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Poésie contemporaine
Castelmore : Le loup et le lion
 Publié le 02/12/18  -  7 commentaires  -  2805 caractères  -  95 lectures    Autres textes du même auteur

Hommage aux créateurs de Blue Note, le plus grand label de Jazz qui ait jamais existé.


Le loup et le lion



L'un avait du loup la démarche légère
La présence discrète et le regard inquiet
Et, pour moins apparaître, du gris toujours portait.

L’autre avait du lion une démarche altière
La présence solaire et le regard très haut,
Ajoutant en crinière un immense chapeau.

L'un cherchait sa place,
Sautillant çà et là pour mieux voir,
L'autre l'alla trouver
À Harlem près de Jazz, pour le mieux écouter.

Et le loup vint s'asseoir près du lion son ami.*
Là commence l'histoire, où la fable finit...

Dans un temps où l'Europe de Goethe et de Wagner
Ferme oreilles et cœur aux cris du genre humain,
Une musique libre s'élance dans les airs.

Chœurs et tambours d'Afrique lui donnent son tempo,
Mélopée lancinante sur terre d'Amérique,
Où les pleurs des esclaves lui écrivent ses mots.

Et la plainte s'arrête !
Emportée par la vie, elle se fait soul et blues.
Et le rythme accélère !
Cuivres et claviers fous inventent swing et groove.

Et le Jazz était là, condamné à la lèpre
D'une basse naissance, d'une musique nègre.

Le lion vient à la lutte de ses frères africains,
Il creuse pour leurs bands tant de sillons vinyle,
Qu'aujourd'hui, grâce à lui, Jazz est américain.

Quand l'œil du loup s'aiguise, il shoote les visages
De ces musiciens noirs en pleine liberté,
Qui de leurs albums illustrent l'emballage.*

Et Blue Note nous chante cette musique sauvage
Du cœur, des mains, des pieds d'un peuple opprimé,
La tête longtemps baissée et le corps à l'ouvrage,
Qui swingue toujours bleu.

Et qui peut séparer étendard et combat,
Rêves de Luther King, et Jazz joué en rythme
À l'oreille d'un schwoïng sous l’œil d'un Leica ?*
La liberté en hymne !

Loup et Lion sont partis.
Dans mon cœur ils gambadent, et dansent un pas léger.
L'un regarde, l'autre écoute.
De bien belles vertus chez ces deux carnassiers,
Qu'on aimerait humaines,

Si elles n'étaient, à jamais, animales...




(*) Alfred Lion et Francis Wolff, juifs allemands, amis d'enfance, quittent l'un après l'autre
l'Allemagne nazie et fondent Blue Note Records en 1939. Francis Wolff était photographe
(wolf signifie loup en allemand). "Schwoing" à prononcer "chvo-ing" : swing avec l'accent
berlinois d'Alfred Lion.




 
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   PIZZICATO   
2/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Que voici un sujet inhabituel !
L'histoire de ce label qui a vu et entendu jouer des musiciens parmi les plus grands noms immortels du jazz.
Lion et Wolf voulaient que toutes les oeuvres enregistrées s'apparentent au blues - allusion dans la strophe 6 -

" L'un regarde, l'autre écoute.
De bien belles vertus chez ces deux carnassiers,
Qu'on aimerait humaines,

Si elles n'étaient, à jamais, animales... " J'aime beaucoup cette chute.

Evidemment, je ne pouvais qu'apprécier ce texte...

   Robot   
2/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette approche de ces deux inventeurs sous la forme présentée ici est inattendue et la présentation du Loup et du Lion a le mérite de sortir cet hommage du lot commun des éloges.

L'élargissement du récit aux origines du Jazz dans une écriture ou la poésie est apparente, conforte le plaisir que j'ai eu, que j'ai à lire et relire ce texte.

Le libre versifié est un excellent choix pour ce type de récit.

J'ai passé un bon moment - Merci.

   Corto   
2/12/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Du grand art que ce poème ! Les 4 premières strophes (la fable) sont charmantes dans leurs descriptions et mettent bien en place les personnages.
Puis commence l'histoire aussi très bien introduite: "Dans un temps où l'Europe de Goethe et de Wagner/Ferme oreilles et cœur aux cris du genre humain,/Une musique libre s'élance dans les airs." On y perçoit l'oppression nazie qui faite taire ses génies, mais la musique libre réussit à s'infiltrer, peut-être avant-garde du rapport de force définitif.
Cette musique est partie intégrante de la vie du peuple "Et qui peut séparer étendard et combat,/ Rêves de Luther King, et Jazz joué en rythme".
Une belle construction harmonieuse entre fantaisie et réel.
Bravo.

   Carmiquel   
3/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
D’excellentes formules sur le Jazz ! La thèse que l’Europe, à cause ou malgré Goethe et Wagner et d’autres dans leur sillage, s’est écartée de l’Art vrai ( ici la Musique) et du souci de l’humain (formalisme, élitisme …) est bien sentie. D’où notre problème , à nous qui ne sommes pas Américains / musiciens mais écrivains / poêtes : comment chanter la modernité autrement qu’avec le vieil alexandrin (et consorts) . Comment faire entendre en notre langue la « blue note » ? Le slam ? Mmmm… Et quoi d’autre ? À vos calames…

   plumette   
3/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très bel hommage à ce label et au jazz, dans un poème bien rythmé.
Je pense que je me souviendrais du Loup et du Lion grâce à cette histoire, dans sa forme rimée, qui est bien plus qu'une anecdote.

Bravo

Plumette

   Klingsohr   
4/12/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Sans dire que je fus emballé par vos vers, qui manquent à mes yeux d'harmonie, s'ils ne manquent pas de fermeté, j'ai pris plaisir à votre récit, original, déployé avec efficacité et clarté, qui mérite plus de lectures qu'il n'en a eu présentement.

Je serai à l'occasion curieux de lire vos proses, j'ai l'intuition que vous pourriez y déployer peut-être davantage vos qualités.

   Palrider   
9/12/2018
 a aimé ce texte 
Pas ↓
Toujours dans la même veine, ça ne provoque pas d’emotion, c’est plat, c’est tristounet...


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