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Policier/Noir/Thriller
violoncelle : Caïn et Albert
 Publié le 29/07/08  -  15 commentaires  -  8079 caractères  -  14 lectures    Autres textes du même auteur

Ou le terrible destin d’Églantine Radier.


Caïn et Albert


Mon frère Albert travaille au Ministère de la Solidarité. Il s'occupe des relations avec le public. Le matin, il ouvre la porte aux visiteurs, et l'après-midi, il distribue le courrier dans les étages. Il n'a pas à se plaindre. C'est un bon travail. Il a beaucoup de vacances, des horaires tranquilles. Il s'entend bien avec ses collègues et il dit qu'à la cantine "c'est dimanche tous les jours".

Albert a bien de la chance.

C'est un ami de mon père qui lui a trouvé la place. Au départ c'était moi qui aurais dû y travailler au Ministère, mais j'étais un peu trop vieux pour le poste, alors ils ont pris Albert.

Il s'y est plu tout de suite, et puis il y est resté.

L'année dernière à Noël, ils ont fêté ses trente ans de maison. Son chef de service a fait un discours. À la fin, il lui a donné une belle médaille toute dorée, une bouteille de mousseux et une grosse boîte de chocolats. Albert, il a même eu son nom dans le journal du Ministère. Il était drôlement content. Il a mis la médaille dans le salon, à côté de la photo de sa communion en nous imitant son chef quand il a parlé du mérite. Mon père lui a dit qu'il était fier de lui, ma mère a un peu pleuré et elle l'a embrassé. Remarquez, la médaille, il la méritait depuis longtemps Albert, parce que la solidarité, ça le connaît. Déjà tout petit, quand on se chamaillait lui et moi, il finissait toujours par calmer le jeu en disant :


"Du calme, Henri ! N'oublie pas ce que le père Jean a dit au caté : Il faut s'aider les uns les autres, ou un truc dans le genre..."


La solidarité, Albert il y croit dur comme fer. Il dit souvent "parler c'est bien, agir c'est mieux...". Alors il est toujours prêt à rendre service à tout le monde. Par exemple, le week-end, il porte les courses de Madame Sidouane avant de promener le chien de Monsieur Lancel. Il aide les voisins à garer leurs voitures sur le parking, comme ça tout le monde a de la place. Parfois, il file même un petit coup de main au facteur pour lui permettre de rentrer plus tôt chez lui. Moi je trouve qu'il en fait un peu trop.


Dans notre quartier, les voisins ont fini par l'appeler "Bébert solidaire". Pour son anniversaire, ils lui ont offert un tee-shirt bleu avec "Bébert solidaire" écrit en rose dessus. Là-dedans, il est complètement ridicule. Notre mère dit que ça lui va bien. De toute façon, elle trouve qu'Albert il fait tout comme il faut. Elle lui donne toujours une deuxième part de dessert. Moi, je fais comme si je voyais pas, j'attends sans rien dire. Ma mère s'inquiète pour Albert, elle dit qu'il a la santé fragile, qu'il lui faut des forces et qu'un bel homme comme ça, ça doit bien manger. Elle lui épluche même son poisson. Le dimanche il a droit à sa purée de patate douce. Il adore ça. Moi, je comprends pas comment on peut aimer un truc pareil, alors je me passe de légume. Une fois par mois, le soir après le travail, Albert fait une sortie avec des collègues. Ils vont au musée ou au cinéma. Après, ils mangent au restaurant. L'autre jour, il est allé au Musée du chapeau. Mes parents faisaient la sieste, alors j'en ai profité pour aller dans la chambre d'Albert. J'aime bien y aller quand il est pas là. D'abord, je mets un disque sur la chaîne qu'il a eu moitié prix, par le comité d'entreprise, et je m'allonge sur son lit. Après, je regarde sous la grande armoire. Albert cache des tas de choses dans une petite valise jaune derrière son vieux chien en peluche. La valise, il l'appelle sa "boîte à trésors". Albert il se méfie pas, il la ferme pas à clé, alors moi, j'en profite. Je lui pique des bonbons, un peu d'eau de toilette, et je regarde l'album photo que ma mère lui a offert pour ses dix-huit ans. Là-dedans, il y a tous les grands moments de la vie d'Albert. Sous chaque photo, elle a écrit une phrase :


"Albert à trois mois. Albert est un bébé facile. Il dort bien, mange bien, pleure moins qu'Henri."

"Albert en roi mage. L'école lui plaît tellement. On finira par en faire quelqu'un."


Il y a plein de photos en noir et blanc. Moi je préfère la grande en couleur, celle où je suis derrière Albert, sur la luge. On a le même bonnet et le même pull rayé assorti. Lui fait la grimace, et moi je souris. J'aimerais bien l'avoir cette photo, mais ma mère dit que l'album est à Albert et qu'il faut lui laisser ses souvenirs. Dans la valise, il a aussi des lettres et des cartes postales rangées par dates. Parce qu'Albert il reçoit beaucoup de courrier et il garde tout. Il participe à des concours de mots croisés, des devinettes sur les animaux et des trucs pour gagner des voyages. Il a toujours bon aux réponses, mais il n'est jamais tiré au sort. Il dit que ça viendra bientôt et puis ça l'amuse.

Il a aussi des lettres de copains de classe de neige, des cartes postales d'Espagne et du Portugal envoyées par ses collègues de bureau.


Et puis il y a la lettre d'Églantine Radier.

Cette lettre, il ne l'aura jamais.

Un jour, il y a longtemps, Albert était pas là.

Le facteur est passé. J'ai pris la lettre et je l'ai cachée en plein milieu de mon livre sur le savoir-vivre, au chapitre : "Tous les conseils pour bien écrire une lettre". Albert avait rencontré Églantine Radier l'été d'avant au village vacances de La Grande-Motte.

Dans la lettre, elle lui disait qu'elle se souvenait de la plage, de leurs conversations et de "ce baiser chaud et salé qui fait quelque chose au cœur". Elle disait aussi qu'elle attendrait le temps qu'il faudrait, qu'elle était prête à déménager et qu'elle l'aimait pour la vie.

Des conneries quoi...


Une semaine après, j'ai pris le train et je suis allé voir Églantine Radier. Je l'ai attendue au moins deux heures devant chez elle, sous la pluie. Elle est arrivée. En me voyant, elle était un peu étonnée, alors je me suis présenté. Elle m'a fait monter chez elle, et nous avons bu un café. Quand je lui ai dit qu'Albert s'était tué en voiture, elle a poussé un grand cri, s'est effondrée dans mes bras, et nous avons pleuré. Entre nous, Albert n'aurait jamais pu se tuer en voiture, il n'a pas le permis et de toute façon, il roule en mobylette. Mais ça, Églantine Radier ne le savait pas.

Quand elle a séché son chagrin, j'ai essayé de l'embrasser. C'était un peu trop tôt.

Alors, je l'ai saluée, j'ai repris le train et je suis rentré chez moi. Je lui ai écrit une longue lettre pour lui demander des nouvelles, lui dire que je pensais à elle et qu'elle pouvait m'écrire à mon travail, parce qu'avec mes parents, on avait l'intention de déménager. Elle n'a pas répondu. Alors j'ai repris le train. J'ai sonné longtemps à la porte. Le voisin de palier est sorti, il a fini par me dire qu'Églantine avait eu un grand chagrin d'amour, qu'elle avait arrêté de manger et que les médecins avaient tout fait pour la sauver.


Églantine Radier est morte un premier novembre. Pile-poil à la Toussaint, faut le faire ! En tout cas ça m'arrange, c'est pratique pour les visites. Parce que quand je vais mettre des fleurs sur la tombe de ma tante Sophie, celle qui me donnait des bonbons, j'ai toujours une petite pensée pour Églantine Radier. Albert lui, il aime pas les cimetières. Il dit toujours "le trou, on aura bien le temps d'y aller". Il pense que tant qu'on est vivant, il faut être actif, sinon on s'encroûte et on meurt à petit feu. Alors il dit que quand il sera à la retraite, il ira travailler à SOS Vies Perdues. Moi, je pense pas comme lui. D'ailleurs, je suis en âge d'arrêter. J'ai fait mon temps, j'ai assez donné. Alors je vais demander la préretraite. Aux impôts, ils vous refusent rien. Il suffit de savoir y faire. En plus j'ai mis mon toubib dans le coup. Alors, à moi la retraite et les vacances. Depuis le temps que j'attends ça ! Dès que c'est fini, je vais louer un petit studio à la mer, au village vacances de la Grande-Motte. L'iode et le grand air feront du bien à mes rhumatismes et mon ecthyma*. Et puis j'ai peut-être des chances de trouver une bonne femme là-bas.

Qui sait ?



*Pyodermite caractérisée par des pustules dont le centre se recouvre d'une croûte masquant une ulcération.


 
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   Melenea   
29/7/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup... la nature humaine y est décrite d'une façon tellement vraie... merci pour cette lecture...

Mél

   widjet   
29/7/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Après les deux premieres nouvelles plutot prometteuses de Violoncelle, j'attendais celle ci de pied ferme. Même si la déception est au rendez vous, je retrouve dans ce texte au titre évocateur, cette même sensibilité à fleur de peau, cette affection pour les personnages. En dépit de sa jalousie, le personnage principal est presque attachant (etait ce la volonté de l'auteur ?) et celui d'Albert est assez bien dépeint (mais guère à son avantage limite niais non ??) même si j'attendais plus.

Version très libre, moderne et résolument soft de l'histoire que nous connaissons des deux frères, le texte se lit sans ennui....en regrettant que l'auteur ne soit pas allé au bout de son idée (le texte est trop court je trouve)

W

   Anonyme   
29/7/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beaucoup de maîtrise et de sobriété. Un texte qui se lit de bout en bout sans lassitude. Il a l'avantage de revêtir un caractère universel pouvant être lu par tous, ne tombant dans aucun excès.

   Athanor   
29/7/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Alors là ! C'est du tout bon.
Les différentes manipulations sont le fil conducteur de cette nouvelle très, très... intrigante. Lorsque j'ai corrigé ce texte, je n'ai pas suspecté cela.
En relisant, je me suis attaché à ce pauvre (Caïn ?) sur la luge derrière son frère (Abel ?), caché mais lui ressemblant et ce, sans prendre garde. Je me suis fondu dans le niveau du langage.
Cinique, il a évoqué la mort de son frère mais c'est une belle qui en est morte...
Le cheminement mène Caïn du pinacle au buchet Et ça, j'ai vraiment aimé.

   Anonyme   
29/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Et bien moi j'ai eu une esquisse de plaisir..
je reste une fois n'est pas coutume sur ma faim...

Mais j'adore ce Cain complètement à la masse, et cet A(l)be(rt)l qui ne voit rien.

Un petit clap clap et un merci...

   Anonyme   
10/8/2008
Très belle écriture.. bien maîtrisée..

Mais l'histoire ne m'a pas plu (Eh oui, bien que je déteste ce verbe)

Plu, n'est pas le mot. Vu le titre je n'entendais à autre chose. Je sais pas moi un meurtre plus violent que cette pauvre fille qui s'éteint d'amour...Le remord, les regrets..et l'oeil aussi.. Brouuuh!! ;)
Et puis Caïn comme Albert je les trouve un peu niais. cucul quoi..

Mais bon. Je salue tout de même, l'exercice de style.

   fred   
29/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Moi, je trouve cela résolument bien. les sentiments crus, sans fard. Sans le fard de la sophistication des pensées par trop policées.

   strega   
29/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je suis terriblement partagée pour ce texte...

D'un côté, je me dis que l'idée est proprement géniale, adaptation qui aurait pu être vraiment intéressante. Le style me plait aussi, au moins dans un sens.

Et puis je me dis et alors quoi ? C'est quoi la suite ? Je n'ai pas saisi le but. Caïn (?), a-t-il fait tout ça consciemment, par pure jalousie, ou sans véritablement s'en rendre compte ??? Et le style qui dans un sens me plait m'a un peu irritée à la longue. On dirait un enfant de huit ans qui parle. Je suppose que c'est voulu mais bon...

Je suis un peu d'avis de widjet, ce texte est peut-être un peu court, ou alors, pas assez exploité.

Mais je dois bien reconnaitre que les sentiments sont particulièrement bien décrit, ça, j'aime.

Frustrée quoi !

   patapapier   
30/7/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est bien de toute une famille à la masse dont il est question.
On aimerait en savoir plus sur les parents, Adam et Eve de banlieue, lesquels ont engendré l'humanité qu'on sait.

   Max-Louis   
31/7/2008
Bon jour Violoncelle,

Le texte est intéressant mais certaines incohérences, le met à terre.

Supposons comme base de départ :

La mère met au monde Caïn à 20 ans, et à 40 ans, Albert. Caïn a 20 ans, Albert 0 an. (pour ne pas dire qu’il vient de naître). Quand Caïn a 40 ans, Albert a 20 ans, leur mère a 60 ans.

- - - - - - - - - - - - - - - - - -


Caïn dit : « J’étais un peu trop (oxymore) vieux pour ce Ministère », on considère comme vrai cette assertion et qu’il a 40 ans et Albert a 20 ans.

Trente ans plus tard, Albert a 50 ans, il reçoit : « une belle médaille toute dorée ». Remarque : La médaille d’or se distribue entre 35 et 40 ans de service, selon les ministères et pas tous.
Caïn a 70 ans et leur mère a 90 ans. (et je ne parle pas du père).

Et la suite. Ah, la suite !. Quand Caïn dit : « Déjà tout petit, quand on se chamaillait, lui et moi ». J’ai du mal à croire qu’un jeune homme se chicane avec un tout petit. De même, quand il continue sur sa lancé : « il finissait toujours par calmer le jeu ». Un tout petit qui calme le jeu, a un sacré caractère de diplomatie déjà. Mais les surdoués existent, ce qui n’est apparemment pas le cas : « le matin, il ouvre la porte aux visiteurs et l’après-midi, il distribue le courrier dans les étages ».Ouvre-t-il la porte toute la matinée aux visiteurs ? Il est groom ? Mais s’il ouvre que la porte, que fait-il toute la matinée ? Et l’après-midi, il distribue le courrier. Je comprends mieux le retard de certaines administrations. Ne chipotons pas sur ce sujet.
Son emploi : « il s’occupe des relations avec le public ». Entre ouvrir une porte et le courrier, j’ai du mal à digérer l’intitulé de l’emploi.

Et ensuite : « La solidarité, Albert il y croit dur comme fer » et je passe les exemples qui occupent sa vie privée. Comment se fait-il qu’un homme comme lui, diplomate dans l’âme, humaniste dans le cœur, occupe un emploi de relations avec le public, ouvre une porte et distribue le courrier et ça pendant 30 ans ?

Etc, etc . . . trop de choses à dire sur ce texte.

Pour conclure : des incohérences sous jacentes ou patentes mettent à mal ce texte. Ou bien c’est un texte comique et je n’ai rien compris. Ce qui est possible, d’ailleurs.

Aucune note.

Max-Louis

   Olivier   
4/8/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Tranche de vie de plusieurs vies loupées, j'ai aimé.

   pounon   
15/8/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte que je découvre (pas très assidu sur le site) encore une fois je me suis sentis pris aux tripes. Que c'est bien écrit. Oui violoncelle sait jouer sur les sentiments. Grand talent assurément.
Merci pour cette tranche de vie.

   victhis0   
16/9/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
c'est lourd et pesant et c'est çà qui est bien. Il y a du malsain et du sordide partout sans que se soit écrit : tout est induit et c'est ce qui fait sa force. Beaucoup d'amertume par procuration...J'ai beaucoup aimé l'épaisseur de ce texte, ce côté très vrai qui fait foid dans le dos, sans tartouillages littéraires.
C'est vrai que les dates m'ont un peu troublé, elles m'ont interompu dans ma lecture (calcul mental parasitaire) masi n'ont pas entâchés mon plaisir outre mesure. Merci pour ce texte assez costaud.

   Menvussa   
30/10/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un tout petit truc m'a gêné :

"Et puis il y a la lettre d'Églantine Radier." Quand on lit cette phrase, la lettre est dans la boite, or, il n'en est rien. Le "Et puis" est-il approprié ?

À part ce détail, je trouve ce texte superbe, cette façon de décrire l'horreur sous-jacente d'une vie somme toute banale.
Le comportement de la mère, cette haine qui s'installe entre les deux frères, à sens unique il est vrai, mais on peut penser que de Albert vers "caïn" il y a une indifférence coupable.

Bref superbe, une tranche de vie qui a de la gueule.

   Flupke   
11/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Intéressante histoire. Un peu exagérée parfois, mais s’il l’on fragmente chaque exagération du récit en un cas individuel, j’imagine qu’il doit y avoir des cas similaires qui collent à la réalité. Quelle famille !


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