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Fantastique/Merveilleux
xuanvincent : L'auberge de la Balance (2 - suite et fin)
 Publié le 07/04/08  -  11 commentaires  -  29999 caractères  -  5 lectures    Autres textes du même auteur

L'étrange vie à l'auberge de la Balance.


L'auberge de la Balance (2 - suite et fin)


Résumé de la 1ère partie :

Une auto-stoppeuse demande à un jeune homme de la conduire à l' "Auberge de la Balance". Alors que l'auberge affiche complet, à son réveil le jeune homme ne rencontre âme qui vive. Bientôt, d'étranges faits s'y produisent...


__________________________


L’instant d’après, je m’efforçai de faire le point. D’après la hauteur du soleil et les protestations de mon estomac, la journée devait être bien avancée et mes parents levés depuis un moment. Ils s’étaient sans doute déjà aperçus de ma disparition et peut-être commençaient-ils à s’inquiéter… Mais que pouvais-je faire d’autre que de rester à l’auberge, tant que la voix m’interdisait de sortir du domaine ? Quant à retrouver Flore, cela me paraissait tout aussi improbable… Il ne me restait donc plus qu’à prendre mon mal en patience. Un peu plus tard, désœuvré, je redescendis à l’accueil. L’hôtesse me proposa de me rendre à la bibliothèque et à la salle polyvalente, situées toutes deux au deuxième étage.


Je remontai donc l’escalier et déambulai dans le couloir, où régnait un calme étonnant. C'était comme si l'auberge tout entière était vidée de présence humaine… Les pensionnaires avaient-ils déjà quitté leur chambre ou bien se montraient-ils particulièrement silencieux ? Un peu plus tard, je trouvai la bibliothèque. Il s’agissait d’une vaste salle au haut plafond toute lambrissée, remplie d’un nombre impressionnant de livres dont certains me parurent fort anciens. La richesse et l’élégance de la pièce me stupéfièrent. Elle me rappelait la beauté de l’ancienne bibliothèque de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Après avoir pris le temps de parcourir les rayonnages, je remarquai tout un choix d'ouvrages sur l’Empire des Bonaparte et sur l’opéra, mes deux sujets de prédilection ; également de nombreux romans que j’avais lus avec plaisir plus jeune ou que j'avais souhaité découvrir plus tard. Je finis par arrêter mon choix sur un écrit relatant la vie de l’Aiglon, situé toutefois trop haut pour que je puisse d’emblée m’en saisir. Avisant un vieil escabeau disposé un peu plus loin, près d’une des fenêtres donnant sur le parc, je l’approchai du livre qui avait attiré mon regard. L’instant d’après le titre d’un autre essai m’intéressa, bientôt suivi de plusieurs autres. Alors que la dépression me rendait à peu près indifférent à tout ces derniers temps, j’étais comme pris par une subite boulimie de lecture… Chargé d’un nombre conséquent de livres, je m’assis dans un recoin de la bibliothèque, dans un des confortables fauteuils Voltaire qui se trouvaient là. Captivé, je lus dans son intégralité la biographie de l’Aiglon. J’enchaînai sur un essai particulièrement intéressant sur « Le bel canto », puis sur un roman de Jules Vernes que je ne connaissais pas encore, intitulé « Une ville flottante ». Je ne voyais pas le temps passer, jamais encore je n’avais autant lu dans l’espace d’une journée… C’est seulement lorsque la lumière du jour se fit insuffisante que je me décidai à regagner ma chambre, l’esprit encore tout embrumé des aventures extraordinaires des personnages de cette étrange ville flottante imaginée par Jules Verne… D’ordinaire, je n’aimais pas la solitude. Elle m’était encore plus difficile à supporter depuis que mon amie m’avait quitté. Pourtant j’avais passé, en la seule compagnie des livres, un extraordinaire moment. C’est sur cette impression que s’acheva ma première journée à l’Auberge de la Balance. Je m’endormis en repensant aux moments passés avec Flore, en rêvant à une vie meilleure, quelque part dans la ville flottante de Jules Verne.


3


Au réveil, j’aperçus un charmant visage, celui de l’hôtesse rousse.


- Voici votre petit-déjeuner, Monsieur Seurat. Je vous souhaite un bon appétit ! S’il vous manquait quoi que ce soit, n’hésitez pas à m’adresser un message par l’intermédiaire d'une de vos deux colombes. Elles connaissent le chemin et bientôt vous serez servi.


Je la remerciai, en lui précisant n’avoir besoin de rien dans l’immédiat. Remis de ma surprise, je me souvins avoir demandé que mon petit-déjeuner me fût porté dans ma chambre. Comme la nuit précédente, j’avais sans réveil intempestif. Il semblait que ce lieu me fût propice pour retrouver le sommeil qui me fuyait depuis que Karen m’avait intimé, de manière si déplaisante, de ne plus chercher à la revoir. La table était appétissante. Il y avait un grand bol de lait chocolaté rempli de céréales, des tartines en quantité avec du beurre, un choix de confitures, du miel ainsi qu’un verre de jus d’orange. Exactement ce que j’aimais pour bien démarrer la journée ! À partir du moment où j’ouvris les volets, les deux colombes se mirent à roucouler tendrement. Trouverais-je l’amour auquel j’aspirais ?


Rassasié, je descendis l’escalier et me dirigeai vers l’accueil.


- Il ne vous manque rien, Monsieur Seurat ? me demanda l’hôtesse rousse.

- Non, sinon je n’aurais pas manqué de vous envoyer un de vos charmants oiseaux !


La remerciant, je sortis de l’auberge. Ma petite Fiat, un cadeau de mes parents pour mes vingt ans, m’attendait dans le parking, juste derrière la grille du domaine. Allais-je enfin pouvoir réintégrer mon univers familier, entre Saint-Michel et le jardin du Luxembourg ? Je l’espérais et en même temps une appréhension m’envahit : ici, j’avais le sentiment de retrouver le sommeil et la santé. Qu’est-ce qui m’attendait au-dehors ? À l’instant même où je franchis la grille, je m’arrêtai net. La voix de Karen, cet ennemi intérieur qui me dévorait depuis des semaines, revenait en force… « Je te déteste Alexandre, tu n’es pas celui que je croyais… Tu n’es rien, va-t-en ! ». Ces paroles, terribles, me firent rebrousser chemin, comme si j’avais le diable à mes trousses…


- Vous êtes tout pâle… Voulez-vous que je vous serve un grog ? me proposa l’hôtesse.

- Non merci, cela passera…

- Une table vous attend pour le déjeuner. Notre chef est un cordon bleu, ses menus sont un délice !


Plus tard, après avoir terminé mon roman de Jules Verne et sentant la faim arriver, je descendis au restaurant. À l’entrée, des serveurs habillés avec élégance me proposèrent des plats plus alléchants les uns que les autres. Je finis par me décider pour un menu et allai m’asseoir dans la salle voisine. Alors que quelques instants plus tôt l’hôtesse m’avait dit que l’établissement affichait complet, il n’y avait pas âme qui vive ! Excepté, au fond de la pièce, une personne dont le visage ne m’était pas inconnu. Il s’agissait d’un collègue que j’avais croisé à plusieurs reprises ces derniers mois, un brun à la peau mate, il devait avoir dans les trente-cinq ans. Un solitaire à la personnalité étrange. Son air ombrageux m’avait dissuadé de faire sa connaissance ?


- Bonjour, quelle surprise de vous voir ici ! Vous êtes en vacances ?

- Oui, me répondit-il laconiquement.

- Le restaurant est bien calme, je trouve…

- Il est pourtant presque plein… Même en venant tôt, il est difficile de trouver une table libre…


Je regardai mon ancien collègue, interloqué. Je le savais bizarre, mais sur le coup je me demandai s’il n’était pas un peu fou… Je lui demandai s’il connaissait des gens dans la salle. Il me décrivit avec précision trois personnes d’une tablée située à côté de nous. Une bande de détraqués, à l’entendre… Mais il n’y avait personne à cet endroit et je ne savais pas trop comment aborder ce dernier. Trop différent de moi, il me déconcertait. Désireux pourtant de me confier, je lui racontai brièvement mes deux journées à « l’Auberge de la Balance ». Curieusement, il ne s’émut pas à l’évocation de mes différentes surprises concernant ce lieu. Je lui demandai s’il lui était possible de quitter l’enceinte du domaine. Il me répondit par l’affirmative, avec un léger sourire, il aimait bien revenir à l’auberge, lorsqu’il voulait échapper à l’emprise du travail. À cet instant, je remarquai une lueur singulière briller dans ses yeux. Le fait qu’ici les montres et autres horloges ne fonctionnaient pas lui plaisait. Je lui confiais me sentir un peu seul dans cette auberge. Il me répondit qu’il s’agissait d’une question de perception, la réalité n’étant que purement subjective et sujette à variations d’un individu à l’autre. Sur ce point, j’étais d’accord avec lui. Sa réalité - ou plutôt ses hallucinations visuelles - n’avait rien à voir avec la mienne ! Je lui fis part de mon contentement d’être installé dans une chambre de style haussmannien. La dynastie des Bonaparte me passionne, lui expliquai-je. Aussi j’ai été ravi de trouver dans la bibliothèque de l’auberge un livre sur la vie de l’Aiglon ! Je lui racontai avec un pareil enthousiasme le roman « Une ville flottante » de Jules Verne, et lui récitai deux poèmes de Gérard de Nerval que je venais d’apprendre. Il me cita aussitôt plusieurs œuvres de Nerval : « Les Filles du feu », « Les Chimères », « Aurélia », à l’évocation de cet auteur, je remarquai le changement de son regard, qui s'enfiévra de manière inquiétante. Je finis par me souvenir du titre de l’ouvrage de Nerval, « Aurélia ». Il me donna son sentiment sur cette œuvre, qu’il trouvait sublime. J’avais un peu de mal à le suivre, tellement son érudition sur ce sujet était grande… Il avait avalé son repas à une vitesse incroyable et m’expliqua qu’il souhaitait fumer une cigarette dans le parc. N’ayant pas encore entamé mon dessert, je restai un moment seul dans le restaurant, pensif. Ce type était encore plus bizarre que je ne le pensais : c’était manifestement un solitaire et un original, qui devait être en proie à des hallucinations… Pourtant, cette rencontre, après mes longues heures de solitude depuis le départ de Flore, avait été la bienvenue.


4


Les jours suivants, je croisai à plusieurs reprises mon ancien collègue, au restaurant et dans d’autres endroits du domaine. Les premiers temps je m’étonnai de l’absence de toute présence humaine, en dehors de lui et du personnel de l’auberge, affable, mais peu causant. La bibliothèque et la partie du parc aménagée à la française, commençaient à me plaire. Au milieu des livres et des arbres, je reprenais des forces et le goût de la vie. Seule la présence de mes parents me manquait par moments. Aussi je ne renonçais pas à l’idée de rentrer chez moi. Mais à chaque fois que je tentais de franchir la grille du domaine, j’entendais les accusations terribles de mon amie Karen résonner dans ma tête. Cette voix m’était insupportable et l’instant d’après je devais me résoudre à revenir à l’auberge.


À mesure que le temps passait, je me familiarisais avec l’étrangeté de mon collègue et sus mieux comment l’aborder. En dépit du fossé qui nous séparait, nous trouvâmes des passerelles, un terrain d’entente. Un jour, il me vint à l’esprit que je pourrais même apprécier la compagnie de cet individu que j’aurai qualifié auparavant de « bizarre »…


Au restaurant, il s'exprimait d’une voix anormalement forte et me faisait parfois répéter mes propos à cause du bruit, m’expliquait-il. Bien que ne voyant toujours personne autour de nous, et pour ne pas le vexer, je ne lui dis pas que ces gens n’existaient que dans son esprit. Au cours d’une conversation, il m’avait appris qu’il passait le plus clair de ses journées à finir l’écriture d’un roman et qu’il était particulièrement sensible à l’imaginaire d’auteurs tels que Nerval, Rimbaud ou Baudelaire. Moins loquace que moi, il avait toutefois la faculté de savoir écouter. Parfois, ses questions, inattendues, me déconcertaient. Pourtant, je devais reconnaître qu’il lui arrivait de formuler tout haut ce que d’autres se seraient sans doute contentés de garder pour eux.


- Tu parais bien lisse pour un garçon de vingt-quatre ans, Alexandre…


Pris au dépourvu, je n’avais pas réagi. Pourtant, ses paroles me poursuivirent plusieurs jours durant. Un midi, je me décidai à lui parler plus ouvertement de moi.


- En fait, ces derniers mois ont été très durs… Je suis parti au printemps dernier rejoindre ma petite amie. Un mois plus tard, elle me plaquait pour un crétin et ne voulait plus me voir… En plus, avant de tomber amoureux d'elle, c'était ma meilleure amie…

- Je suis désolé pour toi… Les femmes, cela vous donne beaucoup de bonheur, mais aussi parfois les pires tourments… As-tu pensé à écrire ton histoire ?

- Ma vie tiendrait en deux pages !

- J’ai pourtant le sentiment que tu es plus complexe que tu ne le laisses paraître au premier abord…


Sa remarque fit mouche. Le lendemain matin, au lieu de m’enfermer dans la bibliothèque, je commençai à écrire le récit de mes amours malheureuses. Après un moment de réflexion, je l’intitulai « Les mémoires du jeune Alexandre ». Au début, je peinais à trouver mes mots. Pourtant, à mesure que j’écrivais, je fus comme pris par mon histoire. Plus tard, j’arrivai au moment heureux de la rencontre fugitive avec Flore. Son beau sourire par moments me revenait. Me souvenant de ses paroles d’encouragement, je me rendis à la salle polyvalente de l’auberge. Là, je trouvai sur une grande table différents pinceaux et tout le matériel nécessaire pour peindre. Le cœur battant, cela faisait près de dix ans que je ne peignais plus, je m’installai devant un chevalet. Une image m’arriva, dès lors je n’eus plus qu’une idée : retrouver le portrait de la jeune femme que j’avais vue en songe. Elle avait me semblait-il le regard rieur et la longue chevelure brune de Flore, le petit nez retroussé et le bel ovale de ma douce amie Maud et la bouche pulpeuse de Karen. La tâche était ardue. Pourtant, il me semblait qu’à mesure que le portrait se précisait, il prenait vie, devenait presque palpable…


Un midi, lors d’une balade dans le parc avec mon ancien collègue, le nom de Flore arriva dans la conversation.


- C’est Flore qui m’a conduit à l’auberge. Je la trouve sympa et je regrette qu’elle soit partie sans me dire au revoir… La connais-tu ?

- Oui, je l’ai rencontrée lors d’un voyage.

- Toi aussi, elle t’a fait entrer ici ?!

- Non, c'est un homme ressemblant à mon défunt père qui m’y a mené la première fois.


Cette après-midi-là, Christophe prit le temps de mieux me faire connaître Flore. Elle avait rapidement sympathisé avec lui et passait de temps à autre le voir à son domicile ou à l’Auberge de la Balance, lorsqu’elle l’y savait de passage. Elle l’avait salué tout récemment à l’auberge. Il la voyait comme une grande sentimentale, vite émue par la beauté d’un regard, un geste amical… Mais aussi comme une femme éprise de liberté. Depuis l’âge de vingt-trois ans, après la rupture avec un jeune musicien qu’elle adorait, elle ne s’était jamais attachée longtemps à un homme et ne tenait pas en place. C’était également une amoureuse des mots. Je l’ignorais, à ses moments perdus, Flore écrivait depuis plusieurs années des histoires, où le merveilleux prenait une place grandissante. Il l’appréciait manifestement, mais il me mit en garde de m’attacher à elle. Aimer une femme comme elle, autant courir après un feu follet ! me déclara-t-il. Ces paroles me laissèrent songeur durant le reste de la promenade. Je ne pouvais imaginer Flore aussi passionnée, aussi indépendante… Toutefois, j’étais un peu déçu qu’elle n’ait pas pris la peine de venir me saluer avant son départ. M’avait-elle déjà oublié ?


5


Un midi au restaurant, alors que je déjeunais seul, je distinguai à quelques pas devant moi la silhouette fantomatique d’une femme en robe longue. Elle s’approcha de moi. D’effroi, je voulus reculer. En vain, j’étais paralysé. L’instant d’après, elle me demanda si elle pouvait s’asseoir à côté de moi.


- Cela fait un moment que je vous vois déjeuner dans cette salle, mais c’est la première fois que vous me prêtez attention.

- Qui êtes-vous ? lui répondis-je d’une voix blanche.

- N’ayez pas peur de moi… Je suis comme vous une pensionnaire de ce lieu.


Elle continua à s’adresser à moi, d’une voix douce. Peu à peu, je repris contenance.


- Cela fait longtemps que vous êtes ici ? me demanda-t-elle.

- Pas longtemps il me semble, mais on perd vite ici la notion du temps…

- Alors je comprends… Au départ, je me croyais seule comme vous. Un jour, j’ai discerné une personne dans l’auberge puis une autre. Maintenant, je crois être capable de percevoir à peu près tous les gens présents dans cet endroit.

- Vous voyez vraiment d’autres personnes autour de nous ?

- Oui. Si vous commencez à m’entrevoir, c’est sans doute que vous commencez à porter plus d’attention aux autres, que vous devenez plus sensible à la souffrance d’autrui, à la différence qui souvent dérange... J’ai perdu au printemps dernier mon unique enfant. Il n’avait que vingt ans et était si gai, si généreux… J’ai cru mourir. Même mon compagnon était impuissant pour me faire reprendre goût à la vie… C’est un adolescent, beau comme l’était mon fils, qui m’a incitée à venir dans cette auberge. Depuis, j’ai retrouvé la force de vivre et l’envie de sourire de nouveau à la vie…

- Vous connaissez le jeune homme avec qui il m’arrive de déjeuner ?

- Je n’ai jamais déjeuné avec lui mais je le vois souvent à la cantine ou dans le parc. C’est bien un des rares ici à déjeuner presque toujours seul… Pourtant, il a l’air intéressant. Il est séduisant, si seulement je pouvais avoir vingt ans de moins…


Je continuai à converser avec cette femme dont le visage peu à peu m’apparaissait. Elle s’exprimait avec un léger accent slave agréable à entendre. C’était un plaisir de discuter avec elle. Elle s’appelait Katerina, était ouvreuse de cinéma. Elle aimait surtout les romans historiques, avait un mari adorable et allait bientôt fêter ses cinquante-quatre ans. Au timbre de sa voix, je pensais qu’elle était beaucoup plus jeune… Du haut de mes vingt-quatre ans, toute personne de plus de trente ans était quelqu’un d’âgé ! Pourtant, elle était si jeune d’esprit, si débordante d’énergie, que par moments on pouvait se demander lequel de nous deux était le plus vieux !


À mesure que nous discutions, je m’aperçus que Katerina semblait prendre davantage consistance, se métamorphosait sous mes yeux éberlués… Sa silhouette vaporeuse se para de couleurs d’abord pâles puis de plus en plus affirmées. Je vis apparaître les traits de son visage, ceux d’une femme blonde qui avait dû être très jolie plus jeune. Son cou fin, sa longue robe, d’un beau bleu turquoise, se précisaient à leur tour.


- C’est incroyable, je vous vois à présent nettement…

- C’est de bon augure, alors !

- Vous avez une robe magnifique !

- Il y a quelques années, on m’aurait dit que j’avais un joli visage… Mais je dois vous paraître bien vieille !


Je protestai faiblement, lui assurant qu’elle était toujours une très belle femme. Elle me répondit par un sourire amusé. Bien après, elle me salua, en espérant me revoir à l’occasion d’un prochain déjeuner.


6


Une après-midi, en rentrant dans ma chambre, je trouvai sur mon secrétaire une grande enveloppe. Elle portait cette inscription « Pour Alexandre, avec tous nos remerciements ». Un instant, je pensai à Flore mais je ne reconnus pas son écriture. Qui donc pouvait bien m’avoir adressé ce courrier ? Je me dépêchai de le décacheter et trouvai une carte, illustrée de charmants chatons. Au verso, étaient écrits les mots suivants :


« Merci encore Alexandre pour avoir apporté de la beauté en ce lieu ! Tes tableaux sont magnifiques ! En particulier la jeune fille à la robe bleu ciel, on dirait une fée… Ce soir le chef cuisinier prépare un repas spécial, nous comptons sur ta venue. »


Le message était signé par un grand nombre de personnes, parmi lesquelles figuraient notamment les prénoms de Katerina la dame russe et celui de William, un homme dans la quarantaine que j’avais rencontré il y a quelque temps à l’auberge. Au bas de la page, je vis la signature de mon ancien collègue, assortie d’un mot personnel, à son image « De grandes choses dorment en nous, toujours d’un sommeil qu’agite un peu plus la longueur accrue des jours. Christophe »*. Les autres noms m’étaient inconnus. Qui étaient ces gens et méritais-je de tels remerciements ? Mon premier tableau, je l’avais surtout fait pour tenter de restituer les traits de la si belle femme qui dansait devant mes yeux au sortir de mon rêve. Puis, par réel goût de peindre, par pure passion. Ne sachant que faire de ces toiles qui commençaient à s’accumuler dans la salle polyvalente, un jour, avisant un lot de cadres vides, j’avais eu l’idée de m’en servir et de décorer le hall d’entrée de l’auberge.


Le reste de l’après-midi passa très vite, occupé par la poursuite de l’écriture de mes mémoires. Bientôt arriva l’heure du dîner. Ouvrant ma penderie, je découvris toute une série d’habits, plus beaux les uns que les autres. Il s’agissait de vêtements fort élégants, semblant pour la plupart sortir tout droit de l’époque napoléonienne. J’en essayai plusieurs, avant de me fixer sur l’un d’entre eux qui avait échappé à mon regard. C’était la réplique même du costume que je portais dans mon rêve, évoquant celui d’un jeune aristocrate du Premier Empire. Je l’essayai et me regardai dans le miroir situé en face de mon secrétaire : il était parfaitement à ma taille ! Ainsi vêtu, je descendis vers la salle de réception de l’auberge. En chemin, je croisai quelques personnes. Bien qu’il ne me semblât pas les connaître, certaines d’entre elles me saluèrent. Autant le restaurant m’avait jusqu’alors étonné par son absence de personnes, autant je fus impressionné par la foule qui s’y était massée ce soir-là. Tous les convives semblaient s’être donné le mot pour venir costumés comme pour un carnaval. Il y avait là un arlequin, des princesses, un clown blanc, un magicien, une sorcière et bien d’autres personnages. Je finis par reconnaître au milieu de cette foule Katerina, méconnaissable en Catwoman et William, très séduisant en Cupidon. J’allais saluer ce dernier et nous échangeâmes quelques mots. Katerina vint peu après à ma rencontre. Elle était ravie de me voir. Bientôt ce fut un flot de paroles élogieuses, sur l’élégance de mon costume, mon talent de peintre, etc. Je finis par comprendre qu’elle était à l’origine de cette fête masquée et du courrier que j’avais trouvé cet après-midi dans ma chambre. Elle avait adoré mes tableaux. Se rappelant de la date de ma fête, elle n’avait pas hésité à faire le tour de l’auberge et à demander aux différentes personnes qu’elle avait croisées de signer le mot qu’elle me destinait. La plupart, m’assura-t-elle, avaient beaucoup aimé mes toiles et avaient signé la carte sans hésiter. Charmante attention ! Peu de temps plus tard, mon regard fut attiré par une personne que j’eus le sentiment de reconnaître avant même de l’avoir aperçue, tant sa présence m’était devenue familière en ce lieu : Christophe. Seul ; il semblait perdu dans ses pensées. J’étais désireux de le remercier pour son sympathique mot tout en craignant de le déranger. Je n’eus pas à le faire : m’ayant vu, il m’adressa un franc sourire. Il était venu en Lucky Luke, la cigarette à la bouche, éteinte toutefois pour la circonstance.


- Quelle foule, Christophe !

- Tu perçois à présent les hôtes de l’auberge…

- Excuse-moi, je pensais que tu avais des hallucinations quand tu me disais que le restaurant était rempli de monde…

- Cela n’est pas grave ! Tu n’étais pas prêt à me croire, c’est tout… Ce soir, on fait la fête, oublions nos soucis !


J’acceptai de trinquer avec Christophe qui, pour la première fois, m’invitait à sa table. Nous discutâmes à bâtons rompus, des femmes, du travail, de l’écriture… Des femmes, celles qu’il avait aimées, aussi celles qui l’avaient fait souffrir, celles encore qui restaient inaccessibles, il aurait pu en parler pendant des heures… Concernant le travail, il reconnut que, contrairement à une partie de ses amis, il s’était compromis dans un emploi salarié sans grand intérêt, mais qui lui assurait la sécurité matérielle. Le temps libre lui manquait pourtant cruellement... Rédiger un roman, c’est un travail de longue haleine… Mon dernier texte, j’ai mis trois ans à l’écrire ! Nous en vînmes à parler de l’écriture. Sa vie, il ne la concevait pas sans cette "elle". Depuis son embauche, il y avait bientôt un an, son temps libre s’était réduit à une peau de chagrin alors que son besoin d’écrire restait aussi important… Lors de son premier séjour à l’Auberge de la Balance, neuf mois auparavant, Christophe avait été séduit par l’extraordinaire tranquillité du lieu. Il aimait passer de longues heures dans sa chambre à avancer ses écrits, se promener dans le parc, ou encore lire dans la bibliothèque. L’auberge lui était devenue propice pour l’écriture. En l’espace de neuf mois seulement il avait réussi à écrire pas moins de six romans ! Vois-tu, ajouta Christophe, l’essentiel de mon œuvre, c’est ici que je compte l’écrire…


Entraîné par la bonne humeur générale, je me mis ensuite à discuter avec d'autres personnes, du gamin de six ans qui avait fui le domicile parental jusqu’à l’aïeule de quatre-vingt-sept ans, attristée par la perte de son petit chien pékinois, sans oublier un homme aveugle dont le regard inerte m’avait au départ mis mal à l’aise. Je me sentais loin du jeune homme perdu que j’étais au moment de mon arrivée en ce lieu. Peu après l’ouverture du bal masqué, j’acceptai de danser un cha-cha-cha avec Katerina. Plus tard, j’osai inviter à danser une jeune fille à l’air timide que j’avais croisée peu avant le regard. La soirée s’acheva par un splendide feu d’artifice, tiré dans le parc. La tête encore emplie par les émotions de la journée, à peine couché je m’endormis aussitôt, d’un sommeil de plomb.


7


Dans la nuit, cela ne m’était pas arrivé depuis un bon moment, je me réveillai en sursaut. N’arrivant pas à retrouver le sommeil, je descendis faire un tour dans le parc. Celui-ci était éclairé par la lueur de la lune, alors haute dans le ciel et presque ronde. À un moment, à quelques pas devant moi mon regard fut attiré par la silhouette gracieuse d’une jeune fille. Levant les yeux, je reconnus, stupéfait, Maud, ma chère amie d’enfance, qui me souriait derrière la grille… Comment avait-elle pu retrouver ma trace et me rejoindre ? Cela faisait plusieurs mois qu'elle ne donnait pas signe de vie. Et voilà que je la retrouvai, comme dans un rêve éveillé… Je m’approchai d’elle et, sans mot dire, lui pris délicatement les mains. L’instant d’après, j’étais au-dehors. J’avais enfin réussi à franchir la grille du domaine, restée entrouverte, sans que la voix de Karen ne vienne m’assaillir et m’obliger à réintégrer l’auberge ! Je voulais parler, mais aucune parole n’arrivait à sortir de ma bouche. Aussi, me contentai-je de répondre au doux sourire de mon amie.


- Alexandre, je suis si heureuse de te revoir…

- Comment as-tu pu me rejoindre, Maud ?

- Par une sorte de miracle. Ce matin, une jeune femme est venue me parler. Elle m’a dit s’appeler Flore. Elle pensait que j’étais l’unique personne qui pouvait te faire sortir d’un endroit où ta souffrance t’enfermait plus sûrement qu’une prison. Je lui ai répondu que j’étais prête à tout pour te libérer. Elle ajouta que puisque je t’aimais comme un frère, il me suffirait de penser très fort à toi pour accéder à l’endroit où tu te trouvais.

- Je suis touché par son geste… Sais-tu où elle se trouve à présent ?

- Non. Mais avant de me quitter, elle m’a confié avoir été sensible à ton charme. Elle ne voulait pourtant pas t’importuner. En repassant à l’auberge, sans être vue de toi, elle a compris que si tu éprouvais de l’attirance pour elle, elle ne pourrait t’imposer sa vie bohème ni y renoncer. Cela l’a peinée les premiers temps, mais à présent elle serait heureuse de te revoir.


Un peu attristé, je fus néanmoins sensible au geste de Flore. Bien que m’aimant, elle avait tenu à surmonter seule sa peine. À défaut de pouvoir l’aimer, j’étais prêt à lui offrir mon amitié. En cet instant, ma chère Maud me regardait. Elle était si heureuse de m'avoir retrouvé. N’était-ce pas cela le plus important ?


N’ayant plus de montre au poignet depuis longtemps et étant parti sans mon portable, je regardai la montre de Maud. Elle indiquait 10 heures du matin et… seulement le 31 juillet ! Je lui fis part de ma découverte : sept heures s’étaient écoulées depuis que j’étais entré dans le domaine de l’Auberge de la Balance, alors que j'avais le sentiment d'y avoir vécu des semaines ! Pourtant, je n’avais pas rêvé et Maud elle-même pouvait témoigner de la réalité de l’existence de Flore, la jeune femme qui m’avait amené jusqu’ici


__________________________


Plus tard, mes recherches pour trouver ce lieu se révélèrent vaines. Aucune carte, aucun annuaire ne le mentionnaient. Seuls Maud, Christophe et Flore, mes nouveaux amis, peuvent témoigner de l’existence de l’Auberge de la Balance et me rappeler la réalité des moments vécus là-bas. Depuis ma sortie de l’auberge, si « Les mémoires du jeune Alexandre » reste mon unique écrit, j’ai toutefois maintenu intacte la pratique de la peinture. Peu après ma sortie de l’auberge, j’ai rencontré dans mon atelier des beaux arts la jeune femme qui allait devenir ma compagne. Je lui ai raconté mon histoire. Elle m’a écouté, d’abord incrédule puis peut-être parce qu’elle avait gardé quelque chose de l’enfance – fut convaincue de sa véracité. Certains jours, il nous plaît tous les deux de penser qu’à travers le monde des hommes, des femmes, des enfants trop éprouvés par la vie, sont conduits par Flore ou par d’autres personnes, dans des îlots de tranquillité et de ressourcement, pour les aider à surmonter leurs peines avant de retourner affronter la réalité du monde. Un monde cruel où la vie pourtant s’épanouit, fleurit de mille amours, de mille joies fugaces, sans cesse renouvelées.



* Extrait d’un texte de Christian Bobin



 
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   studyvox   
7/4/2008
J'ai été pris par l'atmosphère qui se dégage de ce texte.
C'est à la fois un peu insolite et irréel.
On pense bien sûr au grand Meaulne d'Alain Fournier, mais il y a une progression qui nous pousse à connaître le dénouement.
Plus le récit avançait, plus je croyais que le héros était dans une clinique ou dans une maison de repos, après une dépression!
La fin est bien plus évocatrice.
La guérison d'une déception amoureuse est obtenue par la lecture et surtout par l'écriture.
Les états d'âme des personnages sont bien rendus.
Il y a un peu de psychanalyse, mais sans plus.
Enfin, c'est bien écrit et l'histoire m'a beaucoup touché.
Bravo.

   Filipo   
9/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Une ambiance trés bien rendue de nostalgie et de réverie éveillée. Le texte est trés bien écrit (peut-être parfois des expressions un peu trop précieuses qui "figent" un peu le style).

Par contre j'ai été géné par deux paragraphes au moins bcp trop compacts... sentiment de lourdeur dans un texte par ailleurs assez aérien. La progression onirique, si elle est bien menée, manque parfois un peu de "relief" dans l'intensité des sentiments de surprise et de découverte par le héros de son enviroonement peu banal.

Bon texte en ton cas.

   xuanvincent   
3/5/2008
Merci Filipo et Studyvox,

Pour vos critiques, qui me seront utiles pour les prochains textes.

"L'auberge de la balance", un lieu propice à la guérison des âmes blessées, peut se situer n'importe où dans le monde...

Ce texte a été écrit à l'origine pour un ami en situation de souffrance et dont la peine m'affectait. J'ai voulu lui créer un lieu pour lui, et les personnes comme lui, seraient à l'abri du monde extérieur, le temps de se reconstruire.

   Anonyme   
3/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’aurais bien besoin, moi aussi, de me retrouver pour quelques temps, dans une auberge aussi merveilleuse, pour me remettre les idées en place.

Oubliez la critique négative que j’avais fait de la première partie de votre œuvre, j’avais cru sottement qu’il n’y avait pas de suite, ce qui avait faussé mon jugement complètement, alors que dans les faits, je trouve ce texte génial et très bien écrit. En le relisant de bout en bout, il a su me captiver complètement.

J’ai adoré « L’auberge de la balance » et vous dit un gros bravo !!!

   xuanvincent   
3/5/2008
Merci beaucoup Isatis pour votre dernière critique et vos encouragements ! Je suis heureuse que ce texte vous ait beaucoup plu.

Dans la mesure où il n'était pas précisé qu'il ne s'agissait que de la première partie du texte, votre première critique me paraît tout à fait pertinente. Et je ne l'avais pas mal prise. Les critiques négatives ne sont-elles pas plus propices que celles trop élogieuses pour progresser dans l'écriture ?

Puissiez-vous trouver le chemin de "L'Auberge de la balance" ! Elle est peut-être plus proche que vous ne le pensez....

   widjet   
16/5/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Bon, bon...c'est mieux et notamment la seconde moitié du texte où les évènements se précipitent. Bravo pour cela !

L'auteur a beaucoup d'imagination, ça fait rudement plaisir et il y a là un petit côté Peter Pan dans ce conte, je trouve. Mais le style est encore trop "vert" ce qui rend le texte "mignon" (comme le personnage principal) à défaut d'être vraiment beau. Un poil trop mielleux aussi mais là c'est très subjectif.

Des maladresses notamment dans la première partie avec des phrases bizarrement construites. J'en ai relevé certaines :
C'était comme si l'auberge tout entière était vidée de présence humaine…(...) C’est seulement lorsque la lumière du jour se fit insuffisante...(...) Comme la nuit précédente, j’avais sans réveil intempestif ...(...) depuis que Karen m’avait intimé, de manière si déplaisante, de ne plus chercher à la revoir

Enfin (et là encore ça n'est que mon avis) j'ai du mal à croire à l'attachement d'Alexandre à Flore qu'il n'a que très peu vu et dont rien ne semble vraiment témoigner de son affection lors de leur brève rencontre.

Pour conclure, beaucoup de choses m'ont empêché de profiter pleinement du voyage (pourtant dépaysant, avec tous ces livres !)mais je reste très confiant pour la suite car comme je l'ai déjà dit, l'auteur a de la suite dans les idées et je suis persuadé qu'avec quelques relectures et du retravail (ça manque de fluidité je trouve par moment), l'auteur pourra rendre son texte très captivant !

Bravo.... et merci car vous m'avez donné envie de réecrire des nouvelles dans le genre fansastique ! ( ça fait un moment que ça me travaille!!)

Widjet

   strega   
16/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Oui, je suis convaincue par cette nouvelle moi. C'est simple, je ne croyais pas à une fin "réelle", j'aurais été déçu, j'aime bien celle-là. Ca tombe bien non ?

Sinon, un gros regret, mais qui est vraiment personnel et très subjectif, les paragraphes en "paquet" sont pour moi un calvaire, déjà sur papier, mais alors à l'écran, je dois avouez que j'ai énormément de mal avec.

Même remarque que widjet, le tout est un peu trop gentil, un peu trop propre, peut-être pas assez fouillé.

Mais j'ai bien apprécié, le fond est vraiment juste je trouve.

Bravo, merci.

   Anonyme   
17/5/2008
Désolée mais je ne rejoins pas les autres commentaires.

J'ai aimé la première partie, beaucoup, ouvrant de nombreuses perspectives, laissant espérer de folles aventures...

Ensuite, j'ai été intriguée par l'auberge (bien que le texte soit ponctué de petites erreurs et incohérences, voir de phrases étranges) et je me suis laissé porter par l'histoire.

Et même si je ne me suis attachée à aucun personnage, j'ai voulu arriver vite, vite à la fin pour savoir ce qui allait arriver d'épatant...

Et puis à partir du n°7... Plus rien... je trouve la fin planplan, trop romanesque sans l'être vraiment, je n'arrive pas à l'expliquer mais je suis restée sur ma faim.

Dommage, car l'idée est bonne, le lieux intriguant à souhaits, et le style sympathique...

j'espère que tu ne m'en veux pas

   Bidis   
27/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Comme pour l'épisode précédent, je trouve le texte trop peu aéré.
Je trouve qu’il est important, pour le confort de la lecture, de laisser respirer un texte, d'en respecter le rythme.
Cela vaut depuis le début du texte, mais à certains moments, c'est vraiment déplaisant (on l'impression de visiter la bibliothèque au pas de charge, entre autres). D’autant que je trouve l’écriture vivante et agréable et l’intrigue tout à fait palpitante et que couper un texte en simples paragraphes n'a rien de compliqué.

- « Comme la nuit précédente, j’avais sans réveil intempestif. » Je n’ai pas compris cette phrase. Ne manquerait-il pas un ou plusieurs mots ?

J’aime bien la description du petit déjeuner, des mets simples et savoureux, Simenon faisait cela dans ses romans.

Dans l’épisode précédent, on a parlé de cages dans les chambres, mais pas de deux colombes. Il faudrait que je relise pour m’en assurer. Mais de toutes façons, ce détail est tellement bizarre et charmant à la fois que l’auteur aurait pu déjà s’appesantir là-dessus dès la première description de la pièce – ou alors, si la cage est recouverte d’un linge à sa première évocation, insister sur le mystère quant à ce qui se trouve dedans. Peut-être ais-je manqué l’une ou l’autre information à ce sujet, mais certainement celle-ci n’aura pas dès lors été mise en valeur.

- « Ma petite Fiat, un cadeau de mes parents pour mes vingt ans, » : détail qui n’intéresse personne. Les informations qui n’apportent rien à une histoire courent toujours le risque d’alourdir la lecture.
- « Il me décrivit avec précision trois personnes d’une tablée située à côté de nous. Une bande de détraqués, à l’entendre… Mais il n’y avait personne à cet endroit et je ne savais pas trop comment aborder ce dernier » : à mon avis, on ne met « ce dernier » que lorsque le sujet auquel il se rapporte précède immédiatement. Ici, le dernier sujet dont on parle, c’est la bande de détraqués et non le « l’ » qui est seulement un complément.
- L’énumération des œuvres de Nerval est lourde. La seule référence à Aurélia suffirait largement à mon avis. Et j’ajouterais ici que donner des informations et impressions quant à cette œuvre au lieu de dire que le personnage en parle, ajouterait beaucoup de richesse à la lecture.

Comme le moment présent est très palpitant, j’ai trouvé un peu ennuyeux le long passage sans événement marquant jusqu’à celui de la peinture.
Et qui est cette Maud ? Je ne me souviens pas d’elle. Et je n’ai pas envie de remonter dans le texte… En plus, déception : il ne se passe toujours rien de marquant.

- « une carte, illustrée de charmants chatons » : banalissime comme illustration !
- « Il était venu en Lucky Luke, » : j’aurais trouvé plus d’atmosphère dans cette histoire fantastique si les personnages étaient tous habillés comme le narrateur, en costume second Empire.

Chute douce et légère pour un texte tout en nuances.
Mais, à mon avis, à beaucoup retravailler. Il le mérite.
Entre très bien plus pour le fond, très bien moins pour le style, et faible à cause des innombrables petites choses que je me suis permise de relever : bien

   FILOMENE   
31/10/2008
j'ai eu l'impression d'être dans un conte....les contes du type de Blanche -neige que je lisais dans mon enfance..les détails sur la déco , l'ambiance,...je tournai les pages et imaginais l'illustration...curieusement, je me rend compte qu'a aucun moment une couleur prédomine..merci

   Flupke   
4/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour XuanVincent,
J'ai bien aimé le côté science-fiction (et le brouillard pour y entrer) au service de la propagation de certains idéaux de la vie et d'un épilogue réaliste. Plus on fait attention aux autres plus on les remarque. L'idée des personnages invisibles qui apparaissent peu à peu était bien trouvée.
Je constate une certaine tendance récurrente dans vos nouvelles à faire du prosélytisme pour vos lectures favorites. Vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que je fasse pareil dans mon commentaire ? :-) Avez-vous lu « Le système péridodique » de Primo Levi ou « Variations Enigmatiques » de E-E Schmitt ?

J'ai trébuché sur « j'avais sans réveil intempestif », mais autrement, comme d'hab, c'est bien écrit. La lecture est agréable.

Amicalement, Flupke


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