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Poésie libre
Davide : Petit frère
 Publié le 15/06/20  -  19 commentaires  -  1152 caractères  -  355 lectures    Autres textes du même auteur

"Il est autiste ? me demande-t-on souvent.
– Non, leur dis-je, il est heureux !"


Petit frère



il parle peu

face cachée
sous une frange brune

dans sa lune

il voyage
au gré des airs
entre sourires et trompe-l’œil

il parle peu

à l’été
son petit corps
tourne autour des vieux tilleuls

son regard bleu
se perd
dans la prunelle des nuages

il rêve

parapluie Totoro¹ pour bagage
le ciel pleure parfois

quand il rit
c’est mercredi marelle
au bal des porteplumes²

et ses jours se ressemblent

comme un cheval de carrousel
dont les joues roses
fleurissent au printemps

il parle peu

ses gestes pourtant
me content bien des choses

il apprend à compter

sur nous

sur son courage

car c’est lui qui m’enseigne

autour de sa planète
immense
gravitent mes yeux-lunes

mon amour

et mes bras qui l’enceignent


______________________
¹ Référence au film d’animation Mon voisin Totoro.
² Pour lui, les porteplumes sont les oiseaux.


 
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   Ascar   
24/5/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Très belle déclaration d'Amour...

Un texte poignant qui révèle de belles images :

dans la prunelle des nuages...
au bal des porteplumes...
comme un cheval de carrousel...

C'est écrit avec une telle sensibilité...

Un vrai de plaisir de le relire encore et encore

   eskisse   
25/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Portrait tout en délicatesse dans lequel se glisse la légèreté,la richesse et la justesse. Le choix des espacements me semble judicieux pour porter ce regard attendri qui se pose doucement sur l'enfant et l'enveloppe, lui donnant la grâce.

J'aime beaucoup ce passage :
" et ses jours se ressemblent

comme un cheval de carrousel
dont les joues roses
fleurissent au printemps"

Merci pour ce partage.

   papipoete   
26/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
libre
il ne parle pas, est différent...mais si vous croisez son regard, dedans vous pourrez lire tout ce que sa bouche ne dit pas...
sur sa planète, passent les saisons marelles, coulent les jours sourire et dans les nuages gentils, il vit sa vie...
NB un frère qui pourrait montrer un visage triste, de n'être pas comme les " autres ", mais au contraire il diffuse de ses yeux tant de choses bleues, et nous enseigne le courage...
" quand il rit/c'est mercredi marelle/au bal des porteplumes " est mon passage préféré, de ce poème si fort et touchant !
papipoète

   Eclaircie   
27/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

"Petit frère", je ne suis pas entièrement convaincue par le titre, pourquoi pas "Porteplumes" ?

Un exergue risqué, car explicatif. L'exergue met en condition de lecture, souvent et là, sur un sujet aussi délicat, pas facile de ne pas éprouver, pour le lecteur un a priori favorable, de garder le recul sur un poème et non pas lire une tranche de vie émouvante.
Cependant le style du libellé est un bon point pour le narrateur.

Le texte : délicat, bien mis en page et forme, au fond prenant au style libre - très important ce mot dans le contexte.

Certains détails me chagrinent un peu :
"il parle peu

ses gestes pourtant
me content bien des choses"
pourquoi le "pourtant" ? Pas indispensable à mes yeux.
"à l’été
son petit corps"
pourquoi petit ? si c'est vrai par la taille, il ne faudrait pas que le lecteur pense de même de son "aura", pas indispensable, là aussi.

J'ai aimé l'enjambement :

"il apprend à compter

sur nous"
Assez magique comme effet.
(beaucoup moins le mot suivant "courage" qui dénote une sorte de jugement dont il n'a pas besoin, pas plus que le narrateur. Pas indispensable, là non plus.)

Le verbe "enceindre" très rarement lu sur le site.

Ce poème est une bien belle découverte, pour moi.

merci du partage,
Éclaircie

   Luz   
30/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

J'ai beaucoup aimé ce poème, tout simple, tendre, sensible.
Heureux de vivre autour des arbres, des oiseaux, sous le ciel merveilleux ; que faut-il de plus...
Sa planète est immense.
Merci.

Luz

   TheDreamer   
15/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est tendre. C'est sensible. Sans chercher à être démonstratif. Tout est évoqué avec douceur et intelligence. Un enfant à lui seul est un monde et ces enfants là le sont encore bien davantage.

C'est un beau texte. -

   Lebarde   
15/6/2020
Bonjour Davide,

Ce genre de sujet attire toujours l'empathie et une certaine bienveillance qui faussent le jugement quoiqu'il arrive et je ne souhaite plus me laisser prendre à ces filets.
Alors me direz vous pourquoi donc commenter?
En effet j'hésite.

C'est délicat, c'est bien écrit, c'est léger et profond à la fois, cela force la réflexion, cela se lit bien, je serai enclin à apprécier et pourtant je ne noterai pas.

Désolé pour cette reculade.

Lebarde

   Vincente   
15/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est un poème qui "parle peu", "rêve" et "rit", nous prend et nous apprend sans emphase, proche d'un réel que l'on sent à bout touchant.

En effet, au travers des douze vers isolés, sobres, aérés par leurs interlignes, s'émaille ce qui argumente les axes de la vie de ce jeune "différent". Il est des personnages dont la normativité déclare des inadaptations, et pourtant qui, dans leur monde propre, trouvent un équilibre leur donnant des clés de vie. Ce "petit frère" est un de ces "bienheureux" que le regard du "grand frère" apprécie dans son système de valeurs différencié, dont la valeur juste et relative de sa douceur. L'on peut apercevoir dans la délicatesse de ces mots combien la compréhension de l'autre, fruit d'une bienveillance originelle, est le geste indispensable à la sérénité de cette personne particulière.

Au travers de ce témoignage, n'y a-t-il pas une invitation à modérer nos présupposés face à ce que l'on appelle le handicap d'une part, mais aussi un message de tolérance face à ce qui nous échappe et reste à la marge de nous-même et de la société ? Ainsi quand se déclare :

" autour de sa planète
immense
gravitent mes yeux-lunes
"
l'on comprend que "sa planète" appartient bien à notre galaxie et que ses particularités la gratifie de son exceptionnalité.

J'ai trouvé très attractive cette strophe :

" son regard bleu
se perd
dans la prunelle des nuages
"
ce regard du personnage yeux dans les yeux avec son "ciel".

Et puis cet "enseignement" "enceignant" est une belle trouvaille pour signifier la réciprocité de l'enrichissement par les particularités de l'autre.

Les gestes de cette évocation convergent ainsi dans une conjonction bénéfique, une écriture à l'écoute, une attention signifiante et deux "intervenants" se complétant. Mais sans l'amour de son "sujet", ce poème aurait sûrement perdu la veine de son charme.

   FlorianP   
16/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très joli poème qui en peu de mot, offre des images, de belles émotions, un portrait tout en douceur.

L'aération du texte et les phrases courtes, comme en refrain y sont pour beaucoup

J'aime beaucoup :
"son regard bleu
se perd
dans la prunelle des nuages"
Suivi de "il rêve". Nous aussi...

Merci

   Pouet   
16/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Slt,

de l'exergue à la dernière ligne, le poème "explique", prend position face au sensible, expose son regard à ceux qui ne voient pas, qui voient mal...

La poésie et les "jeux de mots" renforcent l'unicité du sujet, le dévoilant avec pudeur dans toute sa spécificité.

Mais bien sûr le texte touche à l'universel en empruntant le sentier du personnel, de la connivence, de l'intime, de l'amour.

Je crois qu'il n'y a pas grand chose à ajouter.

Très beau texte, merci.

PS: un titre que fleure bon l'IAM. ("il marche à peine et veut des bottes de sept lieues"...)

   emilia   
16/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un sujet délicat dont j’aimerais tant être sûre que l’exergue de présentation soit vrai… (j’ai accompagné un enfant autiste pendant trois ans…) S’il « parle peu… », peut-on connaître ses rêves ? S’agit-il d’un réel « petit frère » ou d’une composition présentant le sujet ? (Si ce n’est pas indiscret…)
Hormis ces questionnements, les vers libres abordent avec délicatesse et sensibilité le sujet de l’autisme sublimé poétiquement et la construction rythmique est efficace pour rendre compte de cette caractéristique particulière (oui, les gestes et le regard peuvent compenser l’absence de paroles) avec une jolie exploitation de l’homophonie « conter/compter » dont le double sens est particulièrement bien mis en valeur (énumérer et compter sur…) ; « c’est lui qui m’enseigne » sonne très juste également et j’aime beaucoup le rapprochement de « mes bras qui l’enceignent » pour cette conclusion touchante et pleine d’amour… ; merci à vous pour ce partage…

   Francois   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est un très beau poème, plein de tendresse, de sensibilité, tout en pudeur...
Aucun prénom, tout est suggéré, des vers courts et simples.
Un minimalisme bien utilisé.
Bravo !

   Miguel   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau texte qui célèbre l'humanité dans la différence. de belles images émouvantes, et ce dernier vers plein d'amour et un sommet.

   Sadbutfun   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Vraiment pas mon style habituel mais... j'ai beaucoup aimé !
Ça se lit tout seul, très fluidement.. hmm.. ouaipe. J'ai pas vraiment de critique. Ce poème me semble très bien - et très beau - comme il est.

Chapeau !

   Dolybela   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Que dire ? Un poème bien personnel il me semble, mais qui m'émeut infiniment, dans sa simplicité. J'ai moi-même un proche qui parle peu, qui vit sur une autre planète et la tendresse folle qui se dégage du poème est tout bonnement d'une justesse incroyable. Il est rare de savoir émouvoir en écrivant de manière aussi personnelle. Votre poème est également très lucide, il évite le pathos, dit un monde enfantin par des images vraiment réussies, illustrant un quotidien, un mode d'existence à part. J'ai particulièrement aimé :

à l’été
son petit corps
tourne autour des vieux tilleuls

son regard bleu
se perd
dans la prunelle des nuages

Et les jeux de mots très simples n'en sont que plus éloquents, surtout sur "enseigner" et "compter sur" à la fin. En fait je crois que votre poème traduit parfaitement la présence de cet être cher

   Louis   
19/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce poème s’efforce de sortir l’autiste de la catégorie dans laquelle on le classe, la folie, l’une des figures de l’altérité, et de le montrer, de le révéler, non comme l’autre mal connu, incompris, troublant et inquiétant, et que pour ces raisons l’on fait refluer aux limites de l’humanité, mais comme un proche, un familier, un « frère ».

« Il parle peu », l’enfant autiste : le poète le reconnaît, il ne parle pas ou il « parle peu ». Il est en difficulté avec le langage, comme avec tout ce qui permet la relation sociale.
Il semble éloigné du monde de la communication et de la parole, fermé sur lui-même, fermé sur sa profonde solitude, sans acquis de ce qui fait l’humain, sans l’essentiel de ce qui fait l’humanité, ‘’forteresse vide’’ impénétrable, sans ouverture, ni fenêtres ni portes, qui permettent d’y entrer ou d’en sortir.

Le poète pourtant, ami des mots, en flirt avec le langage, le poète qui cultive l’art d’exprimer ses émotions et sa représentation du monde dans une maîtrise de la parole, lui qui sait projeter son intériorité dans le monde extérieur, ce poète se dit proche de l’enfant quasi mutique, sans parole, de l’enfant qui semble se cacher au monde : « face cachée / sous une frange brune », qui craint les regards, voudrait des autres ne pas être vu, voudrait ne pas les voir.
Le poète est pris dans cet étonnant paradoxe.
D’autant que l’enfant semble bien ailleurs, en dehors du monde social, dans un monde qui lui est propre. Parmi nous, mais dans la lune, non, mais il est « dans sa lune », dans son monde, ailleurs.
Il vit sur une autre planète.
il erre :

« il voyage
Au gré des airs »
Au gré des errances.

Figure nouvelle du Petit Prince.

S’il parle peu, « à l’été / son petit corps / tourne autour des vieux tilleuls ».
Il a son itinéraire sur sa planète, dans un ailleurs ici-bas, dans un lointain tout proche ; il a son orbite géostationnaire autour des tilleuls. Ainsi trace-t-il des lignes, « ces lignes d’erre » comme les appelait Fernand Deligny, le poète et ‘’Vagabond efficace » ; l’enfant autiste trace des cartes dans une aire de vie, que le poète-locuteur suit de son regard ; l’enfant n’écrit pas avec des signes représentatifs, mais sa vie s’écrit en un langage non-verbal dans l’espace traversé, que le poète n’interprète pas mais avec lequel il communie, qu’il n’achemine pas à la parole, mais fait vivre à travers elle ; l’enfant habite en poète des cartes sans territoire dans lesquelles le locuteur reconnaît une poésie de la vie, une poésie de l’existence dans la manière d’être au monde.

Quand il ne se déplace pas dans les aires, l’enfant a la tête en l’air, et son regard « se perd » dans le ciel :
« son regard bleu
Se perd
Dans la prunelle des nuages »

La marche de l’enfant sur terre laisse place à la marche des nuages dans le reflet de ses yeux.
En correspondance avec la terre et le ciel, il aime jouer à la marelle.
Imprégné de nuages, « il rêve ».
S’il ne parle pas de poésie, il la vit.
« Carrousel » vivant, il tourne, pris dans un temps cyclique, il tourne, et suit les turbulences de la vie qui l’emmènent jusqu’au ciel, avec les « porteplumes ».

Il vit cette poésie topique, ce modus vivendi du passage, de la traversée, du tour et du tourbillon, de l’élévation et de la descente, de la « territorialisation et de la déterritorialisation » comme disait Deleuze, coureur sur des lignes imaginaires, autour de points fixes parfois, le tilleul enraciné, immobile et vertical, en fuite sur des méridiens et des tropiques, fuseaux et géodésiques.

Ces lignes sont très éloignées du langage, mais « ses gestes pourtant / me content bien des choses ». Le langage du poète suit les lignes, l’écriture s’en nourrit dans ses propres lignes.

L’enfant conte, trace et ‘’retrace’’.

Un « agencement » ( au sens que lui donne Deleuze ) est produit entre le poète et l’enfant, dans lequel le poète ne parle pas pour, ou à la place de l’enfant autiste, mais parle avec, écrit avec… avec celui qui ne parle pas.

« Entre moi
Et ce que je regarde
L’espace
N’est pas l’espace
Mais un réseau »
écrit Guillevic ( dans Motifs)

Dans ce « réseau », dans cet agencement, des lignes joignent et enlacent l’enfant et le poète, qui produisent d’inattendues convergences, des conséquences nouvelles, des relais pour chacun.
Ainsi l’un « enseigne » à l’autre.
Ainsi les bras du poète « enceignent » l’enfant dans une unité multilinéaire d’humanité.

Et quand l’un conte sur l’autre, l’autre compte sur lui.
Compter, c’est important ; oui c’est important de compter, puisque c’est sortir de la solitude de l’Un, c’est s’ouvrir à autrui, à la foisonnante et inquiétante multiplicité.

Ainsi se résout, un peu, le paradoxe sur la proximité entre l’enfant autiste et le poète.

Merci Davide.

   Davide   
22/6/2020

   Bossman   
21/6/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je suis très touché par ce texte. Je crois qu'il pourrait s'agir de chaque enfant, celui que nous sommes resté, ou celui qui nous accompagne. L'enfant est révélé dans toute sa fraîcheur. Les sentiments du narrateur, purs et doux comme le ciel.

   Malitorne   
10/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Évidemment c’est une poésie qui ne peut que rencontrer un assentiment général, il faut reconnaître cependant que c’est bien exprimé. On ressent beaucoup d’amour dans le choix de vos mots, ça donne une déclaration touchante. Le problème, vu d’un soignant qui s’est déjà occupé d’autistes, c’est que vous donnez une image très édulcorée de ce trouble. On a l’impression d’avoir affaire à de doux rêveurs or la réalité est tout autre : fréquentes crises de colère, cris, objets cassés, parfois morsures sur les aidants. Ce sont des enfants difficiles à soigner, plus exactement à replacer dans le lien social, qui demandent une patience à toutes épreuves. Vous n’en parlez pas, préférant garder une image poétique mais incomplète.


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