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Poésie néo-classique
Annick : Qui s'y frotte s'y pique
 Publié le 01/11/22  -  18 commentaires  -  1028 caractères  -  244 lectures    Autres textes du même auteur


Qui s'y frotte s'y pique



Au soir d'un bel été, sous l'aile d'une brise,
Gambille une belette au minois ravissant.
Elle pose devant un miroir grossissant,
Son reflet irisé lui renvoie une bise.

Arrive un hérisson, bougon, en pleine crise.
Il toise la psyché, pense être poursuivi
Par mille dards félons. Il se croit asservi
Et fond sur le cristal qui tout à coup se brise.

Les éclats belliqueux atteignent les parties
Intimes du nigaud : il en est offensé.
La gentille belette assiste le blessé
Comme tout piqueté par des milliers d'orties.

« N'avez-vous pas compris que c'était votre image
Sur le tain du miroir ? Point de gros porc-épic
Aux piquants agressifs, point de vipère aspic
Dans l'ombre des taillis », dit-elle d'un air sage.

Un héron bienveillant, au bec telle une aiguille
Recoud chaque coupure, aisément, sans façon.
Le hérisson penaud retiendra la leçon.
Tout près, un grand ver blanc, de rire, se tortille !


 
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   cherbiacuespe   
18/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Gentille petite fable, agréable, qui se dépatouille plutôt avec bonheur de la complexité des pièges de la poésie. Gentille et plaisante. Lecture facile, grâce à une écriture simple, qui colle bien au sujet, et une composition pas trop alambiquée. Poésie à la portée de tous et c'est une qualité attachante à mes yeux.

Un seul reproche, l'arrivée du héron, comme un chien au milieu d'un jeu de quille, qui est peut-être mal venue. Bienveillant, oui, mais avait-on vraiment besoin de sa présence en fin de poème ?

Cherbi Acuéspè
En EL

   socque   
24/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Un héron bienveillant, au bec tel une aiguille
Recoud chaque coupure,
Avec quel fil ? me demandé-je. Mais bon, je ratiocine pour le plaisir devant cette pièce de pure fantaisie, dont les vers m'ont paru alertes. L'espièglerie de l'ensemble s'illustre au mieux dans le quatrième vers que je trouve ravissant ! Le rythme est bon à mon avis, les rimes accompagnent le propos sans esbroufe. Un léger bémol pour moi sur le fait d'avoir adopté les mêmes rimes féminines dans les deux premiers quatrains, cette amorce d'uniformité ne correspond pas bien, à mes yeux, au ton général. N'empêche que l'ensemble me laisse une impression sympathique.

   Donaldo75   
27/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé cette fable mignonne, un peu naïve certes mais agréable à lire. Et puis je pense qu'elle rencontrera son public sur Oniris. Le format proposé va bien dans le décor car il ne contraint pas trop la narration, permet de conserver la tonalité de la fable et finalement ne sonne pas faux à l'oreille quand je lis ce poème à haute voix.

Une impression de lecture sympathique.

   Lebarde   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Une « gentille petite fabulette », un peu niaise et sans grande portée moraliste mais qui se lit bien et n’a pas l’ambition de rester dans les mémoires.
C’est frais, c’est plaisant, c’est agréablement léger, et un soupçon « leste” sans que cela porte à conséquence chez les bambins de la maternelle. C’est presque classique sans que les raisons du déclassement me sautent aux yeux.
Finalement ça me convient assez.
Merci

Lebarde satisfait sans excès.

   Provencao   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Annick


"« N'avez-vous pas compris que c'était votre image
Sur le tain du miroir ? Point de gros porc-épic
Aux piquants agressifs, point de vipère aspic
Dans l'ombre des taillis », dit-elle d'un air sage."

J'aime bien cette rencontre avec la spontanéité, la candeur, où on se sent presque attiré hors du commun des mortels. J'aime cet hérisson trahit par son imagination et sa naïveté de la vérité qui monte à l'horizon comme une apparition.

Ce qui m'a séduite dans votre poésie , c'est cet aspect presque hiératique, et ample.

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   papipoete   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
bonjour Annick
Un hérisson, toutes piques dehors, mais l'air renfrogné, vient s'assurer que cette horde de dards acérés, qui le poursuit de si près, l'a enfin laissé tranquille... que nenni, ils sont toujours là, comme collés à lui ! et pour cause...
NB une fabulette qui le rend un peu nigaud, cet ami du jardinier, mais le miroir en mille morceaux, l'a non seulement blessé dans son amour-propre, mais écorché jusqu'à sa virile intimité.
Les bêtes de la nature, bien que le moquant, ne manquent pas de le soigner ; belle moralité !
la 4e strophe est ma préférée
J'eus en son temps du succès avec mes poèmes " animaliers ", mais plus maintenant...
Je n'ose pas dire comme dans mes critiques reprochés, que vos lignes sont prosaïques, mais se rapprochent de ce que je sus écrire ; vous le faites avec grand talent !

   Anonyme   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
Merci Annick, pour cette fraîcheur.

Cette petite brise estivale m'a fait beaucoup de bien.
Il y a du monde dans ton histoire !
Quatre acteurs, un porc-épic et une vipère aspic.
C'est la scène de la forêt avec Blanche-Neige.
Le dessin animé, hein, car ton poème est très animé. Imagé et vivant.

Continue de souffler ta magie sur mon écran. Elle m'a fait gagner 20 ans.
Un autre poème, avec d'autres animaux, et je recommence à sucer mon pouce... et je m'endors avec des images plein mes rêves...
"Maman, c'est quoi les parties intimes ?"
"Chhhuuuut... Dodo ♪ dodo ♪"

A-DO-RA-BLE !

   Mokhtar   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est sympathique et très bien fait. Il s'en passe des choses chez nos amies les bêtes. Bravo à l'auteure pour son imagination.

Belle technique d'écriture. Un petite réserve sur le "asservi" qui n'est pas optimal à mon oreille.

Pourquoi pas "classique" ? Peut-être la césure du vers 3 ? Peut-être un problème d'alternance de rimes entre le strophes.

Peu importe. On sourit de bon cœur à ce joli travail

   Lotier   
1/11/2022
Je préfère voir dans ce poème une balade onirique avec des animaux personnifiés qu'une fable sans morale avec des comportements animaux approximatifs. Mais en tant que rêve, sans chercher de signification, ça mérite la virée sous la couette…

   Cristale   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Annick,

Quelle mignonne fable lue par une fan inconditionnelle des hérissons.
De jolis quatrains d'alexandrins parfaits à rimes embrassées dont l'alternance f/m entre chacun d'eux aurait valu le classique.

La belette qui gambille (mot délicieux) est aussi attachante que ce nigaud qui s'est pris pour un porc-pic.
Nul doute que le gentil héron a tiré sur les barbes de ses plumes pour confectionner le fil dont il recoud, avec son bec, les blessures du hérisson piqué au vif ^^

Merci et bravo Annick pour cette plaisante lecture.

Cristale

   Corto   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Imagination, humour et belle écriture.
Ce texte qui ne part pas en grande philosophie est bien plaisant.
Dame belette est coquette mais aussi sage et généreuse.
Hérisson est bougon comme on le perçoit habituellement, mais aussi un peu limité.
Le héron est talentueux, et le ver blanc s'amuse.
Ces personnages mis en scène nous donnent un texte plaisant, dont on gardera un bon souvenir.

Je vais de ce pas vérifier que le hérisson qui vient chaque nuit nettoyer mon jardin a gardé toutes ses capacités...

Bravo Annick.

   Miguel   
2/11/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Mais alors, si ce n'est que son reflet dans l'eau, comment cela lui meurtrit-il les parties intimes ? Et si cela m'arrivait, je me sentirais autre chose qu'offensé, et de plus offensé par qui ? Cette histoire mignonne en soi me semble un peu faire dans l'à-peu-près, et je n'arrive pas à en dégager un message, une morale.

   Mintaka   
3/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Annick, sur la forme il n'y a que du bon, les vers glissent bien avec une agréable musicalité et on se laisse volontiers bercer par le rythme.
Concernant le fond, comme Miguel, je ne saisis pas vraiment le message de cette fable, un peu comme s'il manquait un quatrain. D'autre part le héron au bec comme une aiguille, j'imagine peu la chose et pour le fil je ne vois pas. J'aurais sans doute mieux visualisé l'araignée pourvu de fils et de crochets.
Mais c'est votre poème et on a bien le droit d'avoir ses propres images.
Merci Annick pour votre inspiration poétique.

   senglar   
3/11/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Annick,


Oh ! Annick ! Si la blessure fut "intime" elle dut l'être doublement : au fin fond du corps et au fin fond du ridicule. Je retiendrai la sagesse de la belette, très didactique, et celle du héron, réincarnation de Christian Dior car il faut être habile pour ces coutures-là (Mais non j'ai rien dit !). Je souhaite au "grand vers blanc", tout au moins celui-là, de se faire gober par le héron. Il ne mérite vraiment pas de devenir hanneton.
Cet invertébré mis à part je note ici une belle concorde. Ah ! Si tous les plumitifs voulaient bien se donner la main, ils formeraient une... Mais ça c'est une autre histoire. J'ai vu qu'il y a un "grand ver blanc" parmi tes commentateurs. Oh ! Ne t'en fais pas, il ne m'en voudra pas, c'est un de mes amis ;)

Voici un poème qui nous réconcilie avec la vie de par sa gentillesse. Je ne me suis pas piqué à m'y frotter et je me pique de te le dire :)

senglar

   Ornicar   
3/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Annick,

Amusant et charmant sont les mots qui s'imposent à moi pour qualifier ce petit bestiaire animé sorti de votre imagination : une coquette et finaude belette qui se refait une beauté au tain d'un miroir, un hérisson balourd et mal luné, un héron "bienveillant" mais surtout providentiel et fort habile, sans oublier le "grand ver blanc" qui, ventre à terre, plus bas que terre, se trouve tel un badau aux premières loges.

Ce texte ressemble à une fable tout en s'en distinguant sur un élément essentiel . Ici, point de sentence ou de morale assénée à l'issue, même de façon implicite. Au contraire même : c'est la belette qui loin "d'assister le blessé", lui fait la leçon tout en se moquant gentiment de lui.
De la fable, au contraire, il en a le ton, à la fois léger et facétieux, qui s'exprime surtout dans l'adresse de la belette à la quatrième strophe, mais également dans le choix de certains mots apportant légèreté et fraîcheur : "gambille", le "minois", le "nigaud" particulièrement savoureux et qui me replonge en enfance quand par moment j'en étais un, "penaud". Finalement, rien n'est grave, tout est léger et prête à sourire. Ca ne casse pas trois pattes à un canard, certes, mais c'est très bien ainsi.

Ornicar

   Louis   
5/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le premier vers pose le contexte de cette fable :

« Un soir de bel été, sous l’aile d’une brise »

Ce qui va être conté ne prend pas place en un lieu, mais d’abord et avant tout en un temps : un soir d’été.
Un lieu précis, en effet, n’est pas assignable relativement aux événements qui vont nous être contés. Un espace imaginaire, que l’on ne peut situer précisément, constituera la scène où ils se dérouleront. Un espace quasi surréaliste composera cette scène, qui associera dans un même lieu des animaux de diverses espèces et la présence insolite d’une « psyché ».
Nous sommes ainsi en un temps qui, lui, est déterminable, en un soir d’été, d’un « bel été » même ; en un temps donc calme et serein.
Souffle juste une « brise », douce, légère, en rien violente, puisqu’elle constitue une « aile » pour l’animal qui « gambille » ce soir-là, une « belette ». Le nom toutefois par lequel ce souffle léger est désigné, cette « brise », introduit un élément inquiétant dans cette entrée en matière tranquille et paisible, signal annonciateur de possible violence avec ce son évocateur de brisure, de rupture, de fêlure.

Après cette contextualisation temporelle, la suite du premier quatrain constitue le récit d’une rencontre entre une « belette » et une psyché.
L’animal, plus précisément, découvre son image spéculaire.
Il se reconnaît immédiatement dans ce « miroir », bien qu’il soit «grossissant ». La déformation que subit l’image par l’effet d’agrandissement ne l’empêche pas de s’y reconnaître.
Dame belette, au « minois ravissant », n’a rien à redouter de son reflet. Elle ne le fuit pas, mais au contraire « pose » devant le miroir. Elle aime son image, elle fait preuve d’un certain narcissisme, et ainsi « son reflet irisé lui renvoie une bise ».
On ne quitte pas, tout au long de ce premier quatrain, une atmosphère paisible et quasi enchanteresse, un tableau d’une planche de bande dessinée enfantine.

Brusquement, dans la deuxième strophe, l’atmosphère de quiétude instaurée dans le premier quatrain se brise.
Le mouvement lent et léthargique des premiers vers alanguis laisse place à un autre, plus précipité, rendu par la ponctuation, la mise en avant d’un verbe d’action, l’impression donnée d’une brusque irruption :

« Arrive un hérisson, bougon, en pleine crise »

Ce nouveau venu, à son tour, découvre son image spéculaire.
Mais contrairement à la belette, il ne s’y reconnaît pas.
Il se voit dans la psyché comme un autre. Un autre menaçant, agressif, et « pense être poursuivi / Par mille dards félons ».
Il prend l’image pour une réalité, celle d’un autre dont il ne retient que la présence effrayante de piques, d’aiguillons, de « dards » en profusion.
Les piques qui hérissent sa carapace sont perçues, non comme des ‘’armes’’ de défense, mais comme des moyens d’agression.
Il fuit donc une image avec laquelle il ne s’identifie pas.
Dans la « psyché », donc dans son psychisme, sans la médiation d’une image spéculaire, il se voit comme il imagine que les autres le voient : un être agressif et repoussant, bardé d’aiguillons répulsifs. Il se sent ainsi poursuivi par l’image qu’il imagine être celle que les autres se font de lui.
Le hérisson cherche à se défendre contre lui-même pris pour un autre ; contre cette image altérée de lui-même qu’il n’aime pas, sous une apparence belliqueuse et agressive qu’il refuse, et brise l’image qui lui est renvoyée, en brisant le miroir.
Son image blesse affectivement, narcissiquement, le hérisson qui ne veut pas être le « méchant » dans ce lieu imaginaire, en cette soirée si belle, quand tous autour de lui vont s’avérer si gentils.
Ses piques font de lui un repoussoir. Il se sent repoussant, il ne veut pas être repoussé.
Son apparence dénote, n’est pas en harmonie avec le temps et le lieu. Les piques acérés qu’il porte sur le dos ne s’accordent pas avec la bonhomie de cette soirée, en ce temps, en ce lieu, hors du temps hors de tout lieu.

L’image vole en éclats avec la psyché, mais ne soulage en rien le malheureux hérisson, et ne résout pas son problème d’identité.
Ce sont au contraire les éclats de son image brisée qui le blessent physiquement, et affectivement.
Jusqu’en ses « parties intimes ». Atteint, jusque dans sa "virilité’’.
« Il en est offensé » : c’est-à-dire humilié, et se sent honteux, blessé dans sa dignité, piqué au vif dans son honneur de « mâle », ce que l’on peut du moins supposer par son nom au masculin. Ici la réalité est celle des noms, pas celle de la biologie animale.

La « gentille belette », bien que fière de son image, ne ricane pas, ne se moque pas du hérisson, n’adopte pas une attitude méprisante et hautaine, mais avec « un air sage » révèle au hérisson sa méprise.
Elle ne le repousse pas, et par là lui présente une autre image de lui-même. Ses piques ne font pas de lui un être repoussant et agressif.
Il n’avait affaire qu’à une image, un reflet dans un miroir :

« N’avez-vous pas compris que c’était votre image
Sur le tain du miroir ? »

Un reflet dans un miroir, mais un reflet inadéquat.
Elle lui révèle l’attitude sage, qui consiste à s’accepter, et non pas à briser son image, et, après l’avoir acceptée, de la redresser, de reconsidérer ce qui a été pris pour un moyen agressif.
« Point de gros porc-épic » lui dit-elle, point non plus de « vipère aspic ».
Il n’est ni l’un ni l’autre. Son identité n’est pas celle d’un animal agressif ou venimeux.
Son identité est à reconsidérer. Il n’est qu’un hérisson peureux, qui possède pourtant des moyens défensifs et dissuasifs.
La sage belette sait voir au-delà des apparences, sait qu’une "élégance’’ peut se cacher sous la carapace hérissée de piques.

Un « héron bienveillant » complète la leçon.
Comme la belette, il pose sur le pauvre hérisson un regard bienveillant, en un miroir distinct de la psyché brisée.
Il renvoie au hérisson l’image d’un être qui n’a rien de repoussant.
Et loin de le repousser, il l’accueille et le soigne.
Il recoud les blessures, et les déchirures.

Ce qu’il révèle surtout au petit hérisson, c’est que son grand bec n’est pas seulement un instrument de prédateur, comme son apparence pourrait le présupposer, hostile et belliqueux pour ses proies, comme les vers blancs.
Il peut aussi réparer, soigner les blessures. Il peut aussi sauver.
Long, fin, comme un aiguillon, le bec peut être aussi une aiguille à coudre ; non pas seulement un instrument pour pincer, mais aussi pour panser.
Le héron "raccommode’’ le hérisson avec lui-même et avec autrui.
Et il lui apprend que les organes ne sont en soi, dans l’absolu, ni offensifs ni défensifs, ni destructeurs ni producteurs, ni instruments de mort ni instruments de vie, ils ne le sont que relativement à l’usage que l’on en fait.
La fonction ne prime pas sur l’organe. L’organe est premier, et permet plusieurs fonctions. La relation de compassion du héron pour le malheureux hérisson fait de son bec un instrument de soin, et non plus celui d’une prédation.
Organes et fonctions eux-mêmes ne prennent sens que dans l’interaction aux autres dans laquelle on est engagé. La relation à l’autre est première, donne sens aux organes, leur fait jouer une fonction possible, défensive ou offensive, destructrice ou réparatrice. Plus encore, c’est toute l’identité de l’individu qui se trouve déterminée dans ce rapport à l’autre.
La belette et le héron font donc comprendre au hérisson que la fonction de ses piquants dépendra de la relation qu’il entretient avec les autres, et que son identité est à reconsidérer dans les relations qu’il engage avec les autres.

Les animaux de cette fable sont, bien sûr, des projections anthropomorphiques.
Les leçons reçues par le hérisson le sont aussi pour les êtres humains.
Il est dangereux, dit cette fable, de briser l’image que l’on a de soi. Il est préférable de redresser son image dans une vision plus adéquate de soi, et pour cela de confronter les regards, les images de soi que les autres nous renvoient, dans leurs actes et leurs comportements, au regard porté par soi sur soi. Autrui aussi est un miroir.
Nos organes, et leurs équivalents analogiques dans nos caractères psychologiques, n’ont pas de sens en soi, de façon absolue, mais relativement aux interactions avec autrui dans lesquelles nous nous engageons.
Les autres, et leur regard qui peut être aliénant, ce n’est pas nécessairement l’enfer, et ce pourrait être au contraire un peu d’éden, un soir d’été où chacun porte sur les autres un regard bienveillant.
Ah, il y a le vers blanc qui « de rire, se tortille ». Mais s’agit-il d’un rire moqueur ?
Alors que le héron "raccommode’’ le hérisson, le ver n’a rien à craindre du bec tout occupé à soigner plutôt qu’à chasser. Rire de contentement plutôt que rire moqueur.
Ainsi la scène se termine gaiement.

Merci Annick pour ces "leçons’’.

   Anonyme   
6/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Monsieur de La Fontaine aurait dit : Tenez, j'ai fait des disciples ! Une jolie poésie animalière mais qui n'a pas la puissance moralisatrice de notre célèbre fabuliste ! Bravo !

   Queribus   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Une jolie petite fable sans prétention mais pleine d'humour avec un grand respect des règles prosodiques. Le texte se lit facilement sans prise de tête. Votre texte aurait pu figurer dans la rubrique classique. J'ai toutefois remarqué quelques rimes intérieures:

Arrive un hérisson
Par mille dards félons

N'avez-vous pas compris
Dans l'ombre des taillis

Un héron bienveillant
Tout près, un grand vers blanc

(Mais ce ne sont que broutilles)

L'ensemble est tout plein de fantaisie et de fraicheur (On en a bien besoin de nos jours). Donc appréciation positive.

Bien à vous.


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