Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Brèves littéraires
Yakamoz : Le prénom
 Publié le 13/09/26  -  4 commentaires  -  3567 caractères  -  49 lectures    Autres textes du même auteur

Elle n’aime pas son prénom. Elle ne l’a jamais aimé. Pourtant c’est grâce à lui qu’elle est devenue ce qu’elle est aujourd’hui.


Le prénom


Je n'aime pas mon prénom. Je ne l'ai jamais aimé. Il m’insupportait déjà lorsque je n’étais qu’un bébé joufflu à la conscience en devenir. Ma mère m’a souvent raconté cette histoire, qui fait maintenant partie du roman familial : lorsqu’elle se penchait sur mon berceau en susurrant mon prénom, pour solliciter un sourire ou un babil comme font tous les parents, elle ne récoltait que des grimaces et parfois même un torrent de larmes, à son grand désespoir. Il faut dire que mes géniteurs, tous deux professeurs d'histoire médiévale à la Sorbonne, s'étaient fait plaisir en choisissant un petit nom original pour leur fille unique. Moyenâgeux à souhait, une suite de trois syllabes gutturales, sa prononciation était une épreuve redoutable pour les non-initiés.


Plus tard, lorsque je commençai à fréquenter mes semblables à l'école, je fus la risée de mes camarades et le cauchemar des enseignants qui écorchaient systématiquement mon prénom. Mais il avait au moins un avantage. Durant toutes mes années de scolarité, je fus toujours la seule de ma classe à le porter. Pas comme les Aurélie ou autres Julie, fort nombreuses dans les années quatre-vingt, que l’on devait distinguer par le nom de famille. Pas moi, j’étais la seule, l'unique. Mais je n’avais pas d’amis.


Vers mes quinze ans, je devins de plus en plus solitaire et introvertie. Mes parents s’inquiétaient. Ma mère me demandait tout le temps : « Ma chérie, qu’est-ce qui ne va pas ? », je n’osais lui répondre de peur de la blesser. Au collège, stimulée par le grand tourbillon hormonal de l’adolescence, je regardais les garçons d’un autre œil. Mais aucun d’entre eux ne semblait s’intéresser à moi, comme si j’étais transparente, alors que toutes les filles de ma classe avaient déjà eu des amourettes. J’étais plutôt jolie, ma mère disait toujours que mes yeux verts en amande me donnaient un regard malicieux, alors quoi ? Où était le problème ? La révélation survint un soir après minuit, alors que je cherchais désespérément le sommeil. La cause de tous mes tourments était ce prénom ridicule, c’est lui qui m’empêchait de trouver l’âme sœur. Je devais absolument trouver un stratagème pour surmonter ce handicap. Entortillée dans mes draps froissés, je passai le reste de la nuit à gamberger. La lumière vint avec l’aube.


Mes parents m’avaient offert un cadeau empoisonné à la naissance, mais par chance ils m’avaient aussi légué un solide sens de l'humour. J’avais remarqué que je faisais rire mes camarades les rares fois où je m’aventurais à prendre la parole en public. Je décidai alors de développer ce talent, j’inventai des blagues, des devinettes rigolotes, j’écrivis des sketchs. Seule dans ma chambre, je répétais des scénettes de stand-up devant un miroir. Après quelques mois de pratique solitaire, je pris de l’assurance et commençai à enjamber ma timidité naturelle. J’étais prête à affronter un public. Je débutai prudemment par quelques filles de ma classe, choisies parmi les plus bienveillantes, puis élargis peu à peu le cercle. Les résultats furent au-delà de mes espérances. Je devins rapidement la coqueluche du collège, tous et toutes quémandaient mon amitié et j’enchaînais les conquêtes amoureuses, armée de l’irrésistible pouvoir de faire rire mes semblables.


Aujourd'hui je suis une humoriste célèbre. Vous me connaissez sûrement, je remplis les salles de spectacle, je passe souvent à la télé et j’ai des centaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux. Mais vous ignorez mon prénom. Mon agent m’a demandé de le troquer contre un pseudonyme.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Mikard   
13/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Sympa ce petit texte, le décor est planté d’entrée : un prénom naze. J’aime bien la phrase sur le nourrisson qui fait déjà la gueule en entendant son prénom.
On avance, on avance, vite, pour découvrir LE prénom si lourd à porter, mais non, tu le dis pas, on reste sur notre faim … bon, un peu frustrant, après tu as laissé des pistes, féminin, médiéval, trois syllabes, bon je vois pas, pas grave !
La chute est géniale, intrigante ... une rigolote, y a en plein
En résumé un bon moment de lecture, merci.

   Passant75   
13/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Allez savoir pourquoi, mais, en lisant ces lignes, je me suis retrouvé au temps de l’école quand la classe rigolait à l’évocation des noms des reines mérovingiennes Frédégonde et Brunehaut. C’est vrai que les prénoms des rois n’étaient pas moins drôles, tels que Chilpéric ou Dagobert … et sa culotte à l’envers. Mais c’était des prénoms de l’époque. J’imagine, en effet, que porter de tels prénoms aujourd’hui attirerait des plaisanteries et des sarcasmes.

Je me suis même souvenu qu’il y a quelques années, une famille Renault avait eu des difficultés à faire appeler leur fille Mégane. Le maire craignait que cette petite fille soit plus tard l’objet de moqueries.

Petite, l’héroïne de ce texte a fait l’objet des rires de ses camarades, puis, adolescente, l’objet de l’indifférence des garçons. Il y avait tant de raisons pour expliquer sa solitude, mais, en décidant que son prénom en était la raison, elle a pu donner un nom à la cause de son malaise, puis oser se mettre en avant et, à son tour, faire rire les autres et séduire les garçons. Elle a su en faire une arme, mais quel dommage que son agent lui ait imposé de prendre un pseudo !

   Marite   
13/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Très sympathique cette brève littéraire dont le titre ne laisse rien présager du contenu qui, pourtant se lit d'un trait et se termine avec le sourire. Rien d'ennuyeux dans les passages évoquant l'enfance avec les inconvénients provoqués par ce prénom non seulement auprès des élèves mais aussi des professeurs. Cependant, déjà le tempérament se fait sentir avec cette simple expression : " j’étais la seule, l'unique. "
A l'adolescence ça ne s'arrange pas mais, après une nuit passée à ressasser les problèmes " La lumière vint avec l’aube." Commence alors la métamorphose en utilisant le sens de l'humour reçu à la naissance en même temps que ce fameux prénom.

   VanEger   
13/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Historiette jolie et bien racontée, sans fioritures ni digressions barbantes.
Néanmoins un esprit pinailleur – que je ne suis pas – pourrait vous objecter que la vraisemblance du récit ne tient qu’à un fil bien ténu.
En effet les enfants sont volontiers affabulateurs et savent très bien arranger la vérité et la réalité pour les plier à leurs désirs. Par conséquent, si votre désormais célèbre humoriste avait eu un peu plus de graines dans le figuier, qu’est ce qui l’aurait empêché de mentir d’emblée sur son prénom et de s’en inventer un autre ? J’ai eu un camarade de classe au collège qui l’a fait : il a transformé Philippe en Bruce… Lui non plus ne devait pas avoir la lumière à tous les étages ! J’avoue que moi-même (qui ne suis pas fou-fana, loin de là, de mon propre prénom) ai souvent été tenté de recourir à ce subterfuge.
Tout ceci pour vous faire comprendre que même avec une « brève littéraire » sans conséquence et qui sera vite oubliée, on court le risque de voir s’ouvrir sous ses pieds des chausse-trappes fictionnels inattendus.
Souvenez-vous : le diable est dans les détails…


Oniris Copyright © 2007-2025