Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Humour/Détente
Corentin : Les Aventuriers de l'Amérion - Chapitre 25 : Le temps de la moisson
 Publié le 27/07/08  -  3 commentaires  -  14618 caractères  -  4 lectures    Autres textes du même auteur

L'Amérion est abordé par un gigantesque vaisseau nommé Calüpsauh...
Épisode précédent
Épisode suivant


Les Aventuriers de l'Amérion - Chapitre 25 : Le temps de la moisson


L'équipage du Calüpsauh, quasiment entièrement automatisé, comptait plus de soixante-dix mille âmes. Sur cette incroyable quantité, seule une demi-douzaine était consciente, l'autre partie étant congelée jusqu'à des temps meilleurs, affirma Koostau d'un air mystérieux. Ainsi, les six larrons qui avaient cavalièrement abordé l'Amérion se trouvaient être les seuls êtres conscients de ce gigantesque vaisseau spatial. Brossard pensa instantanément qu'il pourrait les sécher sans problème, et il sortit furtivement son fusil à pompe d'entre ses gros pecs. Bondissant au milieu du cercle d'ennemis, il chargea son arme dans un geste familier des humains depuis bien longtemps. Chlük Tlak !


- Arrachez-vous ou je vous sèche ! cria-t-il aux envahisseurs.

- Que... quoi ? répondit Koostau, médusé.

- Brossard, soupira Tipek, arrêtez vos conneries deux minutes s'il vous plaît. Je vous rappelle qu'on n'a plus aucune nouvelle de la Terre depuis maintenant... sept mois, alors pour une fois qu'on rencontre quelqu'un, on ne va pas lui défourailler dans la gueule, hmm ? D'autant plus que, si vous aviez écouté, vous sauriez qu'ils n'en ont pas après nous mais après le... le quoi, déjà ?

- Moissonneur, compléta aimablement Koostau.

- ... le Moissonneur, alors rangez votre jouet, et calmez-vous, d'accord ?


Interloqué, Brossard se trouva un peu couillon. Il pensa un instant à re-recharger son arme, histoire de se donner un peu de contenance, mais non. Il rangea donc piteusement son arme de distraction massive et rentra dans les rangs. Tipek, d'un bref hochement de tête, lui fit comprendre qu'il avait pris la bonne décision. C'était pas le moment d'en rajouter. Il tendit la main ouverte vers Koostau, et se présenta :


- Capitaine Tipek, de la quatorzième (et probablement dernière) section des forces spéciales de la Cellule, Coalition terrestre. Je commande ce vaisseau. Voici le seconde classe et mécanicien Klebz, l'officier communicatif Lumi, Hal "façon pistache" Yababoua, notre interprète, Von Dutch intendant et commis aux missions, Brossard, responsable dissuasion/persuasion, et enfin Skofüld, qui... euh... enfin Skofüld, quoi. L'extension de bord, là-bas, c'est Wall-ID. Ne le contrariez pas il est susceptible.


Pendant ce discours, Koostau avait observé sans la prendre la main tendue de Tipek. Il la saisit enfin, au soulagement de l'ensemble de l'équipage de l'Amérion. Il se présenta à son tour :


- Amiral Koostau, déca Sanssukr de la troisième (et dernière aussi) caste guerrière des Nuées du Finfon. Voici Bulk, notre holo-armurier, Steinbock, chargé de cryptage et de repérage, Grauzart, vétéran de la guerre des Pamplemousses (l'année où il a fait si chaud), Pulup, amorcier en chef, et enfin Bronkokodh, spécialiste en assaut frontal sans réflexion.


Pendant quelques instants, les deux équipages s'observèrent, interdits. Cette rencontre, bien que rendue anodine au vu des passés respectifs de chaque équipe, n'en était pas moins extraordinaire. Pour la première fois, le terrien rencontrait ce qui, probablement, constituerait son futur, avec un peu de chance et pas trop de guerres nucléaires. Et pour la première fois depuis le début de leur long exil, Koostau et ses acolytes rencontraient des êtres primitifs. L'instant, qui n'était pas sans rappeler une fameuse scène d'un film à base de propulsion chenille, était historique. Tous étaient subjugués par la portée de cette rencontre, qui venait brusquement de s'imposer à eux. Mais bientôt chacun reprit ses esprits, et Koostau trancha d'une voix de conquérant :


- Allons. Armez-vous, nous ne serons sans doute pas trop de douze pour venir à bout du moissonneur. Steinbock, que nous disent les relevés coloscopiques ? Où est le moissonneur ?

- Il est a priori à trois toumètres dans cette direction, amiral, répondit le chargé de repérage en désignant de sa main gantée la direction de la cambuse. Mais je n'en suis sûr qu'à 87%.


Tiens, ils n'ont que quatre doigts, ces gaziers, pensa Klebz. Hal lui jeta un regard amusé.


- Amiral Koostau, suivez-nous vous et votre équipe, proposa Tipek. Il est probablement dans l'ateulier : c'est là qu'il y a les plus grosses quantités de métal. Armement lourd non-NBC pour tout le monde, cria-t-il à l'encontre de son équipage.


Tous se précipitèrent vers la petite remise attenante à la passerelle, dans laquelle un râtelier sécurisé supportait toute une variété d'armes. Quelques empreintes digitales plus tard, chacun avait son fusil à téléscaphe azimutal et contre-balancement à cryogénie déportée (pour plus de précision lors des rafales). Lorsque tout le monde fut prêt, l'équipée s'engagea dans un graurridor sombre. Klebz avait éteint un néon sur deux, pour des raisons d'économie mais aussi histoire de donner un petit côté flippant à l'ambiance. Ils arrivèrent devant la porte blindée de l'atelier, sur laquelle d'antiques caractères latins figuraient. La porte était un reliquat du conflit de Kanârh, pendant lequel de nombreuses antiquités avaient été saisies, puis utilisées dans la construction, par manque de matières premières. On pouvait lire sur celle-ci "ATELIUM DE REPARATIONEM". Tipek, qui conduisait la marche, ouvrit la porte puis entra. Il était suivi de près par les équipiers extrasolaires.


- Bon, chuchota-t-il à destination de Koostau, on fait quoi ?

- Pas la peine de se cacher ou quoi que ce soit. Cette entité évolue dans un plan différent mais proche du nôtre, qui correspond à une réalité légèrement altérée. Néanmoins, les deux plans s'entrecoupent fréquemment lorsque des nœuds d'événements spatio-temporels similaires se produisent, mais c'est transparent pour l'utilisateur. Le truc, c'est de détecter ces rencontres planaires, à l'aide d'une technologie que vous devriez découvrir d'ici quelques milliers d'années. Elle est basée sur les bosons et sur le protocole téléphonique de votre... vingt-et-unième siècle, acheva-t-il après avoir confirmé sur son terminal portatif. Nous l'appelons la technologie d'Ittie, en hommage au scientifique qui l'a découverte.


Ittie, téléphone, boson... Tout cela rappelait confusément quelque chose à Skofüld, qui s'était assis sur un bidon d'Öl, mais quoi ? Rien d'important, sans doute...


Pulup posa son sakado à terre, et en sortit un petit boîtier, assez ridicule, d'ailleurs, qu'il installa sur les grilles du sol, dans le milieu de l'atelier. De part et d'autre de la pièce, plusieurs établis adossés aux murs supportaient des machines-outils de marque Särm ou Mécagraunique. Normalement, le hangar était systématiquement occupé par un engin en panne, mais l'activité récente de l'Amérion n'avait pas vraiment surchargé Klebz, et la pièce était plutôt vide. Pulup installa donc son engin, sous les regards curieux des Amérionautes. Une brève pression sur le boîtier mit celui-ci en route, apparemment. Pulup courut se planquer derrière un barül de koukousse.


- À couvert ! beugla-t-il.


Brossard, un habitué des explosions intempestives, fila directement derrière un établi de soudure müg-mäg. Koostau et ses acolytes étaient déjà bien à l'abri lorsque Tipek, Von Dutch et les autres foncèrent qui derrière un bidon de neutronium lourd, qui derrière la réserve de tôles. Wall-ID, lui, s'abrita aussi, mais devant un engin de manutention. Koostau en fut un peu déconcerté, mais bon. Une seconde plus tard, un énorme cône de lumière jaillit de l'appareil installé peu auparavant par Pulup. La réalité autour de chacun sembla vaciller un instant, comme l'air au-dessus d'un bon barbecue, puis reprit son aspect initial. Lorsque Tipek leva le nez au-dessus de son baril, il eut du mal à croire ce qu'il voyait.


Là, en plein milieu de l’ateulier, flottant à quelques centitoumètres au-dessus de la PulupBox (le boîtier de Pulup, quoi), il y avait un… un truc. Une espèce de halo vaguement luminescent, instable et clignotant. Avec, au milieu, un truc plutôt chelou, peut-être une silhouette vaguement trisoïde mais, très franchement, c’était pas clair. Tipek n’aurait pas bien su dire ce que c’était, et puis la PulupBox faisait un bordel pas possible, alors il hurla :


- Brossard ? Keske tu vois ? Ça ressemble à quoi, d’après toi ?

- Bin… Ché pas trop ! Un graulaupausauridé, non ? Mais en version clignotante, alors !

- Lumi ?

- Un Gougard en plein time travel ?

- Hal ?

- Un konkombre, peut-être ?

- Bon, Pulup, c’est QUOI ce machin ? hurla Tipek qui perdait patience. Et puis c’est dangereux, d’abord ?

- Non, c’est pas hyper dangereux, mais il faut attendre que la matrice de localisation soit convergée. Restez à couvert encore quelques instants… Ayé ! Vous pouvez vous lever !


Instantanément, la PulupBox cessa d’émettre. Klebz, hypersensible aux infrasons wifi, put enfin se déboucher les oreilles. Les amérionautes se levèrent en silence, contemplant le formidable spectacle qui s’offrait à eux. Koostau et ses hommes, vachement plus affairés, déballèrent tout un bordel d’appareillages spintroniques.


Tipek s’approcha du halo lumineux, et voulut tendre la main vers la créature immatérielle qui y était semble-t-il piégée.


- Ne faites pas ça, malheureux ! rugit Steinbock en lui retenant la main. Vous deviendriez un Ghost, vous aussi.

- Un Ghost ? Mais je croyais que c’était un Moissonneur ?

- Bin oui, mais non. Enfin, plus maintenant.

- Gné ? laissa échapper Von Dutch.

- Et puis d’abord pourquoi vous les appelez les « Moissonneurs » ?

- Parce qu’ils nous moissonnent, asséna Koostau avec froideur. Ils nous traquent, nous emprisonnent, nous élèvent. Puis ils nous récoltent.

- Mais, euh… pourquoi ?

- Allez savoir. Ils ont tellement d’avance sur nous. Qui pourrait prétendre comprendre leurs motivations ? Tout ce que je sais, c’est qu’ils nous récoltent. Ils nous cultivent. Je les ai vus liquéfier les morts, pour en nourrir les vivants.


Klebz eut la nausée à cette idée. Liquéfier un humain ?


- Bin quoi ? télépatho-remarqua Hal. Certains font bien mousser des canards !

- Oui, bon. Certes, télépathogroumpha Klebz en retour.


Steinbock pointa sur le halo une espèce d’antenne hyperbolique (probablement à résonance triconcave, pensa Lumi). D’une main, il semblait chercher le bon angle, comme pour ajuster l’image devant un match de basseuket une nuit de tempête, et de l’autre main, il trifouillait une espèce de potentiomètre escamotable. Le halo se fit immédiatement plus stable, moins clignotant, émettant une lumière moins diffuse.


- BON ! C’est QUOI un GHOST ? vociféra Tipek.


Brossard rechargea son fusil à pompe, ce qui était sa façon de dire qu’il exigeait une réponse, lui aussi.


- Ce que vous avez devant vous, répondit Steinbock très doctement, est une image du Moissonneur.

- Bin alors ? C’est bien un Moissonneur, donc ?

- Non. Ça n’est qu’une image de lui. D’où le terme de Ghost. Disons, pour faire simple, que c’est une représentation holographique par lasers matriciels interposés.

- Et il est où alors, le vrai Moissonneur ?

- Nulle part. Enfin, pas ici en tous cas. C’est ce que je me tue à vous dire.

- Bon, ça me saoule, lâcha Von Dutch en récupérant sa louche tombée au sol. Je retourne aux cuisines, moi.

- Je serais bien tenté d’en faire autant, fit Tipek à l’attention de Steinbock, pour lui signifier toute son incompréhension.

- Bon, ok, je la refais. Comme on vous l’a déjà dit, les Moissonneurs ne sont que des paquets d’ondes immatérielles. En plus de ça, ils évoluent dans une réalité qui n’est pas exactement la même que la nôtre. Mais il existe quand même quelques similitudes et connexions entre nos mondes – c’est ce qui explique qu’ils arrivent si bien à nous moissonner, d’ailleurs.

- Et après ?

- Pour les gauler, on doit d’abord les repérer. C’est assez facile, vu qu’ils laissent dans leur sillage des résidus complexes sur bande FM. Ensuite, il faut les bloquer. Et, en bonus, les visualiser. L’appareillage au sol, là, est d’ailleurs appelé « bloqueur-visualiseur d’ordre zéro ».

- Et comment ça marche ?

- C’est assez compliqué. En fait, on utilise une mini lentille gravitationnelle pour observer ce qu’il se passe dans l’autre réalité – qui est à onze dimensions – puis on l’interpole dans notre monde pour en obtenir une version intelligible. D’où l’image clignotante. La réception est mauvaise, et l’interpolation imparfaite, puisqu’elle se base sur des géodésiques non-euclidiennes. En plus, on opère sur deux maillages éléments finis décalés, l’un pour la vitesse, et l’autre pour la pression.


C’est à ce moment que Skofüld, devenu plutôt fort en physique quantique, sortit de son mutisme :


- En gros, vous avez kéblo le Moissonneur dans sa propre réalité, qui n’est pas ici, mais on peut quand même le voir ?

- Euh… Oui. C’est ça, fit Steinbock.

- Et maintenant, on fait quoi ?

- Maintenant qu’on peut le voir, cela signifie que l’on connaît ses coordonnées dans le plurivers (à une maille près, hein). On peut donc lui envoyer une bonne rafale de bosons dans la mouille. Et le tour est joué.

- Mais je ne vois toujours pas à quoi il ressemble, fit Tipek, songeur.

- C’est normal. C’est un être fréquentiel à onze dimensions, qu’on projette vectoriellement dans notre espace classique. Du coup, bin,… Voilà, quoi. Ça ressemble pas à grand-chose, fit Steinbock, désolé.

- C’est un peu comme une analyse en composantes principales ? essaya Skofüld, sous l’œil émerveillé de Lumi.

- Euh… oui, voilà, c’est ça : c’est vachement puissant, mais on n’y bite rien.

- On dirait de l’art abstrait, fit Hal en haussant les antennes.

- Moui, c’est une vision des choses, accorda Pulup. Chacun y voit un peu ce qu’il veut y voir. Perso, je trouve que les Moissonneurs ressemblent à des hippocampes à dents de sabre, mais ça n’engage que moi.

- Ah ouais ? J’aurais plutôt dit un flonfidé juvénile.


C'est sur ces intéressantes considérations que Bronkokodh arma son bio-déflagrateur à tétines préhensiles d'un coup sec. CHLÜK POMP ! Passant devant tout le monde, il tira à plusieurs reprises en direction de l'image qui se distordit de douleur et se décomposa façon matrix. Finalement, cette partie-là n'était pas des plus amusantes, pensa Klebz, toujours fort à-propos. Pulup soupira, puis déclara à l'équipe de traqueurs improvisée :


- Bon, c'est terminé. Le Moissonneur s'est fait moissonné la tronche, donc en voilà un de moins, j'ai envie de dire.


Il s'agenouilla près de la petite valoche qui gisait. Elle ne clignotait plus vraiment, à présent, mais émettait une lueur qui pulsait doucement. Il appuya sur différents boutons, puis referma le capot avec un air de garagiste satisfait. Chacun son air, après tout.


À suivre…


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   David   
28/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Corentin,

La traque du moissoneur est un modèle du genre Amérionesque : je vois pas bien à quoi ça peut ressembler mais j'ai bien ris. Bravo !

   nico84   
20/9/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je reprends cette nouvelle là ou je l'avais laissé. J'aime vraiment cette facilité à fairte sourire.

Votre créativité constante m'étonnera toujours. J'admire particuliérement cette façn de faire rire à la fin alors que les acteurs ont l'air plutôt sérieux.

Enfin j'adore cette simple expression "arme de distraction massive", encore une petite perle parmi d'autres qui me pousse à continuer ma lecture.

Bravo à vous deux.

   jaimme   
26/8/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Du bon boulot l'équipage! Vous avez bien mérité votre dose de gras!
A retenir: "Ittie, téléphone, boson..."!!!
Un épisode bien construit, sans exagération de vocabulaire à bannir. Une belle recherche des termes et des explications scientifiques pas si bêtes si on suit!!!
Plus de la vraie Sf que du comique. Encore que, là je suis un peu perdu.


Oniris Copyright © 2007-2018