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Poésie contemporaine
Charivari : Espalda mojada
 Publié le 28/12/20  -  5 commentaires  -  617 caractères  -  123 lectures    Autres textes du même auteur

Un « Espalda mojada » (Wetback en anglais), c'est un migrant irrégulier, venu de Cuba ou du Mexique par la mer.

Jusqu'en 2017, la loi des « pieds secs, pieds mouillés » s'appliquait aux États-Unis pour les migrants cubains. S'ils foulaient le sol nord-américain, ils ne pouvaient pas être expulsés, par contre si leurs pieds étaient encore mouillés, cela voulait dire qu'ils avaient été interceptés en mer.


Espalda mojada



« Espalda mojada » qui crame à Miami
La poussière éventée du rêve américain,
À l’envers des sunlights du clinquant paradis,
Tu craches un peu de crack dans l’air céruléen.

Sur les murs des buildings tu vois des astronautes
Qui plantent la bannière étoilée dans la nuit,
Sur la vague mourante, au large, un radeau flotte,
Charriant des miséreux vers les États-Unis.

Comme un zombi transi sortirait de sa tombe,
Tu traînes tes os noirs au-delà du ghetto,
Jusqu’à Miami Beach où, dans le soir qui tombe,
Tu devines Cuba qui sombre dans les eaux.


 
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   socque   
13/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je connaissais le mot « wetback » mais de manière vague, pas sa définition exacte. En espagnol l'expression est nettement plus harmonieuse... Plus certainement que le sort des migrants.

Je trouve votre poème d'une belle efficacité, percutant. J'ai particulièrement apprécié l'irruption du mot « céruléen » dans cet univers sordide, un contraste qui donne encore plus de force selon moi, et les os noirs.

Mon bémol serait sur les rimes, au vu de la catégorie dans laquelle vous avez choisi de présenter votre poème : il y en a plusieurs de pauvres je crois, et astronautes/flotte ça le fait pas (« o » fermé vs. « o » ouvert ; flotte rime avec pote ou botte ou sotte, astronaute avec côte). Par ailleurs, le vers
Tu craches un peu de crack dans l’air céruléen
comporte treize syllabes.

   Donaldo75   
19/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ah, l'Amérique, comme le chantait Joe Dassin...
J'ai bien aimé l'exergue parce qu'il m'apprend des choses et moi j'aime apprendre, surtout quand il s'agit du pays le plus riche du monde, de celui qui en est devenu le centre depuis l'après-guerre, se fabrique des ennemis imaginaires pour conserver sa vigueur belliqueuse, considère le reste du monde comme négligeable mais fascine encore beaucoup. Et cette fascination, plus la merde dans laquelle se trouvent les migrants dans leur propre pays où des malades mentaux imposent un régime politique délirant, où la police fricote avec les malfrats, où la vie humaine ne vaut pas un peso, amène ces pauvres êtres humains à prendre des risques inconsidérés juste pour se trouver quelques minutes dans ce qui ressemble au paradis. Ressemble, dis-je, car nul pays riche n'est un paradis pour un pauvre et nul besoin d'un doctorat sur le marxisme pour s'en rendre compte. Tout ceci pour dire que ce poème tape fort et juste sur ce rêve américain, cette Floride rêvée mais en réalité bien sale et inhumaine, cette ghettoïsation de pauvres rêveurs qui ont voulu échapper à l'enfer et se sont retrouvés au purgatoire.

Bravo, mille bravissimos. Réfléchir, c'est ce que la poésie permet quand elle ne reste pas autocentrée sur la forme, les règles, j'en passe et des considérations plus ennuyeuses.

   papipoete   
28/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Charivari
le rêve d'un jour meilleur de l'autre côté de la frontière, fait oser franchir barbelés, et terres dans la ligne de mire des shérifs assermentés ; et puis la réalité du mal-aimé te colle aux basques, et sur les plages abandonnées, des regards se tournent au-delà de la mer, du côté de Cuba...
NB il fut des paradis sur terre où étant les premiers arrivés, ces découvreurs touchaient au bonheur.
Ils se font rares ces endroits, et l'Amérique du blond peroxydé n'est-elle pas devenue l'enfer pour les pauvres rêveurs d'ailleurs ?
la dernière strophe brûle comme le sel sur une plaie !

   Davide   
28/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Charivari,

Dans ma lecture, j'ai d'abord été surpris par l'air "céruléen", un mot poétique dont le sens m'est apparu comme très ironique, presque une antiphrase. Car la poésie édénique du mot s'oppose à la familiarité du vocabulaire et au pathétique de la scène, de la triste réalité. On ne peut pas le nier, dans ce poème, les mots claquent, ils caressent à rebrousse-poil : eh oui, le "crack" se "crache" à l'envers des "sunlights du clinquant paradis" ! ;)

Première puissance mondiale, cet immense pays aime à ce que l'on érige son drapeau, sa superbe bannière étoilée (belle périphrase au demeurant, métaphorisée par la présence du mot "astronautes", justement). En fait, cette image m'évoque, avec l'humour qu'il faut, la conquête spatiale l'ayant opposé à l'URSS : et si l'on parle effectivement "d'astronautes" aux Etats-Unis, on parlera de "cosmonautes" en Russie (et de "spationautes" en France). Bien sûr, les "astronautes" du poème ne sont pas sur la Lune, ils ont les pieds dans leur pays, et ils défendent bec et ongles leur appartenance.

J'ai beaucoup aimé également la manière dont le drame de la migration est dilué dans les vers, le ton de la fatalité y est à peine visible, comme en litote : la "vague mourante" et son double-sens, superbe, de même que "Cuba qui sombre dans les eaux" (n'est-ce pas la douleur de tout un pays qui crie, un pays minuscule, grain de poussière, dans l'ombre de ce géant économique ?), enfin la rime "tombe"/"tombe", évoquant si bien l'errance et les désillusions de "l'espalda mojada" auquel s'adresse le locuteur.

Ah, et ces "os noirs", une image frappante, hurlante même, et qui me rappelle cet extrait de chanson, signé Nougaro :

"Armstrong, un jour, tôt ou tard,
On n'est que des os...
Est ce que les tiens seront noirs ?
Ce serait rigolo"

Avant de finir, j'oserai une petit remarque grammaticale : le vers 1 n'étant pas conclu par une virgule, le vers 2 se comprend, tout naturellement, comme le COD du verbe "cramer", alors qu'on l'imaginerait mieux caractériser la ville de Miami. Mais ce n'est qu'un détail, car les deux versions ont, de toute façon, une belle portée dramatique...

Un poème pudique et touchant de justesse. Un beau moment de lecture, vraiment.

   hersen   
28/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime ce poème que tu sais nous situer par un vocabulaire tout à fait adapté.
la poussière éventée du rêve américain retombe très vite, et très cruellement souvent.
La deuxième strophe est celle qui, pour moi percute le plus : on refuse les espaldas mojadas tandis qu'on n'a de cesse, à grand renfort de $, de chercher à envahir des planètes qui, après tout, ne sont pas nôtres.

Un monde incapable de prendre soins de ses habitants et qui va étendre son gâchis ailleurs.

Tandis que Cuba sombre...

merci de cette lecture !


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