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Poésie libre
Alcirion : Gardien de l'arbre aux chrysalides
 Publié le 06/04/16  -  8 commentaires  -  2301 caractères  -  116 lectures    Autres textes du même auteur

Du sombre merveilleux… L'influence inconsciente m'apparaît souvent après coup, phénomène classique j'imagine… L'influence en question est ici Clark Ashton Smith, un auteur d'épouvante américain des années trente.


Gardien de l'arbre aux chrysalides



Vinrent les nuits sans fin et les gémissements de la lune
D’âpres lueurs seulement
Éclairaient parfois l’horizon nouveau
En de longues et mélancoliques traînées pourpres
En mon esprit confus
Résonnaient encore les mots troublants du prophète apostat
Assis en tailleur
Mains sur les genoux
Au sommet de la colline
Je suis j’étais je serai
Gardien de l’arbre aux chrysalides

Souvent durant cet âge
Je dus curer le charnier
Qui menaçait maintenant de ceindre mon refuge
De transformer le mont hideux en une île
Mais toujours arrivaient de nouveaux routiers
Des aventuriers insolents
Qui s’avançaient sans crainte sur la sente
Mille fois je dus lever ma hache de guerre
Trancher têtes et membres avec grande lassitude
Aujourd’hui hier et demain
Gardien de l’arbre aux chrysalides

Vinrent les pluies noirâtres et les hurlements du soleil
La lumière effrayée hésitait
À choisir la vie ou bien la mort
Les siècles désolés s’enchaînaient sans conviction
Dans l’indifférence coupable
Des bêtes des pierres et des étoiles
Pour le bien le mal ou pire encore
Gardien de l’arbre aux chrysalides

Mille ans pour une saison
Et neuf saisons doivent advenir
Pour que les hommes oublient jusqu’au souvenir même
De l’existence de la beauté
Surgira la floraison hivernale
Annonciatrice de l’ultime métamorphose
Les poches putrides s’ouvriront alors
Pour couvrir le monde de leur vermine
Haine amour indifférence
Gardien de l’arbre aux chrysalides

Que l’on sache aujourd'hui
Que je n’ai jamais rien voulu de tout cela
Je fus seulement le premier
À me risquer sur le sentier
Que n’ai-je alors prêté attention
Aux avertissements des fleurs
Qui se putréfiaient à mon passage
Que n’ai-je écouté les messages du vent
Qui noyait la colline de bourrasques inouïes
Pourquoi ai-je donc effleuré l’écorce de mes mains
Pourquoi ai-je provoqué l’anathème
Et fait tomber les mots
De la bouche édentée du méchant vieillard
Qui sur la première branche se tenait assis
Tu es et jamais plus ne seras
Que le gardien de l’arbre aux chrysalides


 
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   socque   
6/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'avais repéré ce poème en Espace Lecture, il m'avait bien plu. J'apprécie ses allures de mélopée, l'ambiance noire, hiératique et décadente à la fois qu'il distille. Décadente, parce que pour le narrateur je n'imagine aucun progrès, aucune évolution, seulement une plongée peut-être déjà accomplie dans le néant et la folie.

Quelle belle expression, "l'arbre aux chrysalides" ! Je me dis qu'il ne s'agit pas de pyérides du chou qui mijotent ici, mais de grands papillons nocturnes dont les ailes, dès l'éclosion, s'effilochent déjà sous la Lune...

Bref, votre poème a su m'entraîner ailleurs avec des expressions comme
les gémissements de la lune
les hurlements du soleil
Je dus curer le charnier
Mille ans pour une saison
Et neuf saisons doivent advenir
le bien le mal ou pire encore
Aux avertissements des fleurs
Qui se putréfiaient à mon passage

Cela dit, par moments je sors un peu de ma lecture à cause de quelques mots à mon avis en décalage :
de nouveaux routiers
Des aventuriers insolents (trop modernes les routiers, trop prosaïques les aventuriers)
je dus lever ma hache de guerre (trop banale la hache de guerre)
À choisir la vie ou bien la mort (trop classique l'opposition)

... mais dans l'ensemble je salue le dépaysement que vous m'apportez.

   Pouet   
6/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une atmosphère ici.

J'aime beaucoup l'idée du "gardien de l'arbre aux chrysalides", ça me fait penser d'une certaine façon à "Matrix", curieux peut-être comme comparaison, mais j'y vois de la même façon une "culture de sentiments" (ce que je comprends du texte) comme on "cultivait" les humains dans le film. Et comme les sentiments exprimés sont des sentiments humains, j'y vois une corrélation.

La haine, l'indifférence et l'amour sont ici mis dans le même sac et qualifiés de vermine. Cela peut dérouter. Mais je n'y vois pas d'inconvénient majeur :)

Je trouve que dans cet univers fantasmagorique, un vers détonne un peu: "Mais toujours arrivaient de nouveaux routiers"; cela me ramène trop violemment au "réel".

J'aime vraiment bien, comme une mini-nouvelle, une ambiance très bien rendue.

Cordialement.

Edit: Mon habitude (mauvaise?) de ne pas lire les précédents commentaires m'a du coup fait faire une redite sur le vers que je cite et qui me semble "dénoter". Mais bon comme quoi je ne suis pas le seul.

   Anonyme   
6/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Comme je l'ai remarqué, nous partageons les mêmes inspirations ténébreuses !

Très bon poème.

   Teneris   
6/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
N'étant pas - loin s'en faut - un inconditionnel de ce genre littéraire, c'est avec un regard probablement bien naïf que j'ai découvert ce poème. Je l'ai pourtant beaucoup apprécié, lui trouvant une grande profondeur et beaucoup de force suggestive, esquissant ses images d'un trait juste assez fin pour les imposer tout en laissant une place importante à l'imaginaire du lecteur.

J'ai particulièrement apprécié la première strophe, pour son atmosphère obscure sans être vraiment lugubre, puissamment mystérieuse. Chaque vers apporte un nouvel élément inattendu qui se marie fort bien avec les précédent et ouvre une multitude d'interprétations possibles.

Je trouve la suite un peu moins forte, bien que restant très réussie. Peut-être à cause de son caractère plus explicatif : alors que la première ouvre mille possibilités, les suivantes les referment peu à peu pour n'en laisser que quelques-unes, qui ne sont pas celles qui m'ont le plus touché. Certaines formulations m'ont aussi semblé un peu artificielles ou peu heureuses :
*« en une île », pour la répétition un peu disgracieuse du son « n » ;
*« de nouveaux routiers » : le mot « routiers » me semble un brin trop banal, ce qui tranche avec le reste ;
*« hache de guerre » : je ne suis spas certain que l'adjectif apporte vraiment quelque chose ;
*« grande lassitude » : de même, je ne suis pas certain que l'adjectif apporte quelque chose.
Par contre, j'ai beaucoup aimé le vers concluant chaque strophe, qui donne un aspect cyclique au poème, ainsi que les deux premiers vers de la troisième, au sens très fort.

Enfin, et quelque peu paradoxalement, j'ai beaucoup aimé la dernière strophe bien que celle-ci soit encore plus explicative. Peu-être pour l'humanité qui se dégage du personnage et la violence de son destin qu'elle laisse deviner.

   MonsieurF   
8/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un bien beau texte! Je lui trouve, en plus de la référence à Ashton Smith, des airs d'Elric de Moorcock.

J'ai lu le texte avant l'explication en forum et le mot routier me parait approprié ici.

J'aurai, par contre, peut être appuyé un peu plus sur l'arbre aux chrysalides pour donner plus de corps à cette "abomination".

Mais c'est une toute petite remarque.

Je le redis: beau texte.

   Curwwod   
14/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je ne suis pas fana des récits ni des films d'horreur. Là j'ai plutôt songé à de l'héroic fantasy sombre memée sur un ton épique extrèmement prenant. Le titre reste pour moi un mystère environné d'un halo de merveilleux très suggestif. Pour moi, l'épique prend le pas sur le sombre et le merveilleux sur le gore. Au total j'ai beaucoup aimé ce long poème mené de main de maître.

   Ananas   
6/6/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir Alcirion,

Encore un peu trop narré pour moi, j'ai pourtant goûté votre poème... le genre que j'affectionne, même si mon coeur me porte vers plus hermétique, une oeuvre qui n'en fait ni trop ni trop peu et reste loin du prosaïque.
Pour vous dire, l'anaphore est passée comme du petit lait !

Le rythme est bon, les sonorités également.

Merci pour cette agréable lecture !
Au plaisir de vous relire !

   MissNeko   
21/8/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C est magnifique.
Merci pour ce partage d aventures médiévales-fantastiques

A vous relire.


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