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Poésie libre
Damy : À Bentalha
 Publié le 25/08/11  -  11 commentaires  -  2107 caractères  -  193 lectures    Autres textes du même auteur

Souvenez-vous de Bentalha.


À Bentalha



Comme tu es belle !
Un filet de gouttes noires
À la commissure de tes lèvres fendues
Ton ventre rebondi
Comme un ballon d'oxygène percé
D'où sort un cri encore
Tes cuisses écartelées
Où suintent des baves rougies
Et tes beaux yeux de jais
Tendus vers tes nuages intérieurs
Révulsés
Comme tu es belle !

Que faisais-tu Nedjma à Bentalha ?

L'ami Matoub est parti
Chanter chanter chanter
Chanter encore
En Amazight pour que d'autres ne comprennent pas
Qu'il pleure
Sur les cailloux de sang du Djurdjura
Un trou dans la tête

Nedjma Matoub
Rejoignez-moi
Dans les jardins de Tibhirine
Ils sont partis la tête basse
Décollée
Nous donnerons des pommes aux yaouleds
Ceux qui rient encore
Les pieds nus dans les caniveaux

Que faisais-tu Nedjma à Bentalha ?

C'est le printemps partout
Ici
Ça sent le jasmin et le cèdre
Les amis dansent la ronde sur les places
Publiques
Au son du bendhir
On s'amuse

Des copains partent en bateau
Visiter Istanbul
Tourner autour du mihrab
De la mosquée bleue de Sultanahmet Camii
C'est Byzance

Les hôtels affichent complet
À Tripoli
Paraît-il qu'un vieux nabab
A réservé toutes les suites
Les gens s’en foutent
Ils dorment dans les parcs et sur le sable des cimetières
Tranquilles
Des femmes fragiles pleurent
Quand le sable leur rentre dans les yeux

Comme tu es belle !
Comme tu es belle Nedjma !

Je t’amènerai à Assouan
Écouter les mouettes sur les voiliers blancs
Nous irons à Sana’a
Au palais de Dhar Al Hajjar
Tu verras comme c’est beau
Dans le Hoggar
Voir les peintures rupestres des hommes bleus
Tu verras

Ils avaient un peu bu
Beaucoup fumé
Par amour de leur Terre
Oublie Nedjma oublie

Dieu est là il est grand
Derrière le moucharabieh de tes rêves

Que faisais-tu à Bentalha ?


 
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   Leo   
11/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sur le fond, c'est un texte fort, sur un épisode tragique. Le mérite de l'auteur est de s'en tenir aux personnages, de ne pas prendre parti ou du moins de donner des pistes contradictoires sur la responsabilité de ce massacre. Cette neutralité permet d'apprécier l'écriture, fluide et rythmée à la fois. Le thème me rappelle une très jolie chanson de Perret, elle aussi très forte, de par son approche de l'atrocité par un appel à l'oubli.

Sur la forme, le style fait irrésistiblement penser à la poésie arabe. On y retrouve ce mélange de simplicité, d'images et de naïveté qui sont la marque de ces vers d'une autre culture, aussi riche et esthétique que la nôtre, et qui mérite amplement d'être mieux connue en Occident. L'Occident y gagnerait aussi, mais c'est un autre débat.

Je regrette juste un point : que le texte se termine par une question qui sonne, en raison de son emplacement, comme une accusation. Je pense que le poème aurait été bien plus fort en se terminant sur la note d'espoir délivré par la très belle image de Dieu derrière le "moucharabieh de tes rêves". Mais j'admets bien volontiers que c'est aussi la marque d'un optimisme envers l'homme peut-être un peu naïf de ma part.

   Marite   
12/8/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
" Que faisais-tu Nedjama à Bentalha ? Question lancinante. Cela fait plusieurs fois que je reviens lire ce texte. Il m'attire sans que je ne réussisse à définir pour quelles raisons. Une longue plainte peut-être que l'on ne se lasse pas d'écouter. Je l'imagine ponctuée de quelques sonorités d'instruments traditionnels. J'ai aimé.

   Lunar-K   
18/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte très fort et tout en finesse. Même s'il est historiquement ancré, il n'en reste pas moins d'une très grande actualité (comme le démontre explicitement ce parallèle avec la révolution du jasmin).

Le massacre en lui-même est très peu abordé. Du moins pas directement. La première strophe est peut-être la plus explicite sur le sujet mais la suite est bien plus subtile, évasive. Ainsi, j'aime beaucoup le contraste qui parcourt l'ensemble de ce texte, entre espoir et horreur. Contraste qui se révèle progressivement le long des strophes. Par exemple, dans la seconde, on voit d'abord l'ami Matoub qui est parti chanter avant de comprendre qu'il ne chante pas mais qu'il pleure et, enfin, qu'il a un trou dans la tête... (sans conteste quelque chose du "Dormeur du val" dans cette progression lente du bien-être vers la mort).

On retrouve ce procédé à d'autres endroit, toujours de façon plus ou moins dissimulée. Personnellement, j'en trouve l'effet saisissant. Pareil pour la répétition de la question "Que faisais-tu Nedjama à Bentalha ?", de plus en plus oppressante...

Ainsi, et je trouve que c'est là la grande force de ce poème, il n'aborde pas de front la question du massacre. Ne le raconte pas vraiment et est plutôt historiquement "pauvre". Il se place plus du côté, j'ai l'impression, de l'après, des victimes, mortes ou traumatisées, de l'espoir qui renaît peu à peu et des cicatrices qui lentement essayent de se refermer... Un point de vue donc très humain, très touchant.

Bref, un texte véritablement poignant. D'une grande force émotionnelle et d'une grande actualité, malgré son ancrage historique. Et la forme n'est évidemment pas en reste non plus puisque, en plus des répétitions, l'emploi assez massif de termes orientaux parvient à contextualiser sans lourdeur le texte et son sujet. De même, le rythme et le vocabulaire, assez simple, sont tout à fait adéquat à ce thème, à cette "prière".

Pour conclure : j'aime beaucoup !

   Anonyme   
25/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une poésie fort bien rythmée qui allie l'exotisme dépaysant certes, mais grave et lancinant et la modernité d'une écriture plaisante.

Quelque chose à la Cendrars, avec un phrasé qui brille grâce aux mots simples, des mots qui disent et un auteur qui ne se paie pas avec, une répétition comme un refrain, une litanie. Pourtant, ce n'est ni une prière ni une chanson. Beaucoup de réserve, de retenue, de distance entre la façon de dire et ce qui est dit. Pour moi c'est le point fort du poème.

Ce que je préfère :

"C'est le printemps partout
Ici
Ça sent le jasmin et le cèdre
Les amis dansent la ronde sur les places
Publiques
Au son du bendhir
On s'amuse"

   Anonyme   
25/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je suis incapable de vous dire, Sable, ce que vous avez remué en moi avec votre superbe texte. Mais ça a bougé très fort.
Même si, parfois, les expressions sont sybillines et laissent un choix qui peut conduire à des interprétations diamétralement opposées. Ou peut-être en raison de cela...
Cette fois, j'ai aimé, vraiment.

   Anonyme   
25/8/2011
Dés la première lecture, j'ai tout aimé dans ce poème
La fluidité de l'écriture
La beauté des images
L'intensité de l'émotion

Mais pour bien en comprendre le sens j'ai du consulter mon moteur de recherche et taper :
Bentalha, amazight, Tibhérine, moucharabieh...

Et la seconde lecture a accru mon émotion
Merci Sable, pour ce texte très fort.

   Charivari   
25/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime particulièrement le début... Ce viol qui pourrait passer pour un accouchement, c'est vraiment très frot, très bien écrit.

ensuite, j'aimerais bien que l'auteur crée un forum pour discuter à propos du texte et de l'événement décrit. J'ai lu à droite et à gauche des infos contradictoires sur le massacre de Benthala : certains accusent les intégristes religieux, d'autres le gouvernement FLN. Le texte ne semble pas prendre parti : certains éléments, comme l'évocation de Lounès Matoub ou celle du "printemps arabe" nous font pencher dans un sens, mais d'autres passages laissent la possibilité d'une autre interprétation, par exemple:
"Ils avaient un peu bu
Beaucoup fumé
Par amour de leur Terre"

C'est justement, comme Léo, quelque chose que j'apprécie particulièrement : il ne s'agit pas d'un texte de propagande politique, plusieurs lectures sont possibles.

Ce texte m'a fait penser, dans sa structure, dans sa manière d'aborder le sujet, à "Barbara" de Prévert, même si le contexte et l'atmosphère sont très différents, bien entendu (brest et l'Algérie ont bien peu en commun !)

J'ai néanmoins deux reproches à faire :
-Tout d'abord je trouve le texte un petit peu trop décousu, et surtout, il y a une strophe qui m'a un peu dérangée :
Des copains partent en bateau
Visiter Istanbul (etc)

J'ai trouvé cette strophe un peu trop frivole par rapport au reste du texte. Je sais c'est fait exrprès, mais quand même...

   bulle   
25/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte m'a beaucoup touchée.

Il contient une force émotionnelle qui tranche avec la violence brute des faits relatés, à demi-maux.

Et si l'histoire en elle-même transparaît, en évidence, les images, aussi "simples", paraissent-elles, la détournent dans un même temps, vers une issue heureuse, vers la vie, qui continue, malgré tout.

J'ai trouvé ce "mélange" autant subtil que maîtrisé.

Un beau moment de lecture.

   aldenor   
25/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
De très belles choses dans ce poème. Le contraste entre l’horreur et la vie qui continue. J’ai aimé : « …tes beaux yeux de jais / Tendus vers tes nuages intérieurs » ; « Derrière le moucharabieh de tes rêves » et les mouettes d’Assouan…
Quelques lourdeurs : « On s’amuse » est superflu en bout de strophe. Ou « C’est Byzance » qui ne rime à rien dans le contexte.
« Camii » signifie je crois mosquée en turc, donc mosquée de Sultanahmet camii fait peut-être répétitif.
« Tu verras comme c’est beau […] Voir les peintures… » Il faudrait éliminer « voir ».
Je suis sensible au souffle poétique. Mais j’ai un doute quand même. Un soupçon d’orientalisme factice. Pourquoi ce drame algérien nous emmène-t-il si loin qu’Istanbul, Assouan, ou le Yémen ?

   Damy   
26/8/2011

   Scipio202   
12/1/2012
Rien à redire. Ce poème est parfait. On se laisse emporter par l'émoi, par l'impulsivité du poète, lui même émerveillé par ce qu'il voit, ce qu'il ressens. Bref, ce poème est contagieux et c'est déjà bien plus qu'il n'en faut.


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