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Réalisme/Historique
TITEFEE : J'étais de là-bas.. un jour (suite)
 Publié le 15/10/07  -  2 commentaires  -  8491 caractères  -  5 lectures    Autres textes du même auteur

Chanter ou déchanter ??? that's the question !


J'étais de là-bas.. un jour (suite)


Wouatara grimpa les deux derniers étages, à la suite de son cousin. Celui-ci soufflait de plus en plus fort et faisait des haltes nombreuses, en s’appuyant fermement à la rampe.


Ouatouré était bien plus âgé que Wouatara et commençait à avoir plus de cheveux gris que noirs.


Oui, quel âge pouvait-il avoir au juste ?


La mère de Wouatara lui avait dit que son vénéré cousin était né la nuit où la savane avait été mangée par le plus grand incendie du pays, et qu’un orage, fantastique, avait miraculeusement éteint les flammes...


Les enfants nés cette nuit-là avaient reçu du ciel des dons hors du commun disait-on…


Mais Mamouradi, la mère de Wouatara, ne se souvenait plus, ni du mois, ni de l’année, car dans le pays on ne faisait pas de déclarations de naissance… à l’époque ! Et même encore maintenant dans la brousse ou le désert !


Elle lui avait raconté cette histoire, autour d’un feu, avec les enfants serrés autour d’elle, le dernier pendu à ses mamelles, avec, au milieu du cercle, un grand plat où ils mangeaient tous avec les doigts la purée de manioc. Elle racontait, sans se lasser, l’histoire de la famille, des ancêtres et des grandes croyances animistes qu’ils véhiculaient encore malgré l’endoctrinement islamiste qui avait fait d’eux des musulmans.


Pour la naissance de frère Ouatouré, elle se souvenait seulement que c’était quelques lunes, bien avant que son promis ne franchisse le pas de la case familiale, pour aller demander Mamouradi comme femme à son père. Quelques jours plus tard, les hommes de la même caste, s’isoleraient pour discuter, au cours de palabres interminables, de sa dot.


Mamouradi devait avoir entre 12 et 13 ans, et n’était plus nubile, depuis peu de temps. Dès que le sang était apparu elle avait dû quitter la case familiale et rejoindre celle des filles, non pubères, un peu à l’écart.


Quelques jours plus tard, les filles « de l’année rouge » allaient devoir être excisées et seraient bientôt prêtes à être mariées selon les lois immuables de la tribu.


Elles avaient déjà subi, bien plus tôt, les scarifications qui ornaient leur peau d’excroissances artistiquement sculptées sur le visage, le dos et les bras.


Wouatara se remémorait tout cela, en montant les escaliers.


Des images vives renaissaient dans son esprit et même quelques senteurs lui étaient revenues, à l’instant même où il avait évoqué le repas, pris avec ses petits frères et sœurs, autour de la mère, avant qu’il n’ait atteint l’âge requis pour aller rejoindre la case où il dormirait dorénavant avec les hommes.


******


Les deux hommes arrivèrent enfin au palier du sixième étage.


Une seule porte faisait face aux escaliers. Une échelle était posée contre le mur, face à une trappe, qui devait sans doute déboucher sous les combles ou sur les toits.


Ouatouré appuya sa main sur une corne de gazelle qui servait de penne, et ouvrit la porte en grand. Sur le mur, d’un minuscule couloir, était punaisé un pagne orange et brun, où était peinte la carte de leur pays, avec les points d’eau et les frontières, et des dessins cabalistiques, dessinés aux stylos billes de plusieurs couleurs.


Le couloir débouchait dans une unique pièce, envahie par des matelas de mousse, et des tentures accrochées à des ficelles tendues entre les murs, et qui délimitaient, pour la nuit, l’espace intime des occupants. Dans la journée, les rideaux étaient poussés contre le mur.


Sur un matelas, trois enfants regardaient un manga, sur un téléviseur portatif, et ils ouvraient grands yeux et bouche ; tout obnubilés qu’ils étaient, par ce qui se passait sur le petit écran.


D’une gifle légère, ricochant sur les trois têtes à la fois, Ouatouré leur demanda de se lever, pour accueillir Wouatara. Ce qu’ils firent, très vite, en retournant aussitôt à leur émission… comme si de rien n’était. !


- Tu vois ? La France, ça les a pervertis ! Plus de considération des anciens ! Va falloir que tu m’aides à leur inculquer le respect des règles. Elles ne nous ont pas fait de mal à nous, alors, à eux non plus !…. Bon ! On va essayer de te trouver une place Wouatara…


Sur ce, il s’empara d’une natte tressée, d’une criante couleur verte, qui était roulée avec d’autres contre le mur. Il la déroula tout près du tapis, tourné vers la Mecque, qui occupait la place qui lui revenait pour les prières.


Dans un coin un placard en plastique contenait les effets de la famille et, par terre, bien pliés, d’autres couvertures et linges disparates s’empilaient.


Un évier était occupé par un amoncellement de gamelles et de marmites aux culs noircis par la fumée. Des poissons séchés, enfilés sur une ficelle pendaient au-dessus d’une gamelle dans laquelle leur suc gouttait et répandait la caractéristique odeur de saumure et de chair pourrissante.


Un petit réchaud à charbon de bois, muni de sa grille était posé sur la table, isolé d’elle, par une plaque de marbre.


- Bon Wouatara, je vais t’emmener tout de suite chez Chef Ouassa. Il pourra peut-être te trouver un autre logement, car, comme tu vois, nous sommes vraiment à l’étroit ici. Mais tu resteras avec nous, tant que tu n’auras pas d’autres solutions de rechange. En attendant, je t’emmène, au marché d’Aligre car c’est ici que nous trouvons tous les condiments pour notre cuisine traditionnelle. Tu verras ça nous rappelle le pays, toutes ces odeurs et tu y découvriras des fruits et des légumes de tous les pays. Et puis tiens ! Prends donc ton instrument avec toi, on va aller dans le métro et tu pourras chanter.


- Chanter ? Moi ?

- Je ne vois que ça, pour le moment pour récolter de l’argent, car je n’ai pas encore pu réussir à te trouver de travail ! J’ai pourtant mis beaucoup de monde sur le coup ! On va aller au marché et, à 13 heures, on trouvera sans doute deux ou trois marchands qui nous prendrons, pour défaire leur stand. En plus tu verras, dis donc, dis donc, on récolte toujours quelques fruits et légumes invendables mais qui sont encore très beaux et bons.


********


Peu de temps, après avoir bu un grand verre de thé à la menthe, les deux hommes redescendirent les six étages et continuèrent, sur un trottoir blanc de givre, leur route jusqu’à la gare de banlieue.


Ouatouré acheta un billet pour Wouatara et lui dit qu’il devrait plus tard prendre la carte orange car c’était bien moins cher, et dut lui expliquer ce qu’était bien entendu la carte orange !!!


Ils débouchèrent sur le quai ! Celui-ci était balayé par un vent glacial. Wouatara voyait sortir de la fumée de sa bouche, comme ce matin, à la sortie de l’avion et cela l’amusait si fort qu’il soufflait de plus violemment en riant aux éclats, arrêté en cela, par un fort coup de coude de son cousin dans les côtes.


- Te fais pas remarquer, frère, ici ça ne se fait pas. Et rire trop fort non plus !

- Ah bon, dis donc, dis donc, je ferai attention… mais c’est pas permis pourquoi ?? Leur religion ?

- Non, les convenances !!! Les convenances…

- C’est quoi les convenances ??? Dis donc, dis donc, c’est quoi ce mot ?

- C’est la règle

- Bon la règle, ça je comprends !


Le convoi arriva, comme un grand serpent vert. Wouatara instinctivement se recula lorsque le train s’arrêta en grinçant. Les portes s’ouvrirent et un flot de voyageurs descendit de la rame, au même moment où d’autres personnes apparemment pressées, essayaient déjà de monter dans le compartiment...


Le cousin retint Wouatara par le pan de sa manche pour lui interdire de monter tout de suite, et ils attendirent que tout le monde soit monté pour le faire à leur tour.


- Pourquoi tu m’as retenu ainsi ?

- Pour ne pas avoir d’histoire mon frère, ici faut te faire oublier ! On a trop de nos frères qui ont mal tourné et qui ont fait monter d’un cran le racisme chez certains français… faut être prudent, incolore, et surtout patient ! À ce compte on ne vit pas trop mal. Au fait tes papiers sont en règle ?

- J’ai un permis de trois mois, je vais trouver un travail et le faire renouveler

- Eh ben, dis donc, dis donc, je te souhaite beaucoup de courage mon frère !!! Que le Dieu de tous nos ancêtres et Allah et Mahomet son prophète, t’entendent… ils ne seront pas de trop pour que tu en trouves !!!


À suivre ….



Si vous voulez l’entendre, cliquez sur ce lien


Je vous souhaite bonne lecture et bonne écoute



 
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   strega   
7/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
TITEFEE vraiment, je ne sais pas si pour écrire ce texte tu as connu des immigrés mais je trouve cela vraiment réaliste. L'envie de s'en sortir la tête encore à moitié innocente, le besoin de s'intégrer sans renier ses racines (primordial).

Seul reproche, la répétition de "dis donc dis donc" qui fait quand même un peu cliché. Peut-être y verrai-je une raison pas la suite...

J'y vais de ce pas

   ANIMAL   
2/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Décidément, cette histoire me plaît beaucoup. Elle est pleine de fraîcheur et de réalisme.

Je lirai la suite au fur et à mesure, mais déjà Bravo !


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