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Poésie contemporaine
AMitizix : Révélation musicale
 Publié le 13/07/26  -  10 commentaires  -  1320 caractères  -  105 lectures    Autres textes du même auteur

Rondeau redoublé hérétique en alexandrins.


Révélation musicale



Dans le chœur assoupi d’une église gothique
Dont nul depuis mille ans n’avait franchi le seuil,
J’entends frémir les murs et gronder le portique –
Le silence troublé sonne comme un accueil.

Parmi les vieux vitraux, je promène mon œil
Qui ranime la Bible à sa ferveur mystique :
Marie embrasse Dieu qui marche vers l’écueil
Dans le chœur assoupi d’une église gothique.

Voilà que le vieil orgue aux accents catholiques,
Chantant l’amour du Christ et les sanglots du deuil,
Me révèle un mystère – une fosse cryptique
Dont nul depuis mille ans n’avait franchi le seuil.

Délaissant le missel, des psaumes le recueil
Pour mieux sentir, enfin ! le souffle des cantiques,
Tandis que je descends au souterrain cercueil,
J’entends frémir les murs et gronder le portique.

J’ébranle de mes pas la grotte basaltique ;
Une voix m’avertit : « Prends garde à ton orgueil… »
Et pourtant je m’approche, enivré de musique :
Le silence troublé sonne comme un accueil.

Elle était là, si loin du couvent d’Argenteuil,
Mais tombait en lambeaux, la Très-Sainte Tunique…
Ce n’était qu’un écho, la phrase de Vinteuil :
Il n’en reste plus rien qu’un air fantomatique
Dans mon cœur assoupi…


 
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   LeChevalier   
2/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Alors là, hérétique ou pas, ce rondeau parfait porte bien son nom !

L'atmosphère fantastique est installée avec brio dès le premier quatrain : « assoupi », « gothique », lieu abandonné depuis mille ans (belle hyperbole) mais qui est toujours vivant (belle personnification). Nous voilà donc dans un univers troublant mais plutôt accueillant (voir le dernier mot du quatrain).

Le deuxième quatrain fait un portrait rapide mais assez fidèle du programme iconographique d'une église catholique. J'ai trouvé cela très bien : on se familiarise avec le lieu.

Dans la troisième quatrain la communication entre le visiteur et le lieu fonctionne du mieux possible : le visiteur pénètre dans la crypte, le lieu « caché » étymoligiquement. Le suspens croît ! Mais dans le quatrain suivant il se produit un glissement troublant : on s'éloigne des textes saints et on entre dans la crypte, qualifiée désormais de « cercueil » ! Attention donc !

Eh voilà, l'avertissement est donné : « prends garde à ton orgueil ! » C'est sans doute le péché le plus répandu, tout lecteur pourrait s'y reconnaître...

La fin est tout-à-fait étonnante, avec l'évocation de cette sonate de Vinteuil, imaginée par Proust. Mais où était-on ? Dans un rêve, dans un songe ? Nul ne le saura et c'est précisément le mécanisme du fantastique !

Le retour du premier hémistiche est extrêmement habile : le mot « choeur » est remplacé par son homonyme parfait « coeur » et ainsi rafraîchi : on passe du lieu, de l'externe, à l'organe, à l'âme, à notre intériorité. Excellent !

Un mot concernant le choix des rimes : la masculine est très rare et difficile, bravo à l'auteur qui a su s'en débrouiller assez bien (même si les noms propres aurait dû être utilisés plus tôt pour que le lecteur n'ait pas l'impression d'un « épuisement »). La féminine est en apparence facile, mais comme elle a toujours sa consonne d'appui, on ne peut pas la condamner.

Au final, je ne peux mettre autre appréciation que « très aboutie / aime beaucoup » !

LC en EL, le 2/7/26

   Passant75   
6/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Alors là, bravo ! J’ai vraiment apprécié ce poème. Dès le début, je me suis laissé entraîner dans cette église où règne un « silence » qui « sonne comme un accueil ». Chacune des images contribue à créer une atmosphère mystérieuse et prenante. Quand l’auteur parle d’hérésie, on pourrait croire à une critique de la religion, mais j’y vois plus une réflexion sur le déplacement du sacré, ce ne serait plus la foi qui révèle, mais la musique et l’émotion intérieure.

Par ailleurs, le passage du premier vers au dernier m’a particulièrement touché. Belle trouvaille que ce passage du « chœur assoupi » au « cœur assoupi » ! Le poème décrit le cheminement permettant une bascule de l’édifice religieux vers l’intime. Au final, c’est un texte qui m’a touché autant par son atmosphère, ses images d’une grande richesse et sa musicalité, que par la chute qui permet de boucler le poème.

   Provencao   
13/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour AMitizix,

J'ai beaucoup aimé le halo de cette révélation musicale, qui offre et révèle cette délicate poésie.
Vous avez su constitué votre écrit d'échos divers tels le choeur, les vieux vitraux, les cantiques..

Vous avez eu ce pouvoir de dévoiler ces échos, avec leurs évocations.

Par le verbe "ébranler" vous nous invitez à ce "moi" plus qu'évanescent.

Cette révélation musicale décrite devient, véritablement le reflet de l'écriture poétique parce qu'il est changeant lui
aussi. De plus, la lumière est un élément qui agit sur le silence troublé.

La force de vos échos évoqués offrent du fantastique avec de belles émotions.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Marite   
13/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Très agréable lecture poétique dans laquelle le lecteur se laisse attirer sans résistance. Est-ce dû à la qualité de l'écriture ou au thème ? Les deux se rejoignent pour nous entrainer dans cette église par les sons d'un orgue ancien qui frappe en plein coeur l'âme du visiteur.
"L'église est fraîche, douce et bleue,
Tabac en feuille quand il pleut."
Ce sont ces vers de René Guy Cadou qui me sont revenus de très loin ...

   Donaldo75   
13/7/2026
Un rondeau redoublé ? Cela n’a pas l’air facile à composer. Je suis allé voir sur Internet quelles sont les caractéristiques de cette forme, histoire d’apprendre des trucs parfois utiles sur Oniris (parce que dans la vraie vie, mes voisins n’en ont rien à battre). Internet me dit « le rondeau redoublé impose une progression circulaire, mais pas cyclique comme le pantoum. Chaque reprise doit faire avancer le sens, non le répéter. » Vu de ma fenêtre, cela semble être le cas et j’applaudis des deux palmes l’effort et le résultat. Concernant la rime, elle apporte certes une musicalité mais je la trouve monotone vu l’usage de seulement deux sonorités. C’est un peu comme du Bach, pour moi qui préfère Beethoven. Le dernier vers semble sortir du champ du rondeau mais ce n’est pas plus mal.

   rendu   
13/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un poème qui se lit avec plaisir même si je ne connais pas trop cette forme avec répétition de vers.
Mais le problème de ces poésies uniquement sur 2 rimes demeurent toujours le même : pour trouver des rimes adaptées à sa longueur, on est obligé d'en forcer quelques unes et cet écrit n'échappe pas à la règle.
Mais ne boudons pas notre plaisir, ma lecture matinale me donne envie d'entrer dans une église, il fera moins chaud même si l'orgue n'accompagnera pas mon entrée.

   Lebarde   
13/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je ne suis plus pratiquant, plus guère croyant non plus , mais un incorrigible mystique qui ne peut s'empêcher de pousser la porte, quand elle est ouverte, des lieux de culte, des plus modestes, les petites chapelles, les églises de campagne poussiéreuses et délabrées, aux plus imposants, les cathédrales, les abbayes, les cloitres...oui les cloitres qui sont si reposants... ou quand l'occasion se présente, les temples et les synagogues un peu plus rares dans nos paysages et même les mosquées lorsque l'accès est autorisé.
"Le silence troublé sonne comme un accueil."

Je m'y recueille volontiers en regardant les sculptures et les vitraux, j'y écoute les pierres me parler, je m'enivre du silence de leur musique.

J'aime ces lieux de paix et de sérénité et me surprend à lever les yeux vers les voutes, absorbé par cette ambiance apaisante et mystique dans laquelle votre poème nous plonge merveilleusement.

J'aime beaucoup ce rondeau redoublé, une forme classique (?) rare que je ne connais pas bien mais semble t'il d'une parfaite maitrise (si on excepte le hiatus) dont j'apprécie le rythme sur ces deux rimes difficiles qui créent cette superbe "Révélation musicale".

Bravo

   Polza   
13/7/2026
J’ai trouvé l’exergue inutile. Que ce soit un rondeau redoublé très bien, mais vous tuez l’effet de surprise du lecteur ou de la lectrice en l’annonçant d’entrée. Hérétique, à la limite, pourquoi pas, afin de le signaler au lecteur ou à la lectrice, mais en alexandrins, ça se voit, pas besoin de le préciser…

Le plus difficile dans ce genre de poésie, c’est d’avoir des rimes qui coulent de source, qui font que le lecteur ou la lectrice ne s’aperçoivent même pas de cela. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas ici, je vais décortiquer votre portique afin de voir ce que j’en pense…

« Dans le chœur assoupi d’une église gothique
Dont nul depuis mille ans n’avait franchi le seuil,
J’entends frémir les murs et gronder le portique –
Le silence troublé sonne comme un accueil. »

Je n’ai rien à redire sur la première strophe, belle entrée en matière, je trouve, j’ai bien aimé l’oxymore « silence/sonne »…

« Parmi les vieux vitraux, je promène mon œil
Qui ranime la Bible à sa ferveur mystique :
Marie embrasse Dieu qui marche vers l’écueil
Dans le chœur assoupi d’une église gothique. »

« Parmi les vieux vitraux, je promène mon œil »

Il fallait une rime en « euil », mais je n’ai que moyennement apprécié ce « promène mon œil », ce n’est pas votre faute, mais j’ai eu l’image d’une personne qui tenait son œil en laisse comme elle tiendrait son chien (j’ai bien compris que l’œil remplaçait le regard)… même en faisant abstraction de cela, je ne trouve pas l’image d’une originalité poétique exceptionnelle…

« Marie embrasse Dieu qui marche vers l’écueil »

J’avoue avoir eu un peu de mal avec ce passage. Pour Marie embrasse Dieu, j’ai bien compris qu’elle n’était pas en train de lui faire la bise, mais pour « qui marche vers l’écueil » je ne suis pas sûr de bien comprendre. Comment Dieu pourrait-il marcher ver un écueil, je ne saisis pas l’image… Le Christ, j’aurais compris, sûr que vu ce qui l’attendait, on peut parler d’écueil, mais Dieu… peut-être en saurai-je plus avec vos éventuelles explications…

« Voilà que le vieil orgue aux accents catholiques, »

« catholiques » en plus d’être attendu dans ce genre de poème est peut-être un peu trop convenu, sûr que l’orgue aux accents sarracéniques dans une église aurait été quelque peu surprenant…

« Elle était là, si loin du couvent d’Argenteuil,
Mais tombait en lambeaux, la Très-Sainte Tunique…
Ce n’était qu’un écho, la phrase de Vinteuil :
Il n’en reste plus rien qu’un air fantomatique
Dans mon cœur assoupi… »

Ce rondeau redoublé a été construit pour en arriver à Proust et la phrase de Vinteuil, c’est plutôt malin et (plus ou moins) réussi.

Je ne mets pas d’appréciation par manque d’objectivité. S’il m’arrive d’encore rentrer dans des églises pour admirer l’architecture ou lors d’un mariage ou d’un enterrement, les curetons et les bernardines c’est pas franchement ma tasse d’eau bénite !

Votre poème est bien écrit, mais il ne m’a fait ni chaud ni froid, personnellement, je suis plus du genre « Le maître et Margueritte » et « Sympathy for the Devil » dont je me sens beaucoup plus proche que Dieu…





   marcolev   
13/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour AMitizix,

La forme est une belle réussite et apporte une musicalité particulière à ce poème comme une obsession sonore.

La volonté de donner au texte plusieurs niveaux de lecture lui confère une grande richesse et crée un poème habité. La répétition des vers convient parfaitement au sujet. La musique semble sortir du silence, revient, se transforme et hante le texte.

J’ai particulièrement apprécié le vers récurrent « Le silence troublé sonne comme un accueil. » ou encore le vers « Marie embrasse Dieu qui marche vers l’écueil ».

La référence à Vinteuil est très proustienne et transforme la découverte de la relique en révélation esthétique plutôt que religieuse.

Et le dernier vers faisant écho au premier est particulièrement bien vu.

Merci pour cette très belle lecture, au plaisir

   Pussicat   
13/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Bonjour AMitizix,

Un poème bien construit, bien écrit, malgré quelques difficultés de lecture (qui proviennent de mon inculture catéchétique), mais qui ne me touche pas ; la raison réside sans doute dans l'exergue. Je lis un exercice de style avec ses contraintes respectées, ce qui demeure de la belle ouvrage. La fin est magnifique, d'une grande sensibilité avec cette accroche à Proust ; chapeau !

... malgré quelques difficultés de lecture :

"Parmi les vieux vitraux, je promène mon œil" > ce vers m'a fait rire, j'avoue - j'ai honte de l'avouer même, j'ai eu l'impression de me retrouver dans une peinture surréaliste.

"Marie embrasse Dieu qui marche vers l’écueil" > là je n'ai pas compris : mon inculture évoquée précédemment, je séchai les cours de catéchisme des jeudis (le jeudi était jour sans école, dans mon temps).

"J’ébranle de mes pas la grotte basaltique ;" ouche, vous devez avoir le pas lourd.

A bientôt de vous lire


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