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Poésie classique
Boutet : Lassitude
 Publié le 26/08/26  -  14 commentaires  -  944 caractères  -  183 lectures    Autres textes du même auteur

J’ai posé ma plume devant moi comme on dépose une arme après la bataille.
Elle ne tremble pas, elle ne proteste pas : elle dort. Et devant elle, la page blanche attend, patiente et cruelle, que quelque chose en moi daigne enfin renaître.


Lassitude



N’allez pas me parler, je ne suis pas d’humeur :
Je suis las d’écouter vos langues délétères,
Cancaner sur mon sort, brailler sur mes galères,
En jurant que demain ne sera que meilleur !

Ma plume est en sommeil, je n’ai plus rien à dire,
Si ce n’est que j’ai bu quelques verres de vin
Pensant que mon cerveau s'agiterait enfin,
Que nenni, c'est un fait ! Je ne sais plus écrire.

Mon âme de poète est aux jours des hivers :
Le soleil autrefois éclairait mes pensées,
Leur permettant la cime et se voir encensées,
Maintenant qu'il n'est plus, je délaisse les vers

Et je profiterai, sans vous, d'une accalmie
En regardant tourner les aiguilles du temps,
Avec ce fol espoir qu'un matin, le printemps
Éveillera les sens de ma plume endormie.


___________________________________
Texte avec un mot changé avant publication.


 
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   Cyrill   
20/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J’ai bien aimé le ton de ce poème. Acariâtre à souhait, râleur et pas décidé à justifier son humeur massacrante. C’est la panne sèche, semblerait-il, mis à part que la présente production vient s’inscrire en faux à ce « je n’ai plus rien à dire ». Voilà bien le paradoxe du poète !
Les « quelques vers de vin » n’arrangent rien si ce n’est que l’aveu m’a plu. Il y a en lui à la fois de l’humilité et de la provocation.
Le poème flirte avec une petite misanthropie ordinaire, utilisant toute les ressources d’une plume ma foi fort bien taillée à la plainte et aux récriminations, tout en restant assez drôle.
Le troisième quatrain est un peu en dessous question construction syntaxique : « Leur permettant la cime et se voir encensées ».  

   Donaldo75   
20/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Ce que j'aime le plus dans ce poème, c'est sa tonalité.

"N’allez pas me parler, je ne suis pas d’humeur :
Je suis las d’écouter vos langues de vipères ,
Cancaner sur mon sort, brailler sur mes galères,
En jurant que demain ne sera que meilleur !"

Elle est assortie d'une prosodie fluide - je sais, ce qualificatif ne suffit pas à exprimer mon impression de lecture - qui l'emballe, rend l'ensemble incarné, au delà de la première personne du singulier.

Bravo !

   Provencao   
26/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Boutet,

J'ai bien aimé ce cheminement de l’écho de l'essoufflement, de la lassitude qui clarifient clairement les différentes étapes de la conversion de la reflexion, qui afflue à l’intronisation d’un rapport nouveau à soi-même, aux lecteurs et à l’écriture.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   rendu   
26/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour

C'est selon moi une belle déclinaison du syndrome de la page blanche. Et l'auteur vitupère contre un peu tout le monde et lui-même de ne plus trouver l'inspiration. J'aime bien le ton colérique qui sied parfaitement à ce genre de situation.
Souhaitons pour lui ( et nous) que ce ne soit que passager.

   LeChevalier   
26/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
C'est un poème intéressant pour plusieurs raisons. La première, ce n'est pas un sonnet. Ça fait du bien de lire des vers classiques qui ne sont pas arrangés dans cette forme usée ! La deuxième raison, c'est la clarté des phrases et le peu d'ornement, le lexique ordinaire, compréhensible. Tout cela donne de la vigueur à l'ensemble, une espèce de fierté qu'on ne trouve pas dans les poèmes farcis de lexique précieux.

Le sujet, on pourrait le comparer au fameux « Muse moderne de l'impuissance, qui m'interdis depuis longtemps le trésor familier des Rhythmes » de Mallarmé. C'est une approche assez courante chez les poètes que de nourrir leur inspiration avec son absence même... C'est un peu comme si on arrosait avec de la sécheresse.

La citation de Mallarmé ouvre un texte qu'il consacre à Baudelaire. Or il se trouve qu'une personne soi-disant méchante m'a montré récemment ce vers de lui : « Voilà que j’ai touché l’automne des idées ». Pas d'automne dans votre poème, Boutet, mais vous avez rendu la même idée à l'aide d'autres saisons.

J'ai quand même des critiques, sur des choses menues. Dans le premier quatrain, la virgule à la fin du deuxième vers aurait dû être supprimée et le gérondif du quatrième vers aurait dû être un infinitif pour donner :

Je suis las d'écouter vos langues délétères
Cancaner sur mon sort, brailler sur mes galères
Et jurer que demain ne sera que meilleur !

Dans la deuxième strophe, il fallait un point à la fin du troisième vers.

Dans la troisième strophe, c'est le troisième vers qui n'est pas bon du point de vue de la grammaire : l'infinitif « voir » ne convient pas et il fallait un point à la fin.

Enfin, ce texte reste nettement supérieur à la moyenne onirienne. Bravo !

   Laurent-Paul   
26/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Boutet,
j'aime ces poèmes où l'auteur aligne des alexandrins parfaits, tient un propos structuré et décalé tout en se plaignant de ne plus savoir écrire. Les chants désespérants sont aussi très beaux : l'humeur massacrante de ceux qui sont las d'écouter les propos mièvres des bienveillants me parle beaucoup. Et je ne pense pas être original en disant cela ; votre poème en revanche l'est, qui attend le printemps et le soleil alors que votre plume est verte et lumineuse.
Au plaisir de vous relire.

   Marite   
26/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Des alexandrins qui nous parlent simplement et de façon très claire d'une situation ennuyeuse, pour ne pas dire désespérante, concernant le poète en panne d'inspiration : la muse l'a déserté ... mais, une note d'espoir dans le dernier quatrain nous laisse envisager une évolution favorable qui éloignera la "Lassitude" ressentie par lui.
Le second quatrain m'a fait sourire et le vers " Que nenni, c'est un fait ! Je ne sais plus écrire." me plaît beaucoup.
Ce poème me confirme qu'il est possible de "converser" en alexandrins ... souvenir du forum "conversations byzantines en alexandrins" qui m'a beaucoup aidée à l'époque à l'apprentissage de cette forme d'expression poétique classique.

   Cristale   
26/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Boutet,

Oui bin tant pis pour votre humeur, je viens vous parler quand même.

Voici un état typique du trauma post canicule qui paralyse la plume épuisée, rincée, penchée sur son encrier dont il ne reste qu'une lie desséchée noire et flasque.
Le meilleur remède est de la laisser dormir le temps que son penne puisse se réhydrater dans une encre renouvelée abreuvée de potions poétiques magiques.
Inutile d'essayer de la faire boire dans votre verre de vin, elle ne fonctionne qu'à l'encre, je vous l'assure et vous, vous risquez le délirium tremens :)

Dans l'attente, je trouve que l'auteur se débrouille pas mal sans l'aide de cette plume au bois dormant.
Les alexandrins expriment la mine renfrognée du poète trahi par sa plus fidèle alliée.

Elle est assez plaisante cette "âme de poète" "aux jours des hivers", je pense que vous pouvez accorder encore quelques temps de repos à votre confidente, vous la suppléez très bien.

J'aime beaucoup ce poème grognon :)

   Franz   
26/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
C'est un poème que je trouve très bien écrit, des vers fluides, des rimes plutôt riches, une prosodie parfaite.
Ce thème de la page blanche et de la lassitude de l'écrivain a déjà été traité, mais c'est réalisé avec une certaine originalité.
Bravo,, une réussite !

   tome15545   
26/8/2026
Encore une fois, un poème qui réclamerait de n'en rien dire : n'allons pas parler de ces vers, malgré le prêté.

Une rime temps/printemps assez douloureuse n'entache pas tout le poème : c'est agréable à lire, tant pour le paradoxe que pour le langage oralisant d'une fraîcheur revigorante.

Je crois néanmoins que ce poème vieillira très mal, l'hiver devenant une saison féconde et l'été devenant le désert où règne la Mort, parée de ses bijoux de cœur et de ses rubans venimeux.

C'est vite croqué, comme une d.ébauche de malum.

   Ramana   
27/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
"Au clair de la lune, mon ami Pierrot,
Prête-moi ta plume pour écrire un mot.
Ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu ;
Prête-moi ta plume, pour l'amour de Dieu".
Voilà, il suffit de lui demander, à l'ami Pierrot, dont la plume serait, elle, bien éveillée !
J'accroche au passage suivant : "Leur permettant la cime". Une autre tournure eut été plus adéquate. J'aurais mis "Eveillera LE sens de ma plume endormie", mais je ne suis pas vous ! Sinon, je vous trouve assez productif pour un poète sans plume, qui se remplume continuellement...

   Polza   
27/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Si j’ai bien aimé l’exergue qui n’est pas dénué d’une certaine ampleur, j’ai trouvé ce poème assez convenu. Je ne trouve pas grand-chose à redire sur l’écriture en elle-même, à part peut-être les rimes en « ères » et en « ers » à cause de leur proximité phonique avec un seul quatrain qui les sépare…

Le thème (la page blanche, le manque d’inspiration) me paraît tellement éculé, qu’il aurait fallu des images d’une puissance poétique inédite pour me séduire…

« N’allez pas me parler, je ne suis pas d’humeur : »

L’entrée en matière est prosaïque à souhait, « N’allez pas/je ne suis pas », peut-être « je ne suis point » aurait non seulement évité la répétition de « pas », mais aurait en plus (toujours peut-être) eu un effet plus en phase avec le reste du poème…

« Je suis las d’écouter vos langues délétères, »

« Je ne suis pas/Je suis » un peu répétitif également je trouve…

« N’allez pas me parler, je ne suis pas d’humeur :
Je suis las d’écouter vos langues délétères,
Cancaner sur mon sort, brailler sur mes galères,
En jurant que demain ne sera que meilleur ! »

Si j’ai bien compté, ça vous fait 9 verbes (infinitifs, participes) sur un quatrain, ça fait peut-être un peu trop de concentration verbale…

« Ma plume est en sommeil, je n’ai plus rien à dire,
Si ce n’est que j’ai bu quelques verres de vin
Pensant que mon cerveau s’agiterait enfin,
Que nenni, c’est un fait ! Je ne sais plus écrire. »

Je ne suis pas trop fan de l’humour en poésie, je l’ai déjà fait savoir plusieurs fois, aussi, ce passage ne me plaît guère…
« Si ce n’est que/quelques/Pensant que/Que nenni/écrire », peut-être un peu trop de sonorités en « que » dans ce quatrain, ça apporte une certaine lourdeur à mon avis…

« Mon âme de poète est aux jours des hivers :
Le soleil autrefois éclairait mes pensées,
Leur permettant la cime et se voir encensées,
Maintenant qu’il n’est plus, je délaisse les vers »

« Mon âme de poète est aux jours des hivers » fonctionne comme métaphore, mais ça rejoint ce que j’évoquais au début en parlant de « convenu » ou « éculé »
Je n’ai pas bien compris « Leur permettant la cime et se voir encensées, », « se voir encensées » est relié à « pensées », mais je m’attendais à « de se voir encensées », j’ai du mal avec la syntaxe de ce passage du coup, mais je suis peut-être passé à côté de ce que vous avez voulu dire… je trouve également « Leur permettant la cime » étrange, c’est le verbe « permettre » qui me dérange, je pense…

Il y a également un problème de logique qui me perturbe. Dans le quatrain précédent, le narrateur boit quelques verres de vin en espérant retrouver l’inspiration, il y a donc une volonté d’écrire, mais dans « Maintenant qu’il n’est plus, je délaisse les vers » il y a comme une sorte de fatalité. Ce que j’entends en lisant l’ensemble de ce poème, c’est que ce n’est pas le poète qui délaisse les vers, mais plutôt les vers qui délaissent le poète, c’est différent…

« Et je profiterai, sans vous, d’une accalmie
En regardant tourner les aiguilles du temps,
Avec ce fol espoir qu’un matin, le printemps
Éveillera les sens de ma plume endormie. »

« des hivers » qui représentent le manque d’inspiration et le printemps qui représente le renouveau, l’image fonctionnent encore et toujours, mais j’ai l’impression de l’avoir déjà lue des milliers de fois…

J’ai été gêné par la ponctuation dans ce passage, elle casse le rythme, je trouve, personnellement je ne l’aurais pas laissée ainsi… la rime temps/printemps est bien évidemment possible, mais à cet endroit du poème, où il est censé se sublimer selon moi, je ne trouve pas cela des plus pertinents…

L’écriture reste cependant maîtrisée, je trouve, mais reste sur ma faim quant à la façon dont vous avez traité le sujet…

   Mokhtar   
28/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Faut il préférer être en manque d’imagination malgré le désir d’écrire, ou bien repousser ses idées lorsque la plume vous est confisquée? Cette "métapoésie", qui prend la forme d’une véritable mise en abyme de l’acte d’écrire, me paraît particulièrement réussie et rassure sur la pérennité du potentiel de l’auteur.

Ce qui est plaisant avant tout, c’est le ton : cette révolte légèrement indignée, ponctuée d’un amusant « Que nenni, c’est un fait ! Je ne sais plus écrire. ».

Quelques ajustements stylistiques ont été suggérés à juste titre par mes prédécesseurs ( je me rallie volontiers aux propositions de Le Chevallier).

Au final, ce texte procure à la fois plaisir et sourire, ce qui est déjà beaucoup, et très appréciable.

   Boutet   
28/8/2026


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