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Poésie en prose
Cyclid : Entracte
 Publié le 05/01/09  -  15 commentaires  -  3082 caractères  -  87 lectures    Autres textes du même auteur

La misère fouille dans le gris des trottoirs et déniche parfois un bout de ciel bleu... Fugace.


Entracte



Décembre glisse dans la rame de métro.
Je suis paumé.
Cela fait longtemps déjà que je ne demande plus mon chemin.
Je préfère m’égarer dans mes rêves et veillées,
Allongé à plat ventre sur mon banc.
Est-ce que je fais semblant de vivre ?
Je bouge mes doigts crasseux.
On dirait bien.
Je replie mon sac à dos.
Les relents d’hier soir remontent le cours de ma mémoire,
Longue escale dans mes narines…
Navigation acide, brouillard épais,
Je flotte à vue basse sur gueule de bois.
Je traîne mon jean usé et ma tronche défectueuse.
Marseille se dérobe sous mes chaussures pelées.

Sur le trottoir d’en face cette fille qui attend,
Ses lèvres enroulées dans un rouge cerise,
Son cou pris dans une écharpe blanche.
Le désir à l’affût, je m’arrête sur les intonations lascives de ses courbes.
Une silhouette à découper,
Selon les pointillés dessinés par les battements de mon sexe.

Je traverse.
Je veux renifler le parfum matinal de cette fleur de ruelle.
Envie de la croquer jusqu’à la racine.
Être le caillou de gouttière qui dresse un barrage

Entre elle et le reste du monde.

Elle me jette un regard, un air d’indifférence dans l’œil.
Pour le lui ôter, je soufflerai bien dessus mon haleine chargée des excès de la rue,
Mais elle semble si légère qu’elle pourrait s’envoler.
Je veux la garder sous les yeux.
Elle est à moi.


Je me rapproche pour mieux voir.
Du poteau où je suis adossé, le panorama est grandiose.
Je ne m’en lasse pas.
Je poursuis mon manège.
« La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur »
En attendant la mienne fait le tour de ses seins.

Je voyage entre les lignes de son relief,
J’ai appris à lire au moins jusqu’au terminus :
Une chute de rein remarquable...
Et pas de quoi lui payer un café au bistrot du coin.

La galère me fait les poches jusque dans les moments les plus inattendus.

Elle me sourit…
Pour moi c’est comme si elle avait accouché d’un arc-en-ciel,
Là juste à mes pieds.
Oui M’sieur, dame, tout comme !

Je m’avance, elle aussi…

Derrière moi, cette voix grave qui m’assomme.

«Bonjour toi… »

Son sourire s’agrandit.
Elle passe à côté de mes espoirs débraillés.
Sans me voir…
Elle se jette dans les bras d’un costard impeccable,
Longuement étuvé à l’after-shave.

Un coulis épais se déverse sur moi. Mélange de décharge et d’âme pâteuse.
Tout-à-l'égout et maléfices.
J’aurai voulu goûter sa bouche.

Je descends de mon nuage,
Cette fois l’étoile s’éloigne d’un peu plus près.

Je rôde encore un peu pour retrouver son odeur. Évaporée.
La crasse partout, sur les trottoirs, les murs, sous moi, en moi.
Le cœur poisseux, je reprends le spectacle de la ville là où il s’est arrêté.

Fin de l’entracte.


©yclidˇ


 
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   Anonyme   
5/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime beaucoup ce texte mais je suis trop fainéant pour un comm' éloquent et argumenté ! ;-)

   Anonyme   
5/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime cette écriture à vif et sans concessions. J'apprécie le thème abordé.
"fin de l'entracte" pour clore ce poème, très bien.
Une remarque: la mise en page me fait plus penser à un poème en vers libres qu'a un poème en prose.

   Anonyme   
5/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Une très belle naration (qui explique le classement en poésie en prose) et une belle écriture à vif et sur le vif. Merci j'ai apprécié

   Anonyme   
5/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Comme une petite escale lubrico-récréative.
Très bien narré. Un chapelet d'odeurs et de sensations.
Désespéré. Pourtant le désir est là. Donc espoir.

   Ephemere   
5/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai apprécié ce texte assez poétique, plein d'expressions magnifiques : Ses lèvres enroulées dans un rouge cerise, cette fleur de ruelle... même si je préfère la poésie rimée et rythmée, c'est dire !
FMR

   David   
6/1/2009
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour Cyclid,

J'attend plus d'une prose, c'est un moment de vie, un court récit mais ça n'interpelle pas l'imagination, ça donne tous les repères. Ce n'est pas sans poésie ni déplaisant à lire, mais je l'évalue par rapport à d'autres que j'ai apprécié.

   xuanvincent   
7/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai apprécié ce texte, que j'ai lu d'une traite en dépit de sa relative longueur et ai trouvé bien écrit.

   melonels   
14/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Poète de la rue, merci.
J'ai particulièrement apprécié la formule "reves et veillées", mais j'ai surtout aimé tout le texte. Loin des phrases pompeuses, du petit doigt levé de la poésie traditionnelle, les mots de celui qui vit la rue (ou de celui qui prend sa place durant quelques lignes) sont tout autant imagés et savent vous prendre le coeur.
Ce texte est amour ; le sentiment amoureux de cet homme et amour de cet homme par le lecteur.
Félicitations.

   Pistodrake   
20/1/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai bien aimé, ce ne doit pas être facile de rendre un moment magique pour quelqu'un perdu dans ce monde cruel, et c'est d'autant plus méritoire d'en rendre également le côté mal dégrossi et vulgaire sans jugement de manière poétique.
Ce poème n'est bien sûr pas extraordinaire et ne vise pas a l'être je pense, mais s'insère parfaitement dans son thème et sa simplicité a mon avis et c'est ça qui en fait la qualité.

   FIACRE   
21/1/2009
d'un coup d'un seul, le poignard dans l'âme !

   jasmin   
6/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beancoup apprécié , très très bien écrit.
Décembre glisse dans la rame de métro.
Bravo !

   Anonyme   
28/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très bien

   colibam   
28/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le regard poétique et désabusé d'un atome égaré du bitume. Même hors circuit et affublé du sceau de l'indifférence, le coeur continu à palpiter, comme une braise prête à réchauffer le corps et l'âme... en vain.

La fin tombe et claque comme un rideau metallique, à l'unisson du texte, que j'ai adoré.

Plusieurs formulations m'ont fait craquer :
les fleurs de ruelles, c'est simple comme tout mais je trouve ça sublime !
Le caillou de gouttière,
décembre glisse dans la rame de métro
la galère me fait les poches
je préfère m'égarer dans mes rêves et veillées
ses lèvres enroulées dans un rouge cerise

J'aurai juste remplacé intonations lascives par incitations lascives.

   Lunastrelle   
30/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une prose qui m'a déstabilisée, je ne suis pas habituée à la lire comme ça... Mais dans l'ensemble c'est tout de même assez bien mené, bien que je n'accroche pas au style^^. Cela ne m'empêche pas d'y voir un travail très honorable, ainsi que de beaux instants et une belle qualité des vers ;).


Je dirais qu'il y a trois temps, à ton récit, assez bien distincts, et plusieurs mélanges au niveau du langage et du registre... Après, peut-être que je me trompe!

   Anonyme   
19/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je vous ai lu et relu, ce n'est pas de la poésie, mais plutôt une nouvelle, fort bien écrite, tous ces détails d'émotions m'ont touché.

Il y a des arrêts sur images qui vous bousculent, le décor s'installe avec lui les odeurs, les couleurs intérieures et extérieures des personnages, un rêve un instant prend forme puis aussitôt s'estompe, l'illusion d'un moment nous est brossée avec maestria, l'action se déroule, vive, intense en chaque mots posés.

Vous avez su sublimé ces moments, cette rencontre au travers de cet écrit, cet homme sait encore rêver, espérer, avoir des désirs, quelque part au fond il est encore un être humain, l'espace d'un moment. Texte prenant et captivant, je suis rentré de plein pieds, dans la vie de cet homme de la rue, qui peu à peu l'avale.

A vous les mots de la fin, de cette scène de vie, peut-on dire "chienne de vie" ...

" Je rôde encore un peu pour retrouver son odeur. Évaporée.
La crasse partout, sur les trottoirs, les murs, sous moi, en moi.
Le cœur poisseux, je reprends le spectacle de la ville là où il s’est arrêté.

Fin de l’entracte. "


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