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Poésie contemporaine
Edgard : La meneuse des loups
 Publié le 25/02/14  -  11 commentaires  -  2098 caractères  -  148 lectures    Autres textes du même auteur

Je croyais voir la belle Cléopâtre,
Qui, nous dit-on,
Menait César, empereur d’Allemagne,
Par le licou…
V. Hugo. (Gastibelza.)
Je le crois bien, parce que je me promène dans les nuits… Ces guerriers-là ont un anneau dans le nez et c’est une main délicate qui tient le licol. Certains l’ignorent ? C’est sans doute qu’il fait encore un peu sombre…


La meneuse des loups



Elle conduit par les grands gels
Sa harde ; glissant comme une aile,
La voici chair ou feu ou givre,
Son escorte, d’elle, s’enivre ;
Où s’en vont-ils, vers quel matin,
Entre les ombres et les houx ?
Ceux qui savent ne disent rien :
Il est des riens qui brûlent tout.

D’un cillement de son œil vert,
Elle leur fait plier l’échine,
Dans le noir fument leurs babines,
Outpouaout aux crocs de fer…
Leur ventre se blesse aux ravines ;
C’est Fenrir, qui tua Odin !
Ceux de Rome aussi, ceux de Chine,
Dans son ombre vont, pauvres chiens.

Si nue, parfois, elle paraît,
Sous la lune, entre les rochers,
C’est que l’astre fourbe aux doigts fins,
D’un cerne sombre, ourle son sein.
Eux mordent la nuit de leurs dents,
Leurs rêves raclent les cailloux ;
Entendez-vous ces hurlements ?
Ce sont les sanglots des grands loups.
Peut-être n’est-ce que le vent…
De ce vent-là je ne dis rien,
Prend-on le vent avec la main ?

Pâle, éthérée, sous les flocons,
Elle devant et eux si proches…
Leurs désirs aux ronces s’accrochent,
Amarok, Lobo, à l’œil rond,
De Gévaudan tous les tueurs ;
D’un revers, elle ouvre les sentes ;
Gengis est là que son corps hante ;
En reviendrais-tu, voyageur ?

La voici songe d’eau, de lait,
Pareille à la source elle se fait,
Loups gris, loups blancs s’y désaltèrent ;
Sa main sait guérir les blessures
De leurs rancunes, de leurs guerres,
Les chérissant sans un murmure.
De son art, de son or, que sais-je ?
L’or se fait plomb, quand fond la neige.

Embrasant, par les blanches nuits,
Leur âme de fats apâlis,
Elle dévide leurs destins.
Pèlerins, aux cimes, éblouis,
N’espérez pas de lendemain !
Elle devant et eux, transis,
Des Carpates aux monts Lozère,
Vont les hordes bleues des grands loups.
L’aube palpite, il faut se taire…
De sa beauté, que feriez-vous ?
Un brin suffit à rendre fou.


 
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   Robot   
5/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
On l'imagine, non on la voit cette meneuse de loups dans les vers superbes qui lui sont consacrés ? Et puis on voit aussi les loups, la meute menée par une sorte d'ombre lumineuse et géante.
Le contemporain sied bien à ce poème auquel il donne la liberté d'écriture. Liberté qui transparaît pour donner vie à l'élan de cette troupe lancée derrière son égérie.
J'y vois rédigé de belle manière une allégorie de l'horrible déesse guerrière, d'une Athéna menant les hommes fous aux combats inutiles contre d'autres hommes.

   David   
8/2/2014
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Le poème semble narrer un éternel et terrible personnage féminin, dominateur et manipulateur, il me fait penser à un livre dont j'ai entendu parler à propos des femmes de dictateurs, en soulevant leurs points communs.

Il y a un passage qui m'a arrêté par digression :

"Prend-t-on le vent avec la main ?"

La question semble rhétorique pour appuyer l'évidence du "non" qui lui répondrait, en suivant une logique où le vent impalpable ne peut être saisi. Outre l'expression "prendre l'air", qui obéit à une autre logique ou "prendre" est synonyme de "recevoir, ressentir sur son visage", c'est aussi un geste assez cinématographique il me semble de voir la main d'un personnage par la fenêtre d'un véhicule semblant vouloir "saisir le vent".

je me retrouvais avec un "mais non !" surgissant au milieu de ma lecture à ce moment là.

Plus largement, le poème insiste sur l'image du loup pour décrire le comportement des hommes à la suite de cette meneuse, avec des références mythologiques. J'ai fini par reconnaitre le dieu égyptien avec l'orthographe "oupouaout" mais comme pour d'autres langues (pékin/beijing) cette orthographe a pu évoluer et plusieurs peuvent cohabiter. Je connaissais "Fenrir" mais j'ai laissé tomber les suivants, le jeu du dictionnaire ne m'amusait plus. C'est assez courant de livrer "l'ombre pour la proie", d'évoquer sans décrire ni animer des symboles comme les noms de personnages mythologiques ou littéraires, comme d'utiliser un vocabulaire précieux sans que le contexte ne le mette véritablement en action, renvoyant le lecteur à sa curiosité. Ça peut avoir du charme mais la concurrence est rude, et la corde s'use.

Pour les bons côtés, il y a une certaine atmosphère et un rythme conventionnel d'octosyllabes.

Je reste sur une impression de manque de simplicité, de richesse excessive de l'expression par rapport à ce que le poème aura effectivement dit à la fin d'une lecture. On sait peu de chose de cette meneuse sauf qu'elle est belle, envoutante de milles façons, mais ses actions sont assez floues. Peut-être que l'imaginer en couple plutôt qu'en "meneuse" d'une troupe porterait mieux un poème. Ce qui est représenté si j'ai bien compris, c'est un même personnage multiple à travers l'histoire, et les loups, la meute, ne seraient pas des contemporains mais des chefs de guerre ou dictateurs au fil du temps.

   fugace   
14/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Magnifique meneuse des loups qui d'un cillement de son oeil vert leur fait plier l'échine.
"La voici songe d'eau, de lait, pareille à la source elle se fait, loups gris, loups blancs s'y désaltèrent..."
Des images sauvages, fortes, belles.
Mais il me semble qu'une métaphore plus subtile sous-tend ce poème. Cette insaisissable meneuse des loups maîtrise beaucoup plus qu'une meute de canidés.

   senglar   
25/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Edgard,


Beaucoup d'allure ! J'aime les personnages qui cheminent
"Entre les ombres et les houx".
Si la "meneuse de loups" m'accepte je veux bien me joindre à sa horde.
"De sa beauté, ...
Un brin suffit à rendre fou."

Je suppose que ce portrait fait partie d'un ensemble. Or cette galerie quand l'ouvrez-vous ? Vous y aurez la queue leu leu !


brabant :)

   Pimpette   
25/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"L'aube palpite il faut se taire"

...tout est aussi beau que ça....moi, si désorientée en général par les formes d'une prosodie impeccable, je suis, ici, touchée par la grâce de chaque ligne

L'histoire elle même me semble secondaire....je m'en fous un peu....la poésie déborde complètement le sujet et c'est ce que j'aime...

   Anonyme   
25/2/2014
Salut Edgard

Qu'elle est belle cette meneuses de loup, qu'il est beau votre poème.
Votre dédicace est opportune.
Ces vers sont hugoliens.
D'un romantisme presque délirant. Pas du romantisme gnangnan de Musset, mais du romantisme musclé du Vigny de La mort du loup ou (bis repetita) de Victor Hugo.
Les images, très visuelles, sont à la fois réalistes et poétiques.
Je verrais bien le personnage dans une série télé genre "Games of thrones" ou "Viking"
Ne faites-vous pas justement un clin d’œil à Odin...

L'attaque est superbe et capte illico l'attention.
La chute est de haut niveau

"Des Carpates aux monts Lozère,
Vont les hordes bleues des grands loups.
L’aube palpite, il faut se taire…
De sa beauté, que feriez-vous ?
Un brin suffit à rendre fou."

Tonton Victor n'eut pas renié ces cinq vers

Merci Edgard pour cette superbe meneuse de loups, pour sa harde et pour les images qui ont mis le feu à ma gamberge.
Et encore bravo.

   leni   
25/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La meneuse de loups est un poème sonore C'est un collier de perles imagées

Où s’en vont-ils, vers quel matin,
Entre les ombres et les houx ?
Ceux qui savent ne disent rien :
Il est des riens qui brûlent tout.
Superbe d'emblée Je ne peux tout citer..

De ce vent-là je ne dis rien,
Prend-on le vent avec la main ?

ET...un brin suffit à rendre fou

Un régal d'équilibre Merci Leni

   Myndie   
25/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Edgard,

Je suis entrée dans une de ces somptueuses BD d'Héroic Fantasy, j'ai côtoyé le merveilleux, celui qui vient du fond des âges. Quel beau texte!
Bien sûr qu'il recèle en son sein des subtilités sémantiques, de celles qui auraient fait le régal de Freud et consorts. Pour ma part, endosser ce costume m'éloignerait de la magie et du rêve qui affleurent le récit. Je préfère rester à la surface des images, rendues avec une telle poésie. (D'accord avec Pimpette). Et puis j'aime tant les loups!

   Ioledane   
26/2/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Il y a quelque chose de magique dans cette course nocturne d’une horde de loups menée par une femme, très belle comme il se doit.

J’apprécie particulièrement les passages suivants :
« Ceux qui savent ne disent rien:
Il est des riens qui brûlent tout. »
« l’astre fourbe aux doigts fins »
« Eux mordent la nuit de leurs dents,
Leurs rêves raclent les cailloux »
« De ce vent-là je ne dis rien,
Prend-t-on le vent avec la main ? »
« De son art, de son or, que sais-je ?
L’or se fait plomb, quand fond la neige. »
« L’aube palpite, il faut se taire… »

Je regrette en revanche les nombreuses inversions, trop artificielles à mon goût :
« Son escorte, d’elle, s’enivre »
« Dans son ombre vont »
« Si nue, parfois, elle paraît »
« Pareille à la source elle se fait »

J’ai bien aimé l’évocation sauvage et mystérieuse de tous ces loups mythologiques, dont plusieurs que je ne connaissais pas, au gré d’une plaisante géographie.

Quant à la fin je la trouve un peu maladroite, un peu décevante - peut-être attendais-je quelque chose de plus marqué, de plus puissant.

   Anonyme   
1/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très bon poème. la musique est d'égale qualité tout au long du texte. On suit cette "meneuse de loups" et sa harde. on regrette de ne pas s'être trouvé, une nuit sur son chemin. Mais on n'aurait pas su si bien la voir, sans doute.
Un riche vocabulaire.
L'auteur décrit et de loin en loin intervient, interpellant le lecteur de manière très efficace.
Et si " un brin de sa beauté suffit à rendre fou", je me plais à rêver qu'elle existe même loin des regards.
Bravo et merci.

   Anonyme   
28/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Edgard

C'est tellement imagé, tellement propice à l'aventure, au rêve éveillé, que je pourrais regarder ce poème comme lire et dévorer le livre qu'ornerait cette couverture.
Quelle chance ils ont ces loups !


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