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Poésie contemporaine
Cyrill : Humeurs marines
 Publié le 30/08/22  -  12 commentaires  -  1549 caractères  -  195 lectures    Autres textes du même auteur


Humeurs marines



Je vous dirai l’onde amertume et la panse dépenaillée
de ces ineptes paquebots dont le nonchaloir ambulant
compose avec la morne écume et la plainte des goélands
lorsqu’une figure en lambeaux sur la proue semble criailler.

J’apaiserai leur repentir de n’avoir l’ombre d’un gréement
dont la grand-voile soliloque et claque dans l’expectative
tandis que leur moteur suffoque en quintes réitératives
en long cortège de soupirs, en armée de spasmes déments.

J’affabulerai leurs sanglots déversés sur l’horizon parme
leurs mâts aberrant dans la soute où de forts marins gouailleurs
dont la main tangue, oscille et doute, ont de furieux désirs d’ailleurs
lapant à l’idée d’un hublot l’océan mazouté de larmes.

J’insinuerai dans leur sillage un équivoque clair-obscur
un arôme de crépuscule aux embruns submergeant le monde
qu’un vent véhément véhicule en vives salves vagabondes
ferai sourdre d’un coquillage un miroitement de mercure.

Quand surviendra l’insigne aurore en porte-à-faux sur l’azur blême
je hisserai jusqu’à l’éther mon fanal giflé par les flots
m’égosillant d’un blues austère et confondant leurs sourds complots
comme on déchire le décor, comme un ressac à mon dilemme.

J’écouterai la houle en feu vitupérer contre la digue
saborder son incertitude au tranchant nerveux des rochers
et mêler les vibrants cheveux de méduses effilochées
au plastique, comme un postlude à notre humanité prodigue.


 
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   socque   
15/8/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cela fait trois ou quatre poèmes que je lis sur Oniris à vers plus longs que le canonique alexandrin, et je me rends compte que décidément j'aime bien cette forme. Une expression me vient : « vers filés », sans doute par analogie euphorique avec « verre filé ».
Ici ce choix me paraît fort bien accompagner le sujet, les longs navires métaphoriques errant sur l'océan, porteurs de l'humanité qui s'ennuie et détruit. Votre poème fourmille de chouettes trouvailles à mon avis, par exemple
lapant à l’idée d’un hublot l’océan mazouté de larmes.
Le tranchant nerveux des rochers et le miroitement de mercure me parlent aussi ! Mon quatrain préféré est le quatrième, mais chacun m'apporte quelque chose, contribue à installer l'ambiance.

   Anonyme   
30/8/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Une poésie maritime sous forme d'exhortation qui prône la marine à voile. Moi et les bateaux ne sommes pas familiers ce qui ne m'empêche pas d'apprécier quelques belles tournures çà et là comme le tranchant nerveux des rochers qui est très évocateur.

Bon voyage, capitaine !

Anna du plancher des vaches en EL

   Donaldo75   
23/8/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah, que j’aime ces vers longs ! Ils me donnent l’impression de la prose dans leur manière d’occuper l’espace et pourtant conservent la musicalité propre à la métrique et à la rime. Ici, le flux est régulier, marin, une forme de marée poétique comme si le poète me parlait directement ; j’écoute peut-être sa voix en plaçant un coquillage contre mon oreille – qui sait, ce n’est pas impossible, rien ne l’est en poésie – et je me laisse aller. La richesse du champ lexical ne m’évoque pas que de l’eau claire et c’est tant mieux car je sens encore mieux ces humeurs sans avoir à me lancer dans une analyse détaillée des mots et des phrases, du signifiant et du signifié ; en fait, c’est cool le cerveau, si on lui lâche la grappe il se met en branle de lui-même – du moins le mien – et réconcilie tout ceci au prix de quelques lectures successives et sans entraves.

Bravo !

   papipoete   
30/8/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Cyrill
Ce jour, nous voici prendre la mer sur des vagues au goût amer. Entre sac et ressac, l'océan un brin mélancolique nous avouera ses regrets céans. Ces tours d'acier à la proue méprisante, ne feront jamais oublier Caravelles et autres grands gréements, alors que les marins de la soute jusqu'au poste de vigie, donnaient vie à ces beaux navires de bois.
NB pas de vocabulaire alambiqué ici, mais des mots savants, juste ce qu'il fait pour ne pas tomber par-dessus-bord !
Nous voici embarqués sur l'Hermione, ou le Belem, et en avant matelots ! Hissez la grand-voile !
Reste un texte comme écrit par Dali ou autre surréaliste, qui secoue les couleurs comme la houle marine.
la dernière strophe a ma préférence, parmi ces vers de 16 pieds ( dont je ne sais le nom ? )

   Queribus   
30/8/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Je suis agréablement surpris et étonné par la beauté de votre langue, sa ponctuation bien à sa place, ses rimes parfaites et ces vers de 16 syllabes rarement rencontrées(à ma connaissance Aragon est le seul à avoir pratiqué cette forme). L’ensemble me semble cependant parfois à la limite de la préciosité malgré par ailleurs de fort belles images poétiques (on ne saurait toutes les citer) . Votre écrit semble plutôt destiné à une élite même si je reste en admiration devant vos vers de 16 syllabes(au fait quel est leur nom?) pas faciles à manier.

Bien à vous.

   Miguel   
30/8/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Il y a un vrai souffle épique dans ces vers allongés et solennels, et de saisissantes images. Pour autant, je n'ai pas tout compris. Mais l'expression "ineptes paquebots" m'oriente vers l'idée d'une critique de ces géants des mers qui sont néfastes à notre planète; si tel est le thème, j'y adhère pleinement.

   Provencao   
30/8/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cyrill,


"Je vous dirai l’onde amertume et la panse dépenaillée
de ces ineptes paquebots dont le nonchaloir ambulant
compose avec la morne écume et la plainte des goélands
lorsqu’une figure en lambeaux sur la proue semble criailler."

Moi, j'aime beaucoup le fait qu'il existe un rapport ajusté, dans l’approche de la poésie entre l’impossibilité de caler à son sujet le moindre savoir, et le fait qu’il est l'humeur d’une " humanité prodigue"....

Merci pour ce moment d'égarement...

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   senglar   
30/8/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cyrill,


Le choix du vers correspond bien à la lourde masse et à l'épaisse silhouette du paquebot. C'est une vraie réussite, une osmose. Et l'on s'avance ainsi pataud à l'aune de ce pollueur des mers. Pas de gréement un moteur, des marins qui font pleurer l'océan, une ambiance de monde finissant, on ne prendra pas ce bateau-là mais lui en revanche ne nous loupera pas.

On est très loin des gars de la narine.

   GiL   
30/8/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cyrill,

Ils sont déroutants au premier abord, ces vers de seize syllabes (des hexadécasyllabes ? cf. hexadécagone) qui respirent au rythme des vagues du grand large. Je m’y habitue vite, ils s’accordent bien au sujet : je me laisse bercer au fil de poétiques images qui s’enchaînent sans respiration, je me laisse emporter d’hémistiche en hémistiche en attendant de découvrir la rime lointaine…

Brusquement, un sursaut de lucidité me ramène à la surface des vers et qu’aperçois-je entre les crêtes des rimes ? La rime cachée de l’hémistiche ! En vérité, ces quatrains épiques sont beaucoup plus structurés qu’il n’y paraît : on pourrait les présenter sous forme de huitains d’octosyllabes… ce qui d’ailleurs n’enlèverait rien à la magie du poème. Mais je les préfère comme cela.

Que dire du sujet ? Bien dans l’air du temps – et, malheureusement, des temps à venir –, traité avec beaucoup d’empathie sur le mode épique. J’ai beaucoup aimé. En particulier les deux derniers quatrains.

Merci, Cyrill.

   Ornicar   
30/8/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Cyrill,

Où allez-vous chercher ça ?
Pour moi lecteur, ce texte dense, touffu me semble assez déjanté. J'ai du mal à l'appréhender dans le détail. Je crois cependant en deviner le sens général. Il ne se livre guère à la première lecture. Il est à l'image de l'océan avec ses effets de vagues anarchiques en surface et ce mouvement plus ample en profondeur, plus régulier, qu'est la houle. Il faut "s'amariner" donc pour l'aborder.

Qu'ils sont laids, ces "ineptes paquebots", ces monstres des mers sortis des chantiers de Saint Nazaire à destination des croisièristes du monde entier.
Mais ce n'est pas la simple nostalgie de la voile qui anime le narrateur ici. Ces barres d'immeubles flottantes sont une métaphore de notre monde civilisé courant à sa perte par la démesure de l'homme qui se fait démiurge. "L'hubris", comme diraient les Anciens ou Sylvain Tesson.

La tonalité générale est assez sombre et la beauté océane ne fait, hélas ! plus recette : "l'onde amertume", "la morne écume", "une figure en lambeaux", "l'océan mazouté de larmes", "un miroitement de mercure", "l'azur blème", "les vibrants cheveux de méduses effilochés au plastique". A ces évocations, je ne peux que penser aux marées noires, à la tragédie de Minamata, à ce continent de plastique quelque part dans le Pacifique.
C'est même les prémices d'une fin du monde ("crépuscule aux embruns submergeant le monde", "la houle en feu"). La fin est tragique comme il se doit avec son dernier vers "...comme un postlude à notre humanité prodique". Voilà pour les vagues.

Quant à la houle, ce long mouvement ondulatoire, elle transparaît dans la construction formelle de votre poème avec notamment :
- ce "Je" du narrateur qui entame chacune de vos strophes, l'avant-dernière exceptée.
- chaque strophe est une seule et longue phrase d'un seul tenant. Mais un peu trop longue à mon goût personnel.
- ces vers de 16 pieds qui, je pense, sont voulus par l'auteur pour coller au mouvement de la houle. Mais là aussi, c'est un peu trop long pour moi.
- cette rime à la césure ("amertume"/"écume") à chacune de vos strophe. Je croyais être le seul à l'avoir remarqué jusqu'à ce que Gil me devance par son commentaire. Encore ne l'avais-je pas vue ce matin aux alentours de 8 heures pour être vraiment honnête.

Beaucoup de qualités pour ce poème, mais hélas, je ne sais pourquoi, la première impression d'un texte touffu, qui ne se laisse pas facilement apprivoiser persiste en moi.
J'aurais préféré des vers plus courts, qui auraient ménagé comme une respiration dans ce long texte. Votre poème est à l'image de cette allitération en V dans ce vers :" qu'un vent véhément véhicule en vives salves vagabondes". Bien vu mais un peu trop riche. J'aurais pour ma part troquer "vives" contre "longues" certes plus ordinaire. Le mieux est souvent l'ennemi du bien.

Ornicar

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3/9/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un poème qui a franchement de la gueule.
J'apprécie l'opposition paquebot / gréement entremêlée assez subtilement à travers les vers de ce poème.
La "dénonciation" écologique me semble en revanche un peu timide.
(peut-être n'était ce pas la finalité de ce poème)
Mais déjà rien que pour le plaisir de la tournure des vers, j'adhère.
juste pour ex (et pour la superbe allitération) : "qu’un vent véhément véhicule en vives salves vagabondes"

   Cyrill   
29/9/2022


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