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Poésie contemporaine
archibald : À rebrousse-temps
 Publié le 05/12/16  -  16 commentaires  -  1963 caractères  -  194 lectures    Autres textes du même auteur

À Philip K. Dick, Francis Scott Fitzgerald, Pierre Daninos, Pierre Louki, Bernard Quiriny… et sans doute bien d’autres encore.


À rebrousse-temps



C’était dans bien longtemps.
C’était dans bien longtemps. Un beau jour, mon cadavre
Se mit par fantaisie à sortir du cercueil.
D’un pas pénible et lent, je regagnai mon havre
Où je fus accueilli par mes proches en deuil.

Notez que ma vision n’était guère engageante :
Os et lambeaux de chair comme autant d’oripeaux
Suscitaient le dégoût, quand soudain ma charpente
Se structura de nerfs, tendons, muscles et peau.

Lors, je dressai l’échine et je bombai le torse,
Mon crâne dégarni se couvrit de cheveux,
Je regorgeais de sang, et de vie, et de force,
Voyant même saillir mon membre vigoureux.

“Un dieu m’aura fait don d’un présent magnifique”,
Me dis-je, cependant qu’un détail m’étonnait :
Dans un sens inusuel et trigonométrique,
L’horloge du salon bizarrement tournait.

Pourquoi cette inversion ? Qu’arrivait-il aux heures ?
La chose m’inquiétait car dans mon sablier,
La poudre rejoignait l’ampoule supérieure,
Les dates décroissaient sur mon calendrier,

Le soleil poursuivait sa course en sens inverse,
Tout semblait s’écouler comme à rebrousse-temps ;
Le sol était mouillé juste avant les averses
Et je voyais l’hiver poindre après le printemps.

Ainsi je devins jeune, empreint de maladresses,
Orgueilleux et naïf, dispensant alentour
Des gestes hésitants qui tinrent leurs promesses :
Pour la dernière fois je découvris l’amour.

J’eus le visage glabre et la voix plus aiguë.
Je fis, après l’effet d’une mue à l’envers,
Quelques pas trébuchants sur la Terre inconnue
Et que je contemplais les deux yeux grands ouverts.

Je vidai mon cartable et désappris à lire.
On me mit au berceau, rose et enrubanné,
La forme s’effaça de mon premier sourire,
Et je quittai ce monde où je n’étais pas né.


 
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   Anonyme   
7/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un poème au thème vraiment intéressant qui me rappelle un peu l'idée du célèbre koan zen : Quel était votre visage avant la naissance de vos parents ?
La roue tourne, ici en sens inverse mais y a t-il une différence finalement ? C'est ce paradoxe que j'aime dans ce poème.
Par contre sur la forme, je le trouve inégalement construit avec des strophes plus réussies que d'autres qui m'ont donné l'impression de remplissage (je parle par ex des deux strophes centrales évoquant le temps et les saisons)
Donc une lecture en demi-teinte en ce qui me concerne.

   Anonyme   
16/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir,

Un poème fantastique (dans tous les sens du terme), pour ne pas dire magistral, qui fait honneur aux célèbres auteurs cités en incipit, et notamment à Francis Scott Fitzgerald et à sa célèbre nouvelle "L'étrange histoire de Benjamin Button" parue en 1922 et adaptée au cinéma en 2008 par David Fincher. C'est ce que racontent avec brio les merveilleux quatrains, décrivant les différentes phases d'une vie à rebrousse-temps.

Un grand bravo,

Wall-E

   PIZZICATO   
5/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une résurrection, puis un passage dans la vie vers le passé pour ensuite aller rejoindre le néant. Ce processus inversé est intéressant et bien conduit.

" On me mit au berceau, rose et enrubanné,
La forme s’effaça de mon premier sourire,
Et je quittai ce monde où je n’étais pas né."

   MissNeko   
5/12/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai tout de suite pensé à benjamin Buton. Quel superbe poeme ! Avec une plume inspirée, vous parvenez à nous décrire ce récit fantastique d'un homme qui passe de la mort à la vieillesse, à la jeunesse puis au néant de la vie que précède la naissance bravo.

   Robot   
6/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je vais faire une redite mais j'ai moi aussi pensé immédiatement à la nouvelle de Fitzgerald. L'entête lu après me le confirme.

Le récit est bien mené avec un découpage parfaitement composé. Je suis admiratif car tenir une version rimée sur tout ces quatrains et pour un tel sujet n'était pas gagné d'avance.

Une belle réussite ou j'ai été happé du début à la fin par le récit et l'écriture.

   papipoete   
6/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour archibald,
Vos alexandrins dévident une pellicule que le projectionniste passe à l'envers et " Benjamin/archibald " nous transporte dans une épopée où j'aimerais pouvoir retourner, pour tenter d'éviter les pièges où jadis je trébuchai, et éviter les " coic " de mon chemin de vie !
NB le début du récit avec la sortie du cercueil est aussi glauque que rose est la fin du poème, son début en quelque sorte .
" je fus accueilli par mes proches en deuil " est bien vu par exemple, " je vidai mon cartable et désappris à lire "

   Michel64   
6/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Archibald,

Un texte surréaliste que j'ai beaucoup aimé.
Déjà le premier vers donne le ton et j'ai du le relire croyant m'être trompé.
Quelques hiatus probablement assumés "mon havre" "Des gestes hésitants...." mais ils ne m'ont pas vraiment gêné tant j'ai été emporté dans cette histoire qui malgré ses neuf quatrains m'a paru courte. Preuve de la qualité d'écriture.

J'ai hâte de vous relire
Michel

   Bidis   
6/12/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Que voilà un bon moment de lecture !
L'écriture est impeccable, la forme entraînante et le fond, jubilatoire.
En un mot, c'est magnifique.

   socque   
6/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le thème a été pas mal traité en science-fiction, je trouve plaisant de le retrouver en vers mais regrette de ne pas savoir si ce rebrousse-temps concerne le narrateur seul, s'il se remet à tout percevoir à l'envers dans un environnement où l'incompréhension mutuelle est totale, ou si pour tout le monde c'est pareil. Les vers
Où je fus accueilli par mes proches en deuil
(...)
Je vidai mon cartable et désappris à lire.
On me mit au berceau
semblent indiquer une régression générale, mas ce n'est pas net.

J'ai lu sans déplaisir et ai trouvé quelques vers assez marquants :
quand soudain ma charpente
Se structura de nerfs, tendons, muscles et peau.
(...)
Le sol était mouillé juste avant les averses
Et je voyais l’hiver poindre après le printemps.
et tout le dernier quatrain qui à mes yeux est poignant.
Tout se déroule bien, d'une manière qui selon moi manque de dramatique au vu du sujet, mais c'est votre choix. Votre traitement en "understatement" fait que l'ensemble me paraît un poil long.

Ah oui, et j'aime beaucoup le tout premier hémistiche ! Une bonne idée de le mettre en valeur par la disposition, à mon avis.

   Arsinor   
6/12/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un grand nombre de phrases heureuses, plus absurdes que tragiques mais cependant un peu tragique dans un monde où ce rebrousse-temps n'est pas qu'une amusette. "Et je quittai ce monde où je n'étais pas né", final qui clôt le premier final situé au début du poème, pure logique heureuse vu le principe du poème, qu'il fallait trouver pourtant, correspond nébuleusement à une vérité moderne, abordée avec amusement.

Je pense au déclassement qui contredit le dogme du progrès, l'évolution biologique souvent considérée à tort comme une amélioration des espèces, et ces régressions qui adviennent si souvent dans la vraie vie. Le plus amusant est sans doute le côté caricatural du personnage (je n'ose l'appeler le poète) et donc représentatif.

Une faiblesse est ce creux biographique de l'adulte, il semble qu'il n'ait fait que mourir et naître (c'est beaucoup, qui peut s'en targuer ?).

Tu me fais penser à Ezéchiel, Lovecraft... La fraîcheur du comique est roborative, créant une distanciation à rebrousse-romance. J'apprécie beaucoup l'absence d'explication et de morale. Bref, je dis bravo.

   Morgan   
10/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour
Une belle idée de reprendre en vers la célèbre nouvelle fantastique de Francis Scott Fitzgerald.
Pour Philip K. Dick peut-être "le temps désarticulé" ?
En tout cas une réussite d'écriture rimée.

   Anonyme   
12/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Une poésie qui sort des sentiers battus. Le thème n'est pas nouveau mais certainement pas traité de cette façon. J'ai trouvé les formulations adroites, sans accrocs qui viennent gêner la lecture.
Ça manque peut-être un peu de pensées, de réflexions. Le narrateur décrit davantage sa transformation que ses sentiments intimes. La situation est peu commune, pourtant il se complaît en simple spectateur. J'aurais aimé plus d'introspection.

   Cristale   
6/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Archibald,

Original, voici le mot qui m'est venu en première impression.

Ce poème, je l'ai lu lors de sa parution, relu d'autres jours suivants avec plaisir et admiration en suivant le processus de cette métamorphose inversée.

L'écriture est fluide, les images parlantes et colorées seraient dignes de scènes de SF.

Je n'avais pas commenté, par manque de temps certainement, alors, comme le dicton précise qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire, me voici sur cette page à rebrousse-temps...pour vous dire bravo !

Cristale

   Anonyme   
6/1/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir archibald... Je ne sais pas comment ce petit chef-d'oeuvre a pu m'échapper ! Cette machine à remonter le temps tourne comme une horloge, même si c'est dans un sens inusuel et trigonométrique, l'écriture est superbe, pas un quatrain défaillant, enfin la presque perfection.
Quant à la chute, l'ultime quatrain dans sa totalité mais surtout le dernier vers, il est vraiment génial !

Un véritable régal qui vaut largement une appréciation que je n'utilise que très rarement. Encore bravo...

   stony   
7/1/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Si le sujet n'est certes pas neuf, il trouve cependant une place remarquable dans le catalogue onirien et ce n'est pas la moindre des qualités de ce poème. De plus, j'aime lorsqu'un poème raconte une histoire et ce n'est pas si simple, même en neuf quatrains.

"Je vidai mon cartable et désappris à lire" : sans doute pour moi la plus marquante, la plus émouvante des régressions évoquées.

Les premier et dernier vers encadrent parfaitement ce texte bien agréable.

   Eccar   
8/1/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Archibald,
Même si le thème est éculé, vos vers sont d'une telle beauté et semblent si faciles qu'on ne peut s'empêcher d'apprécier ce poème. Tout y est bien si vu que j'ai eu parfois l'impression que ce sont les autres qui se sont inspirés de vous. Un petit clin d'oeil... " à rebrousse-temps".
"La chose m’inquiétait car dans mon sablier,
La poudre rejoignait l’ampoule supérieure," cette image est magnifique, entre autres bien sûr.
Bravo.


Oniris Copyright © 2007-2019