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Poésie contemporaine
abadboumsong : Spider (En route vers la nuit)
 Publié le 23/09/19  -  9 commentaires  -  2586 caractères  -  124 lectures    Autres textes du même auteur

Poème extrait de mon prochain recueil MAGMA.


Spider (En route vers la nuit)



Quand on les a trouvés, ils étaient dans la brume
Certains d’entre eux étaient transformés en légumes.
Ils n’étaient que des corps en mouvement dans l’air
Incapables d’aller au-delà de la chair.

Beaucoup ne savaient pas quel était cet endroit
Qui les maintenait tous entre chaleur et froid ;
Le bon prisonnier est celui qui se croit libre
Sa cage dans les mains, pour garder l’équilibre.

Il y avait l’aveugle, il y avait le sourd,
Ainsi que le muet, et au cœur du faubourg
Résonnaient des tambours, exhortant les vautours
À se changer en nuit pour combattre le jour.

La brume était un arbre aux branches sans frontières
Qui prenait sa racine au cœur de la matière
Et elle allait si haut qu’elle absorbait les êtres
Dans lequel la lumière essayait d’apparaître.

On avait pris le cœur de chacun pour en faire
De puissants cimeterres avec la pointe en fer
Puis on se servait d’eux pour sabrer d’autres cœurs
En n’oubliant jamais d’y répandre la peur.

On avait pris les chants, on avait pris les notes
Au fond des pianos, lié à des menottes
Le clown ne riait plus, la radio était bègue
Elle s’était enfuie avec tous ses collègues.

L’aigle ne savait plus où se trouvait le ciel
Puisqu’il ne croyait plus qu’être un caillou sans aile,
Puisqu’il s’était nourri d’un ver contaminé
Un poison nucléaire avec la chair minée.

L’espoir était captif, les yeux cloués par l’ombre
Autour de lui des loups, cuirassés, en surnombre
Et une hyène enceinte, aux dents casquées de sang,
Venue masquer l’odeur flottante de l’encens.

C’était un rêve en feu, cerné par des pieuvres
Avec sur chaque bras le corps d’une couleuvre
Conçue pour tout détruire à l’aide d’un venin
Enlaçant l’infini, pour faire naître un nain !

Qui a bu l’espace ?
Car plus rien ne passe
Autour de ses villes
Sauf l’ombre en civil.
Quand on les a vus
Ils étaient déchus
Et ils avaient faim
Même les défunts

Qu’a-t-on fait du temps
Dont les clignotants
Prélèvent le crâne
Des dieux aux organes
Palpités de nuit
Où s’est introduit
La vapeur d’un cri
Brûlé par l’esprit

Quand on les a trouvés
Ils étaient éprouvés
Certains n’avaient plus d’âme
Ils dansaient tous, en flamme
Ceinturés par le vide
Qui avait l’air avide
De soustraire leur souffle
Pour le donner au gouffre.


 
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   ANIMAL   
31/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Excellent. Je me suis laissée porter par ce poème de bout en bout. Puisqu’il fait partie d’un recueil, peut-être y a-t-il, dans un autre texte, des indices pour en situer le contexte, mais qu’importe. Il se suffit à lui-même.

Je ne peux juger de la prosodie mais l’émotion y est. Je n’ai ressenti aucune rupture de musicalité, les vers coulent l’un derrière l’autre, inexorables, harmonieux, et se boivent jusqu’à la lie.
C’est un cri ! Les images sont magnifiques alors que le monde décrit est carrément horrible. C’est simple, on dirait le nôtre. On se croirait « un samedi soir sur la Terre » pour paraphraser F. Cabrel. Manipulation mentale, pollution, état policier, répression, guerre, misère morale, j’y vois tout cela. Et si ce n’est qu’un «rêve de feu», alors tant mieux.

Mes passages préférés :

« Le bon prisonnier est celui qui se croit libre
Sa cage dans les mains, pour garder l’équilibre

On avait pris le cœur de chacun pour en faire
De puissants cimeterres avec la pointe en fer
Puis on se servait d’eux pour sabrer d’autres cœurs
En n’oubliant jamais d’y répandre la peur.

On avait pris les chants, on avait pris les notes
Au fond des pianos, liés à des menottes

et au cœur du faubourg
Résonnaient des tambours, exhortant les vautours
A se changer en nuit pour combattre le jour

L’espoir était captif, les yeux cloués par l’ombre
Autour de lui des loups, cuirassés, en surnombre

Quand on les a trouvés
Ils étaient éprouvés
Certains n’avaient plus d’âme
Ils dansaient tous, en flamme
Ceinturés par le vide
Qui avait l’air avide
De soustraire leur souffle
Pour le donner au gouffre. »

Bravo pour ce texte talentueux.
en EL

   Vincente   
23/9/2019
 a aimé ce texte 
Pas
L'intention louable ne suffit pas forcément à emporter le lecteur. Dans mon cas, je vous avouerais en être assez vite sorti, et avec peu de chance d'en retrouver la force de l'espérance dénonciatrice.

Un thème de ce registre demande d'éviter nombre d'écueils, pour n'en citer que les principaux, je dirais qu'il faut se garder du convenu, de l'habituel, du voyeurisme, de l'émotionnellement facile et des expressions "bateaux" (j'ai tiqué dès le deuxième vers sur le "transformé en légumes", expression triviale avec un manque certain de respects envers les personnes emprisonnées). Or ici, j'ai vu pratiquement toute la palette de ce qu'il ne faudrait pas faire.
Ajouter à cela l'écriture a les mêmes défauts que le traitement du propos auquel elle s'affronte, je dirais qu'elle agit presque en désespoir de cause, oui il est compréhensible à hauteur de ces détenus, ils pouvaient être désespérés, et peut-être pas tous..., mais leur faire honneur serait aussi de ne pas les convoquer à leur insu dans cette strophe dégradante :
"On avait pris le cœur de chacun pour en faire
De puissants cimeterres avec la pointe en fer
Puis on se servait d’eux pour sabrer d’autres cœurs
En n’oubliant jamais d’y répandre la peur.
"

Pourtant le lyrisme de certains passage sonne plus proprement, par exemple :
"’était un rêve en feu, cerné par des pieuvres
Avec sur chaque bras le corps d’une couleuvre
Conçue pour tout détruire à l’aide d’un venin
Enlaçant l’infini, pour faire naître un nain !
", sauf ce dernier mot bien fade qui gâche l'envolée.

La fin de la strophe finale m'a laissé sans voix :
"Certains n’avaient plus d’âme
Ils dansaient tous, en flamme
Ceinturés par le vide
Qui avait l’air avide
De soustraire leur souffle
Pour le donner au gouffre.
".
Vous décrétez que "certains n'avaient plus d'âme / ", oups ! comment peut-on ? Puis juste après"Ils dansaient tous, en flamme", comment peut-on à nouveau ?... "danser en flamme" pour "danser dans les flammes" des fours !! je vous avouerais un écœurement certain ici. Et puis dans ce dernier enchaînement, un résumé condensé en trois vers de ce qu'il faudrait éviter en regard de mes remarques préliminaires ."le vide qui a l'air avide de soustraire leur souffle pour le donner au gouffre".

Dommage, mais à mes yeux, la belle fougue et la bonne intention ont manqué de tenue dans l'expression. Je ne pense pas qu'il y ait d'outrage en soi, mais plutôt de la bonne volonté qui a installé un champ de mines de maladresses.

   papipoete   
23/9/2019
bonjour abadboumsong
votre pseudo convient à votre texte... un peu long à mon goût !
J'ai lu votre récit, comme je regarderais la " pierre de rosette " ; c'est-à-dire trouvant vos lignes bien écrites, aux lettres savantes, tant que celles-ci m'ont rapidement barré la route, mon esprit sur le point de rompre !
Il y a du lyrisme, un peu de réel, mais beaucoup d'onirisme dont je ne saisis point la quintessence !
J'aurais plutôt imaginé cette très longue épopée, à travers une " nouvelle " ? non ?
Quoi qu'il en soit, votre histoire " Spider " n'est pas banale, et mérite qu'un public averti vienne sur elle se pencher !
je ne suis pas allé très loin mais au 16e vers " dans lequel... " qui est LEQUEL ?
Il me semble, que vous ayez voulu écrire des alexandrins en " néo-classique " ?

   Davide   
23/9/2019
Bonjour abadboumsong,

Ce poème nous fait entrer dans un univers bien "glauque". Les premières strophes pourraient décrire l'enfer d'un asile psychiatrique - et des "prisonniers" (!) - bien que la noirceur du tableau ne me paraisse pas tout à fait crédible. Ensuite, un élargissement du focus nous fait apercevoir un paysage d'apocalypse, ténébreux, avec un "clown" qui ne rit plus, un "aigle" qui ne sait plus voler en raison d'un "ver contaminé [par] un poison nucléaire" et tant d'autres animaux hybrides ou mutants difficiles à décrire.

Je doute d'un sens métaphorique à toutes ces images, je n'y ressens que l'oppression d'un monde fantastique et monstrueux, calqué sur un scénario type "Silent Hill" :
"Qui a bu l’espace ?
Car plus rien ne passe
Autour de ses villes
Sauf l’ombre en civil."

Le titre du poème m'a tout de suite fait penser à deux films traitant du domaine carcéral ou d'internement psychiatrique : "Spider" et "Jusqu'au bout de la nuit".

La dernière strophe semble même aller jusqu'à décrire une danse macabre, telle qu'on la représentait au Moyen Age.

L'écriture est loin d'être désagréable, parsemée de quelques belles images ; toutefois certains mots (ou expressions) m'ont semblé un peu hors contexte : "légumes", "collègues", "nain", "clignotants"...

Bref, je dois avouer que le sens de ce poème obscur (dans tous les sens du terme) m'échappe. Ne comprenant pas l'intention de l'auteur(e), difficile de donner une appréciation justifiable et justifiée.

Merci du partage,

Davide

   Myndie   
23/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Je n’ai pas compris à quoi se réfère le « spider » du titre, auquel j’ai préféré la mention entre parenthèse. Mais peut-être me l’expliquerez-vous.
A part ça, votre poème est pour moi un véritable choc visuel. Il porte en lui cet aspect narratif et gothique que l’on trouve dans les œuvres des peintres flamands primitifs, cet art sublime et mystique qui semble viser l’infini. Je pense en particulier au « Jugement dernier », ce magnifique et impressionnant – terrifiant même – tableau en plusieurs volets, exposé dans les Hospices de Beaune.
Il en a l’ampleur, il en a la tension, il en a la dureté.

Mais la poésie, je l’ai aussi trouvée dans la fluidité des vers qui en font la lecture agréable, ainsi que dans les assonances qui émaillent le poème, comme :
- à la 3ème strophe, ces « our » qui sonnent et martèlent comme un glas obsédant,
ou à la 8ème strophe, toute en « en/an » , ou ces allitérations en « c » qui claquent si martialement (captifs, casqué, cuirassé, masquer).
Voilà ce qu’évoque pour moi votre texte et voilà l’analyse que j’en fais.
J’en ai beaucoup aimé l’atmosphère, les sons, les couleurs et le rythme.

   troupi   
24/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
il m'a fallu un peu de temps, 3 lectures en fait, pour apprivoiser ce texte et l'apprécier. C'est souvent qu'il faut faire un effort avec la poésie et ne pas se contenter d'une lecture.
Au final ce poème noir est émaillé de quelques images subtiles qui coulent bien. Les nombreuses allitérations scandent la diction.
D'étranges expressions m'emportent vers certains tableaux de Jérôme Bosch et j'aime ça.
Il me semble planer dans un moyen âge sombre, glauque, dangereux et en même temps complètement irréel.
Evidemment certains éléments contredisent cette époque ce qui rend le texte énigmatique et intemporel.
L'image d'une humanité moins belle que ce qu'elle voudrait bien paraître ?

   Queribus   
24/9/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

La première chose qui m'est venue à l'esprit est que votre texte est trop long et pourrait presque se transformer en nouvelle; je me demande aussi s'il était nécessaire de casser le rythme avec les trois dernières strophes; ceci dit, vous semblez avoir une bonne maitrise des vers "néo-classiques"; votre écrit possède quelques belles images poétiques mais le tout fait un peu "disparate" et semble manquer d'un enchainement logique et rigoureux. Je crois que votre texte mérite plusieurs plusieurs lectures pour en saisir les subtilités, ce qui le rend un peu "élitiste", c'est le genre d'écrit qu'on adore ou qui vous rebute.

Quoi qu'il en soit, il témoigne d'un vrai travail d'écriture, ce qui incite au respect et, sans doute, s'inscrit-il dans une suite poétique dont nous n'avons pas tous les éléments.

Bien à vous.

   Robot   
28/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai été emporté par la lecture de votre poème dont l'originalité aurait pu sembler perturbante, mais je l'ai lu comme une plongée dans un style à la fois mélange de fantasy et de cauchemar.

Il y a un ton et je n'ai pas trouvé que la lecture soit longue, même le contraire, un peu déçu d'arriver à la fin tellement j'ai été captivé par l'audace, la qualité de rédaction et… par l'histoire.

Il y a du surréalisme dans cette écriture mais un surréalisme qui m'est apparu très pictural, plus pictural que littéraire et c'est ce qui m'a plu.

Je suis plutôt avare du passionnément mais là c'est une offre vraiment différente des sujets habituels qui nous sont présentés et j'ai beaucoup apprécié.

   Pouet   
27/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

j'ai dans l'ensemble plutôt bien aimé ce texte assez étrange, aux métaphores parlantes. Un texte d'une lucidité ironique. Certains passages me plaisent plus que d'autres, dans l'ensemble j'apprécie plus la deuxième partie du texte.

Beaucoup aimé ces deux strophes:

L’aigle ne savait plus où se trouvait le ciel
Puisqu’il ne croyait plus qu’être un caillou sans aile,
Puisqu’il s’était nourri d’un ver contaminé
Un poison nucléaire avec la chair minée.

L’espoir était captif, les yeux cloués par l’ombre
Autour de lui des loups, cuirassés, en surnombre
Et une hyène enceinte, aux dents casquées de sang,
Venue masquer l’odeur flottante de l’encens

Au plaisir.


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