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Poésie classique
Boutet : Solitude
 Publié le 10/05/26  -  10 commentaires  -  756 caractères  -  108 lectures    Autres textes du même auteur

J’habite une ruine intérieure où le temps s’attarde à mourir.


Solitude



Passez votre chemin, chez moi c'est une impasse :
Se morfond à l'adresse une ombre qui trépasse,
Les badauds curieux, vous n'y verrez plus rien
Qu'un taudis habité par un vieux paroissien.

Le chien s'en est allé rejoindre sa maîtresse,
Je ne sais s'il mourut de spleen ou de vieillesse,
La volaille n'est plus captive de l'enclos,
On entend dans les murs dolences et sanglots.

Esseulé je ne suis que l'ombre de moi-même,
Un vieillard fatigué, sinistre et le teint blême
Dont le cœur se vouait à l'âme de ces lieux.

Depuis son grand sommeil, serein, j'attends la tombe :
Que mon vieux corps meurtri s'abandonne et succombe
Dans mon jardin à l'abandon… Et sans adieux !


 
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   Curwwod   
26/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Que sombre est ce poème où le locuteur exprime son désespoir lié à la disparition d'un être chéri :
"Le chien s'en est allé rejoindre sa maîtresse,
Depuis son grand sommeil, serein..." Ce spleen intense très "romantique" au sens du XIXe est un appel à sa propre mort envisagée comme la délivrance ultime de ses souffrances affectives et morales "Que mon vieux corps meurtri s'abandonne et succombe/ Le chien s'en est allé rejoindre sa maîtresse ,/ La volaille n'est plus captive de l'enclos,".
Tout est sombre, noir, déserté de toute vie et de tout amour :le lexique est expressif dans une tonalité funèbre (impasse, se morfond, taudis, mourir de spleen, dolences, sanglot, esseulé, j'attends la tombe, succombe...). L'atmosphère est créée et correspond totalement au sentiment d'un deuil, d'une absence irrémédiables. A titre personnel je pense qu'il eût été souhaitable que l'expression fût plus allusive, plus discrète pour permettre au lecteur d'entrer davantage en communion de sentiment avec le poète.
une belle écriture au demeurant qui semble respecter les règles rigoureuses du classique à l'exception de l'architecture du sonnet. (rimes suivies dans les quatrains)

   Luron   
27/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
La description de cette fin de vie est particulièrement poignante. Le mauvais état du "taudis" accompagne celui de la santé du "vieillard fatigué" cette "ombre qui trépasse" vivant dans une ruine intérieure comme le résume avec pertinence l'exergue. Chaque vers apporte une nouvelle touche à ce tableau plein d'une tristesse décrite avec une densité d'images et de métaphores. On devine en creux une retraite paisible et simple avec la "maitresse" dans une maison remplie de souvenirs, un enclos servant de poulailler, un chien fidèle, un jardin. Cet univers glisse vers une fin inéluctable.
Il y a des sujets plus gais certes mais il faut bien regarder les réalités en face. Ce poème le fait avec une touchante humanité.
La lecture est très fluide et nous entraîne en douceur dans ce glissement décrit avec une richesse de mots.

   Passant75   
27/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Le sonnet s’inscrit dans une poésie de tonalité des plus tristes, centrée sur la vieillesse, la perte et l’isolement. Dès le premier quatrain, le narrateur annonce une forme de retrait du monde, décrivant son lieu de vie comme une « une impasse » habitée par une « ombre qui trépasse ». Cette entrée en matière installe une atmosphère sombre et mortifère.

Le poème accumule ensuite des images de disparition, « Le chien s’en est allé », « dans mon jardin à l’abandon ». Cette énumération crée une cohérence thématique et renforce l’idée d’un monde vidé de toute vitalité.

Cependant, l’écriture paraît parfois assez convenue. Certaines expressions comme « vieux paroissien », « teint blême », « ombre de moi-même » ne paraissent guère originales, ce qui atténue la force émotionnelle du texte. La musicalité reste inégale et parfois monotone. Mais peut-être est-ce voulu comme l’est la respiration monocorde d’un vieillard qui s’en va !

Enfin, la chute, marquée par l’attente de la mort « sans adieux », conclut logiquement le poème mais sans véritable surprise poétique. Par ailleurs, le dernier vers ne me semble guère relever du registre de la poésie classique.

   LeChevalier   
10/5/2026
Mais pourquoi vouloir tout mettre dans le moule d'un sonnet ? Pour le coup, c'est un drôle de sonnet, avec ses quatre rimes suivies au début. C'est la pire forme que puisse prendre un quatrain car il n'y a pas d'attente. En plus, les rimes ne sont pas quadruples et cela rend le lien avec le sonnet encore plus artificiel.

Pour le fond, je trouve le propos d'une tristesse infinie. L'auteur se complaît à décrire la solitude d'une personne qui s'en prévaut presque avec orgueil. Une remise en question, la recherche d'une issue auraient rendu le poème beaucoup plus agréable et profond.

   Ornicar   
30/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
"J’habite une ruine intérieure où le temps s’attarde à mourir."
Hé ben !... Te voilà donc prévenu intrépide lecteur ! Pas sûr d'ailleurs qu'ils soient nombreux à vouloir se précipiter sur ce texte. Qu'importe. Je ne passerai pas mon chemin. Au contraire. Inconscient (ou maso) que je suis, je me hasarde et m'attarde dans cette "impasse".

Question accablements en tout genre, j'en ai pour mon argent et suis copieusement servi. Le narrateur a vraiment tout perdu : sa femme (ou sa compagne) jusqu'à son chien (son compagnon) qui l'a suivie de peu. Même les poules au fond du jardin se sont fait la malle. Tout va et tout s'en va à vau-l'eau et c'est pas beau à voir. Mais reste-t-il encore quelquechose à voir pour des "badauds curieux" quand le narrateur se définit lui-même comme "une ombre qui trépasse" au vers 2 et qu'il n'est plus "que l'ombre de [lui]-même" au vers 9 ?
Comble de malheur, au casino de la vie, il est déjà minuit moins dix et ne peut donc espérer se refaire puisque c'est "un vieillard fatigué" (vers 10) au "vieux corps meurtri" (vers 13). N'en jetez plus.

Là se niche sans doute la raison pour laquelle je ne suis pas emballé par ce poème et n'adhère "qu'un tout petit peu" à son esthétique. Non que ce soit mal écrit. L'écriture n'est pas en cause. C'est plutôt la couleur, la tonalité d'ensemble qui me gêne, ce ton plaintif et geignard dans lequel je ne peux m'empêcher de déceler une forme d'auto-complaisance victimaire. Certes, c'est un genre en soi mais j'ai le sentiment que le texte en fait trop dans ce registre. La décrépitude des lieux et celle, physique et morale, du narrateur sont comme "surexposées" à nos regards indiscrets par la reprise ou la répétition - sans doute volontaire - des mêmes termes ou de termes voisins : "ombre" (vers 2 et 9) ; "vieux" (vers 4 et 13) plus "vieillard" (vers 10) ; "abandonne" et "abandon" (vers 13 et 14).

Le choix de la thématique du malheur n'est pas non plus en cause. Beaucoup de poètes y ont succombé avec bonheur et succès. Mais ils l'habillaient alors de couleurs et d'éclats insoupçonnés. Aussi, sous cet aspect, j'apprécie davantage les derniers mots rehaussés d'un point d'exclamation bienvenu : "Et sans adieux !" J'ai l'impression qu'en redressant la tête, le narrateur insuffle un semblant de couleur et de vigueur à ce poème que je trouve un peu terne et gris.
Décidément, la poésie est un sport de combat.

Ornicar

   Polza   
2/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Alors là c’est quelque chose, la personne qui a écrit ce sonnet s’y connaît en poésie.

Des rimes consonantes dans les deux quatrains, mais volontairement (je pense) pas en AA/BB/AA/BB, mais en AA/BB/CC/DD…

suivies forcément par des rimes en EE pour finir en rimes embrassées FGGF…

J’ai beaucoup apprécié cette volonté de s’affranchir des règles académiques et de créer sa propre conception du rythme et des rimes…

J’analyse…

« Qu’un taudis habité par un vieux paroissien. »

J’imagine qu’il faut comprendre paroissien dans le sens homme quelconque et non pas au sens religieux…

« Le chien s’en est allé rejoindre sa maîtresse, »

Dans ce vers, je pense qu’il ne faut pas prendre le chien comme animal, mais comme un amant (ce chien) qui a fait cocu le narrateur et s’en est allé rejoindre sa maîtresse (la femme qui vivait avec le narrateur)…

« La volaille n’est plus captive de l’enclos,
On entend dans les murs dolences et sanglots. »

J’imagine encore qu’il ne faut pas prendre la volaille comme un animal, mais comme Femme facile, prostituée.

Dolences est un mot rare, mais bien utilisé dans ce contexte je trouve…

« Depuis son grand sommeil »

le grand sommeil du cœur meurtri, j’imagine…

« Dans mon jardin à l’abandon… Et sans adieux ! »

Pour ne pas citer Michèle Aquien, « Enfin, il est devenu très courant que la césure médiane finisse par ne plus correspondre du tout à aucune marque linguistique, et passe à l’intérieur d’un mot… exemple : “Les Exilés” de Banville :

« où je filais pensi/vement la blanche laine, »

J’ai vraiment apprécié la solitude d’un vieil homme en fin de vie, empli de désillusions, qui attend la mort, mais ne la provoque pas pour autant…

   Cristale   
10/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un poème très gai, une joyeuseté du genre qui vous donne envie de vivre (ou de mourir) après la lecture.

Sérieusement, les propos de cette ombre surgie du premier quatrain invitent à rebrousser chemin mais la curiosité étant plus forte, c'est un jardin de désolation qui colore de gris le tableau du deuxième quatrain.

Et ce n'est pas fini, le personnage principal, comme suspendu au fil ténu de la survie, ressemble au penseur de Rodin, en plus désespéré au premier tercet et ses pensées mortifères, au dernier tercet, semblent vouloir clore le couvercle du cercueil de son poème. L'image "Le cri" de Munch hante l'esprit des lieux.

C'est très bien fait, bien écrit, bien décrit. Un sonnet dit "irrégulier", accepté en classique, dont la chute finalise l'histoire sur le rythme apnéique du trimètre.

Un plaisir de sinistrose.

"s'abandonne" et "à l'abandon" sur deux vers se suivant est-il voulu pour accentuer et fusionner la désolation spirituelle et environnementale ?

Cristale
En E.L.

Edit : revenue compléter le commentaire

   Provencao   
10/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Boutet,

J'ai beaucoup, beaucoup aimé votre poésie.
Vous avez su, à mon sens, vous taire juste à temps...d'où cette Solitude.

Vous avez fort bien réussi à saisir d'instinct, mais assurément ce qui, est précieux et honnête pour émouvoir l'imagination. Dès lors, mon évasion va où vous voulez qu'elle aille, même par où vous la voulez, mais à votre façon.
Votre poésie n'est pas encaissée entre l'ombre de vous-même, mais elle se trouve en ce coeur vouait à l'àme de ces lieux. Votre poème est libre d'attendre la tombe, dans un corps meurtri ..

J'ai beaucoup aimé ce fil conducteur, qui nous indique la direction suivant laquelle ce fil doit agir, avec, par ci par là, quelques points de repère.

En un mot....et par magie , moi lectrice, dans cette imagination je me suis laissée porter par votre création.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Robot   
10/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Cette solitude inscrite dans ce sonnet de belles manière utilise de bonnes rimes pour marquer ce déclin.
Le narrateur se vouait à ces lieux mais la solitude l'a épuisé. Ceci est une impasse. Il a renoncé et accepté son sort. Une solitude bien exprimée et assumée.
Le dernier vers dont le rythme change par rapport au précédent est une excellente idée pour exprimer le prolongement de cette lassitude.

   EtienneNorvins   
10/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime un peu
D’un côté, on regrette que le titre choisi ne soit pas quelque chose comme « Élugubrations » pour suggérer une prise de distance ironique – mais non : quatorze vers qui semblent interminables, tant chacun d’eux remet auto-complaisamment une pièce dans la machine à lamento – à tel point que le chagrin semble à son tour n’être qu’un prétexte pour polir un sonnet.
De l’autre, sous le maniérisme affleure ça et là une douleur vraie, notamment dans les tercets, qui détourne du sentiment premier que l’auteur ne s’adonne qu’à un exercice de style.


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