Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
victhis0 : Shooter
 Publié le 26/10/08  -  22 commentaires  -  7688 caractères  -  43 lectures    Autres textes du même auteur

Un moment désagréable, entre deux mondes.


Shooter


Une légère bruine va bientôt essorer le petit cimetière de campagne ; on voit déjà les tuiles noires du village en contrebas qui commencent à suinter d’un éclat mat, cirées par une pluie fine, drue et froide. Instinctivement, tu rentres un peu la tête dans les épaules, tu frissonnes. Tu relèves le col de ta veste, tu ajustes le nœud trop lâche d’une écharpe anthracite de circonstance.


Il est quinze heures comme viennent de le rappeler les trois « Ding ! » maigrelets de la chapelle, à gauche, au moment même où le cercueil bon marché entame sa descente funeste dans la gueule morte de la terre morte. Des sons sourds, vides, du bois maudit qui heurte les parois de béton, malgré les efforts des croque-morts pour éviter ça. Ce bruit-là tu l’oublies pas, il reste gravé dans ta mémoire, à jamais.


Tu relèves la tête, ton nez est froid et une goutte tente de s’échapper, tu la renifles bruyamment. Le bruit fait marrer Manu, ton copain d’enfance qui te regarde, le rire franc prêt à exploser, idiot.


Doucement, tu regardes les témoins curieusement blasés de cette scène inéluctable qui est censée ne jamais arriver qu’aux autres : d’abord il y a le curé, en face, au centre du spectacle.

Il est pas à la fête le gros curé, il s’ennuie ferme. Tu comprends à peine ses paroles marmonnées sans conviction, tu grappilles un ou deux « âme au ciel… Droite du père… Paix… Poussière… » malgré tes efforts, car tu es concentré, compatissant. Mais le curé lui, il s’en fout. Il gifle presque les pages de son bouquin, plus irrité par le vent qui se lève un peu que par la solennité de l’instant. Il rajuste ses lunettes à tout bout de champ, ça lui ralentit le débit car il s’arrête de parler quand son gros index gauche repousse la monture de ses binocles vers leur place initiale. Tu sens que ça l’énerve.


Il y a ta mère, triste, triste à en mourir. Une tristesse muette : elle est éteinte de toute son âme, mortifiée au plus profond. Elle n’est qu’un chiffon de vêtements en berne, maintenus par quelques fils de fer, épouvantail hiératique qu’une bourrasque un peu forte viendrait emporter.


Il y a ton père. Lui, il est moins triste : il est agacé par le spectacle que son épouse impose à l’audience. Il lève les yeux au ciel. Son corps de colosse, massif, quadrangulaire se penche au-dessus de son chiffon de femme. Il lui donne des petits coups de coude secs, lui susurre des reproches à l’oreille. Son regard marron glacé s’arrête sur chacun des témoins de l’enterrement. À chacun il demande pardon du regard pour les débordements de sa femme, disproportionnés ; il sourit timidement. Il fait signe au curé d’abréger car il va pleuvoir et qu’on sera tous trempés, pour rien.


Il y a ton pote Manu, qui s’est déjà distingué plus tôt. Manu, il s’en fout. Il est là parce qu’il fallait qu’il soit là, comme toi. Convoqué en quelque sorte. Manu cherche dans le décor qui l’entoure des sujets de distraction. Un rien l’amuse : une brindille accrochée au chapeau de ta mère, une feuille morte qui se suicide dans le caveau avec le cercueil. Manu se marre, comme s’il refusait de voir la gravité de la scène.


Il y a aussi ton oncle et ta tante de Corrèze. Tiens. Ils ont fait le déplacement. C’est vrai qu’ils sont proches de la famille. C’est quand même un peu normal, c’est presque la seule chose qui semble logique. Ils regardent l’heure. Ta tante commence à déplier son parapluie. Des gouttes fines ont commencé à conquérir le cimetière et des ruelles d’eau boueuse se forment à une vitesse impressionnante. Ton oncle s’allume une cigarette mais tu n’es pas sûr que cela soit vraiment l’endroit ni le moment. Ni l’heure, lui reproche sa femme en lui mettant sa tocante sous le nez, inquiète.


Il y a surtout ce type que tu as déjà vu quelque part. Il ricane en te regardant d’un air mauvais. Il porte une espèce de treillis paramilitaire bleu foncé, un casque avec visière et une tête de mort où tu peux lire « Tom ». Elle est atroce cette tête de mort, elle a un rictus torve, des canines démesurées, deux pupilles qui ne te laissent aucun doute sur ses intentions : tu vas en baver et ça l’excite, elle adore ça, ta souffrance. Aucun répit ni aucune pitié. Le type porte une ceinture épaisse bourrée de trucs qui le divise en deux moitiés et un bouclier avec des signes cabalistiques, criblé d’impacts. Il a un regard de porc. Une lueur de folie meurtrière qui te glace sur place. Il est armé d’un flingue bizarre, énorme, un fût de titane surmonté de deux lunettes de visée nocturne. Ça doit peser une tonne ce truc mais lui, il s’en fout, il manie ça d’une main gantée comme si c’était une plume. Il est suffisant, il te méprise. Il rit en silence en pointant ton cœur avec un sale petit couteau méchant comme une teigne. Il te hait. Il te nargue en montrant le trou qui t’attend, il te fait un signe d’adieu. Il triomphe. Tu jures intérieurement qu’il paiera, plus tard, il ne perd rien pour attendre. Plein la gueule, tu jures que tu vas lui en mettre plein la gueule, à cet enfoiré et à sa tête de mort à la con.


Tu penches la tête et tu vois ton nom inscrit, rapidement gravé, sur une plaque de marbre trop mince, sur la tombe. Tu vois les dates et c’est la date du jour. Il y a l’heure aussi. On n'inscrit pas l’heure du décès sur une pierre tombale, ça rime à quoi ? Tu consultes ta montre : ton décès remonte à moins de cinq minutes.


Là, à ce moment précis, ton cœur s’affole. Tu paniques sévère. Tu cherches un regard compréhensif dans la petite assistance mais ça ne choque personne. Tu dis « Eh ! arrêtez !!! Je… C’est impossible ! » Tu appelles ta mère qui te regarde avec une petite lueur d’espoir. Ton père a déjà commencé à tourner les talons, il attrape sa femme par le bras en lui expédiant des « bon allez ça suffit, c’est ridicule ».

Le curé referme son bouquin dans un grand bruit qui fait sursauter tout le monde. Il hausse les épaules, tance les deux enfants de chœur qui s’amusent et s’apprête à s’en aller vite fait du cimetière.

Tout le monde s’en va, parents, ami, professionnels de l’enfouissement et professionnel des rituels qui vont avec.


Tu cherches un indice, un truc pour t’aider. Ton œil s’arrête sur une tombe banale, à côté. Il y a ton nom inscrit, ta date de naissance et ta date de mort, du jour également. Et il y a aussi l’heure mais elle est différente, antérieure de quatre minutes à celle qui vient d’être scellée devant toi.


Tu cherches à comprendre, tous tes sens sont en ébullition. Encore une autre tombe, plus loin, elle aussi avec ton nom, la date du jour et une heure un peu plus éloignée que la précédente. Alors tu cours dans les allées comme un fou, chacune des pierres tombales affiche ton nom comme un slogan publicitaire, les dates de décès s’accumulent et tu remontes le calendrier de l’hiver, de l’automne de l’année dernière. Des dizaines de tombes. Mort soixante-quatorze fois en quatre mois. Certains jours tu as péri plus de dix fois ; le vingt janvier, tu es mort dix-sept fois de suite en une heure trente.

Tu regardes ton ventre : un trou béant se trouve à sa place. Le reste de tes viscères fume dans le froid de l’air humide. La pluie tombe dru. Tu cries.

Ça te réveille en sursaut. Le temps de reprendre le souffle. Tu respires un grand coup. Tu attrapes deux chips dans ce paquet entamé tout à l’heure, tu t’enfiles un verre de Coca tiède, vaguement éventé. Ça te fout de mauvaise humeur mais c’est utile la mauvaise humeur pour ce qui te préoccupe : exterminer enfin cet enfoiré de Tom ‘Skull’ Killer IV sur le neuvième plateau de « Bastards 2 » « Lethal Revenge Of the Death Squad » sur console, le tout dernier défouloir de synthèse que tu t’es procuré d’occase sur ebay.



 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Anonyme   
26/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
j'ai vraiment aimé !
rien ne se passe comme on l'imagine au début, tu nous "trimballe" bien victhisO ! -
Il y a beaucoup de choses je trouve dans cette histoire, du réalisme décalé mais vital qui peut aider à tenir le coup pendant un enterrement, aux angoisses irrationnelles liées elles aussi à cet inélucable fin, le tout plutôt bien constuit, enfin je trouve, et pour finir, le truc bien piégeant et pourtant si actuel : la "no life" de l'emprise des mondes virtuels - qui finalement nous tuent un peu d'une certaine manière aussi.
Bref une parabole actuelle et assez belle sur cette quête d'existence et ce besoin d'espérer que l'on maitrisera, peut-être, si tout va bien, notre mort.

   Anonyme   
26/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Super, je me suis amusé comme un petit fou. Je le ferai lire à mon petit homme... ça le changera de la Play et du PC!

Merci Vitchis0

   Anonyme   
16/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un vrai bijou. Tout est bon.
La première partie. Cruellement réaliste.

Le glissement graduel dans l'onirique.(Au début, j'ai cru que c'était le mort qui commentait ses obsèques, c'est un grand classique...)

Et le réveil...un peu téléphoné, parce qu'on venait juste de comprendre.

   Anonyme   
28/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Au début je me demandait en quoi le titre était lié au corps du texte^^ J'aime bien. Au début tout semble normal un simple enterrement (si je puis dire). Ensuite le mort qui regarde sa tombe la tu te dit ok c'est pas tout a fait ça il y a le mort qui regarde ses obsèques. Ensuite quand les tombes se multiplie avec ton nom inscrit sur chacune à l'infini tu te demande vraiment de quoi il en retourne. De plus le fait d'utiliser le "tu" donne une impression étrange dès le début. Et je doit dire que je m'attendais pas à ça. Le fait de lire la fin donne une autre dimension au texte et on comprend mieux le "tu".

   Flupke   
29/10/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J’a adoré. Les différentes mini scènes avec les personnages à l’enterrement sont bien écrites. Je me suis fait avoir et je n’ai RIEN vu venir.
Le premier paragraphe hyper descriptif a bien endormi ma vigilance. Une très bonne idée à retenir si je décide de faire le coup du rêve dans une nouvelle.
Bon enfin, je supputais quelque entourloupe, mais comme j’étais pris par le texte je n’ai pas trop fait de pause, mon cerveau scannait ces étrangetés mais ne trouvant rien, je me suis trouvé très surpris à la chute. Pourtant j’adore les nouvelles à chute et je dérive une certaine fierté parfois quand j’arrive à deviner avant la fin. Mais là, rien de rien. Personnellement je mesure la qualité d’une nouvelle à chute à l’aune de mon état de surprise à la fin et aussi par la qualité des appels de phares, supposés mettre le lecteur sur la piste, (mais pas trop quand même). Et à la deuxième lecture quand on voit tous les indices (mais je t’avais bien dit, t’as pas fait attention ?), cela multiplie le sentiment délicieux de s’être fait avoir.
Ici il faut dire que les appels de phares étaient gigantesques (titre, le flingue qui pèse une tonne, le trou béant dans le ventre) avec le cerise sur le gâteau : on n’inscrit pas l’heure du décès sur une pierre tombale. Gé-ni-al !
Tu es mort dix-sept fois de suite en une heure trente LOL.
Rien vu venir scrogneugneu. Ca claque sec à la fin. Et le pire c’est que j’ai dans mes tiroirs, j’ai un brouillon avec une chute basée sur un jeu vidéo, quoique la structure est très différente. C’est grave docteur ? Soit je suis sénile, soit je suis impressionné par un petit chef d’œuvre. Dans le deuxième cas, je m’incline. Chapeau bas l’artiste.

   widjet   
29/10/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je serai moins enthousiasme même si la lecture s'est faite sans aucun problème. L'ambiance, mortifère à souhait, est bien rendue, l'auteur prend le temps de décrire brièvement les personnages. Ensuite le rythme s'accélère (défilement des tombes...très bien vu ça !) pour terminer sur un final un poil décevant moi qui attendais une petite claque.

Une nouvelle qui, au-dela de son aspect divertissant, interroge aussi sur l'addiction des ados (et des autres d'ailleurs!) aux jeux vidéos.

Sympa.

Widjet

   Anonyme   
29/10/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une sacrément bonne nouvelle, vraiment!

Tout y est: le rythme, l'idée, l'écriture....

J'aime ce parallèle hardcoregamer/mort.

Vraiment un chouette boulot!

   belaid63   
29/10/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Époustouflant, génial, et plus encore. ce texte est simplement délicieux, je l'ai lu d'un trait, sans broncher et je ne sais pourquoi mais il me rappelle les histoires courtes d'une série "the twighlight zone" (la sixième dimension je crois)
merci
super

   Anonyme   
30/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime bien, c'est une bonne idée.
La chute est bien amenée.
Le "tu" est bien vu aussi.
Malgré (sans mauvais jeu de mots) quelques creux dans le rythme
et certaines images que j'aime moins je trouve que c'est plutôt bon puisque le lecteur veut connaître la fin.

   Anonyme   
31/10/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
D'habitude et même si je la pratique, je n'aime pas particulièrement cette catégorie, la fantastique merveilleux. Et ça se sait ! Sauf que. Quelle belle écriture, moderne et qui balance comme un bon vieux rock'n'roll. Quelle belle écriture qui ne se la raconte pas en entortillant la nouvelle. Quelle jolie façon de ne pas nous asséner d'effets spéciaux. Un beau texte, court, efficace, on ne s'ennuie pas mais pas du tout, et puis évidemment un brin de sarcasme, comme j'aime. Une manière aussi de brosser du personnage sans appuyer gras sur la mine du crayon. Merci. Et bravo.

   FILOMENE   
31/10/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
une petite promenade au début qui parait bien innocente, pas trop prenante, que l'on peut lire du coin du cerveau....puis,le rythme s'accèlere,me distrait, m'intéresse,me surprend,me plait, m'amuse, s'impose et me clouele cerveau...j'ai eu un bon plaisir!

   Anonyme   
16/11/2008
Bravo Victhis0 .Moi qui n 'est le temps de rien ,et encore moins de lire ( les livres que j' ai chez moi ) et bien sur ce site je me détends , commencer à lire deux lignes pour voir et ne plus pouvoir lâcher le texte Bravo !

   Filipo   
24/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une lecture hypnotisante et une très belle série d'images (j'ai particulièrement apprécié la description des parents, le contraste entre eux, qui est un très bon moment de la nouvelle).

Par contre, le final est effectivement un peu en deça de la valeur évocative du reste du texte (qui donne la chair de poule !)...

Mais je ne boude pas mon plaisir, ça se lit vraiment très bien (un petit air de connivence avec la série des "Freddy"). Le titre fait très FPS, effectivement :-)

   marogne   
27/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Quelques bricolos :

Comment une bruine peut elle « essorer » ??
J’ai trouvé un peu lourd « gueule morte de la terre morte »
On descend un cercueil dans la terre et il heurte des parois de béton ? (par contre j trouve l’image qui suit, ce bruit qui reste dans la tête, magnifique)


Mis ça c’était avant le basculement dans la deuxième partie, et là je n’ai plus pu m’attacher à relever ces petits trucs, voulant comprendre où l’auteur aller nous entraîner. Très belle réussite que cette transition sur la tête de mort du blouson.

En tout cas, un épisode complet (ou une mission) toutes les quatre minutes, c’est pas trop rentable….Va falloir que je surveille un peu plus ce qui se passe au salon……

   Menvussa   
13/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'avais deviné dès le départ que c'était lui le mort, mais vu la chute je me suis planté quelque part. Bravo

   jensairien   
28/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est toujours très bien écrit et encore une fois je ne suis pas convaincu par la résolution de l'histoire. C'est dommage parce que tu tiens ton lecteur en haleine jusqu'au au bout et finalement tout se termine sur un pied-de-nez un peu facile. J'ai lu sur Oniris un grand nombre de nouvelles où des protagonistes affrontant les éléments en furie se retrouvent finalement être coincé devant l'écran de leur ordinateur. Mais j'aime vraiment beaucoup ta façon d'écrire.

   Anonyme   
14/2/2009
"Le calendrier de l'hiver"... c'est beau comme phrase.
"Dix-sept fois de suite en une heure trente", le de suite est en trop.
Ca va crescendo, c'est du doux et ça coule dans la gorge, c'est du âpre et ça grince entre les dents et la fin est... inattendue, surpenante, époustouflante, pas du tout là où je l'attendais.
He bien... si les rêves du héros ont à chaque fois cette densité extraordinaire, il doit ête sacrément épuisé au réveil ! Je ne lui souhaite pas une bonne nuit, ça desservirait le lecteur.

   Anonyme   
6/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai lu en entier, cette fois-ci.

Dans l'ensemble, j'ai relativement accroché - ni trop long ni trop court, scénario sympa (même si assez cliché), style direct, léger ; ça prend.

J'avais deviné la chute dès le commencement, déjà à cause du titre, ensuite pour le 'tu', et puis Manu qui se marrait : indice criant.

Détails : tu as utilisé plusieurs fois l'expression 'il s'en fout' (trois, il me semble) or, des répétitions dans un texte aussi court, ça se remarque facilement.

Ensuite, le terme de 'idiot' m'a choqué, je trouve qu'il ne cadrait pas avec le reste. Tu n'as pas hésité par ailleurs à utiliser des mots du langage familier-courant, comme 'truc' 'con' 'type', alors pourquoi cet 'idiot' tellement sobre ?
Je pense qu'une expression plus 'vulgaire', forte, aurait eu davantage d'impact.

Le troisième reproche que je pourrais faire à ton texte est de lésiner parfois sur la ponctuation - Il y a des phrases un peu trop lourdes, qui seraient facilement allégées par des virgules, des points virgules, etc.

Quatrième point : j'ai remarqué que, surtout au début, à chaque mot tu ajoutais un adjectif qualificatif. Une bruine 'légère', un cimetière 'de campagne' des tuiles 'noires' un village 'en contrebas' un éclat 'mat' une pluie 'fine' ...

Je pense que ces ajouts sont parfois superflus, ton texte gagnerait peut-être en légèreté si tu triais, laissant quelques mots seuls, par exemple, renforçant ainsi les adjectifs que tu choisirais de laisser.
(Je ne sais pas si je suis claire ...)

Dernière remarque : L'alternance des registres est parfois irritante. Passant de formules très jolies-lyriques comme 'Il y a ta mère, triste, triste à en mourir. Une tristesse muette : elle est éteinte de toute son âme, mortifiée au plus profond.'

à des 'Tu paniques sévère'

Je trouve qu'il y a un sérieux gouffre entre les deux. Attention à ne pas faire du yoyo entre les extrêmes.

Bref, ceci dit, la lecture était agréable.
Au plaisir de te relire.

   Brandnew   
9/6/2009
C'est Rock !

Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi le final avec le rêve ? Pourquoi est-ce un rêve ? Pourquoi n'est-ce pas une morale, une leçon, une réflexion en soi, les centaines de tombe avec son nom et l'heure c'est formidable. C'est une écriture par gradation, au plus on gravit au plus on a envie de monter, comme pris au jeu, pas à pas. Et au moment où l'on est le plus surpris de la lecture, "boum" on se rend compte qu'il n'y avait plus de marche et on s'effondre.

C'est rageant alors qu'on commençait à prendre de l'envol. Ce n'est que par enthousiasme que je dis ça, parce que justement c'est trop dur que la lecture se termine comme ça.

Bon je vais pas donner de note, je connais pas encore tout ce que tu écris, mais c'est comme je le disais au début, c'est du rock, c'est chouette !

   liryc   
25/6/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bravo pour cette première nouvelle que je découvre de toi avec un certain retard vu le nombre de commentaires précédents
Bravo pour la structure du récit, un savoir-faire qui incite à découvrir les autres nouvelles. Bravo pour de belles métaphores, et dire autant dans une nouvelle somme toute assez courte. J'ai pensé à un récite de Maupassant à la fin, où répétition du même nom sur des pierres tombales est évoquées, mais le filon conducteur ci est bien différent et la chute tout à fait inattendu.
Je me suis aussi essayé à cette approche du jeu vidéo dans ma nouvelle "Le citoyen", un balbutiement à côté de la tienne.

   Ninjavert   
25/6/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Argh... Je suis partagé...

Partagé parce que j'ai beaucoup apprécié certaines choses, et beaucoup moins d'autres.

Le tutoiement, déjà, suffisamment inhabituel pour déstabiliser. Autant lire un récit à la première personne ne me gêne pas du tout, autant ce tutoiement du narrateur qui nous parle m'as interloqué (dans le bon sens).

La suite part bien, le ton est morne, terne, comme le temps. Les images sont fortes et frappent juste.

Les personnages, pourtant à peine esquissés, sont bien campés et jouent leur rôle à la perfection.

Je n'ai pas cherché à voir venir la fin, c'était agréable de se laisser porter par le récit, de sauter mollement d'un personnage à l'autre, d'assister à ces obsèques dont on ignore tout. Du coup, la chute m'a surpris.

J'ai particulièrement aimé la scène où le héros court entre les tombes, à toute vitesse. J'ai revu la fin du film "le bon, la brute et le truand", quand Tuco cavale à toute vitesse dans le cimetière à la recherche de la tombe où est cachée l'or... très bien rendu.

Mais je suis resté sur ma faim.

Moi-même grand joueur de JV, je suis assez sceptique dès lors que ce sujet est abordé en littérature. Il y a tant de choses à en dire (en bien comme en mal) que je me méfie toujours des messages qui sont généralement véhiculés. Ici, franchement, je n'ai pas vu la finalité.

Et ne pas savoir ce que je dois en déduire me perturbe :) Est-ce une critique ? Est-ce une tranche de vie ? Les deux sont envisageables, bien sûr, mais j'aurai aimé être renvoyé à quelque chose de plus précis, de plus net. Là, j'ai comme une impression de "gratuité" qui me laisse songeur...

Ah, et je ne suis pas fan du coup du rêve non plus... même si j'avoue qu'il n'y avait pas beaucoup d'autres alternatives avec une structure narrative comme celle-ci.

En tout cas, même si le fond me laisse dubitatif, j'ai vraiment apprécié l'écriture.

Bravo :)

Ninj'

   kullab   
15/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé l'utilisation de la deuxième personne du singulier, qui donne un ton très particulier à la nouvelle, presque agressif, qui prend le lecteur à parti.
J'ai été surpris par la fin, je ne l'avais pas vue venir !
L'ambiance est très bien rendue dès le commencement de la nouvelle.


Oniris Copyright © 2007-2019