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Sentimental/Romanesque
vinvigneron : Feuille de chêne
 Publié le 16/01/10  -  20 commentaires  -  13720 caractères  -  130 lectures    Autres textes du même auteur

Un enfant solitaire, en butte au peu d'affection de sa famille, rêve sa vie dans un grand chêne et s'attache à un animal de la ferme familiale.


Feuille de chêne


« ... quand vous étendez les mains, je me voile les yeux, vous avez beau multiplier vos prières, je ne vous entends pas car vos mains sont pleines de sang ! » Isaïe I,15-16



Dans mon enfance, j'avais un ami.


Je ne me suis jamais consolé de sa perte, et ceci d'autant moins qu'elle m'infligea un double deuil. Sa mort me révéla le fond insoupçonné du cœur humain, que je croyais d'eau claire et qui m'apparut, alors, tapissé de boue noire.

À huit ans on m'appelait Feuille de chêne car j'aimais me tenir perché dans le vieux chêne pédonculé qui trônait dans le champ paternel et au pied duquel les porcs venaient déterrer les glands tombés dont ils raffolaient. Ils grognaient sous le nez et l'œil indifférents de Vieux bonhomme, notre pointer, qui, fatigué des chasses de sa jeunesse, restait tout le jour allongé sous son ombre. Mon arbre, ce patriarche amical, fut longtemps le premier confident de mes petites misères. Dès que je pouvais échapper aux obligations de mon âge, je m'y réfugiais, invisible et bien calé au creux de la première branche. Quel paradis ! Vautré sous les verts étages dont je connaissais tous les locataires, officiels ou clandestins, je n'appartenais plus qu'à ce monde végétal que j'aimais. Ma vie dans l'arbre me servait d'encyclopédie : je savais, pour l'avoir observé, que lorsque le geai s'envole en disant « Crack-crack » la pluie n'allait pas tarder. Lors des journées d'été toute la ramure résonnait de l'agitation incessante des siens, et, au sommet des frondaisons, j'entendais dès le crépuscule le tambour des gros bombyx, jaunes et velus, qui menaient leur sarabande nuptiale. Un peu plus tard, lorsque l'heure du repas me faisait quitter mon perchoir, c'étaient les lucanes qui apparaissaient, pinces agressives tendues en avant comme deux crochets.


Nous étions six à la ferme. J'étais le dernier venu et né durant un hiver si dur, qu'il avait fait périr la moitié du bétail ; pour comble de malheur, ma naissance fut jour de deuil pour les miens. Aussi, ma présence fut-elle associée à la mort de ma mère et l'on me tint, volontairement ou pas, à l'écart. Pour aggraver mon cas, j'étais roux de la tête aux pieds, aveuglant à vingt mètres ainsi qu'une torchère et couvert de taches comme une banane mûre. J'aurais été dans une solitude absolue si je n'avais eu comme pivot chaleureux ma grand-mère, ma silencieuse complice. Avec elle, je pouvais pleurer, ses larmes se mêlaient aux miennes, son rire faisait écho à mon rire. Mon frère et mes deux sœurs, déjà adolescents, m'ignoraient ; mon père, qui était taillé comme un bûcheron, était un homme renfrogné et âpre, préoccupé de rendement. Il ne supportait pas mon tempérament rêveur et la lenteur dont j'étais affligé ; hormis le travail incessant, rien ne valait à ses yeux. Aussi disait-il souvent : « La ferme a besoin de bras, pas d'un poète ! » Chaque matin il distribuait à chacun sa part de besogne, sans se soucier des possibilités ou aspirations personnelles des uns et des autres. Il ne ménageait pas davantage sa vieille mère. Pour moi, l'école était un refuge salutaire car je n'aimais pas le travail rude de la ferme et, surtout, je ne pouvais pas supporter les grandes tueries saisonnières des animaux que j'aimais. Et, lorsque je voyais arriver sur la table familiale deux poulets, fraternellement ficelés et rôtis ensemble alors que je les avais vus, insouciants, gambader le matin même, mon cœur criait de pitié et je me couchais le ventre vide. Je ne pouvais pas compter sur la moindre compréhension : mon frère aîné tuait, par jeu et sous mes yeux, les passereaux à coups de fronde ; la plus jeune de mes sœurs était d'une coquetterie agaçante, l'autre s'éparpillait dans la recherche obsessionnelle d'un mari ; quant à ma grand-mère, qui avait travaillé au potager tout le jour, après avoir avalé à la hâte un bol de soupe, elle regagnait sa chambre. Cela pour complaire à son fils qui faisait remarquer dès qu'elle s'attardait un peu, que le dîner du soir est préjudiciable à la santé des vieillards.


Un jour que j'étais douillettement installé dans mon berceau vert à regarder passer en rangs serrés sur mes jambes croisées une armée de gendarmes, ces punaises rouges à points noirs, j'entendis ma cadette m'appeler : « Feuille de chêne ! Vite ! Descends ! »

Sa voix impérieuse me fit dégringoler aussi vivement qu'un écureuil. Elle m'attrapa par la main et me fit galoper à son rythme jusqu'à la porcherie. Tout le monde était rassemblé, en cercle, autour de Belle demoiselle, notre vieille truie. Elle était devenue si énorme qu'elle ressemblait à une barrique, là, affalée sur la paille. Sous l'œil comptable de mon père, elle haletait et hoquetait en expulsant un à un comme des bonbons roses, un troupeau de cochonnets minuscules. Au treizième, la nausée m'envahit et je commençais à trembler de tous mes membres, craignant que cette avalanche n'ait pas de fin. J'imaginais aussi, raison supplémentaire à mon malaise, l'avenir prévisible et sanglant qui attendait ces jolis animaux. Mon père me tapa sur l'épaule en disant que je n'avais aucun cran. Quand arriva le dernier, le quatorzième, ce fut la surprise. Ses oreilles et son fessier étaient d'un noir d'encre et ses reins tachetés de gris. Sa mère le repoussa aussitôt du groin en le faisant rouler loin d'elle et, sa tâche achevée, avec un soupir de soulagement elle se retourna pesamment, écrasant sous sa masse deux de ses petits. Mon père tempêta en voyant son profit amputé de deux unités. Il cala la grosse mère entre quatre planches et mit les survivants contre les tétines. Vieux bonhomme s'était glissé pour venir flairer les accidentés aplatis, car si sa vue baissait sa truffe restait bien vivace. Mon père le fit reculer d'un coup de pied et, tandis que les cochonnets tétaient leur nourrice qui ronflait, il ramassa et souleva le délaissé.


- Regardez-le, dit-il, en nous le mettant sous le nez, en voilà un laideron ! On le mangera avant les autres celui-là !


Et tous se mirent à rire avec lui, tandis que je sentais une main glacée peser sur mon cœur. Moi, je le trouvais mignon et attendrissant dans sa différence, ce petit infortuné. Il me ressemblait un peu en quelque sorte. Cela me donna une hardiesse que je n'avais pas d'ordinaire. Je fis un pas en avant :


- Je le veux, dis-je en couinant d'émotion. Je le nourrirai au biberon.


Le cochonnet, toujours suspendu par la peau du cou, s'agitait et glapissait. Le regard noir de mon père ne me donna pas d'espérance, aussi je marchandai ferme :


- Je ne laisserai plus jamais de tapioca dans mon assiette ; je me laverai les dents tous les soirs ; je récurerai les abreuvoirs ; je couperai le bois pour l'hiver et le rangerai au bûcher...


Silence.

Après une ration supplémentaire de sacrifices, mon père céda enfin. J'obtins la promesse formelle qu'il serait mien et qu'il échapperait au couteau. Il déposa dans mes bras l'abandonné, tout gluant et tremblant. Aussitôt je le nommai Petit frère, ce qui déclencha un rire approbateur chez mes sœurs.


Désormais, je ne pensais plus qu'à lui et travaillais tant que je le pouvais afin de mériter la faveur de son sauvetage. Pendant mes heures scolaires, il était sous la garde de Vieux bonhomme, inoffensif et claudicant, qui le supportait comme un vieillard supporte un bambin. Dès mon retour j'abattais ma part de travail, après cela je calais Petit frère sous mon blouson et montais dans mon perchoir feuillu. De temps en temps, par jeu taquin, mon frère venait sous l'arbre, tirait les basses branches et en arrachait les feuilles. Je m'alarmais et criais, car il me semblait qu'à chaque feuille arrachée, c'était l'arbre tout entier qui souffrait.

Mon frère parti, je retrouvais ma sérénité et mon cochonnet sur le cœur j'observais, jusqu'à ce que la cloche du dîner m'appelât, le petit peuple ailé de mon arbre.

J'aimais bien la sittelle, cette acrobate qui descend la tête en bas le long du tronc, et le merle qui, bien avant l'hirondelle, annonce sur son flûtiau les prémices printanières. Tout faisait ma joie : nichés dans l'articulation d'une branche, dans leur nid feutré de toiles d'araignée, j'observais la croissance des petits de la mésange bleue ; si je renversais la tête en arrière, j'apercevais à travers les trouées, là-haut dans le houppier, les cabrioles de l'écureuil funambule. Parfois, il passait près de moi comme une flamme rouge et j'entendais ses ongles crisser sur l'écorce. Au crépuscule c'étaient les beaux yeux orangés du moyen-duc qui luisaient dans l'ombre, tels des fanaux ; immobile, il guettait les petits rongeurs. Le jour, il se tenait coi sous le harcèlement des passereaux, pareil à un vieux philosophe face à des élèves agités. Enfin, au soir tombant, je regagnais à regret la maison pour le dîner en commun, après avoir pris soin d'installer Petit frère dans un coin inaccessible aux sautes d'humeur de sa marâtre.


Un matin de décembre, alors que je partais pour l'école, je m'étonnai de ne pas voir Vieux bonhomme qui habituellement se traînait derrière mes talons pour m'accompagner jusqu'au portail. Je questionnai mes deux sœurs, elles haussèrent les épaules d'un air indifférent ; du grognement émis par mon père je retins deux mots, « vieux et inutile » ; quant à mon frère, pour toute réponse, il me visa de son index tendu. Je compris. Aussitôt je devins froid comme un poisson et mon cartable me tomba des mains. Ma grand-mère qui donnait du grain aux poules sortit du poulailler et mit sa main réconfortante sur mon épaule.

Quand je rentrai dans la soirée je vis sur le chemin du retour des ornières couvertes de grésil et, déjà très haut dans le ciel, le fin profil d'un éclat de lune.


Le froid étant vif je décidai que mon cochonnet, encore bien petit, passerait les nuits d'hiver dans ma chambre, au pied de mon lit. Tout alla bien jusqu'à Noël. Le doux temps de l'Avent s'écoula, puis vint la veille de Noël. De mon lit, j'entendais une agitation économe résonner sous le plancher. Réveillé très tôt, je vis l'aube blanchir les carreaux. Il neigeait. Il neigeait tant et tant qu'il me semblait que le ciel n'en finirait jamais de déverser ses cuveaux de flocons serrés. Il neigeait. Ce n'était pas l'aube froide qui m'avait réveillé mais un sursaut d'angoisse provoqué par le silence insolite qui régnait. Dans mon sommeil m'avait soudain manqué la musique de petits bruits familiers : le souffle nasillard de Petit frère, son retournement sur le tapis, ses grattages. D'un bond, je fus debout. En chemise et pieds nus, je descendis en trombe. Je m'enfonçais dans la neige jusqu'aux genoux. Enfin, j'eus l'idée de passer me réchauffer à la cuisine avant de poursuivre ma recherche. Sur la table de bois, je remarquai aussitôt, reposant sous un torchon ensanglanté, une masse inerte qui ressemblait à un petit corps innocent. Mon père qui rinçait ses mains rouges sous le robinet de l'évier, tourna à demi la tête, et, m'apercevant, me dit sèchement :


- Va te coucher.


Glacé d'horreur et de froid mêlés, aveuglé par les larmes, je titubai jusqu'à ma chambre en marchant sur les débris de mon bien le plus précieux : mon innocence brisée dans la pureté de mes huit ans.

J'eus une forte fièvre délirante, aggravée par une pneumonie, ce qui inquiéta le médecin pendant plusieurs jours. Puis je repris, en apparence, le dessus. Durant ma convalescence, seule ma grand-mère vint me voir, en catimini, car elle craignait la rudesse de son fils. Sa compagnie fut un baume sur mon chagrin.


Chaque arbre lance ses graines, diffuse son pollen pour assurer sa descendance, mais celui qui a subi la malédiction du figuier biblique reste solitaire et dessèche.

Aujourd'hui, devenu adulte, la désespérance est ma compagne. Je suis resté ce que j'étais : un inadapté, un étouffé, un rebelle selon l'opinion bien-pensante, un poète inutile dont le chant d'amour est rendu inaudible dans la cacophonie brutale du monde. Je suis resté un coureur des bois, un vagabond étoilé, l'ami des oiseaux, des fleurs et des arbres, celui qui veille sur la cache des biches, qui parle aux poissons des rivières, un raté, un impécunieux et cela me suffit.

Quant à mon père et mon frère, eux sont devenus à force de besogne et de pingrerie ce qu'ils voulaient être : des dominants, les plus riches fermiers de la région. Mes sœurs se sont bien mariées comme on dit, mais pas selon leur cœur, aussi leurs yeux ont-ils perdu leur clarté.

Maintenant, avec le recul amer du temps, je m'aperçois que c'est dans mon chêne protecteur que j'ai vécu mes heures les plus douces. Mon père l'a abattu depuis longtemps, mon dernier compagnon vert. Il aura tué tout ce que j'aimais.

Quand la solitude de ma vie me semble trop lourde, je vais puiser quelque force sur la tombe de ma grand-mère. C'est un simple carré d'herbe, sans pierre tombale, car le coût en est trop élevé aux yeux de son fils. Mais sa tombe est la plus belle, la plus vivante et élégante qui soit. Elle plaît à l'argus, petit papillon aux ailes d'azur, qui s'y repose en colonies frémissantes parmi la camomille sauvage poussant ici en abondance et voisinant avec les grands chardons, hauts et droits comme des cierges. Je peux rester des heures ainsi, figé tel un sphinx, à attendre la venue d'un chardonneret pour le voir dépouiller prestement le capitule de la plante et faire tomber sur l'humble sépulture une tempête de duvets. Alors la cloche crépusculaire de la ferme peut bien sonner, étant mauvais prophète chez moi je ne lui obéis plus, et je vais m'asseoir sur la souche arasée de mon chêne car c'est l'heure où mon ami le chat-huant ouvre ses grands yeux d'or...




Janine Sabatier


(Prix de la Nouvelle de la Ville de Saint-Jean-de-Braye, 2005)


 
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   ANIMAL   
10/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau texte plein de pudeur et d'émotion. L'enfance ouvrant les yeux sur la brutalité rapace du monde des adultes. Etre un enfant sensible n'a jamais été facile à porter, que ce soit à la campagne ou à la ville.

L'écriture est simple et agréable, le thème joliment traité. Il ressort du texte que malgré ses désillusions, cet enfant est devenu un homme sans rancune ni amertume, sans renoncement non plus à ses principes. C'est très touchant.

Bravo pour les descriptions de la nature et de ses hôtes.

   Anonyme   
11/1/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Magnifique ! Si j'en crois le préambule, c'est un texte qui a déjà cueilli quelques lauriers et pour cause... J'ai retrouvé ici tout ce que j'ai connu dans les fermes de mon enfance : la valeur du travail, certes, mais surtout l'apreté au gain, la chasse aux bouches inutiles, ne serait-ce qu'un chien trop vieux, (ici on les pendait pour économiser une cartouche !), la bête, quelle qu'elle soit qu'on ne regarde qu'au travers de sa valeur marchande, aucun sentiment, juste l'argent, encore et toujours l'argent...
Et ce gamin, sensible, poète et rêveur, qui n'a pas sa place dans ce monde de brutes... Quant à l'écriture, un véritable régal du début à la fin : soignée, précise dans le moindre détail ; on sent chez l'auteur, en plus d'une parfaite connaissance de la nature, l'amour qu'il lui porte... Pour moi, c'est un texte vraiment exceptionnel tant par le thème que pour la forme.

   florilange   
11/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Beaucoup de jolies choses, dans ce texte, encore qu'il paraisse surprenant que tant de vies coexistent dans un seul et même arbre. L'auteur est amoureux de la nature et le dit bien.
J'aime la comparaison entre l'isolement du rouquin dans sa famille et la truie qui ne veut pas du cochonnet différent des autres. Ce qui est normal chez les animaux a des conséquences graves chez l'humain. Le narrateur reste inadapté. Il ne s'ancre pas dans le présent. Seule conclusion : sa vie est d'errer sans espoir.
Le style est agréable malgré cette fin.

   Anonyme   
13/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Ce n'est pas désagréable à lire, le style est simple, sans trop de fioritures et sans maladresses.

Mais je trouve l'histoire assez classique, sans réelle intrigue, sans vrais rebondissements. Elle n'est en soi pas mauvaise, mais elle ne m'a pas fait vibrer malheureusement.

Je reconnais donc un talent certain à l'auteur, mais il faudrait un texte qui prenne un peu plus de risques.

   Chene   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Je commente assez peu souvent les nouvelles. Le titre "feuille de chêne" ne pouvait que m'attirer...

Et je n'ai pas été déçu par ma lecture, bien au contraire.
Comme Alexandre, sont revenus à cette lecture les souvenirs qui ont construit une grande part de ma jeunesse à la ferme du grand-père paternel.

Le texte est fluide et les descriptions animalières et botaniques sont d'une justesse appréciée.

Les "personnages" décrits par le narrateur sont parfaitement crédibles et renvoient au monde rude et âpre de la vie à la campagne avant que l'agriculture intensive ne transforme les paysages bocagers en mornes platitudes.

Le narrateur lui-même a ce côté décalé qui contraste très bien avec la réalité paysanne ancrée dans la terre où les sentiments n'avaient que peu de place... Qui n'a pas connu l'hiver 56 ne peut comprendre toute la justesse relatée dans l'évocation des pertes subies dans l'élevage...

Si ce texte a déjà été honoré, ça ne m'étonne guère. Mais je peux comprendre que cette nouvelle ne dise rien à celles et ceux qui n'ont connu que l'environnement urbain dans leur histoire de vie.
La nature maîtrisée, les paysages façonnés par les paysans dans les années 50 et 60 du siècle dernier sont la toile de fond de cette nouvelle... Il ne reste de ces paysages que de trop rares reliques fragmentées...

Merci pour la qualité de cet écrit qui recrée par les mots cette campagne bien malmenée depuis.

Cordialement

Chene...

   widjet   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Une fois encore, l’auteur séduit par sa plume, ciselée, riche et délicate qui contraste avec la rugosité voire la cruauté du récit. Une histoire touchante doublée d’un hommage poétique sur Dame Nature sans niaiserie, un souvenir d’enfance écrite à hauteur d’homme.

J’aime particulièrement cette émouvante tirade :

Aujourd'hui, devenu adulte, la désespérance est ma compagne. Je suis resté ce que j'étais : un inadapté, un étouffé, un rebelle selon l'opinion bien-pensante, un poète inutile dont le chant d'amour est rendu inaudible dans la cacophonie brutale du monde. Je suis resté un coureur des bois, un vagabond étoilé, l'ami des oiseaux, des fleurs et des arbres, celui qui veille sur la cache des biches, qui parle aux poissons des rivières, un raté, un impécunieux et cela me suffit.

C’est quelquefois très précieux dans la forme, un tantinet chargé aussi, mais une telle écriture est rare dans nos contrées oniriennes et le travail, l’amour du verbe se ressent à chaque phrase. L’auteur est un gourmet.

Je préfère m’en réjouir.

Widjet

   Anonyme   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Décidément, je n'ai pas fini d'être surpris sur ce site...

Bon, plus sérieusement, j'ai été un peu déçu par ce texte. Je l'ai trouvé moins bon que les précédents. Le style m'est apparu précieux parfois (oui, oui, c'est moi qui dis ça) et inutilement chargé. Attention aussi à certaines tournures qui me paraissent limites :

"Tout faisait ma joie : nichés dans l'articulation d'une branche, dans leur nid feutré de toiles d'araignée, j'observais la croissance des petits de la mésange bleue "

La phrase me parait inutilement complexe et plutôt bancale. Tel quel, le "nichés" semble plus s'adresser au gamin qu'aux oisillons et le pluriel, du coup, surprend.

Par ailleurs, j'ai trouvé le fond du récit un peu trop explicite. L'analogie entre le cochonnet et le rouquin par exemple avait-elle besoin d'être soulignée. C'est faire peu confiance au lecteur tout de même. J'ai trouvé aussi l'accumulation des problèmes du narrateur un peu trop lourde : incompris, mère morte durant sa naissance, rouquin... Ses réactions m'ont semblé aussi excessives, quand on arrache une feuille de l'arbre par exemple. Je comprends l'intention mais j'ai trouvé tout ça un peu chargé, avec une sorte de faculté à se lamenter qui ne m'a pas convaincu.

Le fait qu'à l'âge d'homme, il n'ait pas réussi à faire le deuil de ses vicissitudes, qu'il n'ait pas pu les surmonter et qu'il reste ce même enfant incompris de tous lui enlève beaucoup de sa sympathie, , à mon sens en tout cas.

Autre chose qui n'a rien à voir : est-ce bien nécessaire de mentionner les prix reçus ? Cela a-t-il pour but de nous inciter à aimer le texte ou est-ce une simple obligation contractuelle, je m'interroge.

   Anonyme   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour vinvigneron
Quel beau texte ! Et quelle belle plume ! Richesse du vocabulaire, soin apporté à la description des uns et de tous les autres font de cette histoire une aventure qui demeure longtemps après que la page soit tournée.
Juste un petit quelque chose, mais pourquoi pas après tout, ce cri que l'enfant pousse quand le frère arrache une feuille au chêne. Ce désespoir je ne sais pas, j'ai pleuré, petite, en voyant tomber un arbre remplacé par un immeuble, mais je dois reconnaître que j'arrachais les feuilles d'un autre sans en souffrir, bien qu'il me soit arrivé de me demander si l'arbre ne souffrait pas lorsque je lui volais ses fruits. Je ne sais pas, c'est juste mais peut-être un peu trop cette réaction qui cadre pourtant, fatalement, inéluctablement avec le fait que cet enfant inadapté déjà à son environnement soit devenu un adulte... inadapté.
Très beau texte, qui laisse en bouche un précieux goût doux-amer.
Bravo. Et merci.

   shanne   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Une nouvelle qui retrace bien le système humain, ici, le système familial. Etre différent, le rejet pour différentes raisons, ici, la naissance est associée à la mort de la mère et au climat rude qui a causé des pertes. Difficile de vivre avec ce titre et même les petits moments de bonheur, nous les payons un jour, .ah, famille quand tu nous tiens... Malheureusement cette plaie cicatrise difficilement, il faut accepter cette différence et ce n'est pas toujours facile. Là, il y a a la grand mère qui aide à dépasser ces moments de souffrance
Touchée par cette lecture, oui, je le suis et je vous dis bravo

   Automnale   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Comme ce texte est magnifique, touchant et poétique !

J'ai aimé le tout début, bref, seul sur une ligne : "Dans mon enfance, j'avais un ami". Le ton est ainsi donné.

J'ai aimé les appellations : Feuille de chêne, Vieux bonhomme (le pointer fatigué des chasses de sa jeunesse !), Belle demoiselle (la vieille truie !), Petit frère (le cochonnet).

J'ignorais que le geai faisait "crak-crak" et même que ce cri était annonciateur de pluie ! Je ne connaissais pas la sittelle, cette acrobate, ni le moyen-duc avec ses beaux yeux orangés ! J'ai entendu le père déclarant haut et fort : "La ferme a besoin de bras, pas d'un poète"...

Je vais penser longtemps à ce petit garçon, roux de la tête aux pieds, né le jour du décès de sa mère et durant un hiver si rude qu'il avait fait périr la moitié du bétail. Oh ! Lala... Je penserai, également, aux yeux des soeurs, tellement bien mariées (mais pas selon leur coeur) qu'ils en ont perdu leur clarté !

Feuille de chêne, dans son genre, n'a rien à envier à Poil de Carotte ou à Brasse-Bouillon. Son histoire, à lire et relire, fera, me semble-t-il, la joie des passionnés de la nature et donnera un grand bol d'air frais aux citadins (et citadines !).

Merci beaucoup, Vinvigneron, pour cette escapade ô combien sentimentale.

   Anonyme   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour vinvigneron

Vous choquerai-je si je vous dis que votre nouvelle m'a fait jubiler ?
Non que je me réjouisse des malheurs de ce petit frère de "poil de carotte" ou du tragique destin de son porcelet. J'ai tout de même un cœur. Mais plus qu'à l'intrigue, j'ai été sensible à la qualité de votre écriture. Elle est tout ce que j'aime, simple, fluide, colorée.

Le lecteur devient tout de suite le copain du narrateur et la ferme lui devient familière. Perché comme lui sur une branche du chêne, il observe à ses côtés le passage des geais et le vol des lucanes.

Votre nouvelle ayant été honorée, on éprouve quelque scrupule à émettre des réserves. Tant pis, j'y vais.

Le premier paragraphe tue le suspense. Dès la naissance du porcelet, on a compris. Seule la qualité de votre écriture retient encore l'attention du lecteur.

j'aurais préféré que vous commenciez ainsi:
"A huit ans..... "

De même j'ai décroché dans la dernière partie. J'aurais préféré que la nouvelle s'arrêtât au décès du porcelet. Elle y eut gagné en densité.

Ne le prenez pas mal et ne retenez de ce commentaire que la première partie, celle où je vous ai fait part du plaisir que m'a procuré ce récit bucolique.

   Manuel   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il y a eu avant moi, vingt commentaires et je crois que tout ce qui pouvait être dit de positif, a été cité.
Je fais mien tous ces éloges; et je suis trés heureux d'avoir lu ce texte.
Il m'a apaisé et fait découvrir la vie à la ferme d'un autre oeil.

   Bellaeva   
16/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

j'ai trouvé votre texte très émouvant.. Ce qui m'a le plus touché c'est la solitude de cet enfant sensible dans ce monde dur de la ferme où les animaux ne sont que des moyens pour vivre ..
Lorsque l'on est (nait) ainsi dans un monde à l'opposé de soi on est un étranger, incompris dans un monde que l'on ne comprends pas non plus ...
Cette sensiblité ne peut qu'être que souffrance dans cet univers, et la relation que l'on peut avoir avec le monde plus tard sera difficile. Je trouve que tout cela est parfaitement bien rendu.
L'écriture est belle. La vie foisonnante de la nature est parfaitement rendue.
Ma seule réserve est que l'histoire n'est pas originale en soi, d'autres écrivains se sont essayés à ce thème.
Bonne continuation

   xuanvincent   
17/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Merci à l'auteur pour cette belle nouvelle.

J'ai apprécié l'écriture de ce texte - à l'écriture soignée - et le récit, cette tranche de vie, la nostalgie de l'enfance qui s'en dégage.

L'insertion des dialogues dans le récit m'a de même paru réussie.

Bonne continuation.

   MissGavroche   
18/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Cette Nouvelle est très bien écrite, les description y sont précises sans être lourdes. Le personnage central, ce petit rouquin malheureux est très attachant.
Cependant sur le fond l'histoire est très voire peut-être trop banale, l'amitié du paria de la famille et du vilain petit canard un peu trop "téléphoné".

   Marite   
18/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Texte magnifiquement écrit. La simplicité et la richesse dU vocabulaire évoquent avec justesse la réalité de la vie à la campagne où chacun a une tâche à accomplir, à chaque instant, essentielle pour la survie. Mais au milieu de la rudesse et des obligations du quotidien, ne sont pas oubliés quelques éclats de lumière: la tendresse de la grand-mère, l'arbre favori qui devient un compagnon et abrite la vie sous ses multiples formes, l'ami chien puis le cochonnet.
Apprentissage sur le tas de la dureté et de la douleur de la part des hommes mais aussi de la douceur et de la beauté de la nature. Juste équilibre à trouver car la vie est ainsi faite.
Personnage attachant qui nous dévoile, en quelques mots, peut-être sans qu'il ne s'en rende compte, la cause de sa désespérance, de sa solitude et de son inadaptation: "il aura tué tout ce que j'aimais." Il semble qu'il soit resté enlisé dans une rancoeur persistante et tenace envers son père et cela ne lui a pas permis de passer ou de "voir" autre chose.
J'ai pleinement apprécié cette lecture de qualité tant par la forme que par le fond et le titre "Feuille de chêne" est parfaitement adapté. Bravo et merci Vinvigneron pour cet agréable moment.

   Faolan   
18/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Une belle histoire, ode à la nature sur fond de vilain petit canard. Le scénario est classique et sans grand rebondissement mais globalement (certaines phrases m'ont quelques fois semblées assez lourdes) la qualité de l'écriture permet de ne pas décrocher.
L'ambiance est bien rendue et les personnalités des personnages bien dépeintes en peu de mots.

Je félicite l'auteure pour l'obtention de son prix mais je m'interroge sur le choix de le placer en fin de texte.

   Cortese   
18/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très très beau texte, qui se lit avec grand plaisir bien que l'histoire soit plutôt simple. J'ai vraiment beaucoup aimé, mais je ne sais trop dire pourquoi...
Quelques très belles trouvailles et un rythme dans l'écriture qui porte la lecture sans difficulté. Ça sonne bien !
Et puis l'enfance, le paradis perdu, est rendu avec tant de délicatesse qu'on ne peut que succomber.
Il y a vraiment une belle cohérence de l'ensemble, ça sent la grande maîtrise... Bravo !

   Anonyme   
19/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Oh c'est beau.

Une belle, vraiment belle écriture. Simple. Naturelle. Sur la forme, j'adhère totalement, les descriptions sont un pur régal.

Par contre, sur le fond, je suis beaucoup moins touchée. L'histoire est délicate mais ne me capte pas vraiment. La fin, en particulier, ne m'accroche pas. Je lis en admirant les mots mais sans parvenir à y pénétrer vraiment. Dommage, j'aurais voulu voyager.

Merci, néanmoins, pour ces mots.

   Anonyme   
30/1/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Je suis conquise par ces sentiments simples et purs, ainsi que par l'écriture appliquée dans cette nouvelle.

Magnifique !


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