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Horreur/Épouvante
Elwyn : Les 5 noms
 Publié le 07/04/08  -  13 commentaires  -  7584 caractères  -  122 lectures    Autres textes du même auteur

Un remake du Chat Noir d'Edgar Alan Poe. Un petit conte un peu macabre...


Les 5 noms


Il y avait deux choses que Pierre détestait dans la vie : les pertes de contrôle, et les animaux. Les deux n’étaient pas sans être liés. Comment contrôler tout ce qui se passait dans la maison avec en permanence un être sur patte, muni de griffes et d’une vessie qui ne demandait qu’à se vider ? Les oiseaux perdaient leurs plumes et chiaient dans leur cage. Quand ce n’étaient pas leurs incessants piaillements ! Les souris, cobayes et autres boules de poils sur pattes passaient leur vie à tourner en rond en laissant leurs déjections, ramenant maladies et virus. Les poissons rouges, passait encore, mais il fallait songer à les nourrir, et à changer l’eau de l’aquarium si on ne voulait pas les retrouver ventre en l’air après trois jours. Quant aux chiens, aux chats, et toute autre bestiole capable d’égrainer ses poils partout dans la maison, c’était le summum !


Alors, quand Evy ramena une portée entière de chatons à la maison, la crise fut terrible !

Pierre renversa la table du salon, cria vers le ciel en demandant ce qu’il avait fait pour mériter une femme pareille, et passa des heures en récrimination contre les cinq malheureuses boules de poils qui miaulaient dans leur cage.


Rien n’y fit. Evy garda ses chatons. Elle les nomma tous les cinq, excepté le dernier. Celle brun-roux, avec comme une collerette autour du cou, s’appela Fleur. Une femelle, au nez tout rouge et tout rond, s’acquitta du surnom de Cerise. Une toute petite femelle blanche comme neige fut appelée Cristal. Le gros mâle, noir comme la suie, perpétuellement en train d’éternuer, elle le nomma Charbon. Le dernier chaton, un mâle, n’était doté d’aucune particularité physique. Son poil était d’une couleur indéterminable, ses yeux changeaient suivant la lumière du jour, il n’était ni gros, ni mince, ni petit, ni grand. À vrai dire, il était extraordinairement commun et passait son temps, figé sur place, à observer les quatre autres. Il n’était pas particulièrement beau, mais on n’aurait pas pu le qualifier de laid. Rien que sa présence mettait Pierre mal à l’aise. On ne lui donna aucun nom, et on ne l’appela jamais.


Pierre finit par s’habituer à la présence des animaux dans la maison. Afin de les éviter, il travaillait plus tard que jamais et quittait tôt la maison le matin.


Au bout de quelques années, les mâles arrivèrent en âge de chasser les femelles, et les femelles de se faire chasser. Pierre ne supportait pas ces incessants miaulements durant la nuit, comme des cris de nouveau-nés venant lui vriller les tympans.


Fleur, Cerise et Cristal furent enfermées dans la maison, Charbon et le chat Sans Nom dans la buanderie.

C’est aussi à la même époque qu’Evy accoucha de faux-jumeaux. Elle les nomma Charlotte et Pierrot.

Avec deux bébés, cinq chats et deux adultes, la maison était bien remplie. Et les dépenses suivaient.


Un an passa. La saison des amours revint. Les cinq chats avaient à présent cinq ans. Fleur, Cerise et Cristal passaient leurs journées à se rouler en boule sur le sol, et Charbon lançait de ces miaulements, si proches des plaintes de Charlotte et Pierrot, que cela tapait sur les nerfs de Pierre. Seul le chat Sans Nom restait tranquille, observant ses congénères d’un œil qu’on aurait presque pu dire amusé.


Lorsqu’un matin d’avril, Pierre trouva un épais liquide jaunâtre sous le pas de la porte, il éclata. Il saisit Charbon et son frère et les porta chez le vétérinaire.

Il revint deux heures plus tard, portant les chats dans une boîte, un peu de sang perlant à travers le carton.

Les deux mâles châtrés semblèrent perdre leur instinct. Ils ne quittèrent plus la maison.

Mais à partir de ce jour-là, Pierre sentit le regard du chat Sans Nom, menaçant, dans son dos. À chaque heure du jour ou de la nuit, il se retournait et le voyait derrière lui, ses grands yeux, tantôt jaunes, tantôt verts, luisant dans la lumière. Une nuit, il se réveilla en sursaut pour découvrir la bête debout sur son ventre, le regard fixé sur le sien.

Un jour, il n’en put plus et, sans rien dire à Evy, enfourna le chat dans un sac et alla le jeter dans une rivière.


Quelques mois passèrent. Vers la fin du mois de mars, les chats recommencèrent à crier. Pierrot et Charlotte avaient alors deux ans.

Une nuit, Pierre fut réveillé par un mouvement furtif. Il eut juste le temps de voir passer une forme noire. Il passa ses mains sur son front pour découvrir que celui-ci était couvert d’une sueur glaciale. Soudainement, un cri perça la nuit. Un des enfants hurlait.

Pierre sauta hors de son lit et courut vers la chambre des jumeaux. Il découvrit avec horreur le petit corps de son fils, éventré, un trou sanguinolent dans le bas-ventre. Sur l’appui de fenêtre face à lui se dressait Fleur, les pattes tachées de sang et les crocs gluants.

Le lendemain, il l’abattit et enterra son corps dans le jardin, sous le parterre de roses.


Suite à la mort de Pierrot, Evy devint folle, et passa ses journées assise sur une chaise, à secouer lentement la tête de gauche à droite.


Quelques temps plus tard, elle était de nouveau enceinte, et accoucha d’une petite fille. Elle la prénomma Lise.

L’enfant devait avoir un peu plus d’un mois quand un nouveau drame se passa.

Pierre découvrit le corps de la petite Lise, sans vie, le cou arraché. Cerise dormait à côté de son corps mutilé.

Il saisit la chatte et la pendit dans le jardin, à la branche d’un cerisier.

Evy ne supporta pas cette seconde perte. Elle se suicida.

Pierre revint du travail pour trouver sa femme pendue à la poutre du salon. Cristal la contemplant de ses yeux brillants.

De rage, Pierre saisit un vase et le balança sur l’animal. Le verre éclata sur son crâne et Cristal mourut sur le coup. Son corps bascula dans le vide-ordure.


Pierre vécut seul avec sa fille Charlotte, âgée de trois ans. Il avait hésité à se débarrasser du dernier chat, mais celui-ci l’évitait comme la peste.

Au bout d’un an, Pierre commença à oublier, passant ses soirées dans l’alcool et perdant son boulot.


Le premier jour d’avril, un jour gris et pluvieux, il rentra dans le salon, ivre, une bouteille à la main. Charlotte, qui avait à présent quatre ans et savait marcher depuis longtemps le regarda avancer en titubant. Elle pleura en disant qu’il lui faisait peur, et qu’il ne devait pas boire comme ça.

Pierre s’approcha d’un air menaçant. La fillette appela sa mère. Il ne put supporter cela et lui balança une taloche qui la fit tomber dans la cheminée. Le feu lécha ses cheveux. La tête entourée de flammes, Charlotte rampa sur le tapis. Le feu se transmit rapidement, sous les yeux torves de Charbon.

Effaré par ce qu’il avait fait, Pierre lâcha la bouteille qui vint se fracasser sur le sol, provoquant une explosion qui consuma entièrement le chat et sa fille.

Il courut comme un fou hors de la maison, les yeux hagards, le cœur battant à s’en décrocher.

C’est là qu’il le vit. Le chat Sans Nom, debout, entre le parterre et le cerisier. Le poil mouillé et collant par endroits, un trou béant dans la poitrine, une large trace autour du cou, des bris de verre dans un œil, et les pattes roussies.

Pierre hurla et courut se jeter dans le ruisseau.


La maison ainsi que tout le terrain furent calcinés par l’incendie. On ne trouva jamais le corps de Pierre, et on supposa qu’il s’était suicidé dans un instant de folie, après avoir tué sa fille.

Une pierre tombale fut élevée sur les restes encore fumants de la maison. Mais on n’inscrivit aucun nom dessus.

La Pierre resta là, seule, mangée par le lierre et le chiendent, un chat borgne veillant sur la sépulture.


 
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   Ariumette   
7/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Une chouette histoire à raconter la nuit dans les cimetières. Une forme peu originale, un classique du genre si j'ose dire! J'aime les classiques! Peut-être aussi que le petit coup d'humour Cerise pendue au cerisier est en trop quoique...

   Anonyme   
8/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien
En voila une qui m'a accroché et ce dès les premières phrases..

Le ton est donné. L'humour, la démesure. Et la suite aussi retient...
Une envie farfelue de rire

Une envie d'aller jusqu'au bout.

Bravo pour l'effort.
Bien sûr bien des imperfections mais..
un note d'encouragement pour cet auteur


@ widget : Ne jamais dire que le format court d'un texte est un défaut.. Conféré: les courtes nouvelles de Buzzati - entre autres

   widjet   
8/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
SVP ! Lecteur, ne pas lire mon comm. avant de terminer cette histoire !!

Commençons par les points positifs :

Cela sort de l'ordinaire et des histoires un peu trop lisses et consensuelles. Ici, c'est pas joli du tout. Pas d'échappatoire, tout y passe : homme, femme, enfants, chats....Un carnage (on se croirait chez Haneke dans son film FUNNY GAMES!)

Le début est trompeur, ça commence tout mignon mais (youpi!) ça finit dans l'horreur absolue. Donc assez jouissif à lire car effet volontaire ou nom ça m'a fait plutot rire ces enchainements successifs de drames !
C'est également empreint de mystère et peut-être même de surnaturel (ça m'a fait aussi penser à SIMETIERRE de Stephen King avec le retour du chat fantôme même si ici rien ne dit clairement si l'animal est un "zombi") ce qui n'est pas très fréquent dans les nouvelles que j'ai parcourues jusque là sur le site.
Bref, pour faire court la moralité l'auteur il s'en cogne....et c'est tant mieux !

Enfin le défaut majeur de ce texte (assez réjouissant quand même), c'est sa durée : trop court ! Ca manque de viande quoi !
Les évènements sont trop précipités, les tragédies se succèdent trop vite et le lecteur que je suis a été frustré de ne pas ressentir cette ambiance oppressante lui nouer le cou comme une corde que l'on resserre inexorablement.....Tout va trop vite à l'instar du final, presque "torché"....L'auteur avait largement les moyens de prendre le temps de construire son intrigue, de créer un climax pesant, plus effrayant en détaillant encore plus ces chats (et surtout celui SANS NOM), leur donner une "personnalité", un caractère (les adjectifs manquent dans ce texte c'est dommage), bref il fallait développer davantage l'effet aurait été encore plus saisissant. Enfin le style, la forme me semble plutot fade, et pas assez fluide, ce qui contraste beaucoup avec l'intensité que revêt le fond.

Donc une nouvelle prometteuse (c'est un 2è texte seulement, je vais lire le 1er), jouissive par instants avec un petit suspens intéressant mais hélas trop brève pour nous prendre et ne pas nous lâcher.

Bravo Elwyn, je vais t'avoir à l'oeil désormais ! :-)))

Widjet

@ Emrys : tu as raison mais je voulais plutot parler du fait que le format était trop compact et qu'à mon sens il fallait diluer un peu plus le récit...Ici l'écoulement du temps (ça se passe sur plusieurs années) ne se fait pas assez sentir.

   strega   
8/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bon, pardon d'avance si ça parrait étrange...

Mais que j'ai rit, mais vraiment. C'est rocambolesque, c'est bien écrit, c'est très rapide. Puis tout d'un coup, c'est la lenteur et le retour "du sérieux", qui fait froid dans le dos par instant.

Je connais les "hommes sans visages", mais "les chats sans noms", non ! C'est bien trouvé, ça donne quelque chose en plus, ou en moins selon l'angle de vue. :)

Absolument d'accord avec Widjet pour la comparaison avec Simetierre de King, ça m'a fait cette impression aussi.

Et d'accord aussi avec Emrys, ici, la longueur du texte est à mon sens parfaite, ni trop ni trop peu...

Elwyn bravo, j'en rit encore. Au fait, j'ai rit, mais dans le bon sens du terme hein.

   Filipo   
9/4/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Non, désolé, je n'accroche pas du tout... il y a quelque chose qui ne va pas, à mon sens, dans le rythme de la narration. Le texte hésite entre la fable "philosophique" de type gore (désolé, moi ça ne m'a pas déroché un seul sourire) et la nouvelle "anodine", en début.

C'est bien écrit, mais ii y a un quelque chose de "baclé", la dedans, je trouve...

   Cassanda   
13/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
je rejoins Widget c'est un peu court mais c'est vraiment excellent ! L'idée est excellente, l'écriture aussi bien que par moments on a un peu cette impression de trop vite. Mais j'ai beaucoup aimé ! Merci vraiment beaucoup !

   Lycanthrope   
2/5/2008
En bon admirateur de Poe, je ne peux que t'adresser mes plus sincères félicitations. Captivant dès les premières lignes et jusqu’à la fin, malgré quelques incohérences (des enfants décapités et éventrés chacun par un simple CHAT ??, et Pierre qui lâche sa bouteille, laquelle qui, dans les normes de la pesanteur, devrait tomber à ses pieds, n’est pas touché par l’explosion), j’ai adoré et parfaitement accroché. Continue dans le même style, même si c’est un peu court, mais comme on dit les plus courtes sont les meilleures ^^. Je reviendrais régulièrement te lire.

Nocturnes salutations et bonne continuation.

   Anonyme   
15/5/2008
Mélange entre "Et le chat revient le lendemain matin..." et une version expurgée de Simetierre de Stephen King.

Haletant, bien que j'aurais aimé un peu plus de détails sur les décès qui s'enchainent un peu trop vite à mon goût (la plongée vers la folie par exemple).
Et j'aurai apprécié que tu ailles un peu plus en profondeur dans la relation entre le chat sans nom et Pierre.

Merci néanmoins pour ce bon récit, et bravo.

   Azurelle   
29/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ouah je ne m'attendais pas à la fin c'est très surprenant. Cela fonctionne comme un engrenage. Il y avait un bon rythme, tu écris bien, je crois que j'ai envie de lire encore un écrit de ta plume. Par compte moi, je trouve que la fin qui se déclenche vite est plutôt un atout, ça saisit le lecteur. Un seul mot bravo =)

   Tchollos   
29/7/2008
Un texte qui s'assume. L'auteur y va à fond, c'est à la fois drôle et horrible, franchement farfelu. J'ai trouvé ça un peu court (l'ambiance aurait pu être encore plus travaillée dans la longueur). Un conte simple et efficace. Je trouve que le début est plus interessant (style plus marqué) que la fin (plus scolaire).

   Dextroman   
31/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé cette histoire, qui possède un rythme soutenu et sans temps mort...

Bravo !

   Anonyme   
15/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
ça doit être ce que l'on appelle "avoir le mauvais oeil".

Passons sur l'aspect affreux du récit... Je trouve la conception du récit brillante dans le fond et dans la forme: le vocabulaire est bien choisi, le rythme entretenu, on ne s'ennuie pas, et comme c'est bien écrit, la logique de l'écrivain passe presque pour de la fatalité...
J'ai vraiment apprécié.

   victhis0   
29/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
je suis un peu frustré : c'etait vachement bien, et puis, comme le dit Widget, c'est trop court, les raisonnements/réactions trop vite ébauchées. Ca méritait une rédaction plus longue pour qu'on en profite pleinement.


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