête n'était pas finie, et bien qu'elles aient été placées sous haute surveillance, des pièces à conviction avaient disparu.

Il manquait l'écran du souterrain ainsi que la boîte en bois et son contenu, c'est-à-dire l'arme du crime, un sac de petits pois et un autre de cacahuètes. Tous les enregistrements des ondes perturbatrices avaient également été effacés.

Tous cela faisait craindre à Galibert que ce calme soudain ne soit qu'une courte trêve… et la saison de criquet était loin d'être finie.


Un soir, alors qu'il était seul chez lui et qu'il s'entraînait à fumer la pipe sans tousser, soirée tristement coutumière depuis que sa compagne était partie avec un vélo, une voix étrangement monocorde le fit sursauter.

Il se retrouva soudain face à deux grands hommes noirs vêtus d'une chemise fluo et d'un pantalon à paillettes.


– Commissaire… fit la voix, qui n'était pas du tout aussi disco que les personnages.

– Comment êtes-vous entrés ? demanda Galibert, figé par la surprise.

– Nous avons la clé. Nous avons toutes les clés.


Le commissaire eut l'impression que les deux parlaient en duo. Cela pouvait vouloir dire deux choses : soit ils n'étaient pas humains, ce qui faisait peur, soit ils étaient humains et avaient répété la scène pour lui faire peur, ce qui était réussi.


– Pourquoi vous êtes là ? questionna Galibert d'un ton vacillant.

– Nous sommes là pour vous engager.


La voix des deux hommes gardait une régularité constante parfaitement anxiogène.


– Quoi ?

– Vous avez fait preuve d'une étonnante perspicacité, nous voulons vous engager.

– Moi ?

– Notre existence et nos activités sont secrètes, aussi si vous refusez nous pulvériserons votre corps.

– Ah… et du coup si j'accepte ?

– Vous rejoindrez nos rangs.

– Et je ferai quoi ?

– Nous avons toutes sortes d'activités, vous en avez eu un aperçu récemment…

– Ah ! c'était vous ? s'exclama le jeune commissaire juste avant de se rappeler qu'il avait toujours peur. Mais, pourquoi ? demanda-t-il, plus bas.

– Ce n'était qu'un test, nous ne pouvons pas vous révéler la finalité de nos activités.

– De toute façon vous me tuerez si je refuse…


Les deux hommes tournèrent la tête l'un vers l'autre avec une telle symétrie, une telle synchronisation, quelque chose de si peu naturel que le commissaire en eut des bouffées de chaleur.

Puis, de façon tout aussi synchronisée, ils se remirent à le fixer.


– Mais… La cacahuète ? Le petit pois ? Ça n'a pas de sens… osa Galibert malgré son effroi.

– Ce ne sont que des éléments du test, ils ont été choisis parce qu'ils se conservent bien dans une boîte en bois.

– Et la pelle à tarte ? Ce métal, c'est quoi ?

– Tout ce qui concerne l'artefact est maintenu secret, les réponses à ces questions vous dépasseraient de toute façon.

– Mais…. pourquoi les roux ?

– C'était les roux cette fois-là, ce ne sont pas toujours les mêmes…

– Mais vous êtes qui au juste ?


Soudain leur voix se désynchronisa, l'un répondit « spice men » et l'autre quelque chose comme « angel of disco ». Puis ce fut tout leur corps qui sortit de la symétrie.


– Bordel ! C'est quoi ton problème ? C'est hors de question que ça soit « angel of disco » ! C'était soit le nom soit les fringues ! De toute façon tout le monde a dit non, même le boss a dit non !

– Fais pas chier mec ! On est juste en mission de recrutement, y a pas d'bile à s'faire !

– Tu nous as fait perdre la synchronisation avant qu'il ait accepté l'embauche, selon le règlement on doit le tuer !

– Mais non… Il va rien dire. Hi Hi ! Regarde-le comme il est drôle !


Si Galibert avait eu un bouton off, il aurait appuyé dessus.


– T'inquiète mec ! C'est flippant le coup du duo synchronisé hein ? C'est du boulot tout ça mec ! dit le plus jovial des deux hommes en souriant de toutes ses dents. Avant on nous appelait les men in black, mais c'est démodé ! Les costumes, les vieilles caisses, tout ça ! Maintenant chaque binôme fait comme il veut, et nous, on a la disco classe !

– Et encore t'as pas vu la bagnole… ajouta l'autre d'un air accablé.

– Mais…


Galibert avait envie d'une longue sieste.


– Du coup vous êtes gentils ou méchants ?

– Si on le fait, c'est que ça doit être fait ! C'est la devise ! Le bien, le mal, tout ça c'est du flan mec !

– Bon, de toute façon tu nous suis ?

– Heu… d'accord…

– Dis oui.

– Oui.


À l'instant où il prononça le « oui », il entra dans une toute nouvelle ère de son existence. Sa vie devint une explosion d'aventures incroyables, riches en personnages variés et hauts en couleur.

Elle se tissa d'intrigues passionnantes qui l'amenèrent à aborder de manière originale les grands questionnements humains, jusqu'à aboutir à des réflexions intemporelles sur le sens de toutes choses et sur les fondements même de l'être et du non-être.

Son histoire, dans d'autres dimensions, fut la base de grandes mythologies.


Jason avait les mains dans la pâte, mais son esprit était ailleurs.

Depuis que son ancien camarade lui avait rendu visite, il se sentait préoccupé. Des souvenirs enfouis s'étaient réveillés.

Il regrettait de ne pas avoir cherché la raison de ce long voyage. Lorsque l'autre con avait parlé d'extraterrestre, il n'aurait pas dû s'énerver.

Se pouvait-il que cela ait un lien avec… la chose…

Cet objet étrange qui avait fait de lui l'homme qu'il était devenu et qu'il avait pourtant fui jusqu'au bout du monde.

Il l'avait trouvé à onze ans, dans le pré qui jouxtait la grange du père Caucher.

Ce soir-là, alors qu'il s'adonnait à être un enfant, il avait surpris deux silhouettes étranges qui semblaient être en plein pique-nique.

Dès qu'elles remarquèrent sa présence, elles replièrent leur nappe en baluchon à une vitesse monstrueuse, agitées de mouvements frénétiques, avant d'entrer dans une boule de lumière qui était soudainement apparue. La seconde suivante, Jason regardait la boule s'évanouir dans le crépuscule.

Il n'aurait jamais dû aller plus loin, mais la curiosité porte l'enfance.

Là, il l'avait aperçue. Brillante, merveilleusement profilée…

Il s'était mis à faire des expériences étranges, à mettre des pétards dans les fourmilières, à arracher les ailes des papillons, les coquilles des escargots, les pattes des sauterelles…

Il mit le feu à des crapauds, jeta des chats dans des puits, creva les yeux des moutons et observa minutieusement l'agonie de son propre chien qui, du regard, lui suppliait d'ouvrir la cage…

Il n'était pas méchant, ni cruel, même si ce sont les mots que les autres employaient lorsqu'ils lui infligeaient des châtiments.

Il ne prenait pas plaisir à faire ce qu'il faisait, il s'était juste affranchi de certaines barrières et un panel de nouvelles expériences s'offraient à lui.

Lorsque les deux mecs bizarres en costume rétro étaient venus lui reprendre sa pelle à tarte, il avait pleuré, mais lorsque l'effet s'estompa et qu'il fut lui-même juge de ses crimes, il avait pleuré encore beaucoup plus.

La maltraitance des autres continua encore longtemps après que la pelle fut partie, comme si une empreinte était restée imprimée sur lui.

C'était pour ça qu'il était devenu pâtissier, pour ne jamais oublier toute cette histoire.

Et il était parti pour s'oublier un peu quand même…

Aujourd'hui, il se demandait seulement où était la pelle à tarte, entre quelles mains ? Son pouvoir était-il dompté ? S'étendait-il, incontrôlable ?

Il aurait vraiment dû laisser l'autre abruti poser ses questions, ça avait peut-être un rapport…


Éric était bien. Lorsqu'il revenait à lui il comptait les aspérités du plafond.

Certaines fois il avait le temps de toutes les compter, les trois cent dix-sept, alors il les recomptait.

Et lorsqu'il repartait dans l'éther, il voyait Galibert.

Galibert qui enjambait les passages entre les dimensions, se déplaçait de galaxie en galaxie, participait à des révolutions lointaines pour rétablir l'équilibre de l'univers, avait de folles idylles avec des femmes furieusement belles, qui finissaient toutes par partir avec un vélo sans que cela le fasse pleurer.

Il le voyait défier ses supérieurs, affronter le temps et repousser le néant.

Galibert était l'élu.

Et aussi longtemps qu'Éric serait dans les vapes, il l'accompagnerait.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   hersen   
19/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Jusqu'au passage des croissants, et même un petit poil après, je trouve ce texte très rigolo, loufoque, qui ne se prend pas au sérieux et certains passages me font franchement rire. J'aime beaucoup être dans cette ambiance déjantée, sans prise de tête.

Malheureusement, la suite ne colle plus. c'est comme si tout à coup l'auteur veut tout expliquer. Et ça perd tout son cachet car du déjanté qu'on explique devient...banal.

Par exemple les roux. Victimes de meurtres. Le commissaire veut reprendre l'enquête au début pour savoir si chronologiquement dans les meurtres le tueur va du roux plus foncé au plus clair ou l'inverse.
C'est parfait, c'est génial. Mais ensuite, l'auteur cherche à nous expliquer pourquoi les roux, une histoire de secte, enfin bref, bien loin de notre rigolo commissaire. Qui n'a pas du tout les épaules pour être dans une histoire rationnelle, et c'est pour ça que je l'aime, ce commissaire !

Le personnage de Galibert est excellent. Il fait incroyablement valoir la stupidité d'Eric. Mais ensuite, il meurt dans du non-consistant.

Bref, j'ai adoré la plume du début, qui est dans l'absurde, et pas trop aimé la plume de la fin, qui tente d'expliquer. c'est à mon avis une maladresse. Car expliquer nécessite une vraie enquête, pour garder une logique, ce que nous n'avons pas au début.

La pelle à tarte, j'ai adoré; Mais l'effet est retombé dès qu'on a tenté de me l'expliquer. je n'en voulais surtout pas de cette explication !

Je voulais garder en tête l'image de cette arme, d'autant plus qu'après examen, on y aurait peut-être trouvé des traces de crème, suppose-t-on au labo...

Mais j'aimerais vraiment relire l'auteur sur autre chose !

   aloccasion   
14/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je rejoins hersen dans son commentaire.

J'ai vraiment adoré la mise en place de l'intrigue, jusque dans les moindres détails. J'aime ce genre de texte complètement barré, qui ne se prend pas au sérieux.

Mais. Oui, il y a malheureusement un "mais". C'est lorsque l'explication arrive qu'on perd l'essence même du texte, ce "je m'en foutisme" génial. Tout devient trop sérieux. Alors même si l'explication est elle aussi loufoque, l'intérêt retombe malheureusement.

Bon, ça reste tout de même un bon texte, une partie rattrapant l'autre.

Au plaisir de vous relire.

   Lulu   
15/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

j'ai bien aimé lire cette nouvelle, bien que je l'ai trouvée un poil trop longue sur la fin, sans doute parce que j'ai préféré le début.

En fait, j'ai lu avec beaucoup de plaisir ce récit jusqu'à ce que Eric mette les pieds dans la secte... Après, j'ai l'impression d'une écriture un peu différente, plus rapide, bien que j'ai lu l'ensemble avec beaucoup d'attention.

L'idée de départ est originale, intéressante. Vous ne manquez pas d'imagination...

Comme l'a souligné hersen, il est vrai que la dernière ou la deuxième partie de votre récit fait plus "explication", alors qu'on n'attendait pas cela forcément.

J'ai vraiment l'impression que vous avez voulu à tout prix achever votre texte et que vous avez, de fait, un peu moins soigné la fin, mais cela n'enlève rien à la qualité d'ensemble de votre nouvelle qui est très plaisante à lire.

Enfin, je trouve qu'on s'attache aux personnages - c'est donc une réussite -, même s'ils sont éloignés de soi.

Bonne continuation.

   Inner   
21/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Personnellement, je n'ai pas été dérangé par ces deux phases dans le texte, je trouve que le côté barré revient par-ci par-là sur la seconde partie, ce qui me plaît beaucoup !

J'ai juste tiqué sur une ou deux ellipses vraiment difficiles à repérer, (surtout quand il débarque chez le psy) mais une relecture rapide quelques ligne plus haut fait l'affaire !

Beau boulot, pour ma part !

   Anonyme   
6/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J'aurais indiscutablement classé cette nouvelle dans la catégorie "Fantastique/Merveilleur" et non "Humour/Détente" mais, allez savoir pourquoi, celle-ci se retrouve dans cette dernière catégorie. Je ne vois pas d'explications à cela, mais bref, ce n'est pas grave...

C'est donc d'une nouvelle atypique qu'il s'agit, sachant qu'au départ le Commissaire Eric se retrouve sur une enquête - j'allais dire banale, mais non, vu le nombre de victimes dès le début de l'histoire - policière qui nous tient en halène un bon moment... Jusqu'à ce que Galibert - qui ne s'appelle pas ainsi - aille porter plainte après que le commissaire Eric ait osé pointer une arme sur lui, ce qui est peu commun pour deux équipiers... Or la plainte est réelle, le commissaire Eric a vraiment pété un câble et finit finalement en hôpital psychiatrique...

Mais ce qui est encore moins banal est que nous nous retrouvons propulsés dans une histoire d'extraterrestres, alors que nous nous attendions à un serial-killer. Je me disais bien aussi qu'un serial killer faisant autant de victimes en si peu de temps était louche, étant donné l'absence totale de pistes au niveau des enquêteurs, sans le moindre morceau de cheveu ni la moindre cellule d'ADN.

L'histoire policière prend donc une direction à laquelle on se s'attendait pas, pour finir avec ces extraterrestres tueurs d'hommes roux, avec cacahuètes dans le nez et petit pois dans l'oreille (à moins que ça ne soit l'inverse, mais je vous laisse lire la nouvelle pour ne pas tout dire et vous en laisser un peu), en passant par une possible - sinon probable - secte avec le grand moulab...

Au final, l'histoire est plutôt rocambolesque et j'aurais préféré un commissaire sachant passer le relai à "Galibert", avec résolution de l'affaire en bonne et due forme et assassin occit.

Bien à vous,

Wall-E


Oniris Copyright © 2007-2018