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Poésie classique
Boutet : Le poète et l'enfant
 Publié le 11/07/26  -  13 commentaires  -  1452 caractères  -  168 lectures    Autres textes du même auteur

Une belle rencontre.


Le poète et l'enfant



« Regarde autour de toi, petit, dans la futaie,
Après avoir suivi la lueur du sentier,
Comme une déchirure au tricot forestier,
Il t'offrira la grâce en écartant la haie. »

Dans la Creuse oubliée et loin des bruits nocifs,
Le garçon s'étonnait des secrets de la Terre ;
Un poète reclus lui transmit ce mystère :
La forêt s'abandonne aux esprits attentifs.

« N'as-tu donc pas compris qu'en franchissant l'orée
Tu pénètres un monde amène et fascinant
Où les oiseaux, les fleurs, les arbres frissonnant,
Murmurent à mon âme une langue éthérée. »

Contre un vieux chêne, un jour, les yeux fermés, sans peur,
Après avoir saisi de l'homme les échanges,
Bastien sentit en lui vibrer des voix étranges,
Serment d 'humanité qui le touchait au cœur :

« Un doux frémissement émane de l'écorce,
Ce n'est point un babil pas plus qu'une chanson
Mais enfin contre lui je sens comme un frisson
Qui, de son désespoir, me procure la force.

Les bois sont dévastés par la brutalité,
Et l'homme ne sait plus embrasser la Nature,
Il arrache, il déchire, altère et dénature
Celle qui le fit naître avec sublimité. »

Aujourd'hui contre l'arbre, il se retourne et pense
Au verbe du poète, aux mots qu'il entendit,
Un enfant l'approcha, curieux, interdit,
Et Bastien lui transmit son message d'urgence.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Cristale   
11/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Boutet,

Heureux celui qui sent la force de l'arbre qu'il entoure de ses bras.

Ce poème traduit joliment le passage oral de l'adulte à l'enfant des valeurs simples mais essentielles que nous offre la nature mais également la cruauté de l'inconséquence humaine à la détruire.

Le choix des rimes embrassées convient bien au propos.

Merci pour ce plaisir de lecture et ce partage d'une grande sensibilité.

Cristale
embrasseuse d'arbres et de pierres géantes

   Passant75   
11/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Déjà Ronsard, à son époque, se désolait de voir dévastée la foret de Gastine,
« Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras ;
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? ».

Nul ne peut être insensible à l’idée de transmission qui traverse ce poème. Un homme apprend à un enfant à écouter la forêt, avant que ce dernier ne devienne, à son tour, passeur de ce message. La boucle est ainsi bouclée, on imagine bien que le quatrain qui pourrait suivre le dernier serait alors tout semblable au premier.

Cela étant, si nul ne peut nier les atteintes portées par l’homme à la nature, certaines formulations me semblent énoncer de façon trop frontale, mais, après tout, laissons tomber ce détail qui est peut-être un choix tout à fait voulu par Boutet. J'ai apprécié le contraste entre la douceur de la forêt et la violence de certaines activités humaines. À cet égard, faire rimer « brutalité » avec « sublimité » illustrait bien ce propos. Ce texte rappelle avec justesse que la poésie ne se contente pas de décrire le monde, mais qu’elle peut servir à éveiller les consciences et à transmettre, d’une génération à l’autre, le respect du vivant.

   rendu   
11/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Boutet

J'aime lorsque les écrits poétiques véhiculent un message et ce dernier est clair : arrêtez la déforestation !
les feuilles sont en effet grandes consommatrices de CO2. Plus on coupe, plus on favorise le réchauffement climatique, c'est un cercle vicieux inéluctable.
Sur le texte lui-même, j'aime bien cette idée de transmission entre un poète reclus qu'on suppose d'un certain âge et l'enfant rêveur qui se promène dans la forêt et fait une rencontre instructive.
Avant de retransmettre à son tour le message reçu.
Un bon texte à n'en pas douter.

   Ramana   
11/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Le bûcheron commence là où finit l'ébéniste, ou le menuisier, ou le charpentier qui pratique, dit on, un des deux plus vieux métiers du monde ; je vous laisse visualiser le deuxième... Eh oui, nous sommes des prédateurs d'arbres, entre autres ! Mais la nécessité prédatrice liée à notre existence ne nous dispense pas du respect et de l'admiration que toute personne sensible a pour la nature ; c'est ainsi qu'il parait juste de la célébrer à la mesure de ce qu'elle nous donne. Ceci sans pour autant faire trop d'anthropomorphisme avec les plantes ou les animaux, tendance exacerbée ces derniers temps par certains courants...
Et aussi, nous devons dénoncer une certaine prédation qui dépasse la juste exploitation de la nature, et en pratique l'asservissement sans aucun état d'âme.
La nécessité urgente de la transmission est bien rendue, avec comme toujours cette maitrise de la prosodie classique.

   Cyrill   
11/7/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Bonjour Boutet.
Votre poème délivre un message qui a toute ma sympathie et mes suffrages, à propos des dégâts irréversibles faits à la nature. La transmission de celui-ci par l’intermédiaire d’un poète est aussi une bonne idée, c’est même dirais-je presque un devoir de veilleur. Pourtant je reste peu touché par la forme. L’idée de donner un prénom à l’enfant me semble assez incongru. Bastien, si j’en crois mes recherches sur le net, signifierait vénéré, couronné, honoré. Je voyais plutôt un chêne dans cette position, l’enfant n’étant qu’un passeur.
La structure est celle d’un conte, ce n’est pas pour me déplaire. Sous l’histoire racontée il y a la réflexion et le souci de l’écologie, la passation de valeurs fondamentales. Le tonalité me paraît néanmoins un peu trop candide et je ne trouve pas le lexique très percutant, trop de douceurs émanant de la nature versus la brutalité des hommes ne reflètent pas vraiment l’urgence écologique du message.
Merci néanmoins pour la lecture et le propos.

   LeChevalier   
11/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J'ai bien aimé la structure de ce poème qui combine narration (trois strophes) et discours direct (quatre strophes) et qui fonctionne non comme une boucle mais comme une spirale : celui qui était enfant et destinataire d'un message au début, devient transmetteur de ce même message ; la continuité est assurée par le message mais il y a une nouveauté, un élargissement puisqu'on a changé de génération. Ainsi la spirale traverse le même rayon encore et encore mais s'éloigne toujours de son centre.

La nature, vous la célébrez avec beaucoup de subtilité, avec une dose de mysticisme même, je dirais (« ce mystère », « langue éthérée », « voix étranges »). L'éloignement de l'homme de la nature est une des causes de la lente agonie de la poésie ; de la vient cette perte de l'amour pour le vers, cet attachement horrible au difforme, à l'incompréhensible. Parce que la nature parle une langue, elle dit des choses ; mais il faut apprendre cette langue et, comme pour les autres langues, ce n'est possible que dans les conditions d'un contact continu.

Le cinquième quatrain m'a le plus touché, il condense les idées essentielles du poème, je crois, mais il a besoin des autres quatrains pour acquérir toute sa valeur.

J'ai quand même une réserve et une question : la réserve, c'est pour la rime « Nature / dénature » ; la question concerne la raison du choix des rimes embrassées.

   marcolev   
11/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Boutet,

La forêt comme lieu d’initiation quelle belle idée à l’heure où le dérèglement climatique fait mourir quantité d’arbres.

La relation spirituelle aux arbres rappelle Giono ou Genevoix.
La construction circulaire de ce poème avec sa dimension initiatique est très réussie.
La circularité apporte une portée symbolique, la parole se transmet de générations en générations se perpétuant ainsi dans la temps.

J’ai particulièrement apprécié ce vers : « La forêt s'abandonne aux esprits attentifs. » qui inverse le rapport avec l’homme, la forêt accepte de se dévoiler.
Mais aussi la communion avec le chêne qui devient un interlocuteur dans une personnification mesurée.

Merci de ce beau moment de lecture.

   Provencao   
11/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Boutet,

« Un doux frémissement émane de l'écorce,
Ce n'est point un babil pas plus qu'une chanson
Mais enfin contre lui je sens comme un frisson
Qui, de son désespoir, me procure la force"

Une folie de frisson, une force au principe de réalité ouvrant sur une inquiétante étrangeté libératoire et créatrice.
Un lieu autre, un espace concret où émerge l’imaginaire en quête de perfection.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement .

   Lebarde   
11/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Une jolie histoire rappelant les liens qui nous relient à la nature, à la foret et aux animaux qui l'habitent, qu'il est impératif de conserver et de transmettre.
Les arbres si on sait les écouter sont là pour parler des secrets de la vie et de la nature; "La forêt s'abandonne aux esprits attentifs" et le poète y trouvera toujours l'inspiration...alors prenons garde de ne pas la massacrer.
"Les bois sont dévastés par la brutalité,
Et l'homme ne sait plus embrasser la Nature,"

Ah non il faut éviter cela!

Gardons espoir et faisons confiance à "Bastien" pour "transmettre le message d'urgence" à tous les enfants à venir qui sauront l'entendre et transmettre à leur tour.

Joli sujet, joliment traité avec simplicité, élégance et poésie dans ce poème classique parfait , d'une douce efficacité persuasive que j'ai eu le tort de laissé filer en EL.

Bravo, Boutet j'aime beaucoup.

   Polza   
11/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Il y a quelque chose qui bloque ma lecture, quelque chose que je ne comprends pas et ça me gêne… ça doit venir de moi, ce n’est pas nécessairement votre faute, il m’arrive de comprendre un passage 3 jours après (ou plus encore !)

 « Regarde autour de toi, petit, dans la futaie,
Après avoir suivi la lueur du sentier,
Comme une déchirure au tricot forestier,
Il t’offrira la grâce en écartant la haie. »

Je n’arrive pas à saisir ce que représente le « Il », s’il s’agit du sentier ou du tricot forestier, c’est sûrement logique pour vous, mais j’ai parfois une logique bizarre, alors ça me perturbe !

Une autre chose qui est bizarre chez moi (il y en a beaucoup !), c’est que j’ai du mal à me concentrer sur ce que je lis en général, cela me demande énormément d’attention parce que je me laisse très vite distraire et un mot, une phrase peut vite me faire penser à quelque chose qui n’a rien à voir…

Ici, c’est « en écartant la haie » qui m’a fait sortir de ma lecture. Cristale a écrit que j’avais le chic pour tuer le plus romantique des poèmes, elle n’avait pas tout à fait tort, j’ai pensé à Brigitte Lahaie, alors vous pensez bien que « en écartant la haie » a provoqué une vision chez moi des plus stupéfiantes et torrides et que je m’en veux énormément par rapport à vous et votre poème !

« Un poète reclus lui transmit ce mystère :
La forêt s’abandonne aux esprits attentifs. »

J’ai pensé à ce recueil de nouvelles (pas on meilleur bouquin) de Hermann Hesse « Le poète chinois »

« Hermann Hesse est-il un conteur, un romancier, un philosophe, un voyageur ou un pèlerin sur les chemins de la connaissance et de la vérité ?
À travers les pages de ce recueil, il s’engage et nous engage entre rêves, magie et méditations. Il écoute la voix secrète de celui qu’il nomme l’homme sage : « Ses paroles me rendent triste, moi, lecteur profane, et elles me désespèrent, car chacune d’elles possède cette force, cette éternelle jeunesse de l’enthousiasme et de la foi qui me remplissent de l’envie et du désir de retrouver le pays perdu. »
La marche vers ce pays perdu n’est que le chemin vers soi-même. »

« Tu pénètres un monde amène et fascinant »
« Un doux frémissement émane de l’écorce, »

J’ai bien aimé le « amène/émane »

J’ai regretté que le passage de la troisième à la quatrième strophe soit si soudain, qu’il n’y ait pas plus des strophes afin d’amener cette transition. j’aurais voulu en connaître un peu plus sur la relation entre l’enfant et le poète…

« Bastien sentit en lui vibrer des voix étranges,
Serment d’humanité qui le touchait au cœur : »

Le fait que l’enfant devenu adulte ait un prénom m’a dérangé dans ma lecture, je me suis dit qu’il doit y avoir un message caché que je n’ai pas saisi, pourquoi Bastien et pas Léon ou Victor ?

« Ce n’est point un babil pas plus qu’une chanson
Mais enfin contre lui je sens comme un frisson
Qui, de son désespoir, me procure la force.

Les bois sont dévastés par la brutalité, »

« chanson et frisson » étant à la rime, j’ai trouvé que « son désespoir » et « sont dévastés » faisaient peut-être un peu trop de sonorités en « son »…

« Aujourd’hui contre l’arbre, il se retourne et pense
Au verbe du poète, aux mots qu’il entendit, »

J’ai trouvé « Au verbe du poète » trop technique, j’aurais préféré une image plus poétique…

« Un enfant l’approcha, curieux, interdit,
Et Bastien lui transmit son message d’urgence. »

Il y a la continuité, a transmission d’un message précieux, presque sacré, pourtant, je n’ai que moyennement apprécié la fin, « son message d’urgence » je trouve qu’il y avait mieux à faire (mais ça n’engage que moi !).

Ce poème se lit comme un conte ou une fable avec une morale, l’intention ne peut être que louable et pourtant, j’ai légèrement été déçu par le traitement de ce dernier…

Si les bons sentiments sont là, je trouve que ça manque de puissance poétique ou d’émotion ou de je ne sais quoi, même si je trouve l’écriture de très bonne qualité…

Je précise au cas où que je n'ai pas tenu compte de Brigitte Lahaie dans ma notation, j'en ai totalement fait abstraction !

   Lariviere   
13/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Boutet,

J'ai bien aimé votre poème.

Le thème m'a plu et le message également, il me semble important, vu le peu de soins que nous apportons à la nature et à notre planète, par ces temps de grande convoitise sans frontière et sans limite.

Le choix de traitement pour ce poème écologiste, au bon sens du terme avec comme angle, la transmission au génération future, de façon intime par le biais du poète à l'enfant, sonne presque comme un petit conte naïf et m'a séduit également.

Sur la forme, je n'ai pas grande critique à faire. Les vers sont de bonnes factures. Le rythme est bon. Les images assez simples, sans grande fantaisie, sont évocatrices et agréables. Le tout est fluide et facilement communicable, c'est aussi le but...

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   Boutet   
14/7/2026

   Pussicat   
17/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Boutet,

j’arrive après vos remerciements, j’ai du retard dans mes lectures et plus.

Première impression :
j’aurais placé le 2ème quatrain en ouverture pour situer l’action, introduire les personnages, alors que vous ouvrez sur un dialogue dont le lecteur doit déterminer qui parle à qui. De plus : « Il t'offrira la grâce en écartant la haie. »  demande à comprendre que le pronom perso « il » est le sentier, il me semble.

Dans la Creuse oubliée et loin des bruits nocifs,
Le garçon s'étonnait des secrets de la Terre ;
Un poète reclus lui transmit ce mystère :
La forêt s'abandonne aux esprits attentifs.

« Regarde autour de toi, petit, dans la futaie,
Après avoir suivi la lueur du sentier,
Comme une déchirure au tricot forestier,
Il t'offrira la grâce en écartant la haie. »

dans le 3ème quatrain :

« N'as-tu donc pas compris qu'en franchissant l'orée
Tu pénètres un monde amène et fascinant
Où les oiseaux, les fleurs, les arbres frissonnant,
Murmurent à mon âme une langue éthérée. »

j’aurais aimé lire « Murmurent à TON âme une langue éthérée. » puisqu’il s’adresse à l’enfant, au novice, comme passeur, mais peut-être est-ce un biais de lecture de ma part.

Le 4ème quatrain est sans doute celui que j'ai le moins aimé, par sa construction peut-être:

« Contre un vieux chêne, un jour, les yeux fermés, sans peur,
Après avoir saisi de l'homme les échanges, (ce vers par exemple…)
Bastien sentit en lui vibrer des voix étranges,
Serment d 'humanité qui le touchait au cœur : » (pourquoi au cœur ? Vous évoquez des forces naturelles, c’est le corps tout entier qui est touché, non ? Ou encore un biais de lecture de ma part.)

Dans le 6ème quatrain, j’ai du mal avec « sublimité. »

« Les bois sont dévastés par la brutalité,
Et l'homme ne sait plus embrasser la Nature,
Il arrache, il déchire, altère et dénature
Celle qui le fit naître avec sublimité. »

Dans votre quatrain final, j’aurai mis un point après : « Au verbe du poète, aux mots qu'il entendit, »

« Aujourd'hui contre l'arbre, il se retourne et pense
Au verbe du poète, aux mots qu'il entendit,
Un enfant l'approcha, curieux, interdit,
Et Bastien lui transmit son message d'urgence. »

« Aujourd'hui contre l'arbre, il se retourne et pense », il se retourne sur son passé mais physiquement, puisque je le lis enserrant un arbre cela semble étrange de se retourner.

« Au verbe du poète, aux mots qu'il entendit, » le verbe entendre est faible quant au message transmis.

La fin m’est parue brutale :
« Un enfant l'approcha, curieux, interdit,
Et Bastien lui transmit son message d'urgence. »

J’ai bien aimé votre texte, son message.

A bientôt de vous lire


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