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Récit poétique
Cyrill : Hormis ce paradis
 Publié le 16/01/22  -  9 commentaires  -  2738 caractères  -  164 lectures    Autres textes du même auteur

Souvenirs de Paimpol.


Hormis ce paradis



Je m’appelle Paul et je suis seul et sans boussole dans cet hiver interminable.
Le froid comme un pinçon a congelé mon cœur minable.
Je m’appelle Paul, j’ai la gueule d’un vieux garçon, j’avale mon tilleul et je broie des glaçons.
D’aise j’ai mon content. Je n’ai besoin de rien sinon d’un bout de pain.

Je me souviens d’un temps, c’était avant-hier, avant ce temps de chien.
Aujourd’hui c’est l’hiver. Un implacable blanc de brouillard et de pluie escamote le fruit, le fruit est corrompu, le ver est dans le fruit et l’homme est sur le flanc, féroce, triste et nu.

Je m’appelle de loin, je me hèle en témoin des souvenirs perdus mais la réponse fuit dans la neige fondue.

Je me souviens du vent, c’était il y a longtemps, d’un curieux mouvement au creux de ma poitrine. Était-ce confortable ?
Assis devant ma table à contempler la bruine il me revient en force, il déchire l’écorce.
Je me hèle au présent dans le gel immobile et ce Paul que j’appelle au travers de sa brume ignore le gospel d’un palpitant débile.
Il n’a besoin de rien, ce quidam sans costume.
Je déplore ce rhume et les douleurs d’arthrose assaillant mon squelette, et cette couperose sur ma figure blette.
Non pas que je me plaigne ou que j’aie la névrose. Et si parfois ça saigne on colle un pansement.
Si j’ai mal à la tête on avale un calmant.

Si j’ai du sentiment je le juge obsolète.
Je ne suis pas poète.
Ni rustre pour autant, j’ai l’âme passagère.

Je me souviens pourtant d’une saison légère – ce n’était pas l’hiver.
Et de l’apothéose au printemps d’une rose.
Je sais qu’un ciel explose et qu’un parfum enivre. Que chacune, chacun veut suivre son destin ou tant soit peu survivre.

Possible qu’au matin de nos belles années une m’ait appelé.
Possible que quelqu’une au lointain m’ait hélé.
N’a-t-elle pas crié : Paul ! dans les embruns salés et les bleus de l’été ou n’était-ce qu’Éole et son soyeux tourment ?
Car l’hiver et le vent, le bruit de l’océan au large de Paimpol et les vagues du temps ont emporté le son, la voix de la jeunesse épelant mon prénom :

P. A. U. L.

P. a eu elle !

Oh ! cette hardiesse.
Je ne sais si quelqu’une espérait quelque chose.
Je crois bien que quelqu’un musardait dans la lune.

Et ce pékin morose attend juste un final, une métamorphose.
Frileux, je m’apostrophe et crains la catastrophe, un ouragan fatal ;
un gel inamical qui consume mon corps
et ruine les trésors réchappés de la guerre, les ombres de naguère et l’amour de jadis.

Je ne réclame guère, hormis ce paradis.


 
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   Marite   
5/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce récit est très émouvant, par le contenu et l'expression en totale concordance avec une fin de parcours solitaire et désabusée semble-t-il. Les souvenirs répondent encore à l'appel mais, si éparpillés et lointains, que le doute surgit ... c'est " l'âme passagère" qui se manifeste.
Le terme "pékin" me donne à penser que c'est un ancien militaire qui exprime ainsi ce qu'il ressent, en toute sincérité.
La conclusion est touchante : dans un recoin, enfoui dans les souvenirs, un petit paradis subsiste et l'espoir de le retrouver, maintient à flot cette existence qui n'attend plus grand chose de nouveau.

   Robot   
16/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai l'impression que ce récit avait au départ pour ambition de participer au concours de nouvelles.
Je apprécié ce qui apparaît comme des "souvenirs perdus" qui ont du mal a se recaler sur la réalité vécue dans les moments où ils remontent à la surface.
Le temps ne se souvient pas vraiment de la saison, du lieu, de la rencontre. Tout est flou mais remonte une impression finale de paradis perdus que le héros souhaiterais retrouver comme semble l'indiquer l'ultime phrase.
"je ne réclame guère hormis ce paradis"
Jai trouvé un côté émouvant à ce récit dont l'écriture fluide m'a plu.

   Myo   
10/2/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément
L'amour, toujours l'amour Cyrill ;-)

Qui a t'il d'autre pour faire tourner le monde ?
Cette nostalgie emplie de tristesse qui cherche aux tréfonds d'une âme les brins de plénitude passée ?

" ...avant ce temps de chien."

L'hiver, la saison du deuil a petit feu, du dépouillement ultime, des résurgences des émotions enfouies qui s'en vont bousculer les cœurs usés...même les plus congelés.

Merci pour celle que vous partagez ici, elle est palpable, elle est touchante, et au-delà de l'hiver, elle est lumière.

   plumette   
16/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Cyrill
Je retrouve ici les thèmes du concours de nouvelles!
Tant mieux si cette proposition côté nouvelles a été un élément déclencheur pour ce texte que je trouve très évocateur.
Votre "Paul" n'a pas beaucoup d'indulgence pour lui-même, est-ce la lucidité du désespoir?
j'aime bien le jeu avec les sonorités, et ce tableau triste d'une solitude avec des souvenirs vagues d'une possible histoire d'amour.

je vous lis souvent mais je crois que c'est la première fois que je risque un commentaire sous un de vos textes !

   papipoete   
16/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Cyrill
Ce ne me semble pas du " Cyrill ", où sa plume habituelle écrit comme nulle autre, des arabesques et fait de la haute voltige !
Là, ( je suis prétentieux ) on dirait presque du papipoète... avec ce Paul qui s'avance vers sa fin sans rien demander à quiconque, seulement qu'une aube à venir lui prenne la vie sans trop le tourmenter...
NB bien sûr, c'est dit avec style et tendresse, quand le héros se souvient d'un " Paul, Paul " lancé dans le vent que mouillaient les embruns, mais qui ne parvint jamais au but... Paul qui avale son tilleul, et broie ses glaçons.
Ici, point de bluette mais pensées d'il y a belle lurette...
J'aime particulièrement la strophe : " je me souviens du vent, c'était il y a longtemps... "

   Vincente   
17/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Avant de partager de mieux en mieux la sourde existence de ce Paul très mélancolique, j'ai été séduit et porté par la "sonorisation" soutenue de l'écriture. J'ai trouvé intéressante cette forme de prose cadencée comme en vers filants (souvent alexandrins) et avec des rimes internes assez récurrentes ; aucun geste forcé ne m'est apparu dans ce qui semble pourtant être une volonté orientée de l'auteur. Lecture agréable donc, presque chantante comme pour dédramatiser la pâle emprise qui se raconte, comme pour la relativiser puisqu'elle semble assez bien vécue par le narrateur.

De cette existence terne mais marginale, l'auteur a retracé les atermoiements et acceptations en les colorant de nombreuses échappatoires rhétoriques, c'est ce qui offre tout l'intérêt de ce récit. Voici mes préférées :

"Je m’appelle de loin, je me hèle en témoin des souvenirs perdus mais la réponse fuit dans la neige fondue."

"…la voix de la jeunesse épelant mon prénom :

P. A. U. L.

P. a eu elle !

Oh ! cette hardiesse.
Je ne sais si quelqu’une espérait quelque chose.
Je crois bien que quelqu’un musardait dans la lune.
"

"Frileux, je m’apostrophe et crains la catastrophe, un ouragan fatal ;
un gel inamical qui consume mon corps

Je ne réclame guère, hormis ce paradis.
"

Étonnante cette fin où l'on constate que cette morosité existentielle a offert à cet individu une sorte d'équilibre qui lui sied au point de l'apprécier en "paradis".
Comme quoi, le regard sur soi-même est d'abord affaire d'adéquation entre le projet de soi et la réalisation que l'on parvient à opérer. J'aime bien cette relativisation ontologique que propose ici l'évocation.

   Lariviere   
17/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Cyrill, encore un texte bien rythmé doté d'une belle musicalité d'ensemble pour nous raconter le parcours touchant et la vie de ce pauvre hère qui pourrait être chacun de nous...

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   Pouet   
22/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut,

voici un sacré coco de Paimpol que ce quignon de Paul aux épaules tombantes errant entre les pôles d'un nord sud trop à l'ouest, semant des miettes...

Il a "l'âme passagère", c'est magnifiquement exprimé. Il a du "sentiment qu'il juge obsolète", ça aussi c'est très beau, lucide en vérité. Et ce constat aussi qui me touche je crois :" le ver est dans le fruit et l'homme est sur le flanc, féroce, triste et nu."

Et quel titre intrépide !

L'amour sert-il encore si l'eau fraîche est tarie ? Hormis ce paradis...

   Cyrill   
22/1/2022


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