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Récit poétique
Donaldo75 : Les arbres aux mille couleurs
 Publié le 18/05/20  -  11 commentaires  -  3540 caractères  -  92 lectures    Autres textes du même auteur

Ma vie entière défile devant moi,
Se haussant telle une fleur
Ramenant ma vie vers la terre.

(David Sylvian - 1984)


Les arbres aux mille couleurs



Les arbres brillent de mille couleurs. Les feuilles bruissent délicatement en gouttelettes sonores. Je marche sereinement dans la forêt. Plus personne ne peut m’atteindre, mon passé semble loin, ma nouvelle vie efface à chaque pas les traces de mes anciennes erreurs. La réalité s’affiche sans artifice, dans une nudité totale.

Je me souviens de ce matin dans ma chambre d’hôtel où Londres s’affichait lumineux et brutal dans une cage de verre. Je me demandais alors quel mal me rongeait, pourquoi je m’éparpillais avec mes vêtements jetés au bas du lit, où étaient partis mes rêves adolescents quand je roulais à vélo dans les campagnes du Kent, le jardin de la Reine, un décor insouciant sans direction ni cap à tenir.

Je me vois dans la salle de restaurant, assis seul à une table près de la fenêtre principale, à regarder le parc où les jardiniers façonnaient la nature aux désirs des hommes sans lui enlever sa beauté originale. J’admirais leur art et leur dextérité tandis que des serveuses à l’air fatigué tournaient en automates à débarrasser les assiettes, à remplir des carafes de jus de fruits colorés, à contenter des rangées de clients occupés à croquer des saucisses et siroter des boissons incolores. Je rêvais à nouveau de paysages apaisés, d’animaux en liberté dans un calme irréel. Des sonorités flûtées accompagnaient mes pensées. Cette musique intérieure rendait mon existence aérienne.

La suite s’était déroulée naturellement, sans réfléchir à un but. J’avais pris ma voiture et roulé vers le nord sur une route étrangement vide par cette belle journée. Je m’étais enfoncé dans le pays profond, celui où les bois remplaçaient les maisons et les champs. Enfin, mon pied avait enfoncé la pédale de frein, ma main avait coupé le contact et ouvert la portière. Je m’étais évadé au milieu des arbres en écoutant les éléments m’inviter à rejoindre les fougères et les champignons dans leur royaume végétal.

Désormais, je m’affranchis du regard des autres, de leur jugement péremptoire, des règles érigées en barreaux de cellule, des vains oripeaux d’un monde insensé. Les géants forestiers ne me voient pas comme un fou, une singularité perdue parmi les hommes. Les plantes grimpantes ne cherchent pas à m’étrangler ou à me capturer. Je touche l’essence même de la vie, une sensation d’absolu. Loin de m’aveugler, le soleil compose habilement avec le feuillage épars. Je suis le protégé de la forêt, de retour là où tout a commencé.

Je m’allonge sur la terre meuble, avec les branches mortes et les herbes sauvages. Une brise se lève. Des milliers de pétales recouvrent mon corps. Les arbres scintillent dans un kaléidoscope de couleurs. J’entends une sonate pour feuilles et insectes, la musique de mes hôtes et me mets à rêver des visages connus, ceux de ma tendre mère et ma défunte sœur, d’une multitude de personnes oubliées au fil des années. Ils tentent de me parler mais aucun son ne sort de leur bouche cousue. Leurs yeux étrangement ronds leur confèrent un aspect de poupée de cire.

Mon dos s’ancre dans le sol humide, mes bras se couvrent d’un feuillage dru. Le soleil baisse d’intensité, passant du jaune à l’orange pour finalement virer vers le rouge. Les nuages flottent en accéléré dans une voûte céleste devenue sanguine. Je n’ai pas peur. Je contemple les éléments changeants avec la candeur d’un enfant émerveillé par un spectacle de magie. Les arbres aux mille couleurs se penchent enfin sur moi puis scintillent une dernière fois.


 
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   Gabrielle   
27/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte qui aborde la singularité de la vie.

L'homme est fait pour vivre puis mourir.

Le lien qui le rattache à la terre le renvoie sur cette vérité.

Sa vie défile devant ses yeux avant qu'il ne retourne à la terre, terre qui lui a donné la vie...

Un texte touchant qui invite le lecteur à un ressenti profond concernant le lien invisible qui relie les hommes à leur essence.

   Corto   
30/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est un vrai plaisir que d'accompagner le personnage dans son aventure.
Décider dans un mouvement soudain que la ville, l’hôtel et son restaurant, la compagnie d'anonymes ne méritent pas qu'on y consacre davantage de temps.

Donc partir et s'immerger dans la forêt pour se sentir vivre en accord avec soi-même et la nature.

Cette balade sent à la fois la rupture et le choix, le besoin de retrouver son intimité et ses valeurs, son détachement face aux contraintes.

Pour décrire cette aventure solitaire et bienfaisante l'auteur a su choisir les mots et le rythme qui conviennent.
Le lecteur se ferait volontiers accompagnateur.

A partir de "Désormais, je m’affranchis du regard des autres" on entre dans une ambiance où chaque élément de la forêt participe à la reconstruction d'une paix intérieure.

Voilà qui est bien rêvé, et surtout bien apaisant.

Bravo et merci à l'auteur.

   HERLINE   
18/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Etrange et séduisant petit texte aux accents Blackwoodiens (Algernon Blackwood), le narrateur est l'homme qui parlait aux arbres, ou bien l'homme que les arbres aimaient...

Cette escapade introspective vers la nature décuple les sens du narrateur de façon paroxysmique.
IL voit sa jeunesse défiler en autant d'images chamarrées, se détachant aussi par cette entremise des amarres d'une société par trop regardante, inquisitrice, critique et exigeante...

Petite aventure intérieure, instant de pause, "stand by ", d'une profondeur psychologique idiosyncrasique, dans le but d'admirer la nature, entrer en communion osmotique , connaitre le repos momentané du corps et de l'esprit, le thème est loin de me laisser indifférent...et ravive le plaisir de lire.

La fin en suspens laisse entrevoir une menace "je n'ai pas peur" qui ne se dévoile pas vraiment...mystère à peine feutré à l'anglaise.

   Luz   
18/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Donaldo75,

Très beau texte, apaisant et philosophique ; une pause dans la vie ou la fin d'une vie.
J'aime : "J’entends une sonate pour feuilles et insectes" et tant d'autres passages. Il faut savoir prendre le temps et écouter la forêt. Une courte nouvelle poétique comme je les apprécie.
Merci.

Luz

   Stephane   
18/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Don,

J'ai bien aimé ce récit : le personnage, l'atmosphère calme et apaisée, les sons, les couleurs, etc...

J'ai particulièrement apprécié la "chambre d’hôtel où Londres s’affichait lumineux et brutal dans une cage de verre" et la salle de restaurant...

Je suis un peu resté sur ma fin mais l'ensemble est de bonne facture.

Stéphane

   Robertus   
18/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup apprécié la vérité de ces moments que vous décrivez et qui ne sont pas grandiloquents.

Ce sont des sentiments que je partage.

Je ne me souviens plus la dernière fois où je me suis promené ainsi, dans une forêt sans cadavres de canettes où de fils de fer barbelés, avançant dans l'inconnu, humblement, admirant, écoutant, goûtant des vies animales et végétales dénuées de frénésie urbaine.

Vous parlez de Londres. Cela me rappelle l'expérience qu'à vécue une amie qui a travaillé là bas et qui a fait un burn-out tellement sévère qu'elle en est encore toute bouleversée même des années après.

Imaginons un futur où les arbres fruitiers seront à nouveau légion, où le salaire ne sera pas attendu à la fin du mois mais le jour même dans cet acte simple du bras tendu pour cueillir.

Robertus

   Castelmore   
18/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Don

Belle synthèse entre tes talents de nouvelliste et de poète !

Grâce à toi
« Tu es poussière et tu retourneras poussière »
devient
« Tu fus étoile, terre, feuilles, tu repars rejoindre tes racines, te nourrir d’une nouvelle sève ... pour ... »

Tu écriras la suite j’espère...

Dis moi Thomas va-t-il rejoindre Baptiste et Madeleine ?
Chuttt écris moi en MP

J’ai beaucoup aimé ...
J’aime beaucoup.

   Beaufond   
18/5/2020
Bizarre premier emploi du verbe afficher (le second me paraît plus à propos) ; à votre place, je supprimerais certains mots, comme le plus de "plus personne", allégerais certaines phrases en retirant, par exemple "sans artifice", formulerais autrement votre phrase sur la belle image de l'existence aérienne, ferais ellipse du verbe "réfléchir à", l'auxiliaire de "coupé le contact", puis voilà, pour rendre quelque chose d'un peu plus flottant — et je n'aurais pas dû écrire cela, parce que suggérer des modifications aussi précises est assez insupportable crois-je. Ah, et les champignons ont la drôle idée de n'être pas des végétaux mais d'appartenir à la noble lignée des délires fongiques — au cas où.

Le ton est très délicat, c'est doux, l'écriture est fraîche et boisée, le style simple et les images épicées, tendres, paisibles, on y fond, on s'y fond, on s'efface, puis, là.

   Vincente   
19/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est bien de pouvoir franchir un tel dépassement de soi, au-delà d'une mort de ce qui a précédé, qui n'est pas son extinction au sens d'une négation, en une fusion en un retour aux sources de la poussière, une entrée en matière terreuse, une plantation de soi-même en vue d'un recommencement d'une "autre manière", autre manière de vivre en s'envisageant après, enraciné… La chose très séduisante de cette proposition vient de sa posture "d'enterrement" vivant, conscient donc, avant la mort physiologique, une sorte de don de son corps, de ses organes vivants, transplantés dans un "royaume végétal". Enterrement vivant pour une transplantation à fin de résurgence, quel formidable projet !

J'ai trouvé ajustée la progression narrative, la chute révélatrice de tout le cheminement ne se discerne qu'à peine dans le dernier paragraphe ; seule la dernière phrase, confirme cet enterrement singulier, avec ses "arbres aux milles couleurs… [qui] scintillent une dernière fois". Lecture bien agréable dans son rythme et son expression très "parlante", la vie du narrateur défile comme on le sait dans les derniers instants conscients de l'achèvement de la vie, mais ici le tempo est plus étalé car il s'accorde à la configuration programmée avec détermination, celle d'un suicide mis en scène en bonne et due forme.

Deux petites choses dans l'écriture m'ont dérangé. Dans l'antépénultième paragraphe, j'aurais conjugué la première phrase ainsi : "Désormais, je m'affranchirai du regard des autres.". Et "les géants forestiers" m'ont fait sortir un instant de la poésie de la scène, j'ai pensé d'abord à des exploitants industriels de la forêt ; je pense que "les géants de la forêt" ne m'aurait pas fait dévier ainsi du sens métaphorique intéressant ; l'effet de répétition à quelques phrases plus loin de "Je suis le protégé de la forêt" ne me semblant pas problématique.

   Provencao   
20/5/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
" Les arbres aux mille couleurs se penchent enfin sur moi puis scintillent une dernière fois "

J'ai beaucoup aimé ces forces originelles, présentes aussi bien dans " ma chambre d'hôtel" que dans vos images en forêt ou de" ce sol humide ", affouillant le champ le plus profond de l'être, là où le fragile accueille du sensible l'apparat temporel du sens et de la magie de vos mots...

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   Alcirion   
23/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Donaldo,

Cette lecture matinale m'a inspiré. Du coup je suis allé griffonner en prose et me voilà de retour.

J'ai toujours souri à certains commentaires qui proposent à l'auteur de finir le vers ainsi ou lui reproche de ne pas avoir penser à cela. Pour signaler une lourdeur ou une erreur c'est tout à fait louable. Mais au-delà de ces conseils pertinents, c'est bien l'auteur qui s'exprime et il a décidé de le faire de cette façon. Il est bien évident que tout le monde n'a pas la même culture de base, le même "background" comme disent les Anglois, et la sensibilité qui s'en dégage est forcément unique.

Baudelaire, connaissant les pratiques des éditeurs de son époque, ajoutait d'ailleurs à ses envois la formule : On ne retouche PAS mes vers.

Tout ça pour dire que je ne vais pas me livrer à l'exercice. J'ai bien aimé le texte, il fonctionne bien à l'oral, il est simple et clair. La structure en séquences permet de bien identifier la progression dramatique. Le propos général reste néanmoins mystérieux et c'est plutôt un bon point : les motivations du narrateur restent en clair-obscur.

Bien à toi !

NB : je n'ai pas lu les commentaires précédents.


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