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Poésie contemporaine
Cyrill : Un siècle révolu
 Publié le 06/08/18  -  5 commentaires  -  2496 caractères  -  114 lectures    Autres textes du même auteur

“La poésie est une éternelle jeunesse qui ranime le goût de vivre jusque dans le désespoir.”
André Suarès


Un siècle révolu



Je partis certain soir pour suivre mon chemin
À cet âge enfantin, lorsque ment le velours
De la peau. Quand s’éteint tristement un amour
Sur le tain du miroir. Et la plume des mains

Me tombe. Le volume des seins capiteux
Esquissés sur l’écume étanche mon ivresse.
Lorsque je me berçai d’incroyable caresse
Ce fut le cœur gercé, le corps calamiteux.

J’ai vu tant de soleils aux flammes outragées
Et les feux assassins de vos regards livides
Les aberrants sommeils d’énergumènes vides
De poux l’errant essaim sur une femme âgée

Que je suis un vieillard d’à peine dix-huit ans.
J’ai brandi haut mon rêve ainsi qu’un étendard
Oublieux d’une grève et toujours en retard
Chevauché les brouillards et les sorts hésitants.

Souvent épris d’ogresse au logis de fortune
Je pouvais m’arrimer à la nuit citadine.
Je vis tant de bougresses, de fées anodines
Sur ma couche animées… Je n’en voulus aucune.



Me suffisait la lune en son premier croissant.
Et voyant sa rondeur apparaître sur l’onde
Son visage de dunes sur sa grâce blonde
J’étais son serviteur. Ou guerrier bondissant

J’alliais les pures pertes aux vapeurs d’alcool
Baisant mon ennemi comme on boit le lait blanc
D’une poitrine offerte – ô le jeu fut troublant –
Mimant l’anatomie de ces pâles guignols.

Je m’imaginais libre et n’y voulus surseoir.
Vivre me fut offert. Qu’importait la saison
Je jouais de mon chibre, âme en effloraison
C’est au cœur d’un désert qu’un livre sut m’asseoir.



Je suis gourd dit ma mère et de mon incurie
La dame de mes jours conçut quelque amertume
Et fit nombre débours. Il arriva qu’un rhume
– Ô le mal de commère, ô l’ignoble furie –

Laissât trop sombre trace et bien d’abjects poisons
En mon être enfiévré. Sait-on ce qu’un présage
Fait d’ombre ? Mais c’est vrai je ne fus pas très sage.
La pénombre terrasse un homme en pâmoison.



Ô souvenirs qu’exhume un siècle révolu !
Comme surgies des eaux, lentes exhalaisons
Entre brume et roseaux, d’une douce oraison
Liserai d’amertume, ô songe irrésolu !

Mes hardes, vagabondes d’antan, se reposent
Comme déshabitées d’anges industrieux.
Aucune aspérité n’est étrange, et curieux
Je regarde le monde et j’attends quelque chose.


 
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   Vanessa   
28/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Il m'aura fallu plusieurs lectures de ce texte avant d'en accrocher le fil et comprendre.
Votre style n'est pas si contemporain que ça, je dirai même deux siècles .
:-)
J'ai bien aimé ce regard posé par le narrateur sur sa vie où la jeunesse l'a mené à la débauche et ou aujourd'hui le constat est emprunt d'amertume.
Il y a bien ces deux vers qui sont inextricables :
"Les abérrants sommeils d'énergumènes vides
De poux l'errant essain sur une femme âgée. "
Et puis, je vous avoue que ce rhume en conséquence m'a bien amusée car je me suis dit " Il a eut bien de la chance de n'avoir attrapé qu'un rhume .
La fin nous mène à penser que le narrateur est bien fatigué et n'est plus acteur mais se contente de regarder le monde.
J'ai vraiment apprécié votre texte .
Merci.

   PIZZICATO   
6/8/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pour ma part, un peu plus de ponctuation aurait rendu ma lecture moins ardue.

Nonobstant les images un peu emphatiques, j'ai suivi l'auteur sur ce regard, ce bilan du chemin parcouru.

Hédoniste, certes ; mais, lorsque la jeunesse est loin, dubitatif, peut-être, quant à ce choix dexistence.

   archibald   
7/8/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce qui frappe à une première lecture, c’est le ton rimbaldien du texte, sur le fond comme sur la forme (“J’allais sous ton ciel, muse, et j’étais ton féal” / “Me suffisait la lune… J’étais son serviteur”, “On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans” / “Que je suis un vieillard d’à peine dix-huit ans”, etc.).
Je suis toujours gêné par les “e” muets à la césure : “Me tombe. Le volu/me des seins capiteux”, “J’ai vu tant de bougres/ses, de fées anodines”… ça destructure le rythme de l’alexandrin. C’est justement en observant cela que je me suis rendu compte de l’originalité formelle du texte : les rimes embrassées se retrouvent également aux hémistiches, de sorte que bon nombre de quatrains peuvent se lire sans le second hémistiche :

Mes hardes vagabondes
Comme déshabitées
Aucune aspérité
Je regarde le monde

Le tour de force aurait été de permettre cela sur tout le texte, je salue cependant le travail de marquetterie : j’ai toujours de la méfiance envers les “artistes” mais j’admire les artisans.

P.S. : J’aurais écrit “Oh ! le jeu fut troublant”.

   Brume   
9/8/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour Cyrill

Je n'ai pas aimé le rythme cabossé.
J'ai buté de partout. Cela a gâché ma lecture.
Je ne comprends pas certains découpages comme par exemple :
-" À cet âge enfantin, lorsque ment le velours
De la peau"
Peut-être que je suis passée à côté de quelque chose, mais je ne vois pas pas ce que ce découpage exprime, à part faire en sorte de ne pas rater la rime.

Et puis écrire du classique, c'est obligatoire de mettre des Ô?
Cette expression grandiloquente ne se démode jamais ?

Quand au fond, l'amertume du narrateur au coeur errant se ressent, mais je n'ai pas été emportée.

   Kherza   
14/8/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup apprécié le ton à la fois épique et désespéré, las et enjoué, aigri et espiègle. Les envolées lyriques redescendues par des mots plus grossiers m'ont donné cette impression. Merci!


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