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Poésie en prose
Colinede : Chant de marin
 Publié le 13/11/09  -  9 commentaires  -  1415 caractères  -  148 lectures    Autres textes du même auteur

En écoutant Billy Budd...


Chant de marin



Te lire, c'est descendre dans la soute et à l'instant d'aveuglement, regarder le ciel par un interstice, les étoiles en apnée


Quand mes paumes brûlées s'appliquent aux lampadaires, parmi les vapeurs sales

quand la pisse des chiens fauves s'écoule vers la mer, j'ai des démangeaisons, des clous rouillés profonds, le cœur gratté à blanc, toute blessure salée

J'ai pas cherché ça, tu sais.

Ouest.

La houle est longue et tu sourds de moi comme la buée des lessives, du linge des femmes, des longs draps pâles, pendus dans les haubans.

Je voudrais arracher l'aube avec la chemise
coller mes dents sur mon sourire, dégrafer de mes yeux le regard bleu enfant

Nu, dressé droit contre le ciel poli

Chanter sanglant, rire.



Des bars sortirait la marée ; par moment on croirait voir les mouvements internes de courants sous-marins,

mais rien d'autre qu'une velléité,

non, rien d'autre.

J'ai pas voulu ça, tu sais.

Ça sort de moi comme si j'étais ta source.

À coup de trouilles tu me repasses l'âme, tu crames mes faux plis, tu saccages mes airs amidonnés

mais t'es pas là, t'es pas là…

Un arc-en-ciel de pétrole surnage, psychédélique

Mais t'es pas là

Et j'ai les mains si creuses.


 
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   jaimme   
13/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Alors je ne parle pas de la disposition...

Je trouve ce texte d'une force immense, en adéquation avec mon humeur en plus. "j'ai les mains si creuses"...
Le seul moment d'arrêt a été: "par moment on croirait voir"; rien à enlever du reste.
Merci Colinede, de mettre des mots sur ce qui est si dur à vivre.

   Lapsus   
13/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Comme il est désespéré ce chant de marin qui pleure après sa bien-aimée.
Au-delà du travail exténuant et sale, il la porte en lui mêlée aux souvenirs des tâches rassurantes d'une maison bien tenue.

Des expressions qui font mouche :
"Te lire, c'est descendre dans la soute et à l'instant d'aveuglement, regarder le ciel par un interstice, les étoiles en apnée "
Dans son enfer marin, c'est un moment étriqué de lumière.

"Ça sort de moi comme si j'étais ta source. "
L'image projetée, lancinante, prend l'ascendant sur la réalité de la personne fantasmée.

"Mais t'es pas là
Et j'ai les mains si creuses."
Un retour d'image sur les paumes brûlées, mais aussi la constatation évidente du manque et du vide affirmée tout au long du texte.

   Anonyme   
14/11/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai trouvé l'ensemble original et percutant, j'ai bien aimé lire.
"arracher l'aube avec la chemise" me semble être une bonne idée, à essayer. De la poésie qui me parle bien. De la "liberté" entre ces lignes.

   Automnale   
15/11/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
Il est tout simplement magnifique ce "Chant de marin". Son couplet oscille entre le vrai, le cru, un monde dur. Son refrain, lui, apporte du rêve, un peu de douceur et de bleu. Au milieu du charivari, nous entendons le cri d'un humain.

C'est un grand moment que celui de descendre dans la soute, de "regarder le ciel par un interstice" et de naviguer sur les mots de Colline fourmillant d'images poétiques : les paumes brûlées, les longs draps pâles dans les haubans, la marée qui sortirait des bars... Et cette jolie trouvaille : "Dégrafer de mes yeux le regard bleu enfant".

L'auteure sait saupoudrer cette "chanson" de mots plus forts en évoquant, en connaisseuse, les vapeurs sales, la pisse des chiens fauves s'écoulant vers la mer, un arc-en-ciel de pétrole.

Et le marin crie, de tout son être... "J'ai pas voulu ça, tu sais... Mais t'es pas là, t'es pas là... Et j'ai les mains si creuses".

Voilà un texte de toute beauté, à lire et à relire, digne des plus grands auteurs. Je pense, par exemple, à l'univers de Blaise Cendrars.

Merci, Colline. J'ai entendu ce chant de marin.

   Chene   
15/11/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Bonjour Collinede

Une prose aux mots très forts sur le vide des "mains creuses", sur le vide à la sortie des bars du port.
La lecture est cependant contrariée par la variabilité de la ponctuation. Et si j'ai beaucoup apprécié la portée des mots, ma lecture a été gênée par l"absence ou la présence partielle de cette ponctuation. Le rythme s'en ressent (et d'autant plus pour "un chant de marin").
Mon avis tout à fait personnel : ou bien on s'attache à la ponctuation et on l'adopte sur tout le poème en prose ou alors on fait le choix de n'en pas mettre. D'où mon appréciation mitigée.
Dommage, donc... Peut-être l'auteur complètera son choix de façon plus évidente, je l'espère.
Au plaisir d'une autre lecture.
Chene

   LiliBellule   
21/11/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Le style me plaît beaucoup, excepté la ponctuation, par toujours adéquate ou manquante elle m'a gênée à la lecture.

Sinon, la profondeur du manque est palpable, plus profond encore dans ce désir pour le marin de partager avec l'absent son monde.
Un trop plein à partager avec le vide...

Heureuse de te lire.

   Anonyme   
17/12/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
l'écorché vif, oui, ses blessures intérieures je les ressents et me touchent à travers tes vers. Un poème aux images magnifiques, bruts, écorchés, c'est le genre de texte que j'aime lire, qui me fait vibrer, c'est tout en sensibilité, loin d'être guimauve.
Seul hic "et tu sourds de moi..."je ne comprends pas, je suis resté bloquée sur ces vers, mais ça n'a pas d'importance.
Force et sensibilité se mêlent à merveille ici.
Une réussite.

   Lunastrelle   
13/5/2010
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel -
Je crois bien que je me suis noyée... Tout bonnement et simplement... Et il en faut beaucoup pour produire un pareil effet sur moi... C'est vraiment une prose magnifique, qui m'a ébranlée du fond du coeur...
Dès les premiers mots cependant, j'ai eu peur de ne pas accrocher. Et cette peur m'a quittée lorsque je suis arrivée à ce passage là:
"Quand mes paumes brûlées s'appliquent aux lampadaires, parmi les vapeurs sales"
Sans vouloir exagérer, ce poème sublime le laid en beauté, et ça c'est tout à fait extraordinaire... Je suis particulièrement friande de ces textes là...
Quant au rythme, quand au reste... Rien ne m'a bloquée, rien ne m'a retenue...
J'ai tenté du mieux que possible d'exprimer ce que j'avais ressenti, mais mes mots sont bien faibles face à ce qu'il s'est réellement passé à la lecture...
Bravo en tout cas!

   chienbrun   
7/7/2010
Tout est la. Tout est dit. C'est brut beau et doux. Comme une plume qui pourrait vous fracasser le crane.
Il ne me reste qu'a garder ces mots en moi aussi longtemps que possible.

 

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